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Vers une (ré)adaptation écologique

De
108 pages
A la fois essai et traité, cet ouvrage propose une nouvelle vision de la (ré)adaptation afin qu'elle s'inscrive dans un contexte écologique au niveau de l'individu blessé ou malade. Des perspectives évaluatives et méthodologiques adaptées sont ainsi proposées en adéquation avec cette nouvelle approche. Trois concepts majeurs sont ainsi introduits : il n'y a pas d'évolution vers un idéal personnel ou sociétal ; l'adaptation est toujours un mécanisme relatif à un environnement à un moment donné ; la (ré)adaptation ne peut jamais qu'avoir une base communautaire et s'inscrire dans l'avenir.
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© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com EAN Epub : 978-2-336-79187-6
Au Carrefour du Social
Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza. L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est née en 1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la santé et la qualité de vie pour tous. Des dizaines de services de proximité et extrahospitaliers ont vu le jour pour accompagner, insérer, aider, soigner, intégrer, revalider, former des milliers d’usagers en mal d’a daptation personnelle ou sociale. En collaboration avec les éditions L’Harmattan de Paris, la collectionAu Carrefour du Social veut promouvoir ce modèle et offrir une réflexion ou des rapports de ces pratiques et de ces innovations. Déjà parus Serge DALLA PIAZZA,Folie et santé mentale pour tous, 2015 Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA (dir.),L’art d’exister,le bonheur est possible,2015. Marc GARCET (dir.)50 ans d’idéal social,2014. Serge DALLA PIAZZA, Marc GARCET, Luc VANDORMAEL,Pédagogie sociale, 2014. Marc GARCET,Nous ne pouvons pas tout accepter, 2014. Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA (dir.),Pour vivre ensemble, résister, transmettre, créer, 2014. Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA (dir.),La diversité culturelle et ses limites, 2013. Serge DALLA PIAZZA (dir.),Un enfant handicapé, égaliser ses chances. Aide et intervention précoces, 2012. Marc GARCET,Changer le déterminisme social,2012. Marc GARCET,Robert Garcet, de la révolte à la création, 2012. Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA (dir.),Mixité sociale et progrès humain. Au centre, la personne, 2012. Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.),Diversité culturelle et progrès humain. Pour un développement humain,2011. Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA,L’économie ne peut être que sociale, 2011. Serge DALLA PIAZZA,Ces étrangers parmi nous, 2011. Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.),Rendre la commune aux citoyens, Citoyenneté et démocratie locale à l’ère de la mondialisation, 2010.
Serge DALLA PIAZZA Vers une (ré)adaptation écologique
Merci à AJamal Lgana, pour l’illustration de couverture où le passé décomposé est séparé par une chaîne d’un présent reconstruit. A Delphine De Droogh, pour sa révision. AMarc Garcet, pour ses commentaires et apports.
Propos liminaires
1 L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé organise une centaine de services dans le domaine médico-psycho-social ambulatoire et occupe plus de 750 travailleurs en Province de Liège, Belgique. Cette entreprise sociale repose sur le principe vivant d’une association qui unit ses membres sur un plan égalitaire, tout en conciliant les différences dans la perspective d’égalité, de liberté, de justice, de solidarité entre la populat ion et les bénéficiaires. Ce principe associatif s’applique tout autant aux approches scientifiques, méthodologiques et pratiques auxquelles les disciplines professionnelles se réfèrent dans les sciences sociales et humaines. Sa vocation sanitaire s’est progressivement élargie à des besoins différents en réponse à une société en mutation. Elle a interprété le concept sanitaire sur un plan global. Son action actuelle s’étend à la (ré)adaptation psychosociale, à la santé mentale, au monde du hand icap, au champ du travail, à la création artistique, au développement culturel, aux pratique s liées à l’écologie sociale, à la formation continue des travailleurs et au développement d’un réseau social européen participant à la construction de l’Europe sociale. Āes auteurs ont exploré plusieurs concepts fondateu rs de cette entreprise, comme la pédagogie sociale, la santé mentale, la diversité culturelle, le handicap, l’économie sociale, l’avenir de l’homme. Ces ouvrages se trouvent dans la collectio n « Au Carrefour du Social » de l’éditeur parisien L’Harmattan. Ils traduisent la volonté d’e xplorer les fondements d’une entreprise qui existe depuis plus de 50 ans et qui ont aidé des dizaines de milliers de personnes et leur famille. Nous nous attardons cette fois sur le concept de (r é)adaptation. Quoi de plus sournois qu’un concept qui paraît évident à tous ? Et bien, la (ré)adaptation réadapte… Mais pour qui, à quoi et pourquoi ? Telles sont les questions que nous nous posons alors que ce type de services existe dans la plupart des pays. Lorsqu’il s’agit de revalidation physique, la question ne se pose quasi pas. Quelqu’un perd une jambe, on va l’opérer et ensuite adapter une prothèse et l’entraîner à l’utiliser pour réadapter la personne à une marche substituée. Lorsque nous nous situons dans le domaine psychosocial, cela devient nettement moins évident. Le modèle médical utilisé le plus souvent dans ces services convient-il ? S’agit-il de réadapter pour un retour à un état antérieur ? Cet état antérieur rejoint la notion de crise, qu’il s’agisse d’identité, d’intégration dans une famille, une communauté, une situation d’insertion professionnelle, de maladie, etc. Comment distinguer une (ré)adaptation communautaire d’une (ré)adaptation dans la communauté ? Comment utiliser les concepts utilisés dans les pays émergents dans nos pays industrialisés ? Réadapte-t-on un individu à lui-même, à son milieu social proche ou à sa communauté ? Comment faire intervenir des appuis communautaires dans un processus de (ré)adaptation ? Quels sont les critères d’évaluation d’une (ré)adaptation « réussie » ? Les mêmes processus et systèmes sont-ils applicables aux adultes et aux enfants ? Ces questions et bien d’autres encore devraient fai re l’objet d’une réflexion critique dans les chapitres suivants.
Nous ferons d’abord un détour par les concepts d’év olution et d’adaptation, nécessaires pour comprendre où se situe le niveau de réflexion de chacun. Ensuite, nous nous interrogerons sur les concepts de modification, de perfection, d’éducation, qui génèrent toute une série d’actions utiles. Enfin, nous aborderons les aspects plus méthodologi ques et évaluatifs qui font des centres de (ré)adaptation des outils d’insertion, d’intégration, d’inclusion pour chacun. Nous établirons un lien entre évolution, adaptation et (ré)adaptation.
1www.aigs.be(notamment historique)
Introduction
2 Dans l’ouvrage « L’avenir de l’homme en question » , nous nous questionnions sur le déterminisme des générations, au départ d’exemples aussi extrêmes que ceux d’Hitler et de Gandhi. 3 Dans l’ouvrage « Changer le déterminisme social » , l’auteur posait plus largement encore la question du déterminisme social et de ses effets sur le développement des personnes. Une intuition nous porte à penser qu’il y aurait une forme de déterminisme dont les contours seraient à préciser. 4 C’est en nous engageant plus loin encore sur la voie de cette intuition que nous avons écrit « Pédagogie sociale » . Nous y postulions qu’il y a un lien entre l’inné et l’acquis dans le cycle des générations, à tout le moins, dans la mémoire, un réservoir des acquis relatifs aux savoirs, aux compétences, aux habiletés. La culture reste dans son ensemble inductrice des conduites dans chaque itinéraire personnel. Cet effet peut laisser une empreinte dans les générations successives.
Transmission de l’acquis La question de la (ré)adaptation repose bien sur celle de la transmission. La science moderne est peu loquace sur le sujet. L’approche biochimique n’a pas encore produit des résultats évidents sur la question et l’héritage ditépigénétiqueinterroge toujours celle de l’inné. Néanmoins, nous ne sommes pas les seuls, et de loin, à nous questionner, animés par un esprit de recherche, mais aussi dans un souci d’améliorer l’efficacité des services d’aide. Interrogatifs quant à l’impact de l’action médico-psycho-sociale sur des personnes de tout âge, nous nous engageons dans une dynamique de questionnement en vue de dégager un panorama synthétique. Nous voudrions au moins réunir les données confortant l’idée du transformisme dont les initiateurs sont notamment Geoffroy Saint-Hilaire et Lamarck. Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) a laissé 4 lois dont la quatrième est essentielle par rapport à notre propos : – La première loi dit que : « La vie, par ses propres forces, tend continuellement à accroître le volume de tout corps qui la possède, et à étendre les dimensions de ses parties, jusqu’à un terme qu’elle amène elle-même. » – La deuxième loi : « La production d’un nouvel organe dans un corps animal résulte d’un nouveau besoin survenu qui continue de se faire sentir et d’un nouveau mouvement que ce besoin fait naître et entretient. » – Troisième loi : « Le développement des organes et leur force d’action sont constants, en raison de l’emploi de ces organes. » – La quatrième loi : « Tout ce qui a été acquis, tracé ou changé, dans l’organisation des individus, dans le cours de leur vie, est conservé par la génération, et transmis aux nouveaux individus qui proviennent de ceux qui ont éprouvé ces changements. » e e On a très souvent condensé tout le lamarquisme dans l’hérédité de l’acquis qui en fait était admis par presque tous les naturalistes des XVIII et XIX siècles jusqu’à ce qu’un certain Weissmann en établisse l’inanité. Les conceptions de Lamarque n’eurent d’ailleurs guère d’échos, ni de son vivant, ni dans les décennies qui suivirent sa mort. Il fallut attendre l’œuvre de Darwin et l’enthousiasme qu’elle suscita pour que le concept d’évolution devînt une évidence implacable. Teisseire a fait remarquer que la tendance innée de la vie vers le perfectionnement, « élément central de doctrine de Lamarck, entachée de vitalisme e et de spiritualisme » n’a pu acquérir droit de citer qu’à la fin du XIX siècle. Nous le citons afin de mettre en évidence le questionnement de tout acteur social. Ce que l’homme fait sert-il à quelque chose ? Ce qu’il induit comme changement chez l’autre, les conditions de vie qu’il modifie, les contrôles qu’il exerce servent-ils et surtout, sont-ils quelque peu généralisables et transmissibles aux générations futures ? Autrement dit, l’homme est-il éducable ? Ce qu’il apprend est-il transmissible et de quelle manière ?
Transformisme et comportements sociaux Les concepts du transformisme et de l’évolution concernent généralement la biologie, la physiologie et la morphologie. Ernst Haeckel, naturaliste allemand contemporain de Lamarck, enseignait à la chaire de biologie les rapports entre l’ontogenèse et la phylogenèse. Ses ouvrages remarquables soulignent à quel e point, au XIX siècle, les esprits savants, encyclopédistes posaient sur le monde et ses espèces un regard aiguisé de recherche, de compréhension et d’essai d’explication tout en étant animé d’un souci de synthèse et de communication des résultats de leurs recherches. La particularité de tous ces chercheurs était de faire connaître le produit de leur découverte. Ne pouvons-nous voir dans cet élan naturel qu’ont les chercheurs de diffuser, d’alimenter la science et la culture de leurs découvertes la tendance qu’aurait la nature à transmettre l’acquis par rapport à l’inné, c’est-à-dire la nature des choses ? Tout se passe comme si la pensée, produit de la recherche, de l’observation, produit d’un raisonnement logique, avait en elle le sentiment que l’acquis se transmet de génération en génération. Il ne fait de doute pour personne que le savoir se transmet par le biais de la culture, de la communication, avec notamment et actuellement le support du livre, de l’imprimerie et de tout ce qui est taillé, construit, nouveau comme le numérique. La question est autre : y a-t-il transmission de génération en génération d’acquis comportementaux, d’une sorte de mémoire collective, d’une mémoire conceptuelle, d’une mémoire visuelle et auditive ? Dans tous les schémas de la pensée, y-a-t-il transmission, inscription, empreinte dans le bagage communiqué aux générations qui suivent ? Un certain nombre d’observations nous mènent vers un avis positif, que d’autres démentent. Cette question est permanente et constante dans nos groupes de réflexion au sein de l’AIGS. En 2007, nous avons construit une recherche en écologie sociale. Celle-ci portait déjà sur des observations, de génération en 5 génération, de conduites adaptatives.
L’adaptation commande la transformation L’adaptation est un mécanisme vital et de défense de toute espèce à tout niveau. Il en est de même sur le plan des comportements individuels et collectifs. La question de base concerne la transformation des comportements. Est-elle le fait de l’adaptation nécessaire lié à la survie ? Dans ce cas, l’adaptation, au-delà des potentialités d’adaptabilité des sujets, ne serait-elle pas la clef qui nous ouvrirait la porte de la réflexion ? Le potentiel d’adaptabilité est en soi une faculté individuelle qui se mesure en termes de capacité et d’éducabilité. C’est donc en augmentant les facultés d’adaptabilité, que nous pourrions agir sur le potentiel qui lui-même est énergie, matière, interaction, activé par la vie, stimulé par les dispositifs de la biologie et les comportements. Par ce biais, il y aurait donc une entrée dans le sujet. Nous pourrions alors évoquer le paradigmeadaptationnistelié à la contrainte développementale qui pourrait témoigner d’une convergence vers l’évolution. Cette adaptation évolue-t-elle au gré de l’évolution ? Dans ce livre, nous voulons aborder ce qui confirme et ce qui contredit l’hypothèse selon laquelle il y a influence de l’acquis sur l’inné et une transmission aux générations suivantes. Il s’agit surtout, à l’échelle d’une époque particulière, de savoir si des facteurs permettent une éducabilité dans un sens plutôt que dans un autre.
Le symbolisme comme vecteur d’une pensée humaine universelle
Un détour par le symbolisme nous permet de poser la question du niveau des transmissions et des transformations. A l’échelle d’une vie et même de plusieurs, on voit peu de modifications du phénotype des espèces. Si on constate, par exemple, une augmentation de la taille moyenne de nos enfants par rapport aux générations antérieures, on ne sait si cela concerne l’humanité dans son ensemble et si cela est durable. Au niveau des aspects culturels et donc non matériels (langage, technologies et savoir), on sait que l’orthographe actuelle n’est pas la même que celle du Moyen Age, ou que les transmissions de l’information ont bien changé au cours des millénaires. Il y a bien d’autres exemples. D’emblée, nous posons la question au niveau du symbolisme. Serait-ce par ce biais que les transformations humaines s’opèrent ? Y a-t-il d’ailleurs transformation ? La pensée de l’homme évolue-t-elle vraiment ou bien celle de l’homme moderne et celle de l’homme de Cro-Magnon sont-elles semblables dans leur essence ? Seuls le contenu et le décor changeraient.
Dès 2 ans, l’enfant se met à faire semblant. Il accède ainsi aux jeux symboliques où un couvercle devient volant de voiture, un morceau de bois un camion et les doigts un téléphone. C’est ainsi que le geste devient image et que l’image devient représentation. Représenter la nature, le corps, les êtres vivants ou inertes, les sentiments, les événements est depuis l’aube de l’humanité une activité qui n’a cessé de s’enrichir de nombreuses manières : – L’indice représente l’idée d’un tout au départ d’un de ses éléments : une trace dans la boue nous indique l’animal qui vient de passer, son poids, sa vitesse, sa race. Le cri et le bec ouvert d’un oisillon indiquent à la maman oiseau l’endroit où déposer le ver qu’elle apporte. Une trace de sang sera un indice pour le policier. – Le simulacre vise la ressemblance avec l’objet ou l’acte qu’il tente imparfaitement d’imiter. Il peut être visuel comme la mascarade ou auditif dans l’usage d’appeaux. Il vise la ressemblance avec l’objet ou l’événement. – Le symbole est par sa nature équivoque. Il est plutôt une copie. Il repose sur la théorie de l’esprit et il a pour but d’orienter la pensée d’autrui sur un chemin donné. Cette orientation peut utiliser plusieurs sortes de symboles. Par exemple, la croix peut signifier une religion, mais aussi un apaisement ou une protection. Le svastika et le symbole nazi n’ont évidemment rien à voir et pourtant sont identiques. – Le signe est la transformation d’un symbole. Il évolue vers l’abstraction. Par exemple, le signe « + » traduit une addition, une accumulation, traduisant le « et » du langage écrit ou oral. – L’image prend différentes formes comme le schéma, la caricature, la photographie, le dessin. Elle peut être copie ou simulacre dans les caricatures. L’image représente en fait une réalité absente. – Le phantasme, ce scénario imaginaire, traduit des désirs en une succession d’images irréelles, issues de l’imagination et se transforme parfois en hallucinations. – L’hallucination traduit d’ailleurs une réalité modifiée et propre à un individu malade ou pris dans le méandre de drogues. Les représentations, elles, sont des substituts, mais aussi des raccourcis. Elles traduisent sans mots, le plus souvent, une réalité parfois complexe et elles font l’économie d’une expression lourde, même si celle-ci s’avère riche et différenciée. Elles concernent tous nos sens : le verre à vin induit chez nous une représentation du vin, avec un réveil de nos sensations gustatives. Grâce à l’imagination, ces représentations s’organisent dans une production narrative ou 6 picturale. Les mythes sont des récits légendaires à valeur d’allégorie ou représentations du second degré. Par exemple, le mythe d’Hercule personnifie la puissance et celui 7 de Sisyphe celui de l’impuissance. L’origine des mythes est très ancienne, parfois de plusieurs milliers d’années et ils ont migré avec les hommes. Les symboles sont de toujours. Lesumbolongrec était constitué d’un morceau de poterie brisé pour prouver un contrat entre deux personnes (héritage, dette, etc.). Dans le symbole, on associe un sens évident et un sens caché : une poignée de main est à la fois un mouvement double, mais aussi un geste conventionnel qui scelle un pacte. Cette poignée de main évite la parole. Si le symbolique rassemble toujours deux notions, deux connaissances, deux états (ou plus), le diabolique sépare. C’est au sens propre le bâton qui plongé dans l’eau paraît double et trompe ainsi nos sens. On peut donc dire que tout ce qui existe autour de nous n’a que peu de rapport avec la réalité. Nous utilisons la réalité en nous basant sur ses substituts de différents niveaux. L’ensemble constitue des représentations, mais celles-ci prennent des formes extraordinairement variées selon le contexte : symbole, allégorie, mythe, signe, image, phantasme, voire hallucination. En réalité, une hallucination n’est jamais que la transformation d’une réalité personnelle en dehors de toute convention sociale : « je suis Jésus Christ » peut signifier un substitut de personne, un symbole de la fraternité ou encore un mythe fondateur d’une religion et donc d’une morale. Certains symboles sont universels et d’autres locaux, voire individuels. Ils ont des fonctions diverses, d’abord celle de 8 signifier quelque chose. Ils expriment une réalité qui invite à découvrir un sens caché. Il invite à une fonction de transformatrice. Selon Jung , un symbole contient une grande énergie que l’homme peut transformer, amplifier en la sublimant, en la réorientant. Par exemple, certains malades guériraient en travaillant sur des couleurs, des sons, des rêves, des fantasmes. De ces définitions, il n’apparaît en rien que la pensée moderne soit différente de la pensée archaïque. Depuis toujours, les émotions sont semblables et le symbolisme est apparu très tôt : peintures rupestres, tombes et tombeaux, écriture, etc. Le symbolisme peut certainement rester un vecteur de la conscience universelle, mais n’est pas suffisant en soi pour constituer la clé du changement. Il nous faut passer par d’autres détours, quitte à y revenir. Ainsi, avant de revenir à la notion d’adaptation sociale et de désadaptation sociale de l’homme, nous allons faire un détour par les notions d’évolution puis d’adaptation.
Evolution, adaptation et (ré)adaptation La thèse retenue ici relie évolution et adaptation. Les travaux scientifiques modernes montrent à quel point, l’évolution s’inscrit dans un processus dynamique et écologique. Chaque espèce vit et se développe dans un environnement propre. Il n’y a pas d’espèces spontanées, mais bien de nouveaux individus nés, au gré des mutations, avec de nouvelles capacités adaptatives, dans un sens ou dans un autre. Si nos enfants sont plus grands en moyenne dans nos sociétés, grâce à une modification de leur alimentation, les phénomènes allergiques se développent en parallèle du fait de la pollution et les mâchoires s’effacent du fait du type de nourriture ingérée. L’évolution et l’adaptation sont donc deux concepts intimement liés et restent exempts de toute moralité. Il n’y a pas de bien ou de mal, mais des circonstances de vie qui évoluent au gré des phénomènes physico-chimiques, produits ou non par l’homme, et par rapport auxquels des individus possèdent ou acquièrent certaines capacités adaptatives. Chaque espèce évolue, ou plutôt se transforme avec plus de complexité, par rapport à une niche écologique. A l’échelle humaine, et non géologique, ces transformations sont quasi imperceptibles, mais la succession des générations finit par les traduire. Qu’elles soient symboliques ou effectives, ces nouvelles formes d’adaptation existent parce que plus efficaces, comme le montre l’augmentation incessante de la population mondiale ; nous vivons plus vieux et plus nombreux de génération en génération. D’environ 300 millions en l’an 1000, nous sommes en cette fin 2017 presque 8 milliards d’individus. Cela signifie que nous reculons les contraintes physico-chimiques de notre environnement (effets des cataclysmes, limitation des pandémies, relatif partage des ressources, etc.), fût-ce au prix d’un énorme risque écologique qui inversera probablement un jour ce processus. Dans ce contexte, où la vie humaine a un prix, on dégage de plus en plus de moyens pour la préserver (réduire la mortalité infantile, par exemple) ou pour la maintenir en l’état. On assiste à une sorte de recherche éperdue de valeur surajoutée de la performance et de l’efficacité. Personne ne dit plus qu’une vie a moins de valeur quand l’individu a une jambe en moins ou une déficience intellectuelle. C’est l’efficacité de l’adaptation qui est ici en jeu. Pour cela, l’intégrité des organes et de l’intelligence ou de ses manifestations sont nécessaires. Deux processus se manifestent : 1. La société recule les frontières de l’adaptabilité : classes d’enseignement spécial, institutions d’accueil de personnes malades, vieillissantes ou avec déficiences. 2. La société compense la perte d’adaptabilité par toute une série d’actions médicales (chirurgie réparatrice et même esthétique), ou fonctionnelles (prothèses et orthèses notamment, mais aussi allocations), ou encore matérielles (plan incliné d’accès à des bâtiments). L’être humain est en quelque sorte « condamné » à rester efficace pour être considéré comme adapté. Cette notion a des implications majeures, y compris dans les instances politiques et économiques où la cohorte de plus en plus large des « laissés-pour-compte », victimes de notre organisation sociale et de la robotisation des moyens de production, augmente sans cesse. Se développe ainsi, comme d’ailleurs dans le passé, une dichotomisation de la société des humains : ceux qui sont adaptés et réadaptables et les autres qui sont « perdus » pour la société.