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Vers une socialisation démocratique

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140 pages

Face à la demande sociétale forte adressée à l'école de (re)socialiser la société, et à la commande institutionnelle faite aux acteurs éducatifs de socialiser les élèves, la notion de "socialisation démocratique" nous semble un concept utile à élaborer pour penser cette double injonction.


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ACTES DU COLLOQUE
Vers une socialisation démocratique
Sous la direction de
Jean-Bernard Paturet
Montpeller, 28 et 29 novembre 1997
La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL
Et de la région Languedoc Roussillon
Présentation du livre :Face à la demande sociétale forte adressée à l'école de (re)socialiser la société, et à la commande institutionnelle faite aux acteurs éducatifs de socialiser les élèves, la notion de "socialisation démocratique" nous semble un concept utile à élaborer pour penser cette double injonction. Auteur :Jean-Bernard Paturet est professeur des universités à Montpellier 3
Introduction
Table des matières
Socialisation démocratique et processus inconscients
La socialisation comme processus de construction identitaire
Le partage de la parole
De « l’éducation de la démocratie » à la « socialisation démocratique »
Sur la nécessaire contribution d’une éducation de la sensibilité à la réalisation d’un « vivre-ensemble » démocratique
La « socialisation démocratique » à l’école : Un concept pour une pratique ?
Lieux et modes de socialisation
L’Éducation à la citoyenneté
Quelle socialisation démocratique pour les filles ?
Les ateliers
Les membres du groupe d’études et de recherches pour la socialisation démocratique remercient vivement les institutions et les personnes qui ont contribué à la réalisation de ce colloque :
Monsieur le Président du Conseil général de l’Hérault ainsi que Monsieur le Délégué général auprès du Président,
Monsieur le Président de l’université Paul-Valéry Montpellier III,
Monsieur le Président du Conseil Régional Languedoc-Roussillon.
Introduction
Approches de la socialisation démocratique
Jean-Bernard Paturet
Le « hasard du calendrier » réserve, parfois, d’étranges surprises. Cette semaine, en effet, la question de la « nationalité » et celle de la « citoyenneté » agitent les milieux politiques, ministériels et parlementaires et suscitent des réflexions et des débats pour le moins passionnés. Les difficultés d’intégration et d’insertion, les phénomènes de violence de plus en plus fréquents dans le milieu scolaire et dans les quartiers de nombreuses villes, obligent la société contemporaine à interroger les processus de socialisation et à se pencher sur la crise qui secoue le modèle républicain français.
Le groupe d’études et de recherches sur la socialisation démocratique, composé des enseignants du département des Sciences de l’éducation de l’Université Paul-Valéry Montpellier III travaille à cette problématique. Il s’appuie sur un double constat :
. d’une part, les modalités de socialisation traditionnelle (famille, organisation de jeunesse, etc.) ont perdu en puissance d’intégration. La demande sociétale, dans le même temps, en appelle à l’école, qui, elle aussi, connaît des difficultés croissantes de « violence et d’incivilité »,
. d’autre part, le modèle républicain et l’État providence sont dans l’incapacité de réaliser leurs valeurs fondatrices, en particulier celle de l’égalité des chances dans les divers domaines du social, de la santé, du travail, de l’école, etc.
Parallèlement, d’autres modes du « socialiser » semblent apparaître :
. sur le modèle du clan, de la tribu et de la bande où règnent les rapports de forces et où les sujets humains s’engluent dans la jouissance d’une fusion mortifère, accompagnée d’un abandon des processus de symbolisation. Les « sujets » assujettis se perdent dans les rites d’une identification au chef, perçu comme seul capable de répartir un égal amour entre tous,
. sur le modèle de l’individualisme contemporain où les délices de la satisfaction narcissique et « l’éclatement hédoniste » privilégiant la sphère privée, l’emportent sur l’émancipation du citoyen et sur la conquête des libertés. L’évanouissement des idéaux messianiques et de la croyance dans les idéologies ont fait perdre aux sociétés occidentales actuelles l’idéal d’universalisation,
. sur le modèle d’une « affirmation communautariste » où sont privilégiées les identifications de groupe et oubliées les références communes. Les intérêts particuliers sont désignés comme prioritaires. Le social ne se donne plus alors que dans « l’après coup » comme lieu de régulation éventuel des intérêts particuliers.
Le groupe d’études et de recherches se donne au contraire comme objet de travail, la « socialisation démocratique » définie comme une manière de construire le « lien social » fondé sur l’effort de conscientisation et de responsabilisation et sur une éducation à la citoyenneté. La visée de la « socialisation démocratique » est d’empêcher toute emprise réductionniste dans l’Identique où la différence ne serait pas conçue comme simple altérité
(alter ego) mais comme altération (alius) corrosion, transformation du Même à l’Autre. C’est pourquoi une place essentielle doit être réservée à l’apprentissage du traitement des conflits, des jeux de pouvoirs et de contre-pouvoirs pour permettre l’élaboration d’un consensus démocratique.
Les approches de cette problématique par le groupe d’études et de recherches sont en liens étroits avec les disciplines d’origine et avec l’intérêt des recherches théoriques des membres de l’équipe. On a tenté de regrouper en trois types, ces différentes approches de la question :
. socio-politique, dans la perspective d’un « principe dialogal », d’une activité communicationnelle, avec apprentissage à l’argumentation critique, qui présuppose rationalité, impartialité et responsabilité des interlocuteurs – en somme une éthique de la discussion.
. socio-psychanalytique comme accès à la lucidité et à la vigilance puisque, dans cette perspective, le social se fonde sur un refoulement et un renoncement pulsionnel toujours susceptible d’un retour qui menace, sans cesse, la stabilité sociale : d’où l’importance des processus et des objets de sublimation.
. socio-éducative et didactique, en cherchant à définir comment les institutions (de manière formelle) ou les processus et les réseaux informels, de la petite enfance à l’âge adulte peuvent contribuer à construire cette « socialisation démocratique ».
Le colloque a donc été organisé en quatre conférences plénières et en ateliers introduits et animés par les membres de l’équipe de recherche. Les conférences ont cherché à préciser la problématique à travers deux approches privilégiées, la psychanalyse et la sociologie.
– Socialisation démocratique et processus inconscients, J.B. Paturet.
– La socialisation comme processus de construction identitaire, C. Dubar.
– Le partage de la parole, F. Imbert.
– De l’éducation à la démocratie, G. Vincent.
La conférence introductive aux ateliers par chacun des membres de l’équipe a été un approfondissement et un éclairage différent des problèmes : démocratie et sensibilité (A. Bouillet), la place de la recherche socio-éducative et de la didactique (Y. Fumat - M. Tozzi), l’éducation à la citoyenneté (R. Monjo), l’éducation des filles (L. Acherar).
Trois ateliers se sont réunis deux fois, une première rencontre le vendredi, une seconde rencontre le samedi.
Les discussions ont souvent été vives et passionnées au cours de ces travaux d’ateliers. Chaque animateur et membre de l’équipe en ont proposé une synthèse.
J. B. Paturet
Maître de conférences en Sciences de l’Éducation
Université Paul Valéry, Montpellier III
Socialisation démocratique et processus inconscients
Jean-Bernard Paturet
Au commencement était la jouissance…
Au début du chapitre X de Psychologie des masses et analyse du moi, Freud rappelle comment en 1912 ; il a adopté « la supposition de C. Darwin selon laquelle la forme originaire de la société humaine était celle d’une horde dominée sans restriction par un mâle fort » et comment les destins de cette horde ont laissé des traces indestructibles dans l’histoire héréditaire de l’homme. Puis, après quelques lignes d’un bref résumé de la thèse de Totem et Tabou, il ajoute : « ceci n’est certes qu’une hypothèse comme tant d’autres par lesquelles les préhistoriens essaient d’éclairer l’obscurité du temps originaire. » On sait avec quelle obstination, Freud tiendra, sa vie durant, à son mythe de la horde primitive et tout particulièrement à l’acte du meurtre du père qui en est le centre. Ceci fera écrire à Jacques Lacan : « Freud tient à ce que ce soit réel. Il y tient. Il a écrit tout Totem et Tabou pour le dire, ça s’est forcément passé comme ça et c’est de là que tout a démarré », (L’envers de la psychanalyse). À travers ce mythe, Freud s’interroge sur ce qu’il considère comme un fait premier dont il faut rendre compte : l’existence d’une loi régulatrice de la jouissance. Cette loi, toutes les communautés humaines en témoignent, sans laquelle aucun processus de socialisation ne serait possible, ni pensable. La perspective psychanalytique – nommément freudienne et lacanienne – rencontre ce point de butée de la jouissance et de sa régulation comme fondement du sujet parlant, du rapport qu’il entretient avec autrui et avec la culture. Au commencement donc, était la jouissance. On connaît la supposition d’Otto Rank, de Ferenczi et surtout de Mélanie Klein et peut-être aussi de Freud : la jouissance serait ce rapport de complétude avec le corps de la mère, objet anciennement connu et entre-temps, perdu. La jouissance serait cette nostalgie de plénitude, d’harmonie et de fusion, cet objet perdu que chacun chercherait désespérément à retrouver, puisqu’en ce temps-là, l’être aurait été pleinement. Lacan, dans L’éthique de la psychanalyse, désavoue ce postulat d’un sujet jouissant de cet objet merveilleux du corps de la mère. C’est un mythe, écrit-il. Si l’on veut penser l’incomplétude et le manque originaire du sujet sans le convertir en objet mythique, on ne peut le faire qu’en le supposant structurellement comme pur manque. Cette détermination structurelle d’un sujet comme pur manque, Lacan le perçoit dans le concept freudien de Das Ding, La Chose – tel qu’il est élaboré dans L’esquisse d’une psychologie scientifique. La chose ne se conçoit plus comme un objet perdu (le corps de la mère) mais plutôt comme un « rien » de perdu parce que le désir procède d’un manque originaire, fondamental qui précède l’expérience in utero. « L’objet, dit Lacan, est de sa nature, un objet retrouvé. Qu’il ait été perdu, en est la conséquence mais, après coup. Et donc, il est retrouvé sans que nous sachions autrement que de ces retrouvailles, qu’il a été perdu. » (p. 143).
Dans cette jouissance de l’être, aucun sujet ne peut exister car il est perdu dans la jouissance. La Chose est ce qui reste dans le sujet comme une trace de ce qui ne sera jamais plus. La Chose est présente par son absence même. La jouissance de l’être est donc
impossible pour le sujet parce que la Chose n’est pas accessible au désir. Cette impossibilité fonde La Loi : la jouissance est interdite, soit la loi de l’interdit de l’inceste, soi encore la loi de l’interdit de toute régression.
Lacan, dans Les écrits, souligne que La Chose ressemble à cet inconditionné Kantien et que, d’une certaine façon, ce serait se fourvoyer dans le mythe que de vouloir faire de La Chose un objet de désir, comme ce serait se tromper et tomber dans l’illusion transcendantale que de vouloir connaître l’inconditionné absolu. Dans les deux cas, le sujet de la parole est condamné « à la loi qui lui interdit d’accéder à ce dont il procède » (Cf. Article de Bernard Baas, Les cahiers philosophiques de Strasbourg, Tome 4, p. 13 à 41).
Que reste-t-il alors pour le sujet ? La désespérance, la nostalgie de la Chose. Le fondement de l’être pour la psychanalyse lacanienne gît dans cette absence essentielle, dans cette empreinte laissée par la Chose. Le sujet rencontre l’exil de la Chose comme définitif et irréversible. La jouissance de l’être est à jamais manquée. Le sujet, par conséquent, naît dans cette nostalgie de la jouissance perdue. La Loi du langage vient signifier ce retour impossible. Il y a donc incompatibilité entre la jouissance et la Loi. Cette dernière, pour Lacan, fait obligation au sujet de convertir ses aspirations nostalgiques à la jouissance et à entrer dans les chaînes signifiantes du discours et donc du lien social. La Loi met donc fin à ce fantasme de la jouissance originaire devenue irrécupérable et oblige le sujet à la pervertir en jouissance phallique.
Cette nouvelle jouissance fondée sur le manque, – dont le phallus est le signifiant – met le sujet en rapport avec Autrui. Tous les rapports avec Autrui se trouvent donc grevés de ce signifiant du manque et donc de la castration. Puisque le lieu d’une jouissance non limitée, d’un état où viendrait s’abolir le manque à être, état de Nirvana, suppression des tensions différentielles avec le monde, indistinction de l’être et du non-être, demeure interdit et impossible, le sujet entre dans la dimension de la castration. Dès lors les rapports entre sujets du langage sont marqués du sceau indélébile de la castration et de la mort. Quelle peut être alors la nature du rapport à autrui ?
Puis vint la haine…
« Ce qu’aucune âme humaine ne désire, écrit Freud, on n’a pas besoin de l’interdire, cela s’exclut de soi-même. C’est précisément l’accent mis sur le commandement : Tu ne tueras point, qui nous donne la certitude que nous descendons d’une lignée infiniment longue de meurtriers qui avaient dans le sang le plaisir – désir de meurtre, comme peut-être nous-mêmes encore », (Actuelles sur la guerre et la mort, PUF p. 152,153). Les lois qui régissent le monde social et le vivre-ensemble supposent un homme méchant, puisqu’elles lui imputent par avance, la possibilité de tous les crimes. Le plaisir-désir de l’acte meurtrier évoqué par Freud et frappé de l’interdit des prescriptions législatives témoigne donc d’une conception de l’homme, d’une ontoanthropologie de la méchanceté radicale et originaire des sujets humains.
Cette imputation de méchanceté et de haine chez le sujet humain, dévoilées par la clinique psychanalytique n’est pas un état révolu au fil de l’évolution sociale, comme le pensait Einstein dans sa discussion avec Freud. Le père de la psychanalyse pense, au contraire, que « l’homme des origines reste vivant sous le masque de l’homme civilisé, qui n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données pulsionnelles une bonne somme