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Victime-Agresseur - Tome 2

De
224 pages

L’agresseur sexuel occupe une place singulière dans la clinique de l’horreur. Il fascine et horrifie tant par sa transgression des tabous que sa propension au passage à l’acte. Tantôt qualifié de pervers, de paraphile, de psychopathe, tantôt de psychotique ou d’immature psychoaffectif, il brouille les repères psychopathologiques qui tentent de cerner les désordres psychiques de son histoire. Il entretient le débat juridique, clinique et éthique de sa peine, de son risque de récidive ou de son injonction thérapeutique. Les actes du colloque de Montpellier de juin 2001 ont réuni juristes, médecins et psychologues qui ont confronté leurs recherches et leur praxis sur les problématiques et les prises en charge des agresseurs sexuels.


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Victime-Agresseur
TOME 2
L’agresseur sexuel ;
problématiques et prises en charge

 

sous la direction

d’Éric Baccino et de Philippe Bessoles

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre : L’agresseur sexuel occupe une place singulière dans la clinique de l’horreur. Il fascine et horrifie tant par sa transgression des tabous que sa propension au passage à l’acte. Tantôt qualifié de pervers, de paraphile, de psychopathe, tantôt de psychotique ou d’immature psychoaffectif, il brouille les repères psychopathologiques qui tentent de cerner les désordres psychiques de son histoire. Il entretient le débat juridique, clinique et éthique de sa peine, de son risque de récidive ou de son injonction thérapeutique. Les actes du colloque de Montpellier de juin 2001 ont réuni juristes, médecins et psychologues qui ont confronté leurs recherches et leur praxis sur les problématiques et les prises en charge des agresseurs sexuels.

Auteurs : Éric Baccino (sld), professeur de médecine légale, est chef du service de médecine légale du CHU Lapeyronie de Montpellier. Président de l’association mondiale de médecine légale, expert près des tribunaux, ses travaux font autorité dans la communauté scientifique internationale. Responsable de plusieurs DU de capacité en médecine légale, de dommages corporels et d’expertise en écriture, ses dernières recherches portent sur la toxicologie et la prise en charge médico-judiciaire. Philippe Bessoles (sld) est Docteur en Psychopathologie Clinique. Maître de Conférences des Universités, habilité à Diriger des Recherches (Université Grenoble II). Conduit des recherches sur les pathologies traumatiques et les comportements criminels dans le champ de la victimologie et criminologie clinique, interculturelle et humanitaire. Dirige depuis 2009 le séminaire « Les figures de l’Emprise » à l’Ecole Doctorale à l’Université Denis Diderot. Paris VII.

 

Table des matières

Auteurs

Problématiques

Le fait agressologique sexuel

Épidémiologie des agressions sexuelles chez les femmes adultes

La responsabilité pénale de l’agresseur sexuel

L’agresseur (du) sexuel Vers une modélisation du complexe criminogène

Figures de l’agression sexuelle

La double injonction paradoxale

L’examen médico-légal de l’agresseur sexuel

Psychopathologie des figures de la négation chez les auteurs d’agressions sexuelles (hommes)

L’agresseur sexuel

Les enjeux de la pédophilie

Le gourou agresseur sexuel

L’expertise de l’agresseur sexuel

L’expertise médico-légale de l’agresseur sexuel

L’expertise psychologique de l’agresseur sexuel

Figures de l’agresseur sexuel

Figures de l’agresseur sexuel : les parents maltraitants

La honte dans le dispositif psychotérapique

Vignette clinique

Comment reprendre la honte dans un processus de soin ?

Relation d’emprise et crime sexuel

Vulnérabilité et résilience

Le suicide du pointeur

Prise en charge des délinquants sexuels en prison

Prévention de la délinquance sexuelle

Forum des jeunes chercheurs

Traitement psychopharmacologique des agresseurs sexuels

Éthique et traitement

Juges et thérapeutes : quelle collaboration ?

Le double paradoxe de l’agression sexuelle

Psychopathies, perversions et autres figures

Le procès : valeur éducative et thérapeutique

L’incestuel ou la révocation du vide par le leurre

Les paraphilies

L’exhibitionniste, étude du profil psychologique

Les perversions sexuelles : psychopathologies des délinquants sexuels

Le concept d’agresseur sexuel

Pères incestueux : transmission des défaillances parentales

Anthropologie clinique et sexualité

Dieu, sa servante, son châtiment

Rites de passage et sexualité

Agressions sexuelles et faits de guerre

Les victimes d’agressions sexuelles = faits de guerre

Modalités de prise en charge

Modalités de prise en charge de l’agresseur sexuel

Traitement du délinquant sexuel : exemples anglais et néerlandais

Traitement hormonal des délinquants sexuels : état des lieux

ACTESDUCOLLOQUEDEVICTIMOLOGIECLINIQUE

DE

MONTPELLIER

Faculté de médecine, juin 2001

 

Directeur scientifique du colloque

. Philippe BESSOLES, psychologue clinicien, docteur en psychopathologie clinique, attaché au service de médecine légale, CHU Lapeyronie, Montpellier.

Membres du comité scientifique

.BACCINO Éric, professeur de médecine légale, CHU Lapeyronie.

.CHIARINY Jean-François, psychiatre, Montpellier.

.DANAN Marcel, neuropsychiatre, président du Conseil de l’Ordre des médecins de l’Hérault.

.DORANDEU Anne, médecin légiste, praticien hospitalo-universitaire, CHU Montpellier.

.DUCHEMIN Daniel, conseiller à la Cour, président de la Cour d’assises, Montpellier.

.GALLY Réjane, psychiatre, responsable de la CUMP de l’Hérault.

.GORI Roland, professeur de psychopathologie clinique, Aix-en-Provence.

.GUTTON Philippe, professeur de psychopathologie clinique, Aix-en-Provence.

.D’HAUTEVILLE Anne, professeur de droit, Montpellier.

.MARCIANO Paul, pédopsychiatre, chef de service, centre hospitalier, Béziers.

.MARGUERITTE Emmanuel, médecin légiste, assistant hospitalo-universitaire, CHU Montpellier.

.MORMONT Christian, professeur de psychologie clinique, Liège, Belgique.

.NEBOUT-LENES Marie-Claude, psychiatre, Clermont-Ferrand.

.THOMAS Didier, professeur de droit, directeur institut sciences criminelles, Montpellier.

.VISIER Jean-Pierre, professeur, pédopsychiatre, CHU Montpellier.

.WOLF-FEDIDAMareike, professeur de psychopathologie clinique, Paris.

Les auteurs de l’ouvrage renoncent à leurs droits d’auteur au profit de l’Institut méditerranéen de victimologie clinique, association de recherches scientifiques en sciences criminelles cliniques, fondé en 1999 par Éric Baccino et Philippe Bessoles.

Auteurs

 

AMADO M., psychologue clinicienne, Montpellier.

BACCINO E., professeur de médecine légale, Montpellier.

BESSOLES P., psychologue clinicien, Montpellier.

BOISMENU L., médecin légiste, Montpellier.

BOURGOIN E., DEA droit pénal et sciences criminelles, Montpellier.

CARAUX M., pédiatre, Montpellier.

CATHALA P., doctorant pharmacie, doctorant biologie, Montpellier.

COCHEZ F., psychiatre, Bordeaux.

CORDIER B., psychiatre, Suresnes.

CUDENEC A., DU éthique et droit médical, Paris.

DALIGAND L., professeur médecine légale, Lyon.

DANAN M., psychiatre, président ordre des médecins, Montpellier.

DORANDEU A., médecin légiste, Montpellier.

GALLY R., psychiatre, responsable CUMP Hérault.

GOFFIN L., psychologue clinicienne, Montpellier.

GROMB S., professeur de médecine légale, Bordeaux.

GUITER B., psychologue clinicien, Béziers.

D’HAUTEVILLE A., professeur de droit, Montpellier

JOUGLA S., psychologue clinicienne, Sète.

LAVAGNE P., éducatrice spécialisée, Béziers

MALGOUYRES M.-B., médecin légiste, Montpellier.

MARCIANO P., pédopsychiatre, Béziers.

MONTALTI F., psychologue clinicienne, Montpellier.

MORMONT C., professeur de psychologie clinique, Liège.

ORLANDINI P., psychologue clinicienne, Montpellier

PEILLON C., chef de brigade de gendarmerie, Lunel

PRADELLESDE LATOUR C.-H., anthropologue, CNRS, Paris

PRAT C., psychologue clinicien, Perpignan.

RAZON L., maître de conférences psychologie clinique, Strasbourg.

SCOTTO D., psychologue clinicienne, Montpellier.

TEISSIER R., psychologue clinicienne, Montpellier.

VILLERBU L., professeur de psychologie clinique, Rennes.

WILLAIME A., doctorante philosophie, Montpellier.

WOLF-FÉDIDA M., professeur de psychopathologie clinique, Paris.

Nous remercions monsieur le Professeur Jean-Pierre VISIER (CHU, Montpellier), monsieur le Professeur Didier THOMAS (faculté de droit), monsieur le Docteur Emmanuel MARGUERITTE (CHU Montpellier) et monsieur le Docteur René CROSS (CHU Montpellier) de leur contribution au colloque au titre de président et discutant des communications plénières et d’ateliers.

Le comité scientifique et le comité d’organisation remercient monsieur le Doyen Jacques TOUCHON de la faculté de médecine de Montpellier et madame Françoise D’ABUNTO représentant monsieur le Député Maire de Montpellier Georges FRÊCHESde leur soutien.

Problématiques

 

Force est de constater que l’agresseur sexuel occupe une place singulière dans la clinique de l’horreur. Père incestueux, ecclésiastique ou enseignant pédophile, violeur et tueur en série de l’est parisien, « touriste » sexuel en vacances en Asie du sud ou anonyme banlieusard adepte des « tournantes » dans les sous-sols de sa cité, il rassemble toutes les figures primitives de la violence fondamentale.

Il ose la barbarie et ses ambivalences. Tantôt qualifié de pervers, de psychopathe, de déséquilibré psychique ou d’immature psychoaffectif, tantôt de psychotique avéré ou non décompensé, l’agresseur sexuel brouille les repères psychopathologiques qui tentent de saisir les désordres de son histoire et les effondrements symboliques prévalant à ses passages à l’acte.

Figure par trop médiatisée ou délinquant récidiviste, il entretient le débat clinique, juridique et éthique de l’exemplarité de sa peine, de son risque de récidive, de l’injonction thérapeutique et de sa castration fût-elle chimique. Tenter de comprendre les mécanismes psychiques à l’œuvre ne peut éluder le questionnement sociétal de sa prise en charge comme la réflexion clinico-judiciaire de son incarcération et son obligation de soin.

Tel fut l’objet du colloque national de juin 2001 organisé par le service de médecine légale du CHU Lapeyronie de Montpellier et l’Institut méditerranéen de victimologie clinique (en collaboration avec l’université Aix-Marseille I et l’Institut de sciences criminelles de la faculté de droit, Montpellier I) sur le thème : « L’agresseur sexuel ; problématiques et prises en charge », dont rendent compte les actes du présent ouvrage.

Ce deuxième colloque témoigne d’une volonté de pérenniser une démarche scientifique en sciences forensiques et de contribuer à une dynamique de praxis, de recherche fondamentale et appliquée en victimologie clinique. La prise en charge de l’agresseur sexuel apparaît complémentaire à celle de la victime. Cette complémentarité révèle la complexité du phénomène agressologique en matière sexuelle à plusieurs titres :

. L’agression sexuelle sur mineur (> 15 ans selon le code de procédure pénale), dans les 2/3 des cas, est commise par un familier de la victime (père, beau-père, enseignant etc.). Les études de M. Lynch (1987) évaluent à 74 % le pourcentage d’enfants connaissant leur agresseur ; celles de M. Gabel (1992) à 63 %. Le rapport d’E. Baccino (1994) estime à 84 % ce pourcentage et l’étude de P. Bessoles (2000) à 68 %. Ces données épidémiologiques ne rendent pas seulement compte de l’ampleur et de la spécificité du problème (inceste, pédophilie, attouchements…). Elles témoignent de la complexité des enjeux psychiques intra et péri familiaux (climat incestuel, harcèlement moral, maltraitance…) et des facteurs de risque d’abus sexuel. Elles questionnent aussi le juriste dans son attribution de droit de garde, le médecin dans son diagnostic différentiel des signes d’appel somatiques, le psychologue dans l’analyse des désordres psychiques de la parentalité, etc..

. La qualification des méthodologies, la quantification des techniques, les évaluations diagnostiques (comme le QICPASS de C. Balier, A. Ciavaldini et M. Girard-Khayat), pronostiques etc., se heurtent à la paradoxalité de l’injonction thérapeutique et de l’obligation de soins (loi du 17 juin 1998). Au carrefour du juridique, du médical et du psychologique, le soin accentue l’aporie de la nécessité sociétale de l’incarcération face au traitement de la « maladie » sexuelle. Les questions éthiques et déontologiques complexifient le débat et la praxis notamment pour le médecin coordonnateur à l’interface du pénal et du soin. Les référentiels épistémiques des professionnels, parfois divergents, entraînent des risques confusionnels entre l’exigence – sinon la « garantie » – d’une récidive éliminée et les remaniements psychiques propres aux processus thérapeutiques.

. Les données épidémiologiques pour les adultes masquent et révèlent à la fois la cruauté des tableaux cliniques. L’effet de masque tient à ce que seulement 18 à 20 % des victimes portent plainte (rapport Baccino, 1994). La révélation est que la population des détenus en exécution de peine pour viol et autres agressions sexuelles est passée de 5 % en 1975 à 24 % en 2001 (association française de criminologie, mai 2001). En chiffre brut, toutes agressions sexuelles confondues, il y avait 633 détenus en France en 1975. Au 1er janvier 2001, il y en avait 7101 soit environ 11 fois plus. Ces données ne signifient pas nécessairement une recrudescence de la « délinquance sexuelle ». Elles témoignent aussi d’une meilleure « efficacité » policière et, sans doute, dans les effets d’une politique de préventologie, d’une dénonciation des faits plus importante.

Les SMPR (services médico-psychologiques régionaux), les UPS (unités de préparation à la sortie), le CNO (centre national d’observation)… tentent de répondre institutionnellement à la dynamique de la prise en charge pénitentiaire. Les difficultés rencontrées restent cependant majeures : formation des personnels, modalités du contrôle judiciaire, de liberté conditionnelle, recherches sur l’hormonothérapie, sur les méthodologies thérapeutiques etc.. Les travaux menés par l’ARTASS (association pour la recherche et le traitement des auteurs d’agressions sexuelles créée en 1996), le site pilote de psychiatrie et psychologie légale de la Garenne Colombes (R. Coutenceau), la démarche innovante des consultations pré et post pénales du dispositif médico psychologique de la maison d’arrêt de Villeneuve les Maguelone (E. Baccino, R. Cros, P. Bessoles) etc. sont des initiatives précieuses sur le plan institutionnel et de la praxis. Il n’en demeure pas moins, comme le souligne E. Archer (1997) que l’agresseur sexuel présente des profils et des structures de personnalité aussi variées que d’actes délictueux. Le débat sur les peines de substitution ou le regroupement des auteurs d’agression sexuelles dans le même centre de détention en est l’illustration.

La nosographique psychiatrique et la psychopathologie clinique qui tendent à l’investigation diagnostique et aux indications thérapeutiques ne peuvent, au risque de graves dérives, correspondre aux incriminations pénales. Les plus grandes précautions s’imposent quand il s’agit d’inventer des dispositifs de soin qui pourraient reposer sur l’ambiguïté d’une catégorie pénale d’infraction face à une entité psychodynamique pathogène. L’enjeu est d’importance pour la politique pénitentiaire de demain. Cette politique ne peut faire l’économie d’un cadre médico-psychologique à la fois rigoureux et souple donnant au clinicien, comme au juriste des capacités d’inventer les médiations individuelles du rapport à la peine et au soin.

Au carrefour des influences anglo-saxonnes et européennes, la prise en charge des agresseurs sexuels fait aussi symptôme de l’ensemble du suivi des détenus. La présence importante des toxicomanes en prison accentue ce « malaise dans la civilisation ». Les travaux menés hors hexagone (C. Mormont en Belgique par exemple) montrent les diversités d’appréhension du problème et les nécessaires partenariats entre juges, travailleurs sociaux, médecins, psychologues etc.