Villes et territoires au Maghreb

La question de savoir comment se construisent des ensembles globaux et de quelle manière et pour quelles raisons des hommes ou des groupements humains se lient entre eux et forment ensemble des groupes sociopolitiques spécifiques et dynamiques, demeure aujourd’hui au cœur du projet des sciences sociales et historiques. Projet qui peut pour le terrain maghrébin se formuler ainsi : comment produit-on et préserve-t-on la cohésion des configurations sociopolitiques au Maghreb en dépit des conflits et des violences qui peuvent s’y manifester ? Par quels mécanismes sociaux, culturels et politiques y entretient-on un consensus ? Comment le jeu social s’y fait et s’y poursuit ?On a cherché à rendre plus intelligible le fonctionnement des divers espaces sociétaux composant les ensembles maghrébins. Pour ce faire, on a prêté une attention particulière aux dynamiques ayant transformé les sous-systèmes locaux et aux modalités de leur mise en relation au sein de configurations globales. En effet, depuis les débuts des temps modernes, les systèmes sociopolitiques maghrébins sont en mouvement et, partant, engagés dans un vaste processus de recomposition. Il nous a semblé utile de comprendre et le sens et les mécanismes de cette dynamique.


Publié le : jeudi 18 décembre 2014
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EAN13 : 9782821850354
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Villes et territoires au Maghreb

Itinéraire d’une recherche

Abdelhamid Hénia (dir.)
  • Éditeur : Institut de recherche sur le Maghreb contemporain
  • Année d'édition : 2000
  • Date de mise en ligne : 18 décembre 2014
  • Collection : Études et travaux de l’IRMC
  • ISBN électronique : 9782821850354

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Édition imprimée
  • Nombre de pages : 227
 
Référence électronique

HÉNIA, Abdelhamid (dir.). Villes et territoires au Maghreb : Itinéraire d’une recherche. Nouvelle édition [en ligne]. Rabat : Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2000 (généré le 09 septembre 2015). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/irmc/153>. ISBN : 9782821850354.

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© Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2000

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Sommaire
  1. Participants au programme (1997-1998)

  2. Préface

    Jean-Philippe Bras
  3. Villes et territoires au Maghreb. Mode d’articulation et formes de représentation

    Introduction

    Abdelhamid Hénia
    1. UNE PLATE-FORME SCIENTIFIQUE ET UNE APPROCHE RENOUVELÉE
    2. UNE MÉTHODE DE TRAVAIL ET D’EXPÉRIMENTATION EN COMMUN
  4. 1. Conflits, rébellions et dissidences. Ordre social ébranlé, corps social préservé

    1. Présentation

      Abdelhamid Hénia
    2. Rapport préliminaire. Rabat, 22, 23, et 24 décembre 1997

      Jean-Charles Depaule
    3. Rapport final. Tunis, 17, 18 et 19 septembre 1998

      Jean-Charles Depaule
    4. Résumés des interventions

  5. 2. Les notabilités et leur rôle dans l’articulation des entités locales et des espaces englobants

    1. Présentation

    2. Rapport préliminaire. Tunis, 17,18, et 19 octobre 1997

      Abdelghani Abouhani
      1. Qu'est-ce qu'un notable ?
      2. 1. L'assise socioéconomique du notable
      3. 2. Le territoire du notable
      4. 3. Le notable et son réseau
      5. 4. Les champs de la médiation notabiliaire
      6. 5. Le notable : un agent d'intégration entre le local et le global
      7. 6. Perspectives de recherches
    3. Rapport final. Tunis, 17, 18 et 19 septembre 1998

      Jean-Philippe Bras
      1. 1. Définitions en question
      2. 2. Les fondements de la notabilité
    4. Résumés des interventions

  1. 3. Formes d’allégeance et territorialisation

    1. Présentation

      Abdelhamid Hénia
    2. Rapport préliminaire. Tunis, 17-18 et 19 octobre 1997

      Vincent Geisser
      1. Rappel des orientations générales de l'atelier
      2. Perspectives de travail en commun....
    3. Rapport final. Tunis, 17,18 et 19 septembre 1998

      Pierre Robert Baduel
    4. Résumés des interventions

  1. 4. Relations d’interdépendance et territorialisation

    1. Présentation

      Abdelhamid Hénia
    2. Rapport préliminaire. Rabat, 22, 23 et 24 décembre 1997

      Michel Péraldi
      1. Hiérarchisation
      2. Segmentation
      3. Dispersion
    3. Rapport final. Tunis, 17, 18 et 19 septembre 1998

      Pierre Signoles
      1. Première remarque introductive
      2. Deuxième remarque introductive
      3. Troisième remarque introductive
      4. Rappel des conclusions de la table ronde de Rabat (décembre 1997)
      5. Territorialisation et/ou production de l’espace ?
      6. Le rôle de l’État et la hiérarchisation des réseaux
      7. De la dualité territoriale
      8. À propos de Territoire(s)
      9. Relations d’interdépendance et territorialisation
      10. Réseaux sociaux, relations d’interdépendance et territorialités
    4. Résumés des interventions

  2. Index des noms d’auteurs

Participants au programme (1997-1998)

1Abdelghani ABOUHANI, ENAU – Rabat

2Nacéra AGGOUN, Chercheur à Strasbourg

3Abdelkarim ALLAGUI, Université de Tunis I

4Béatrice ALLAIN-ELMANSOURI, URBAMA – Tours

5Azzeddine ALLAM, Faculté La Mohamédia – Rabat

6Nelly AMRI-SALAMEH, Université de Tunis I

7Ahmed ARNOUNI, Université de Tunis I

8Pierre Robert BADUEL, URBAMA – Tours

9Abdallah BEN MLIH, IME, Paris

10Jamel BEN TAHAR, Université de Tunis I

11Kmar BENDANA et Habib BELAID, Université de Tunis I

12Isabelle BERRY-CHIKHAOUI, IRMC – Tunis

13Leïla BLILI, Université de Tunis I

14Pierre BONTE, Laboratoire d’anthropologie, CNRS – Paris

15Sadok BOUBAKER, Université de Tunis I

16Rahal BOUBRIK, IHCC-Aix-en-Provence

17Hussein BOUJARRA, Université de Tunis I

18Jean Philippe BRAS, IRMC – Tunis

19Raffaele CATTEDRA et Myriam CATUSSE, IRMC – Rabat

20Ahmed CHERAI, Faculté La Mohammédia - ENA – Rabat

21Abdallah CHERIF, Université de Tunis I

22Jocelyne DAKHLIA, EHESS – Paris

23Jean-Charles DEPAULE, IREMAM -CNRS - MMSH -Aix-en-Provence

24Mohammed EL-AYADI, Université Hassan II – Casablanca

25Hassan ELBOUDRARI, EHESS - Paris - IRMC – Tunis

26Yahya EL-GHOUL, Université de Tunis I

27Mahmoud ETTAIEB, Université de Tunis I

28Olivier FENEYROL, IEP - Aix-en-Provence

29Abdelhamid FENINA, Université de Tunis I

30Vincent GEISSER, IRMC – Tunis

31Lazhar Mohamed GHARBI, Université de Tunis I

32Isabelle GRANGAUD, EHESS – Paris

33Abdelkader GUITOUNI, Université Mohamed I – Oujda

34Abdelhamid HENIA, Université de Tunis I - IRMC – Tunis

35Aziz IRAKI, ENAU –Rabat

36Houcine JAIDI, Université de Tunis I

37Mohammed KENBIB, Université de Tunis I – Rabat

38Ahmed KHOUAJA, Université de Tunis I

39Nora LAFI, IRMC – Tunis

40Mouldi LAHMAR, Université de Tunis I

41Adel LTIFI, Université de Tunis I

42Lazhar MEJRI, Université de Tunis I

43Mohamed MERIMI, Université du Centre - FLSH – Sousse

44Abderrahmane MOUSSAOUI, Institut d’Architecture - USTO – Oran

45Taeïb NEFFATI, Université de Tunis I

46Michel PERALDI, LAMES – CNRS -Aix-en-Provence

47Abderrahmane RACHIK, Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud – Casablanca

48Brahim SALHI, Université de Tizi-Ouzou

49Yvonne SAMAMA, EHESS – Paris

50Pierre SIGNOLES, URBAMA – Tours

51Mustafa TLILI, Université de Tunis I

52Rachida TLILI-SELLAOUTI, Université de Tunis I

53Mounir ZOUITEN, CNR - Faculté de Droit - Rabat

Préface

Jean-Philippe Bras

1La vocation régionale de l’Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain ne se décline pas simplement en objets de recherche maghrébins, mais aussi dans une manière de « faire » la recherche, à travers des programmes collectifs, s’appuyant sur l’association des communautés scientifiques du Maghreb et d’Europe. Ces programmes conduits par un coordonnateur scientifique en poste à l’IRMC, mobilisent des chercheurs d’horizons institutionnels et disciplinaires divers, sur une période de trois ou quatre années. Ces derniers conçoivent, confrontent et finalisent leurs contributions dans le cadre de réunions de travail régulières : réunion de lancement, réunions intermédiaires, réunion finale. Enfin les programmes de recherche se nourrissent du séminaire annuel de l’IRMC, dont les thématiques sont élaborées en tenant compte des questionnements qui se dégagent au fil de leur déroulement.

2Manière de faire exigeante par ce qu’elle suppose de conceptualisations, de croisement des paradigmes, de transcodages, d’arbitrages, de mises en perspectives, de réfutations, d’abandons, de règles de formalisation communes,… qui sont la vie de la pensée scientifique, restituée de manière nécessairement très imparfaite -en creux et en préface- par la publication finale qui donne d’abord à voir des produits « finis » de la recherche.

3Aussi la création des Cahiers de l’IRMC tend-elle à répondre à deux interrogations qui ont logiquement émergé après une certaine durée de vie de l’institution, correspondant à deux « générations » de programmes de recherche (soit huit années) :

  • comment rendre compte - rendre justice, valoriser, et produire un effet de mémoire- des contributions des uns et des autres, de l’ensemble des collaborations scientifiques et institutionnelles, aux divers stades d’un programme de recherche, de leur articulation dans un « itinéraire » de la recherche ?
  • dans la mesure où l’IRMC prétend s’intéresser aux conditions de la production scientifique sur le Maghreb, comment s’appliquer cette exigence à soi-même et produire les instruments de généalogie de ses propres recherches ?
  • -Donner à voir comment elles sont informées par le travail et les modes théoriques, les choix procéduraux et les moyens mis en œuvre, les jeux et enjeux institutionnels, les allers-retours sur les aires culturelles, la mise en forme pour la publication,…

4Les Cahiers de l’IRMC proposeront donc une forme de « bilan » des programmes de recherche achevés. C’est l’esprit de ce premier numéro consacré au programme conduit par Abdelhamid Hénia entre 1996 et 1998, sur le thème « Villes et territoires au Maghreb ». Le dimensionnement de cette recherche qui donnera lieu à une publication finale en fin d’année 2000, et les mobilisations scientifiques qu’elle a induites, font pleinement ressortir les significations d’un itinéraire de recherche. Les Cahiers mettront également en valeur le travail commun accompli dans le cadre des séminaires, qui concerne les programmes sur un mode transversal. Le second numéro rendra compte d’un séminaire organisé en 1999 sur le thème « Corpus, sources, archives », avec la participation de Jean Boutier, Jean-Louis Fabiani, et Jean-Pierre Olivier de Sardan (Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, Marseille). Pour l’avenir, les Cahiers pourront jouer le rôle de publication intermédiaire des travaux des programmes, présentant documents d’orientation et « working papers », à l’usage des participants aux programmes, mais aussi pour des validations extérieures.

5Leur statut d’instrument de travail a guidé le choix du mode de présentation et de diffusion des Cahiers. La diffusion gratuite des Cahiers se fera de manière simultanée sur version papier et sur le site Internet de l’IRMC. Leur périodicité ne renvoie pas aux exigences d’une revue, et sera commandée par l’état d’avancement des programmes de recherche.

Auteur
Jean-Philippe Bras

Directeur de l’IRMC

Villes et territoires au Maghreb. Mode d’articulation et formes de représentation

Introduction

Abdelhamid Hénia

UNE PLATE-FORME SCIENTIFIQUE ET UNE APPROCHE RENOUVELÉE

1S’il m’était demandé de qualifier notre programme de recherche « Villes et territoires au Maghreb : mode d’articulation et formes de représentation »1, je dirais qu’il propose plus une posture méthodologique qu’une problématique portant sur une thématique toute construite. Il questionne la manière dont les configurations sociopolitiques maghrébines se construisent et se tiennent. Si son objet premier est bien le Maghreb, la thématique fait implicitement référence à un courant des sciences sociales et historiques qui cherche de plus en plus à adopter une démarche constructiviste, celle qui s’assigne comme tâche première la construction de la réalité sociale ; elle participe également à un vaste « front de recherche » qui mobilise, en faisceau, des programmes de recherche centrés sur des notions telles que ville, territoire, local, global, etc. Bien sûr, les problématiques développées autour de ces notions sont variées. Notre objectif est de contribuer à enrichir cette thématique générale, en y apportant des éléments d’illustration et d’explication à partir d’études de cas circonscrites au Maghreb moderne et contemporain.

2La question de savoir comment se construisent des ensembles globaux et de quelle manière et pour quelles raisons des hommes ou des groupements humains se lient entre eux et forment ensemble des groupes sociopolitiques spécifiques et dynamiques, demeure aujourd’hui au cœur du projet des sciences sociales et historiques. Projet qui peut pour le terrain maghrébin se formuler ainsi : comment produit-on et préserve-t-on la cohésion des configurations sociopolitiques au Maghreb en dépit des conflits et des violences qui peuvent s’y manifester ? Par quels mécanismes sociaux, culturels et politiques y entretient-on un consensus ? Comment le jeu social s’y fait et s’y poursuit ?

3On a cherché à rendre plus intelligible le fonctionnement des divers espaces sociétaux composant les ensembles maghrébins. Pour ce faire, on a prêté une attention particulière aux dynamiques ayant transformé les sous-systèmes locaux et aux modalités de leur mise en relation au sein de configurations globales. En effet, depuis les débuts des temps modernes, les systèmes sociopolitiques maghrébins sont en mouvement et, partant, engagés dans un vaste processus de recomposition. Il nous a semblé utile de comprendre et le sens et les mécanismes de cette dynamique.

4Aborder une recherche sur le fonctionnement des ensembles maghrébins à partir d’une problématique de l’articulation présupposait la détermination des interdépendances, des formes de médiation et des acteurs qui se posent en médiateurs entre les individus, les groupes et les espaces sociétaux composant une configuration sociale. Il nous apparaissait également que les réseaux d’alliances de type politique, matrimonial et économique, les rapports d’allé­geance, les formes institutionnelles de médiation et le travail des acteurs – tels que les notables locaux, les marabouts, les oulémas et les nouvelles élites politiques – assuraient un rôle important dans l’aménagement des rapports impliquant les espaces sociétaux et les territoires.

5Réfléchir sur l’articulation villes et territoires suppose une posture de précaution épistémologique mettant en perspective le travail de représentation. Le regard critique porté sur la genèse des savoirs sur la thématique a permis de dépasser une perception dichotomique de cette articulation. Celles-ci en effet est le plus souvent fondée sur des binômes réducteurs, des stéréotypes et des notions antinomiques comme celles de domination ou de complémentarité et celles de rupture ou de continuité qui ne sont en fait que des aspects de la pratique sociale isolés par l’analyse.

6Le Maghreb est-il un espace homogène alors que le pouvoir ne s’y exerce et les différents États ne s’y construisent pas de la même manière ? Au début des temps modernes, l’État se construit au Maroc plutôt selon le modèle khaldounien : il serait l’expression de certaines forces locales, largement autonomes, unies principalement par l’esprit de corps (ou ‘açabiyya). Dans le reste du Maghreb, l’État aurait été surtout imposé par des sociétés citadines qui ont fait appel à des étrangers maniant des techniques administratives, militaires et politiques, nouvelles pour l’époque. Le Maghreb a connu par la suite des phases contrastées, successivement marquées par des déséquilibres et des luttes dévastatrices, puis par une stabilité et un relatif épanouissement, enfin par une expansion européenne « traumatisante », une colonisation « restructurante » ayant génér des mouvements nationaux « salvateurs ». En donnant une profondeur historique à cette thématique, l’objectif était de voir aussi dans quelle mesure ces pesanteurs coïncident avec les temps et les scansions historiques généralement admis.

7L’attention a été portée sur la production sociale des territoires, sur l’organisation matérielle et humaine des espaces, sur les mises en contact par les relations d’interdépendance et les réseaux, et sur les conflits en tant que champ de régulation des systèmes englobants. S’interroger sur l’articulation villes et territoires à la lumière des développements les plus récents en sciences sociales nous a permis de mieux restituer la complexité des réalités sociales au Maghreb.

8À partir d’une démarche fondée sur la confrontation paradigmatique, la diachronie et la comparaison, privilégiant un va-et-vient entre l’empirie et la théorie, nous avons essayé de repérer les acteurs médiateurs (individuels, collectifs ou institutionnels) et les secteurs de médiation constituant les instances habilitées à dispenser de la cohésion sociale. En outre, nous avons mené une réflexion sur la nature du lien social qui se construit et se reconstruit. L’analyse a donc accordé le primat aux relations. Bien que cette approche soit tout ce qu’il y a plus admis en matière des sciences sociales, elle est difficile à mettre en œuvre ; sans doute parce que les relations sociales sont généralement difficiles à identifier dans leurs formes émergentes.

9Pour prendre en compte la complexité des interrogations formulées, nous avons privilégié dans la réflexion commune les notions d’accord, de désaccord, de convention, de conflit, de rébellion et de relation d’interdépendance. Elles nous ont paru constituer autant d’outils d’investigation permettant de dépasser le simple examen des pratiques.

10À partir des constats que nous avons pu faire durant trois ans de travail collectif, nous avons choisi d’organiser la recherche autour de quatre axes qui restituent, à la fois, la diversité des approches et la vision d’ensemble du programme : les conflits, les rébellions et les dissidences ; les notabilités et leur rôle dans l’articulation des entités locales et des espaces englobants ; les formes d’allégeance et la territorialisation ; les relations d’interdépendance et la territorialisation. La distinction entre ces quatre axes est évidemment toute relative. Il existe bien une imbrication entre tous les éléments et il serait artificiel de vouloir les séparer de façon rigide. Il n’en reste pas moins vrai que ces axes ont permis de mieux ordonner le déroulement des débats et d’en mettre en relief les aspects les plus importants.

UNE MÉTHODE DE TRAVAIL ET D’EXPÉRIMENTATION EN COMMUN

11La réalisation du programme de recherche Villes et territoires au Maghreb a été prise en charge par le Groupe de Recherche sur les Villes et les Communautés Locales, (GRVCL). Ce groupe a été créé en janvier 1996 dans le cadre d’une convention de coopération scientifique conclue entre l’IRMC et la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis. Il s’est donné pour objectifs de conduire une réflexion renouvelée sur les espaces urbains et leurs articulations avec l’environnement rural, et, dans ce cadre, sur la mise en place de réseaux et de stratégies communautaires. Il s’est également donné l’ambition de présenter des travaux de terrain, afin de procéder à une large confrontation sur les questions méthodologiques relatives à la thématique. Enfin, il tend à engager, à travers l’étude d’objets locaux, une réflexion « par le bas » sur la manière dont se construisent les configurations sociopolitiques globales.

12Une trentaine de chercheurs et de doctorants, appartenant à des spécialités et à des traditions académiques différentes, ont introduit une dimension pluridisciplinaire et comparatiste, créant ainsi les conditions d’un dialogue entre les différentes spécialités des sciences sociales et historiques. Sociologues, anthropologues, historiens, politistes, géographes et juristes ont su confronter des concepts et ont participé au même débat théorique. Outre l’équipe constituée sur place par les membres du GRVCL, d’autres chercheurs maghrébins et européens ont été conviés à participer aux différentes rencontres qui ont scandé la réalisation du programme, sous forme d’ateliers, de journées d’études à mi-parcours et d’un séminaire final.

13Quatre ateliers, d’une périodicité mensuelle, ont été mis en place simultanément à Tunis en 1996 autour des axes de recherche de la thématique. Ce cadre a favorisé la création d’un espace permanent d’échanges et d’expérimentation méthodologique. À partir de discussions portant sur des travaux de nature empirique, notamment des descriptions de trajectoires et de stratégies singulières, le groupe a essayé d’asseoir une réflexion plus large dépassant la simple analyse des formes concrètes et des cas de figures. Afin d’apporter un éclairage particulier sur l’un des thèmes, des conférences ont été prononcées à Tunis, entre décembre 1996 et avril 1997, par Daniel Nordman2, Brahim Salhi3, Jocelyne Dakhlia4, Mounira Remadi-Chapoutot5 et Mohamed Tozy6.

14Les premiers résultats des recherches autour de la notabilité ont pu être valorisés dès juillet 1996, lors de la XIe Rencontre de l’AFEMAM à Aix-en-Provence. À cette occasion, le GRVCL a présenté la synthèse des travaux de cet atelier, organisée en quatre thèmes complémentaires : « Réflexion épistémologique : local, global et notabilité » (Olivier Feneyrol) ; « Notabilité et territorialité » (Ahmed Khouaja) ; « Les secteurs de la médiation notabiliaire » (Yahya El Ghoul) ; « Le notable médiateur politique entre le local et le global » (Abdelhamid Hénia)7. Puis, des journées d’études à mi-parcours ont été organisées à Tunis et à Rabat, en octobre et décembre 1997 et une rencontre finale s’est tenue à Tunis en septembre 1998.

15Chacune de ces réunions a fait l’objet de rapports préliminaires de la part de Jean-Charles Depaule, Abdelghani Abouhani, Vincent Geisser et Michel Péraldi, puis de rapports de synthèse élaborés à l’occasion du séminaire final par Jean-Charles Depaule, Jean-Philippe Bras, Pierre-Robert Baduel et Pierre Signoles. En guise de conclusion aux travaux du séminaire, un rapport général a été présenté oralement par Michel Camau. Les remarques de ces différents rapporteurs nous ont permis de voir plus clair dans nos investigations et nous ont surtout incité à porter un nouveau regard sur nos recherches.

16Au terme d’une démarche scientifique collective, il nous est apparu utile d’en retracer l’itinéraire, d’en présenter les étapes, avant publication. Aussi, ce cahier se propose-t-il de valoriser le large débat dont les rapports de synthèse rendent compte. Ces derniers reflètent la manière dont l’objet a été progressivement construit, mais aussi les différents enjeux que recouvre le choix d’une posture scientifique. Pour chacune des thématiques, le lecteur trouvera donc, une présentation succincte des questions posées au départ, le rapport préliminaire élaboré à partir de communications exposées oralement lors des tables rondes mi-parcours, le rapport final établi à partir des contributions écrites pour le séminaire de septembre 1998, ainsi que les résumés des projets de recherche des participants.

Notes

1 Le texte intégral du programme « Villes et territoires au Maghreb » a fait l’objet d’une publication dans Correspondances, Bulletin d’information scientifique de l’IRMC, avril 1997, n° 45, pp. 3-15.

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