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Vin et République

De
310 pages
"Un orage parlementaire", c'est ce que la Révolte des vignerons n'aura pas manqué de provoquer à la Chambre des Députés durant le mois de juin 1907. Le tandem Vin et République se décline en Vignerons et République, République et Vin. Quelles sont les attentes des vignerons, les réponses législatives, les conduites de refus et de combat que représente pour l'Etat l'incontestable richesse économique véhiculé par le vin ?
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Avant-propos
Introduction

Sommaire

Première partie
Echos etmanifestations des révoltesviticoles

« Mes Comparioes que l’on fusille … »
Trois députés méridionauxà latribune face
à la Révolte desvignerons de 1907:
Etude linguistique d’une « scène discursive » parlementaire
ParShakila Zamboulingame
1907: l’union sacrée entre « Rouges » et« Blancs »
vue par la presse de Droite
ParDavid Mouraret
La mémoire de 1907dans la culture communiste
oulesusages politiques dupassé
ParJean Vigreux
Les propriétairesviticoles duBordelais en révolte :
1907, aboutissementoupointde départd’unetradition
contestataire ?
ParMarguerite Figeac
La criseviticole médocaine de 1907.
Entre fantasmes etréalités : instrumentalisation politique
etgestion d’un « non événement»
ParCorinne Marache
Les bouilleurs en République :
Pratiques manifestantes etmobilisations anti-étatiques
ParÉdouard Lynch
Champagne rouge, Champagne sang.
De l’épineuse question de la définition du vigneron
champenois (1908-1914)
ParAlexandre Niess
Les chambres de commerce duLanguedoc face à la question
viticole
sous la Troisième République
ParPhilippe Lacombrade

7
9

13

14

26

37

53

68

82

97

112

Deuxième Partie
Les questionsviticoles auParlementetdans lavie politique
locale etrégionale

Edouard Barthe, « Député du vin » (1882-1949)
ParJean Sagnes
Pierre Leroy-Beaulieu:
un « Yankee » dans le Midi
ParPhilippe Secondy
Georges Cazeaux-Cazalet(1861-1911) :unviticulteur parlementaire
de la Gironde
ParSylvie Guillaume
Etienne Camuzet,un parlementaire bourguignon aucœur
des stratégies politiquesvini-viticoles nationales etlocales
dudébutduXXeme siècle
ParOlivier JacquetetChristophe Lucand
Déclaration de récolte et taxation de la chaptalisation :
er
genèse des arteicles 1 t5 de la loi du 29 juin 1907
ParOlivier Serra
Une plaquetournante de l’activitéviticole au temps duStatut
de laviticulture : la commission des boissons
de la Chambre des députés (1919-1939)
ParJean-Marc Bagnol
Le statutdu vin
ParPierre Barral

Troisième partie
Vin, République etconstruction des identitésterritoriales

Itinéraires entrevin etRépublique (1860-1940) :
troisvignerons nissanais
ParJean-Pierre Donnadieu
Unusage conservateur de la coopérationviticole :
Genèse de la cave coopérative de Saint-Christol
ParFrédéric Bort
La guerre des rouges
ParCyril Gispert
Les Girondins etla crisevini-viticole
des premières années duXXème siècle
ParPierre Guillaume
Soulèvementdumondevigneron etconstruction
de la Champagneviticole
ParSerge Wolikow
Les Piliers duMidi rouge, les fondations d’une domination
politiqueterritoriale
ParCécile Germain-GeraudetFabien Nicolas

125

126

133

161

170

182

193

209

217

218

237

245

258

272

283

Avant-propos

Noustenonstoutd’abord à remercier l’ensemble des intervenants,
devenus pour la plupartcontributeurs de la publication des Actes pour leur
participation auColloque Vin etRépublique organisé à Montpellier les 18
et19 octobre2007.
Ces remerciements se doiventde mentionnertoutparticulièrementle
Comité pour l’Histoire Parlementaire etPolitique etson présidentJean
Garrigues sans qui ce colloque n’auraitpusetenir ainsi que les professeurs
Geneviève Gavignaud-Fontaine etPaul Alliès qui nous ontapporté leur
soutien indéfectible. La publication de ces Actes marque la fin de cette
longue etintense aventure.
Ces remerciements s’adressentégalementà l’ensemble des partenaires
ayantpermis le succès de cette manifestation;le public qui par sa présence
a mis en évidence l’attraitde lathématiqueviticole en Languedoc;les
institutionsuniversitaires, en l’occurrence les Universités Montpellier I et
Montpellier III, qui par l’intermédiaire de leurs centres de recherche ont
affirmé leur intérêtpour les études locales;les collectivitésterritoriales,
Conseil général de l’HéraultetConseil Régional duLanguedoc-Roussillon,
qui ontsoutenudès le débutcette entreprise commémorative et
scientifique.
A l’image des événements de 1907, etsurtoutde leurs légendes, c’est
bienuneunion sacrée qui a permis detenir ces deuxjournées d’études à
Montpellier.
Union sacrée des institutions politiques mais aussi des institutions
universitaires etenfinunion sacrée des chercheurs de disciplines
différentes etdeterrains de recherche éloignés autour d’un sujetrarement
abordé mais pourtantfondamental à la construction dusystème
républicain français.
Ces Actes sontletémoignage des analyses faites sur les différents
territoires de la France qui produisentdu vin etparfois de leurs
contradictions par rapportauprocessus de nationalisation politique.
Défense des intérêts sectoriels mais aussi locauxdansune dynamique
de construction nationale durégime républicain, ce paradoxe estencore et
toujoursune grille de lecture de la formation de nosterritoires.
En espérantque cevolumetraduira la richesse de nos échanges à
l’occasion de ces journées montpelliéraines.

Philippe Lacombrade etFabien Nicolas
Montpellier, le 5 décembre2008

7

Introduction

Philippe Lacombrade etFabien Nicolas ont vaillammentœuvré depuis
de longs mois pour rassembler historiens etpolitistes dansune efficace
pluridisciplinarité, etpour que ces deuxjournées puissentse dérouler dans
les meilleures conditions possibles. M. le PrésidentduConseil Régional
Languedoc-Roussillon, M. le PrésidentduConseil général dudépartement
de l’Hérault, ainsi que l’ensemble des conseillers, qui nous reçoivent
aujourd’hui etdemain en leurs hôtels respectifs, ontréservéun accueil
favorable à nos projets. Qu’ilstrouventici la gratitude detous les
participants à ce Colloque, collèguesvenus d’une dizaine d’universités
françaises, chercheurs prompts à communiquer les résultats de leurs
investigations, auditeurs ici rassemblés pour débattre d’un siècle de
viticulture française.
Nous sommes à l’automne d’une année riche en rencontres centrées
sur le souvceenir de « uxde 1907» comme se désignaienteux-mêmes les
vignerons languedociens. Lorsque l’histoire setrouve ainsi placée sous les
feuxmédiatiques, elle bénéficie incontestablementde fructueuxapports
touten courantle risque de laisser plus que jamais s’entremêler bons grains
etivraie. Il appartientd’ores etdéjà à la nouvelle génération de faire le
bilan historiographique des diverses problématiques exposées lors de ce
premier Centenaire.
Pour l’heure, le Colloque qui s’ouvre confirme la forte empathie des
universitaires avec latrilogie «vignes,vignerons,vdéjà si amplemenins » t
dotée de publications de référence;àtel point, qu’il seraitimpossible de
les citertous dans les minutes qui me sontimparties !
Grâce auxauteurs réunis aujourd’hui, l’analyse se dote d’une dimension
natle Bordelais eionale : tle Médoc, la Bourgogne etla Champagne
prennentplace sur l’échiquier hexagonal du vingtième siècle. Le rôle des
organisations etpartis politiques, de la presse, des députés (Georges
Cazeaux-Cazalet, Pierre LeroyBeaulieu, Edouard Barthe…) estmis en
avant ;la force de la Commission des Boissons duPalais Bourbon,
l’importance des lois etrèglements (loi du 29 juin 1907, Statutde la
Viticulture dans les années 1930…), l’action des chambres de Commerce
etdes caves coopératives…
Autantd’acteurs économiques etsociauxprofilés autour d’une
problématique que nous n’étreindrons pas complètementen deuxjours.
Car, par-delà son apparente simplicité, letandem « Vin etRépublique » se
décline en Vignerons etRépublique, République etVin;dans le premier
cas, il s’agitde distinguer les attentes desvignerons etles réponses
législatives, les conduites de refus etde combat ;dans le second,

9

transparaîtl’intérêt– oule désintérêt– que représente pour l’Etat
l’incontestable richesse économiquevéhiculée par levin lorsque celui-ci
troque sa symbolique religieuse ouculturelle contre sa seulevaleur
marchande. Nul n’ignore l’abondance des rentrées fiscales opérées par la
perception des droits napoléoniens sur levin, ni l’ardeur mise par les plus
hautes instances politiques à développer la culture de lavigne en Algérie
dans les premières décennies de la Troisième république.
La simplification des droits de circulation sur levin, opérée en 1900, a
donné satisfaction aux vignerons;par ailleurs, ceux-ci sontencore peu
enclins à montrer dudoigtles cargaisons devin maghrébinvenuse
déverser entre Rhône etPyrénées. Les Roussillonnais apprécientsans
modération les effets des lois Arago etPams qui, en 1872et1898, leur ont
permis detransformer en source d’« or rouge » les sols maigres de leurs
garrigues odoriférantes. Cependant, dès les années 1890,tandis que la
sociétévigneronne sortducauchemar phylloxérique, lesvignes
nouvellementplantées se mettentà produplire de us en plus, etdes
préoccupations quotidiennementaggravées se fontjouil se mr : urmure
que l’effondrementdes prixconstaté sur le marché estprovoqué par la
concurrence déloyale – frauduleu– de boissonsse ? vineuses, fortement
sucrées pour le plus grand profitdes betteraviers qui écoulentleurs stocks,
etdes intermédiaires qui délaissentlesvnains « tuarels » uprixde revient
trop élevé dans leurs comptes.
Le murmure se faitaccusation à hautevoixdès 1893, alors que des lois
interdisentle sucrage desvins de marc (1889),tendentà définir levin (loi
Griffe), dénoncentlesvins de raisins secs etautres composantes non
déclarées (1890). Cependant, la loi n’estefficace que si elle estappliquée;
or, jusqu’à l’établissementd’un Service de Répression des fraudes doté de
puissants moyens (1905-1907), le laxisme juridique etles surenchères
spéculativesvontl’amble. De nouvelles lois ontbeauinterdire de mettre en
marchévins survinés etmouillés (1894), les piquettes (1897), des breuvages
entoutgenre, bien que contrevenantauxlois envigueur, inondentle pays
de Bacchus depuis que lestaxes sur le sucre ontété fortementdiminuées
en 1884.
Pour faire courten cette introduction, je dirai simplementque
Languedociens etRoussillonnais, sans doute parce qu’ils se font une haute
idée de l’Etat(de la République ?), demandentde plus en plus instamment,
en 1907, d’appliquer des lois existantes, etdevoter des lois aptes à limiter
(interdire ?) le sucrage desvins par la hausse destaxes sur le sucre. Les lois
de 1900et1903, réglementantles pratiques sucrières, sontjugées
insuffisantes. Les appels ausecours se fontde plus en plus puissants, et
pressantes deviennentles injonctions faites auxdéputés de légiférer pour
rétablir d’équitables pratiquesviticoles etcommerciales.
Parce que les populations méridionales ontde l’Etatl’idée qu’il esten
charge dubien commun, qu’il lui appartientdeveiller à la sauvegarde des
10

intérêts de chacune des parties, leur mouvementne sauraitêtre interprété
commeune révolte;avantque lestensions ne s’exacerbent, des pancartes
demandaient« République, sois bonne mère ». Après avoir pleuré leurs
morts à Narbonne, dialogué avec les mutins à Béziers, défaitdans
d’innombrables communes leurs ceintures d’élus avantd’envoyer des
lettres de démission auprésidentClemenceau… etfait trembler le régime,
les Méridionauxobtiennentsatisfaction : les lois du 29 juin et15 juillet
mettentle marché dusucre sous surveillance, réglemententet taxentle
sucrage de lavendange, établissentle contrôle de la production à la
propriété, interdisentle mouillage;le règlementdu 3septembre actualise la
loi Griffe (1889) etcelle de 1905 pour donnerune définition du vin
appelée à persister longuementdans le plus grand respectdes producteurs
etdes consommateurs : levin résulte de la fermentation alcoolique dujus
de raisin frais;aucun autre produitne peutêtrevendusous ce nom s’il est
« fabriqué » autrement.
La défense du vin naturel constitue la grandevictoire de 1907 ;les
vignerons duMidi, etceuxqui les ontrejoints, ontobtenude l’Etatce
qu’ils en attendaient. Ils n’arrêtentpas là leurs efforts, car ils saventqu’il
fautaussi compter sur soi-même pour augmenter ses chances de prospérité
économique etsociale. Sanstarder, dès le22septembre ils se réunissenten
une Confédération Générale des Vignerons bien décidée à exercer le
pouvoir que la loi du 29 juin reconnaîtauxsyndicats : se porter partie civile
dans la lutte contre les fraudes. Ainsi aurôle de l’Etats’adjointle rôle des
organisations syndicales pour garantir la bonne marche de laviticulture du
Var auxPyrénées-Orientales.
D’autres intervenants mettrontl’accentsur différentes lois (celles de
1919 et1935 sur les appellations d’origine), relaterontdivers combatstel
celui des bouilleurs de cruoucelui des producteurs devins de
consommation courante enclins à obtenirun prixde base rémunérateur…
Car après avoir défendula qualité des produits mis en marché, il fallait
assurer le maintien de prixrémunérateurs sur le marché afin de ne pas
acculer à la faillite des dizaines de milliers de famillesvigneronnes. La
célèbretrilogie « distillation - échelonnementdesventes - financement»
portée par le Statutde la Viticulture aveillé,tantque faire s’estpu, à la
régulation d’un marché national devenupléthorique comptetenude la
production algérienne, eteuégard auniveaude consommation française.
C’est-à-dire jusqu’à la mise en place dumarché européen;les intérêts de la
Métropole s’éloignaientdepuis quelques années déjà de ceuxde l’Algérie
devenue indépendante.
Autantde faits aptes à mesurer combien l’Organisation Commune des
Marchés d’abord, etl’Organisation Mondiale duMarché ensuite ontfait
rapidement tourner les pages de l’histoire, puisqu’il n’estplus de mise de
légiférer pour protéger les marchés oudéfendre les prix: la démocratie ne
serait-elle qu’affaire de citoyens sans considération d’activité
11

professionnelle ? Lesvignerons français saventbien qu’il leur faut
conquérir de nouveauxmarchés, développer de fortesvaleurs ajoutées
pour que leurs produits leur permettentde se maintenir sur leurs
propriétés;les pouvoirs publics se déclarentprêts à les aider à s’imposer
sur le nouveaumarché ouvertauxconcurrences les plus déstabilisantes. Le
temps presse;plus que jamais pépite convoitée, levin n’est-il pas en passe
d’effacer ses lettres de culture entrelacées de deuxmille ans d’histoire pour
des paris de fortune dignes des casinos les plus aventureux?
Lesvignerons françaisvont-ils renoncer à la législation qu’ils avaient
eux-mêmes demandée ? A la défense de leurvin naturel conjuguée à de
prestigieuses appellations d’origine contArôlée ? umaintien de leurs
activités riches de siècles, de millénaires de pratiques etde
perfectionnements ? Leur manque de faire-savoir fera-t-il disparaître leur
savoir-faire – qu’ils ontpar ailleurs généreusementcommuniqué aumonde
entier ! Levin sera-t-il remplacé sur latable par le coca-cola auprétexte de
pourchasser l’addiction à l’alcool ? La lutte antialcoolique, récurrente sous
les Quatrième etCinquième républiques, semble bien pourtantpénaliser
davantage la consommation devin que celle des alcools réputés « forts ».
L’éducation à la consommation pourun produitdontles médecins
continuent, longtemps après Pasteur, àvanter les mérites offerts parune
dégustation modérée ne pourrait-elle pas être accompagnée par les services
éducatifs de la République ? Certes, les Etats-nations ont transféréune
partie de leurs prérogatives à des pouvoirs supranationaux ;s’il est
désormais duressortdes instances européennes (Union Européenne) et
mondiales (O.M.C.) de prendre des mesures efficaces, il n’estpas dans
leurs programmes respectifs de sauvegarder les économies locales.
Au terme des deuxjournées de réflexion prévues pour affiner les
rapports entre la République etlevin, les politistes nous dirontpeut-être
pourquoi la démocratie d’aujourd’hui ne semble pas avoir la responsabilité
de maintenir l’économie auservice des populations laborieuses sur les
terres oùelles s’enracinèrentde génération en génération. Les maîtres mots
d’une actualitmobilié fébrile, déclinés en « té des populateions », t
« flexibilité du travsaail » ne uraientconvenir à la culture pérenne qu’estla
vigne, ni à la civilisation méditerranéenne dontl’un des piliers millénaires
estlevin.

12

Geneviève Gavignaud-Fontaine

Professeur desuniversités,
historienne du vignoble languedocien etroussillonnais

Première partie

Echos etmanifestation de la révolteviticole

Shakila Zamboulingame

1
«Me s Co mpa ri o  e s q ue l ’ o n f u si l l e … »
Trois députés méridionaux à la tribune face
à la Révolte des vignerons de 1907 :
Etude linguistique d’une « scène discursive » parlementaire

Shakila Zamboulingame es iulaire d’un Maser 2 d’hisoire conemporaine,
Universié Paris 1 Panhéon-Sorbonne, Cenre de recherches en hisoire du XIXème
siècle

1
Journal Officieldu 22juin 1907 - Séance du 21 juin 1907 : intervention de FelixAldy,
p.1466.
14

2
« Un orage parlementaire » : c’estce que la Révolte desvignerons du
Midi n’aura pas manqué de provoquer à la Chambre des Députés durantle
mois de juin 1907. Les débats parlementaires représentent, à cetitre, sans
aucun doute,une source précieuse etinépuisable pour quiveutcomprendre
3
la perception nationale dumouvement vigneron .
Trois séances se distinguentcependantdes autres. Alors que le débat
avaitété jusque là dominé par des discussions qui étaientavant toutcelles de
spécialistes sur la crise économique quetraverse alors laviticulture
méridionale, les séances du18 juin, du 21 juin etdu 28 juin, etplus
particulièrementles discussions d’interpellations, ouvrent unevéritable
brèche polémique, face à la politique répressive duprésidentduConseil et
ministre de l’Intérieur, Georges Clemenceau, etface aux«tragiques
4 5
évènements » qui ontlieuentre le 18 etle21 juin .
Mais c’estplus particulièrementsur les interventions detrois députés
méridionauxaucours de la séance du 28 juin queva porter cette
communication. Il s’agitde Justin Augé, député radical-socialiste de
l’Hérault, de FelixAldy, député socialiste de l’Aude, ancien maire de
Narbonne etancien adjointdumaire ErnestFerroul, etenfin d’Albert
Bedouce, député socialiste de la Haute-Garonne etmaire de Toulouse.
Il fautd’ores etdéjà direun motde l’importance de cette séance du 28
juin durantlaquelle le présidentduConseil doitrépondre à cinq
interpellations. Toutà la fois procès des évènements etde la répression
gouvernementale etpointd’orgue émotionnel à l’heure des bilans, elle se
déroule en effetdansune atmosphère de « sortie de crise » avantlevote de
la loi contre le sucrage etle mouillage desvins, le29 juin 1907: les leaders
dumouvementsontà ce momentarrêtés, Marcellin Albertestrentré dans le
Midi après sa rencontre avec Clemenceau, les mutins, eux, sonten cours
d’envoi à Gafsa.
C’esten interrogeantletexte de cette séance de débats qu’on peut
comprendre quposelles « tures » adoptentcestrois députés, qui setrouvent
aucentre de la scène parlementaire, lieude représentation nationale, au
milieude feux-croisés, pourrait-on dire, entantque porte-paroles d’une
région en crise qui offreun spectacle inéditaupays.
Pour cela, j’utiliseune méthode d’approche linguistique, etplus
précisément une étude de l’ « énonciation » dans les discours de ces députés
qui est, comme le définitDominique Maingueneau, « la manière dontle

2
JOdu 29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907 : intervention d’AlbertBedouce, p. 1554.
3
Cette communication se fonde sur le mémoire de master 1 que j’ai faitsous la
direction de Maïté Bouyssyà l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sur les débats
parlementaires de juin 1907 concernantles évènements duMidi :La France face au
Midi : la scène discursive parlementaire de la Révolte desvignerons de 1907.
4
JO du 29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907 : intervention de FelixAldy, p. 1557.
5
Incendie de la préfecture à Perpignan, affrontements à la sous-préfecture etdans les
rues de Narbonne, fusillades sur la place de la mairie de laville qui feront 6morts,
mutinerie du17è de ligne.
15

6
locuteur s’inscritdans son discours, et yinscritaussi l’autre, l’interlocuteur » .
Lestraces de cette énonciation sontles personnes dudiscours (je,tu, nous,
vous) parmi lesquelles celles qui ontla portée la plus significative dansun
discours politique etquivontnous intéresser sontle nous etlevous. Il faut
distinguer icitrois catégories de ces personnes généralement utilisées en
analyse dudiscousrs : la forme « ujet» qui permetde se mettre en scène
comme acteur dudiscouobjers, la forme « t» qui, aucontraire, permetde
mettre en scèneune certaine passivité, etenfin, la forme possessive qui
révèleun champ d’appartenance identitaire.
Chaque orateur inscriten effetdans le discoursune certaine mise en
scène de soi etducollectif dontil se réclame (les référents dunous) mais
aussi de l’interlocuteur, adversaire politique ounon (les référents du vous).
Ces mises en scène discursives qu’on peutappeler « postures d’énonciation »
révèlentle positionnementpolitique etidentitaire de chaque
locuteur/député face à l’évènement. Deuxquestions centrales pourrontalors
aiguiller not: à qre propos ui parlentces députés duMidi ? Aunom de qui
parlent-ils ?
C’esten comptantsystématiquementeten confrontantlesutilisations
dunous etdu vous, en mettanten évidence à qui fontréférence ces
personnes dudiscours qu’on peutesquisser ce que j’appelle la « scène
discursive » : quand je parle de « scène discursivje ne parle donc pase »,
simplementdudécorthéâtral qu’offre àvoir le Palais Bourbon mais bien du
jeude rôles qui se construitpendantle débatentre ces députés duMidi et
ceuxà qui ils s’adressent, etqui révèle quels camps s’affrontentà la Chambre
des députés face auxévènements de juin 1907.
A la questà qion « ui parlentles députés duon peMidi ? », utrépondre
d’entrée, que les discours des Méridionauxde la Chambre s’adressent, en
premier lieu, auGouvernementqu’on accuse, etplus particulièrementà
Clemenceau, etensuite, bien sûr, à l’ensemble des députés qu’il s’agitde
7
convaincre même si, etnous leverrons plus loin, ilya quelques exceptions .
C’estdonc surtoutla questaion « unom de qui parlent-ils ? », etdonc
l’étude dunous dans ces discours quiva occuper l’essentiel de mon propos.
8
Le nous, sujetd’étude fréquentdans l’analyse dudiscours politique est,
comme le ditAnnie Geoffroyle pi, « votde l’énonciation politique », la
« désignation socio-politiqueunique, forme par laquelle le sujetpolitique
essaie d’échapper à ses responsabilités énonciatives de sujetauprofitd’un

6
Voir la notice « Enonciatdans, Paion » trick Charaudeau(dir.), Dominique
Maingueneau(dir.),Dictionnaire de l’analyse du discours, Paris, Seuil, coll.
« Philosophie générale »,2002, p.231.
7
Voir lestableauxsur les référents duvousdans les Annexes.
8
A cetitre, on pourra se reporter à la revueMotsn°10(numéro spécial), « Le nous
politique », Presses de Sciences Po, mars 1985.
16

9
collectif auxcontourstoujours mouvanton pes » . Ainsi, utd’ores etdéjà
dire qunoe le « us » est, dans les discours de ces députés duMidi, à
« géométrieven effeariable » : t, il peut toutà la fois avoir pour référentle
Midi etses représentants, le Parlementdans son ensemble oubien encore la
Nation. Danstous les cas, cetéventail de nous révèle des postures
d’énonciationvariées plus oumoins ancrées dansune identité méridionale et
donc des perceptions etdes engagements différents face à l’évènement.
En se demandant« aunom de qui parlentles députés duMidi ? », la
réponse peutalors sembler alors évidente : aunom duMidi. Cependant,
même si le consensus autour de la défense de leur région est, on le devine,
unanime chezces députés, il fautse demander à quel pointcette défense est
uniforme.
En effet, ces députés se battentcertes pour le Midi mais parlent-ilstous
aunom duMidi ? Si oui, est-cetoujours aunom d’un même Midi ?
Que nous révèlentalors ces « postures d’énonciation » sur l’ancrage
identitaire méridional etsur le positionnementpolitique de cestrois députés
face auxévènements de juin 1907, qui, on le sait, présententà la fois
l’originalité politique d’unir dansun même élan Midi rouge etMidi blanc et
la caractéristique inédite sous la Troisième République de fédérertouteune
région ?
Les3portraitdiscs « ursifs » successifs de Justin Augé, de FelixAldyet
d’AlbertBedouce qui suiventpermettront, peut-être, detrouver des
fragments de réponse à ces questions.

Jll encepué du vin » par exce e « dé : l Au gé u sin

Le discours de Justin Augé comporte 17nous sujet, 8 nous objetet5
10
possessifs .
La première réalité flagrante estla surreprésentation dunous méridional.
Celui-ci représente en effet13des 17nous sujetque comporte son discours
et 7des 8 nous objet. Le nous méridional estdonc deuxfois plus souvent
sujetqu’objet. Justin Augé parle, detoute évidence, aunom d’un Midi, qu’il
meten scène comme agissant, réclamantetrevendiquant, etnon dansune
position de passivité face à la politique de Clemenceau. Les 4 nous sujetetle
seul nous objetrestants ontpour référentle Parlement, ce qui mène à
constater la moindre importance de l’identité parlementaire dans le discours
d’Augé. On remarque aussi que 4 des 5 possessifs dunous ontpour référent
le Midi etplus précisémentlaviticulture méridionale (« nosviticulteurs »,

9
Annie GeoffroyLe no, « us de Robespierre ouleterritoire impossible »,Mots n°10,
« Le nous politique », Presses de Sciences Po, mars 1985, pp.63-90
10
Rappelons que son discours estreporté dans leJOsur6colonnes, ce qui
représente, environ 15 minutes à latribune. On se reportera, pourtoutes les données
chiffrées, aux tableauxsur les référents dunousen Annexes.
17

11
« nos intérêts », « notLe champ d’appar» ). re Midi tenance identitaire de
Justin Augé estdonc sans équivoque méridional alors que ces mêmes
possessifs se partagent, on leverra, en diverses catégories dans les autres
discours.
Rappelons que Justin Augé, député radical-socialiste de l’Héraultde 1897
à 1910, estconnuà la Chambre pour êtreunvigoureuxdéfenseur des
intérêtsviticoles, c’est un « député du vin ». On comprend alors pourquoi il
commence ainsi son intervention à latribune le28 juin :
« Messieurs, j’ai gravi bien souventles degrés de cettetribune poury
apporter les revendications duMidiviticole, mais je ne me doutais pas alors
12
que j’ymonteraisun jour avectantdetristesse aucœur qu’aujourd’hui » .
Il a lui-même fondéun commerce devins à Béziers eta participé sans
relâche àtoutes les discussions sur la question du vin les années
13
précédentes . Cette forte présence duMidi comme référentdes nous sujet
(« nous avons déposéun projet», « node loi usvoulonsvoir nos intérêts
14
traités sur le pied d’égalité avec les intérêts des autres régions » ) etla
faiblesse dunous parlementaire sontainsi destraits caractéristiques de
son rôle de « député du vin » qui ne parle pas aunom d’uneunique
circonscription, mais en faveur detouteune économie régionale.
FelixAldy, quantà lui, défend le Midi en révolte d’unetoute autre
manière.

Fel ix avan ou dion al mais méri s oci ali se dé pu é Al dy,

15
Ilya28 nous sujet, 9 nous objetet12possessifs dans son intervention .
Une réalité s’impose, en premier lieu, avec clarté : la gamme des nous est
beaucoup plus large chezFelixAldyque chezles autres orateurs
méridionaux: ontrouve,toutà la fois,un nous méridional,un nous
parlementaire,un nous narbonnais mais aussi, etc’estlàune originalité
majeure de son discours,un nous national.
Dans son discours, à l’inverse de celui de Justin Augé, le nous méridional
n’estpas le plusutilisé : il ne représente que3nous sujetet4 nous objet. On
voit, par là même, que l’énonciateur méridional estplus souventobjetque
sujet. Aldyparle, en effet, aunom d’un Midi, faible etappauvri, qui estplus

11
JOdu 29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907, intervention de Justin Augé, pp.
15741576.
12
Ibidem,p. 1574.
13
En 1901, il participe auxdiscussions d’interpellation sur la criseviticole ; en 1902,
son projetprévoyantd’accorderune prime aux vins allantà la distillation estrepoussé ;
en 1905, il participe auxdiscussions sur le projetde loi sur la répression de la fraude
sur lesvins etsur les spiritueux.
14
JOdu 29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907, intervention de Justin Augé, pp.
15741576.
15
Le discours d’Aldyestreporté sur 18 colonnes, ce qui représente environ 40minutes
à latribune.
18

aisémenten position de passivité par rapportà la politique de Clemenceau
car il estbien souventdansune posture d’incrimination de la politique du
présidentduConseil.
Mais surtout, le nous qui a pour référentsaville d’origine, Narbonne, est
celui qui domine etaiguilletoutson discours etce, avant toutsous la forme
sujet. Ce nous narbonnais représente, en effet, 14 nous sujet,3nous objetet
4 possessifs (« Nous avons euà Narbonne (…) ce qu’on appelleune mission
spéciale »;« On a ditqu’ilyavait(…) qdes apaches à Narbonne u’on nous
les montre donc,une fois pourtoutes ! »;« il a envoyé cheznous des gens
16
qui ontfait toutle mal quevous savez» ). Le sujetagissantdans le discours
de FelixAldyn’estpas méridional mais d’abord narbonnais. La posture
d’énonciation se faitainsi plus précise à mesure que le référentdunous se
faitplus local. Dans ce contexte particulier de soulèvementrégional
unanime, Aldyparle évidemment,toutcomme Justin Augé, aunom d’un
Midi large, mais il n’en oublie pas pour autantde parler aunom de sa
circonscriptsaion, « terre d’élection », dontla défense à la Chambre est, on
le sait,une mission essentielle pourtoutdéputé.
FelixAldy, socialiste, ne s’estpas consacré exclusivementà la question
du vin comme Justin Augé durantses mandats de député de l’Aude depuis
1902. Son parcours politique estlié à laville de Narbonne dontil a été
conseiller municipal en 1888, maire entre 1892et1894, puis député (le
mandatayantété laissévacantpar son ami ErnestFerroul). « Sa »ville étant
devenue l’épicentre des évènements des 19-20juin, il ne peutqu’exacerber
son identité narbonnaise. Il faut, par ailleurs, rappeler que, ce jour-là, Aldy
revientde Narbonne oùil a effectuéune enquête personnelle après les
17
incidents du 20juin , etil parle donc évidemment, à certains moments, plus
facilementcomme Narbonnais que comme Méridional. Cette omniprésence
de l’identité narbonnaise dans son discours ne laisse alors que peude place à
l’identité parlementaire qui est, ici encore, sous-représentée (le nous
parlementaire prend 5 fois la forme sujetet 2fois la forme objet).
Mais surtout, la grande originalité dudiscours d’Aldyestle nous
« natqional » u’il estle seul destrois députés àutiliser même si ce n’est
qu’avec parcimonie. Il représente 4 nous sujetsur28, aucun nous objetet4
possessifs sur 10.
Les possessifs nationaux utilisés par Aldyattirent toutparticulièrement
l’attention : « notre pays », « nos proprestroupes », « notreterritoire », « nos

16
JOdu 29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907, intervention de FelixAldy, pp.
15571563.
17
FelixAldyrevient, le28 juin, de Narbonne oùil a réaliséune enquête personnelle
accompagné de journalistes etde ses anciens collègues de la mairie de Narbonne. Il
s’estrenduà l’hôpital de laville, auprès des représentants de l’armée etbien sûr de la
population civile pour en apporterune série detémoignages dontil faitla lecture
pendantson intervention. Il précise, par ailleurs, que certains de ses amis ontété
blessés dans sa longue intervention empreinte d’émotion.
19

18
soldats » . Le nous sous la forme possessive, devientaisémentnational dès
lors qu’il s’agitd’évoquer les soldats méridionaux, qui sont un enjeudiscursif
detaille aulendemain de la mutinerie du17è. De cette manière, il se
réapproprieunthème nationaltrès exploité par Clemenceau(la plupartdu
19
temps pour nourrir lathèse duséparatisme dupoMidi ) ur l’associer à l’une
des figures de la révolte, le mutin. Il estintéressantde constater qu’Aldyne
faitpas seulementcette réappropriation nationale etrépublicaine de cette
figure par l’utilisation de possessifs dunous. Depuis le21 juin, il renverse
égalementle schéma de représentation « lexicographique » que Clemenceau
assigne auxmutins : ainsi, ceuxque Clemenceauappelleune « soldatesque
20
déchaînée » deviennentdans son discours les « enfants de la République » .
Cette dialectique dulocal etdunational, dunous méridional ou
narbonnais etdunous national qui n’estpas sans évoquer les « gigognes
21
patriotiques » dontparle Anne-Marie Thiesse , estdoncune des originalités
dudiscours d’Alduy ; ne originalité qui aune significationtoute particulière
alors qu’aussi bien dans la presse nationale qu’auParlement, on dénonce le
geste de dissidence etde rupture dupacte national de ses compatriotes
méridionaux. Il s’oppose ainsi, non seulementdans l’argumentation, mais
dans l’énonciation même, à lathèse duséparatisme duMidi que branditsans
cesse Clemenceau. Cette présence dunational dans son discours révèle à
quel pointAldyadopte la posture d’énonciation dumédiateur entre le Midi
en révolte etle reste dupays, se revendiquantaussi bien comme Méridional
que comme Français.
Mais il est une identité dontFelixAldypréfère ne pas se revendiquer
durantces débats : l’identité socialiste, qu’il partage avec le jeune député,
AlbertBedouce.

As o ci al i s  e avan   o u  :Be do u c e , dé pu  é mé ri di on al mai s l be r

Ilya dans le discours de ce député, 16nous sujet, aucun nous objet
22
et9 possessifs.
Le discours d’AlbertBedouce, jeune député socialiste de la
Haute23
Garonne etmaire de Toulouse se distingue des deuxautres par le fait

18
JO du 29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907, intervention de FelixAldy, pp.
15571563
19
Clemenceaupropose, dans ses interventions,unevisiontrès manichéenne,un
communautarisme régional qui oppose par exemple « hommes duMidi » et« hommes
duNord »,voire même, « nos concitoyens » à ces « hommes duMidi », les « paysans
français » aux« paysans duoMidi » u» ales lois françaises bien encore « ux
« hommes duMidi ».
20
JO du 22juin 1907 – Séance du 21 juin 1907, intervention de FelixAldy, p. 1469.
21
Thiesse Anne-Marie,: l’eIls apprenaient la France xaltation des régions dans le
discours patriotique, Paris, Editions de la Maison des sciences de l’homme, coll.
« Ethnologie de la France », pp.15-34.
22
Le discours de Bedouce estreporté sur 9 colonnes, ce qui représente environ20-22
minutes à latribune.
20

qu’on n’y trouve aucun nous méridional. Il se ditcertes explicitement
24
méridional mais ne parle pas aunom duMidi.
Pourquoi cette absence de l’identité méridionale dans l’énonciation de
Bedouce ?
Peut-être parce que le paystoulousain est, comme on le sait, resté en
marge dumouvement vigneron eta été plus spectateur qu’acteur des
évènements. La Haute-Garonne ne faitd’ailleurs pas partie des 4
« départements fédérés » (même s’il fautla compter parmi les
départements qui ontsoutenula Révolte) contrairementaux
départements que représententAldyetAugé, l’Aude etl’Hérault, etaux
villes mêmes que représententces derniers, Narbonne etBéziers, scènes
25
de la révolte .
Bien que lestrois députés parlentpour défendreunanimementle
Midi, ils ne parlentpastoustrois, detoute évidence, aunom d’un Midi
uniforme. L’inscription de l’identité méridionale dans sa posture
d’énonciationvarie donc selon l’engagementdans le mouvementde la
circonscription d’origine dudéputé etla proximité géographique de
celleci avec lethéâtre des évènements.
A qui fontalors référence les occurrences dunous dans le discours
d’AlbertBedouce ?
Le nous sujetestchezlui, exclusivementparlementaire, à l’inverse des
deuxautres discours. Il parle aunom d’une idéalité discursive,une
Chambre des députésunanime qui se reconnaîtraitdansune identité
commune face à la politique répressive de Clemenceau.
Mais surtout, l’originalité dudiscours de Bedouce repose sur le fait
qu’il estplus ancré dans l’identité politique de l’orateur que les deux
autres. Le corpus de discours de cestrois députés duMidi se distingue en
26
effet, de manière générale par l’absence du« nous politique » renvoyant
à leur camp politique, mise à partl’exception notable que constitue
l’intervention dujeune député de Hautle champe-Garonne. Ainsi,
d’appartenance identitaire défini par les possessifs dunous qu’ilutilise est
clairementsocialiste etnon méridional.6des 9 possessifs sontsocialistes
dans son discours (« notre camarade Ferrouà del » uxnoreprises, « tre

23
Il a38 ans en 1907.
24
Alors qu’il estsans cesse interrompuaudébutde son intervention, il répond au
présidentde la Chambre : « c’estpeut-être parce que je suis jeune, nouveau venuici et
Méridional que la Chambre ne craintpas de m’imposerune fatigue excessive »,JOdu
29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907, p.1551.
25
Voir la carte sur les solidarités aumouvementde 1907 dans Armengaud L. (dir.),
RobertLafont,Histoire d’Occitanie, Paris, Hachette littératures (Institutd’Etudes
Occitanes), 1979 p.784.
26
Motsn°10, Paris, Presses de Sciences Po, mars 1985.
21

ami Ferrou« nol », tre ami Jaurès », « notre idéal de justice sociale »,
27
« notre av).is »
On peutégalementajouter ici, que c’estnon seulementdans ce
champ d’appartenance identitaire mais égalementdans la désignation de
l’adversaire etdonc l’utilisation du vous, qu’est visible cette politisation
28
de sa « posture d’énonciation » . Ilya, dans son intervention,65vous
sujet,34vous objetet 22possessifs. Son discours estbien sûrune charge
contre Clemenceau(44 fois référentdu vous sujet) mais aussi, etc’estlà
sa particularité,une interpellation des radicaux: 11vous sujet, 14vous
objet,7possessifs ontpour référentle camp politique de Clemenceau:
« ce journal auquel,vous, messieurs les radicaux,vous devez un grand
nombre devos succès »;« j’aime certainementmieuxciter l’un devos
écrivains;elle nevous sera pas suspectetandis quevous pourriez taxer la
29
mienne d’exagérat.ion méridionale »
Onvoitlà le hiatus entre la posture d’énonciation socialiste d’Albert
Bedouce d’une part, qui se permetd’ouvrir des brèches dans son discours en
faveur duMidi pour attaquer les radicaux, qui sontdevenus adversaires
politiques nationauxetlocauxavec la rupture duBloc etla posture
d’énonciation d’Aldyd’autre part, lui aussi socialiste, mais qui privilégieune
posture d’empathie ne laissantrien apparaître de son camp politique dans
son discours. Jean Sagnes a déjà souligné cetaspectde la position ambiguë
dudéputé de Narbonne, en disantà propos de sa première intervention sur
la criseviticole le 10juin :
« L’intervention d’Aldyplonge le parti socialiste SFIO dans l’embarras
30
car aucunthème socialiste n’apparaîtdans son intervention » .
Ce qui n’apparaîtpas dans son discours du10juin n’estpas plus présent
dans son discours du 28 juin comme le montre l’absence de référents
socialistes dans sa posture d’énonciation.
Pourquoi ce hiatus entre les postures des deuxsocialistes ? C’estqu’ils
jouentchacun, à la Chambre des députés, des rôles différents durantla crise,
dufaitde leur origine géographique différente comme je l’ai déjà dit, mais
aussi de leur origine sociale etde leur exBedopérience : uce estalorsun
jeune député de38 ans, employé de commercevenuausocialisme par le
militantisme alors qu’Aldy, 54 ans, juriste de formation, a eu une carrière
politique plus classique. Le jeune premier peutse permettre des attaques
purementpolitiques dans son discourstandis que le second, dontlaville est
meurtrie par les évènements, se doitde rester neutre. Est-il nécessaire de

27
JOdu 29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907, intervention d’AlbertBedouce,
pp.1550-1555.
28
Voir lestableauxsur les occurrences duvousdans les Annexes.
29
JOdu 29 juin 1907 – Séance du 28 juin 1907, intervention d’AlbertBedouce,
pp.1550-1555.
30
Jean Sagnes, « La criseviticole de 1907 devantla Chambre des députés »,
Parlements, n°5,2006.
22

rappeler que FelixAldyestd’autantplus sobre dans ses propos qu’il a reçu
mandatdetous ses collègues duMidi, de gauche comme de droite, de parler
en leur nom ? Voilà pourquoi l’un seveutsocialiste avantd’être méridional,
l’autre méridional avantd’être socialiste.
La défense duMidi par ses députés en plein cœur de la Révolte de 1907
estcertesunanime mais pasuniforme.
Ilyaun évidentconsensus de rigueur entre députés duMidi detous
bords politiques, pour défendre leur région en révolte, mais cette étude sur
des fragments de débats parlementaires laisse entrevoir le faitque l’identité
méridionale n’estpas exacerbée de la même manière, etavec la même
intensité danstous les discours.
De la posture d’empathie qui seveutapolitique d’un Aldyà la charge
politique pleine deverve d’un Bedouce, la gamme des postures prises par
ces députés pour défendre leur région, même lorsqu’ils sontdumême bord
politique, est trèsvariée etdépend pourune grande part, durôle à la
Chambre des députés que chacun s’estconstruitetdans lequel il s’esten
quelque sorte fondu.
Par ailleurs, il existe certesun consensus entre députés duMidi etdonc
un « nous » méridionalunanimiste, mais quitend malgrétoutà se
particulariser en « nounarbonnais, bis » terrois ouroussillonnais. C’estnon
seulementl’identité méridionale mais aussi l’identité de la « petite patrie », de
laterre électorale qui aiguillonne en général ces discours.
Les discours laissentdonc apparaître l’identité méridionale de leurs
auteurs mais égalementd’autres champs d’appartenance, plus local,
parlementaire ounational, etrévèlentà quel pointces députés méridionaux
setrouventdansune posture double d’élus locauxresponsables devantleurs
compatriotes méridionauxetde représentants nationaux, responsables
devantle pays alors que leur région estla scène de « manifestations
grandioses » etde «tragiques évènementds » urantlesqule sang aels «
31
coulé » .

Annexes

Le nous etses référents dans lestrois discours du 28 juin 1907

Tableau1 : les référents dunous dans le discours de Justin Augé

Référents
Midi
Parlement
Total

Nous sujet
13
4
17

Nous objet
7
1
8

Possessifs
4
1
5

31
Je reprends ici certainstitres deunes qui reviennentcomme des leitmotivs dans
presquetous les journauxnationaux.
23

Tableau 2: les référents dunous dans le discours de FelixAldy

Référents
Midi
Narbonne
Parlement
Nation
Avec
Interlocuteur
Total

24

Nous sujet
3
14
5
4
2

28

Nous objet
4
3
2
-
-

9

Possessifs
2
4
2
4
-

12

Tableau 3: les référents dunous dans le discours d’AlbertBedouce

Référents
Parlement
Midi
Socialiste
Total

Nous sujet
16
-
-
16

Nous objet
-
-
-
0

Possessifs
3
-
6
9

Levous etses référents dans lestrois discours du 28 juin 1907

Tableau4 : les référents du vous dans le discours de Justin Augé
Référents Vous sujetVous objetPossessifs
Clemenceau 39
12Caillaux8 1
Parlement 7
2Gouvernement121
Tot1al 55 71

Tableau5 : les référents du vous dans le discours de FelixAldy

Référents
Clemenceau
Parlement
Interrupteurs
Total

Vous sujet
50
25
2
77

Vous objet
21
18
-
39

Possessifs
12
2
-
14

Tableau 6: les référents du vous dans le discours d’AlbertBedouce

Référents
Clemenceau
Radicaux
Parlement
Droite
Total

Vous sujet
44
11
8
2
65

Vous objet
11
14
9
-
34

Possessifs
14
7
1
-
22

25

26

David Mouraret

1907 : l’union sacrée entre « Rouges » et « Blancs »
vue par la presse de Droite

David Mourare es docoran en science poliique, Universié de Monpellier I

« Nous sommes antirévolutionnaires;bien que n’ayantrien à perdre
dansune révolution, nous savons parfaitementqu’elle ne profitera qu’à
quelques braillards,toutcomme le socialisme a faitla fortune de Jaurès,
Vaillant, Gérault-Richard etconsorts, etque ce seraitla ruine de notre
pays.
Une organisation estpossible etmême nécessaire, mais elle dépend de
ceuxqui possèdent. Car, l’attitude des classes possédantes estsinon la
cause primordiale dumoins l’une des raisons qui ontéloigné d’elles le
peuple. Celui-ci s’estd’abord détaché, puis excité par la mauvaise presse,
par les brochures etles paroles révolutionnaires, s’estfranchementdéclaré
l’ennemi detous ceuxqui n’appartiennentpas auProlétariat.
La bourgeoisie puissante, égoïste, a capté à son profit tous les
avantages dupouvoir depuis 1870jusqu’à nos jours;elletriomphe
maintenantappuyée sur les Loges etle Ghetto, et, hostile à l’aristocratie
comme elle l’estaupeuple, elle ne se doute pas qu’elle peutêtre balayée
par ceuxmêmes dontelle estla complice. Les classes possédantes
engourdies par le bien-être etlavie facile ont trop longtemps paruignorer
que leur fortune étaiten grande partie due au travail dupeuple. Traitant
celui-ci avec indifférence sinon avec dédain, ne se mêlantpas à lui, du
moins dans les grandesvilles, imbues de préjugés etelle se considère
toujours commeune puissance.
[…] D’autre part, le régime parlementaire avectoutes ses plaies, ses
corrupteurs etses corrompus;l’indifférence coupable des gens satisfaits
ouincapables d’exprimer franchementleur pensée etde se mettre en
travers des agissements honteuxde leurs collègues,toutcela a contribué à
mener la France oùelle est.
Devons-nous désespérer ? Non, nous pouvons l’emporter encore si
tous les hommes de bonnevolonté savents’unir etsurtouts’entendre. »
Cetextrait, deLa Libre parole, nous éclaire sur lavolonté pour les
presses de Droite detrouverun momentopportun pourtenter de faire
communier, ensemble,toutes les composantes de la société décrites
cidessus, etcela afin de faire renaîtreun régime politique jugé plus digne de
la stature que la France devraitn’avoir jamais perdue, c’est-à-direun
régime monarchique. C’estpour cela que lorsque se déclenche la révolte
desvignerons dans le Midi, en 1907, plusieurs papiersvontporter sur ces
évènements, dans l’espoir devoir éclore, àtraversune communion
interclassiste, le mouvementqui renversera le régime honni par les
Droites : la République.
Alors, commentla presse conservatrice etroyaliste, par opportunisme,
a-t-elle cherché à s’associer aumouvementde ferveur animantle
Languedoc contre les fraudeurs ?
Voilà notre questionnementprincipal.
La presse de Droite (oules presses des Droites), auraitpuêtre, par
simple présupposé, hostile auxgrandes manifestations dominicales (jour
27

devantêtre consacré à Dieu), auxdémissions des municipalités (situation
mettantl’anarchie dans l’administrationterritoriale) età la mutinerie du
ème
17Régiment(guerre civile pouvantse profiler à l’horizon). Mais, il n’en
futrien. Aucontraire, durantquelques mois, différentstitres nationauxde
la presse réactionnairevontabonder dans le sens des « Gueux».
Pour essayer de comprendre les raisons etla signification historique de
ces évènements, en premier lieu(I), il estnécessaire de prendre en
considération la presse de Droite durantl’année 1907, dontles principaux
titres nationauxperçoiventl’actualité de l’époque d’une certaine manière,
ce qui peutnous servir à mieuxcomprendre l’attentiontoute particulière
qu’elle porte à la révolte, etnotammentauxgrandes manifestations, ce que
nousverrons dansun secondtemps (II).

Lj ou rn au x e s i e de dro en 19 07

La majorité de la presse estbien pensante en 1900. Celle-ci estaudébut
ème
duXX siècle conservatrice etcléricale dans sa majorité. Elle dénonce
des mesures qu’elle considère comme inquisitoriales etde l’ordre des
persécutc’esions : t-a-dire, les bonnes sœurs chassées des hôpitaux, les
curés de leurs presbytères. Or, nous pouvons constater qu’à chaque
échéance électorale le frontdes anticléricauxse renforce;ce sera même le
cimentprincipal entre les différentestendances du« Bloc » républicain qui,
en fait, divergentsur des problèmes essentiels. Certains sontpartisans de
réformes lentes, que la société pourraitsupporter sans choc;ils sont
partisans de réformes « progressivc’eses », tpourquoi on les appelle
« progressistAes ». ucontraire, d’autres républicains sontpartisans de
réformes profondes, radicales, etc’estpourquoi ils se désignentcomme
des « radicaux» : leur nombreva aller croissant, jusqu’à constituer la
majorité à la Chambre;mais, aupied de l’établi, ils serontmoins pressés
de procéder à des réformes radicales. Ilya plus rouge encore, ceuxqui
vont teinter de cette couleur le Midi languedocien, ce sontceuxqui sont
d’avis qu’il fautremplacer la société capitaliste parune société collectiviste,
tels Guesde ouJaurès, partisans de l’agitation parlementaire etde
l’utilisation dubulletin devote. Cette presse bien pensante dénonce, en
1907, etce depuis déjà plusieurs années, les persécutions dontsont
victimes les religieuxetles religieuses. Elle constitueune caisse de
résonance detous les incidents, si minimes fussent-il. D’ailleurs, quand on
litla presse de l’époque, on pourraitêtre convaincuque la majorité des
Français réprouve cette politique républicaine,voulue par les Juifs etles
Francs-maçons, selon les publications des Droites. Or, les élections
législatives de 1902et1906démententcette impression : la campagne
électorale estpassionnée; tous les candidats se divisentobligatoirementen
deuxcamps : pour le « Bloc » qui regroupetous les Républicains avancés,
etcontCes différenBloc ». re le « ts mouvements républicains sont
28

égalementen désaccord sur l’importance donnée aurôle de l’Etat: celui-ci
doit-il contrôler lavie économique ?
Celui-ci doit-il intervenir pour régler des difficultés économiques
propres àun secteur d’activité ?
C’esten cela que le mouvementde 1907estintéressant: car, quand
Marcelin Albertdéclare à l’Humanié« Pas de polémique etsurtoutpas de
politique », il entend inscrire la demande ducomité d’Argeliers dansune
veine relevant uniquementdudomaine économique. D’où toute la
difficulté pour Paris de répondre à cette demande ciblée d’interventions,
puisque ce sontdes actes législatifs forts qu’attendentlesvignerons, etnon
pasuniquementdes débats de politiques politiciennes. Or, depuis 1899, les
Droites en perte devitesse électorale, cherchentpartoutmoyen à pouvoir
reconquérirune majorité, d’oùdes positions dépassantparfois le cadre
purementpartisan, comme entémoigne cetextraitdeLa Libre Parole,
appelantaurassemblementdetoutes les forcesvives pour changer les
choses. Ceci nous aidera à mieuxcomprendre pourquoi, malgré la
virulence des propos écrits par leurs organes de presse, qui se composent
principalementde cinqtitres, les droites ont tentées de politiser l’action
comme étant unetentative de renversementdurégime, ce qui n’esten
aucun cas la réalité. Voiciun bref aperçude ces cinqtitres principaux:
Ilyatoutd’abordLe Figaro(à l’époque considéré comme journal
centriste !), deuxjournauxmonarchistes, presse non plus fleurissante, mais
plutôtflétrissante, en ce débutde XXème siècle, etqui en l’espèce sontLa
Gazee de FranceetLe Soleil, ainsi que de deuxautres journauxnationalistes,
La Libre Parole, d’Edouard Drumont, quotidien antisémite et
antimaçonnique de premier plan, ainsi queL’Eclair.
Dernier nommé, premier présenté,L’Eclair, quotidien nationaliste et
conservateur, fondé en 1888-1889, connut une ligne éditorialeviolemment
antisémite etanglophobe, qui lui permitde ne pas être seulement un
journal d’information, mais bien plutôt une feuille politique. Fortement
hostile à Clemenceau,tirantà75000exemplaires, cette publication estla
plus lue, en Province, aumomentde la révoltevigneronne de 1907, dans la
presse de droite.
La Libre Paroled’Edouard Drumont, estquantà elle,un journal lancé
en 1892, par ce même personnage, ancien fonctionnaire de la Ville de
Paris, dontil estoriginaire. Celui-ci, depuis les années 1880s’estfait
connaître dugrand public, parun « bestseller »,La France Juive, ouvrage de
1886, qui connaîtplus d’une centaine d’éditions etlui permetde porter sur
les fonds baptismauxson journal. Celui-ci, résumantson idéologie en
première de couverture, avecun sous-titre explicite « La France aux
Français », révéla le scandale de Panama, en septembre 1892, ce qui lui
donnauntirage national, qui ira jusqu’à 100 000exemplaires. En 1907, le
tirage plus restreintne s’élève plus qu’à environ 45000exemplaires.

29

SurLa Gazee de France, chère à Théophraste Renaudot, qui fonda
celle-ci en 1631, nous pouvons dire que ce quotidien monarchiste, en 1907,
s’est transformé enune feuille légitimiste confidentielle, puisque sontirage
n’atteintmême pas 5000exemplaires par jour, en 1907. Déclinantaussi
bien en notoriété, qu’en audience, dufaitdurefus de sa ligne éditoriale, à
rejoindre la Ligue d’Action française, ainsi que lesthèses de Charles
1
Maucerras , tte publication offre néanmoinsunevision dupointdevue
royaliste assezintéressante des évènements de 1907.
Le Soleil, est un autre quotidien monarchiste, plus modéré à l’égard d’un
2
certain cléricalisme , maistrès hostile envers le protestantisme. Pourtant, il
fautnoter que ce quotidien a la particularité d’avoir défendula cause du
capitaine Dreyfus,touten rejetantle boulangisme, quelques années avant
1907! Ceci coûta de nombreuxlecteurs au titre, qui diminue de façon
ème
continue sontirage, jusqu’à 40 000exemplaires, audébutduXX siècle.
3
Pourtant, de Charles Maurras à Léon Daudet, d’Henri Vaugeois à
Henri Lasserre, la fine plume de la revue d’Action française collabore dans
les années 1900à cette publication qui aune analyse de la situation, du
Midiviticole, bien proche de celle deLa Gazee de France.
Enfin,Le Figaro, journal ducentre, puisque depuis les années 1880,
cette publication a rejointle camp républicain, en ne cédantpas à la
tentation boulangiste, eten prenantses distances avec le monarchisme;il
voitdéfiler des écrivains célèbres, comme Maurice Barrès oubien encore
Anatole France. En 1897, l’Affaire Dreyfus lui permetde porter dans ses
colonnes les premières réactions d’Emile Zola, quiyécrit trois articles,
avantla parution ducélèbre « J’accuse » dans les colonnes deL’Aurore.
Divulguantégalement, en 1904, l’Affaire des fiches, Gaston Calmette,
directeur dujournal, parvientà donneruntirage d’environ35000
exemplaires à sontitre, journal d’échos de lavie parisienne qui seveutle «
… Livre d’or de l’aristocratie, de la bourgeoisie la plus riche, dugrand
commerce, de la haute industrie, de l’armée etde la société étrangère la
plus élégante » selon lestermes durapportà l’assemblée générale de 1905
de la publication.
Ces journauxne cherchentpas simplementà offrir de l’information, à
relayer des faits, à décrire l’actualité, mais beaucoup plus à donnerun cadre
idéologique,une grille de lecture,une façon de penser les événements

1
Né à Martigues, en 1868, monté à Paris en 1885, Charles Maurras, grâce au
journalisme politique,va conduire la Ligue d’Action française, suite à son « Enquête sur
la monarchie », en 1900, auroyalisme.
2
Edouard Hervé, propriétaire etdirecteur duSoleil, jusqu’à sa morten juin 1899,
déclarait:« Je suis catholique, jevais même à la messe, mais je neveuxpas qu’on la
serve dans mon journal ».
3
Né en 1867, fils ducélèbre Alphonse, il fréquenta dans sa jeunesse les salons
littéraires républicains, épousa la petite-fille de Victor Hugo, puis après son divorce
avec celle-ci, se laissa gagner auxidées nationalistes etmême convertir auxcauses
de la Ligue d’Action française, dontil est un des principauxporte-plumes.
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