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Vingt-cinq ans de Sorbonne et de Collège de France

De
408 pages

Les notes de cette première partie feront voir que notre littérature actuelle n’est pas en progrès. Mais si notre Virgile chrétien Racine n’est pas dépassé par notre désordonné colosse Victor Hugo ; si le roman est grandement descendu de la hauteur où, la première, l’avait placé Mme de La Fayette ; si le théâtre met le peu de pensée, qu’il a au service d’héroïnes jusqu’ici restées justement dans l’ombre, et tend de plus en plus à abaisser la paternité, que Molière au moins ne bafouait parfois qu’en vue de l’idée primordiale de flageller les ridicules ; l’Histoire, en revanche, a éminemment progressé de nos jours par ses recherches patientes de documents inédits et l’ampleur de ses études.

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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
1860-1884
Adolphe Lebleu
Vingt-cinq ans de Sorbonne et de Collège de France
1860-1884
AVANT-PROPOS
En 1828et 1829,endu à laterminant mes études médicales à Paris, j’avais ent Sorbonne les grandes voix universitaires de Villema in, Guizot et Cousin, de ce dernier surtout qui remontait dans sa chaire le15avril1828comme professeur-adjoint de Royer-Collard. Son langage brillant et enflammé, mais parfois vague et risqué, puisqu’il mettait la philosophie au-dessus de la religion, et qu’il n’admettait la création qu’enveloppée de nuages panthéistiques puisés en Allemagne chez Hége l, remuait cependant 1 profondément, empreint qu’il était d’un éclatant et sincère spiritualisme . Cetrio professoral constitue à coup sûr un des grands souv enirs de l’Histoire libérale de la France, qui devait hélas ! aboutir si prochainement aux journées de 1830,au principe d’insurrection et à tout ce qui s’en est suivi jusqu’à ce jour. Revenu habiter Paris en 1860,j’ai aimé de faire un choix au milieu des nombreux cours de la Sorbonne et du Collège de France. Je me suis attaché ensuite à faire un triage dans mes noies et à cueillir dans ce vaste c hamp tout ce qui était de nature à redresser les erreurs historiques et les opinions c ourantes soi-disant scientifiques et positivistes qui tendent de plus en plus à effacer nos vieilles traditions nationales et religieuses, et même à ruiner les données de la simple raison. La Faculté de théologie m’a été ici d’un grand secours, étant de ceux qui ont toujours regardé la connaissance approfondie de la religion, de ses bases, de ses dogmes, de son histoire, comme la lumière vivifiante qui garde l’homme avec le plus d’efficacité dans toutes les difficultés de la vie. Et cependant chacun sait que nos gouvernants, fidèles à leur idée fixe de déchristianiser le Pays, paraissent bien près de commettre à son égard l’un de leurs nombreux attentats contre tout ce qui touche à cette religion ; oubliant le lustre qu’ont jeté sur cette faculté les Lavigerie, Bautain, Freppel, Maret, Perraud, Hugonin et Gratry, dont l’abbé Méric, son digne suc cesseur, continue encore à l’heure qu’il est la tradition en attirant, au pied de sa c haire, un nombreux et studieux auditoire. Ils feront tout l’opposé de ce que fait l’Allemagne dont toutes les universités comptent une Faculté de théologie très suivie et très honorée par protestants et catholiques. J’ai, à cette école, et d’après mes notes et résumés, fait bien des recherches, et j’ai vu en moi bien des idées inexactes ou incomplètes se r edresser, bien des vérités s’agrandir. Et surtout les leçons de philosophie sp iritualiste —que nos pères suivaient pendant deux ans, qui sont devenues presque nulles de nos jours, et que de Maistre lui-même considérait commede la Foi préambules ces leçons, donnant la main à celles de théologie, ont fait briller à mes yeux sur d’import ants sujets de pures et éclatantes lumières. Dans deux ans, je serai octogénaire. Je crois donc bon et opportun de confier à ma famille, à mes amis, et peut-être aussi à quelques lecteurs inconnus cette sorte de dépôt, de bagage intellectuel, laborieusement amassé, et o ffrant un faisceau de lumières approprié à notre époque. Et, en y mettant le plus d’ordre et de synthèse possible quant au choix et à la méthode de groupement, je serai heureux si, comme moi, ils y trouvent, agrément, chute de préjugés ou préventions, clartés nouvelles, apaisement quant à des difficultés réelles, et l’affermissement de leurs vieilles convictions religieuses. On s’apercevra par le laconisme, peut-être un peu extrême, de certains passages, que j’ai tenu souvent à condenser en le moins de mots possible les paroles du Professeur, ne mettant ainsi en relief que les traits décisifs et saillants ou tel texte victorieux de tel tenace préjugé. Et je ne prends moi-même de temps e n temps la parole —avec la modestie qui m’appartient au milieu de tels maîtres —que pour plus de clarté et pour
donner, au besoin, aux hommes et aux choses, plus de cohésion, d’ampleur, de netteté et de vie. C’est ainsi encore que je trace quelques en-tête et explications et portraits de professeurs. Enfin si je n’ai guère que le mérite d e bonne coordination de précieux matériaux, mis en relief, et peut-être de l’originalité d’avoir conçu et édifié cette sorte de mosaïque littéraire, dont je ne connais pas d’exemple, j’aurai à coup sûr le mérite d’avoir obéi aux voix les plus hautes qui invitent les classes dirigeantes à combattre et détruire, chacun à sa manière, les erreurs historiques et phi losophiques courantes, et les pernicieuses faussetés qui, sous le nom de science,incessamment et de toutes parts, inondent notre France malheureuse, ignorante, et momentanément déclassée.
1e sa philosophie tenait dupartir de 1838, Cousin abandonna peu à peu ce qu  A Panthéisme allemand.
PREMIÈRE PARTIE
LITTÉRATURE — HISTOIRE
Les notes de cette première partie feront voir que notrelittératureactuelle n’est pas en progrès. Mais si notre Virgile chrétien Racine n’es t pas dépassé par notre désordonné colosse Victor Hugo ; si le roman est grandement de scendu de la hauteur où, la me première, l’avait placé M de La Fayette ; si le théâtre met lepeu de pensée,qu’il a au service d’héroïnes jusqu’ici restées justement dans l’ombre, et tend de plus en plus à abaisser la paternité, que Molière au moins ne bafo uait parfois qu’en vue de l’idée primordiale de flageller les ridicules ; l’Histoire,en revanche, a éminemment progressé de nos jours par ses recherches patientes de documents inédits et l’ampleur de ses études. Nous avons eu cependant à noter, on le verra, de gr aves déviations chez elle, soit par idées préconçues, soit par théories fatalistes.
SAINT-MARC GIRARDIN
POÉSIE FRANÇAISE (SORBONNE)
J’ai retrouvé, en 1860, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, un digne successeur de Villemain, moins la flamme et l’éclat, mais avec un sens littéraire élevé et pur, et une haute distinction, mêlée parfois à une bonhomie charmante qui se traduisait en piquantes digressions. Ses écrits littéraires so nt toujours conçus dans le meilleur esprit. Mêlé longtemps à nos luttes politiques, il était libéral aussi modéré que possible, tout en ayant été l’un des 221 de 1830. Il voulait marier son libéralisme avec l’amour du roi et de la religion. Mais, comme plusieurs de ses collègues, il eut le désenchantement de devoir, dans nos dernières assemblées, combattre les tristes suites de ce libéralisme. Grand, d’un beau physique, doué d’une voix puissante et souple, il lisait et déclamait, au besoin, on ne peut mieux. Sa parole avait souven t un relief, une couleur, une verve qui réalisaient l’idéal du professeur accompli. Voici la substance de quelques-unes de ses leçons prises à la volée :
Il étudiait Boileau.
« Sainte-Beuve, qui avait jugé Boileau sévèrement et très à la légère il y a trente ans, porte un jugement plus juste aujourd’hui dans sonPort-RoyalC’est exactement » l’inverse de ce qu’il a fait pour Châteaubriand : s es petites passions l’ont rendu plus d’une fois ainsi lunatique. « Boileau est du reste de ces hommes qui peuvent attendre : ils sont sûrs, tôt ou tard, emblêmes de vérité et de bon sens, qu’ils seront appréciés. Boileau, après quelques inexactitudes et manque d’o rdre dans sa jeunesse, donna plus tard l’exemple d’une vie simple, régulière, et de ce bon sens dont il est plein. Ces grandes qualités de vrai et de bon sens finissent en général par se faire jour, prédominer et fixer une vie. Mais à cette qualité suprême de grand bon sens, Boi leau a toujours joint celle d’un grand amour de l’honnête ; ce qui fait qu’on doit d ire de lui : Il a fait une quantité d’excellents vers ; mais ses actions et son honnêteté sont plus grandes encore. Maintenant on n’a plus de passion littéraire, on ne s’occupe plus guère que des choses matérielles : ainsi la magnifique péroraison de l’épître de l’Amour de DieuBoileau et de une belle page de Pascal sur le même sujet que je v iens de vous lire ne vous a que médiocrement émus. Autrefois on se passionnait ; il y avait desRomantiques et des Classiques,on s’échauffait, on se battait presque, c’était le bon temps ! « J’ai défendu le poète par l’homme, quoique le poè te se défende bien suftisamment par lui-même : il n’a jamais fait la moindre infraction aux lois du goût et du bon sens pas plus qu’aux lois de la morale et de l’honneur. « Il est beau d’être soi-même— on est alors libre — au lieu d’être quelque chose, ce qui est mobile et changeant, ce qui vous astreint e t vous domine. Or Boileau était lui-même, il n’avait aucun besoin de se mêler aux courtisans, et c’est ce qu’il évitait. Nous, Français, malgré toutes nos brillantes qualités, nous tombons facilement dans des exagérations d’admiration, dans un véritablefétichisme,aimons le fétichisme. nous Boileau n’aimait pas lesfétiches. Tout le monde admirait Louis XIV et on avait raiso n ; Boileau n’a jamais loué que le bien dans Louis XIV, tandis que les autres le louaient sur tout. Exemple : son épître au roi, où il estime peu la guerre, guerre que Louis XIV avoue avoir trop. aimée. » Saint-Marc Girardin, comme Voltaire, aimait Louis X IV ; il nous répétait volontiers ce me mot de M de Maintenon : « C’est l’homme le plus aimable de son royaume, »
quoiqu’elle eût beaucoup à souffrir à la Cour « d’a voir à amuser un roi qui n’est plus me amusable. » M de Motteville, dans ses importantsMémoires,de la même qualifie manière l’amabilité du roi. « Prudence et bon sens caractérisent le règne de Lo uis XIV. » Il nous lit, à l’appui, plusieurs magnifiques passages de sesMémoires et de sonMétier de roi, lesquels montrent le grand et constant travail personnel du roi, qui s’occupait beaucoup de la partie de l’administration la plus aride, des finances ; qui rêvait aussi bien qu’Henri IV au bien-être du peuple (poule au pot), tout en ne se d issimulant pas, avec son grand bon sens, que c’est pure utopie de croire qu’on peut supprimer la pauvreté. » Et voilà ce roi que nous nous plaisons à ne regarder que. comme un sombre et égoïste faiseur deDragonnades,tandis qu’il est avéré que Louis XIV, comme Innocent XI, n’a fait que désavouer et arrêter cette sotte et inqualifiable prouesse de l’impétueux Louvois « Un jour, interpellé par lettre sur l’opinion qu’i l faut avoir quant à l’expression légendaire et fausse du général Cambronne à Waterloo, célébrée dansles Misérablesde Victor Hugo en plusieurs pages littéraires, il se borna à répondre par ces mots de simple bon sens : Notre langue est assez riche pour avoir à se passer absolument et en toutes circonstances de pareils mots. Et on se trompe en faisant de la littérature à ce sujet. Un autre jour, il faisait encore une juste leçon au même poète et à quelques contemporains qui se préoccupent peu de l’idée au milieu de leurs vers ronflants, en leur lançant avec admiration et sarcasme ce bèau vers de Boileau :
Et toujours bien ou mal mon vers dit quelque chose.
e En 1861, Saint-Marc Girardin parla de la poésie au XVIII siècle. « De 1674 à 1732, pendant plus de cinquante ans, chose extraordinaire en France, le goût littéraire n’a pas varié. Il y a conformité pa rfaite de langage et d’opinions littéraires entre Boileau et Voltaire ; témoins l’Art poétiquede l’un, et leTemple du goûtde l’autre. Il cite de nombreuses pages des deux auteurs qui jugen t Corneille, Racine, Molière, exactement de la même manière. De 1700 à 1725, quatre oppositions surgissent : Pro testants, Jansénistes, École de Fénelon et Libertins ou esprits forts. C’est cette dernière qui l’emporte, non assurément que cette école valût mieux que les autres ; mais. notre histoire, tout admirable qu’elle est, est loin d’être logique : on veut de la libert é, c’est très bien,.mais on veut aussi de l’unité, de la centralisation, sans voir que cette centralisation est le défaut de la qualité de cette unité. Dans notre histoire politique, tout comme dans notre histoire littéraire, il y a des fautes, des erreurs ; on n’a pas toujours fait bien. C’est une erreur étrange que celle de croire qu’on n’erre jamais, tandis qu’en Europe, pensons-nous, tout s’est trompé. 1 °Protestants.tentats desLa grande majorité de la nation, vu les longs at  — protestants, désirait la révocation de l’édit de Na ntes. Mais Louis XIV eut tort de la décréter en l’espèce. Ces exilés protestants sont dignes d’intérêt ; jugez-en par ces exilés e t martyrs de notre Révolution, par cette immense p artie de notre clergé français qui meurt si noblement sous la hache des bourreaux. 2 °Jansénistes. — sécutions furentLe danger ne venait pas non plus de là ; les per aussi inutiles. 3° L’École de Fénelon n’était pas plus dangereuse ; elle eut même un instant de faveur, au point que les courtisans couraient à Cambrai. 4° Mais le triomphe était réservé auxesprits forts,ce qu’ils avaient de malgré défectueux et de mauvais. Sans doute, dans leur Éco le, il y avait certaines idées généreuses d’humanité, d’adoucissement des mœurs, d es peines ; des aspirations de