Violence, les mots, le corps

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L'analyse de la violence est inséparable de l'étude de ses représentations, ce qui en fait d'emblée une catégorie hautement subjective; Au demeurant, elle ne s'appréhende réellement que par les réprobations sociales qu'elle suscite. Ce qui n'était pas perçu comme violence par une société à un moment de son histoire le devient à d'autres moments ou dans d'autres sociétés. Les théories de la violence sont multiples, mais un large consensus s'est aujourd'hui dégagé pour montrer ce qu'il y a de destructeur dans la violence.
Publié le : lundi 1 décembre 2003
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EAN13 : 9782296343153
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Cahiers du Genre n° 35 - 2003

La violence,

les mots, le corps

Coordonné

par

Dominique Fougeyrollas-Schwebel Helena Hirata et Danièle Senotier

Revue publiée avec le concours du Centre national de la recherche scientifique du service des Droits des femmes et de l'égalité de l'Institut de recherche sur les sociétés contemporaines

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino

IT ALlE

Directrice de publication Jacqueline Heinen Secrétaire de rédaction Danièle Senotier Comité de rédaction Jacqueline Heinen, Helena Hirata, Éléonore Lépinard, Danièle Senotier, Pierre Tripier. Comité de lecture Madeleine Akrich, Béatrice Appay, Isabelle Bertaux- Wiame, Danielle Chabaud-Rychter, Pierre Cours-Salies, Anne-Marie Devreux, Jules Falquet, Dominique Fougeyrollas-Schwebel, Agathe Gestin, Danièle Kergoat, Bruno Lautier, Hélène Le Doaré, Christian Léomant, Pascale Molinier, Liane Mozère, Marie Pezé, Roland Pfefferkorn, Eleni Varikas, Philippe Zarifian. Comité scientifique Christian Baudelot, Alain Bihr, Françoise Collin, Christophe Dejours, Annie Fouquet, Geneviève Fraisse, Maurice Godelier, Monique Haicault, Françoise Héritier, Jean-Claude Kaufmann, Christiane Klapisch-Zuber, Nicole-Claude Mathieu, Michelle Perrot, Serge Volkoff. Correspondants à l'étranger Carme Alemany (Espagne), Boel Berner (Suède), Zaza Bouziani (Algérie), Paola Cappellin-Giuliani (Brésil), Cynthia Cockburn (Grande-Bretagne), Alisa DeI Re (Italie), Virginia Ferreira (Portugal), Ute Gerhard (Allemagne), Jane Jenson (Canada), Sara Lara (Mexique), Bérengère Marques-Pereira (Belgique), Andjelka Milic (Serbie), Machiko Osawa (Japon), Renata Siemienska (Pologne), Birte Siim (Danemark), Angelo Soares (Canada), Diane Tremblay (Canada), Louise Vandelac (Canada), Katia Vladimirova (Bulgarie). Abonnements et vente Les demandes d'abonnement sont à adresser à L'Harmattan Voir conditions à la rubrique « Abonnements» en fin d'ouvrage Vente au numéro à la librairie L'Harmattan et dans les librairies spécialisées.
(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5548-8 ISSN: 1165-3558

Cahiers du Genre, n° 35

Sommaire

Dossier
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La violence, les mots,

le corps

Dominique Fougeyrollas-Schwebel, Danièle Senotier Introduction Françoise Héritier Quels fondements de la violence?

Helena Hirata et

21 45

Dominique Fougeyrollas-Schwebel et Maryse Jaspard Compter les violences envers les femmes. Contexte institutionnel et théorique de l'enquête ENVEFF Marylène Lieber La double invisibilité des violences faites aux femmes dans les contrats locaux de sécurité français Corinne Lanzarini Survivre à la rue. Violences faites aux femmes et relations aux institutions d'aide sociale Michèle Salmona Des paysannes en France: violences, ruses et résistances MariePezé Corps et travail Claudia de Gasparo Harcèlement moral et sexuel: une approche sociologique Enquête Maria Bernardete Ferreira de Macêdo Femmes de ménage et veilleurs de nuit: une approche sexuée du travail précaire dans un hôtel en France

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Il 7 141 165 189

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Hors-champ Dominique Memmi Une situation sans issues? Maîtres et domestiques dans le cinéma anglais et français

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Notes de lecture
Marie-Hélène Bourcier. Queer zones. Politiques des identités
sexuelles, des représentations et des savoirs (Pascale Molinier)

-

Danielle Chabaud-Rychter,Delphine Gardey (eds). L'engendrement des choses. Des hommes, des femmes et des techniques (Grégoire Mallard) - Sylvie Schweitzer. Les femmes ont toujours travaillé. Une histoire du travail des femmes aux x/xe et xxe siècles (Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard) - Sextant « Domesticité ». Éliane Gubin, Valérie Piette (eds) (Emmanuelle Lada) - RoseMarie Lagrave, Agathe Gestin, Éléonore Lépinard, Geneviève Pruvost (eds). Dissemblances. Jeux et enjeux du genre (AnneMarie Devreux) - Houria Alami M'Chichi. Genre et politique au Maroc. Les enjeux de l'égalité hommes-femmes entre islamisme et modernisme (Meriem Rodary) - Colette Guillaumin.L'idéologie raciste. Genèse et langage actuel (Dolorès Pourette) - Sonya Michel, Rianne Mahon. Child care policy at crossroads: gender and welfare state restructuring (Heini Martiskainen) - Philippe Zarifian. À quoi sert le travail? (Jean-Robin Merlin)
265 269 Abstracts Auteures

273

Tables 1997-2003

Cahiers du Genre, n° 35

Introd uction

L'analyse de la violence est inséparable de l'étude de ses représentations, ce qui en fait d'emblée une catégorie hautement subjective. Au demeurant, elle ne s'appréhende réellement que par les réprobations sociales qu'elle suscite. Ce qui n'était pas perçu comme violence par une société à un moment de son histoire le devient à d'autres moments ou dans d'autres sociétés. Les théories de la violence sont multiples, mais un large consensus s'est aujourd'hui dégagé pour montrer ce qu'il y a de destructeur dans la violence: Appelons violence toute contrainte de nature physique ou psychique susceptible d'entraîner la terreur, le déplacement, le mal-

heur, la souffrance ou la mort d'un être animé (Héritier 1996, p. 17). Au vu de l'évolution des vingt dernières années, on assiste à une certaine banalisation de la violence d'un côté et à une extrême dénonciation de l'autre. On peut penser que la violence a aujourd'hui perdu une grande part de légitimité dans la majorité des pays d'Europe et d'Amérique du Nord, même comme facteur de la vie politique, enfermant les protagonistes de la violence quels qu'ils soient dans le non-sens, la barbarie ou l'absurdité. Au carrefour des disciplines de sciences sociales et humaines, on a souvent souligné l'impossibilité d'une définition conceptuelle de la violence parce qu'elle touche des pans de réalité sociale très hétérogènes. Le propos sur la violence s'est néanmoins longtemps polarisé en France entre les perspectives marxistes des mouvements sociaux et des justes luttes de la révolte, d'un côté, et les approches fondées sur les analyses de Freud, d' affrontement irréductible des forces d'Eros et de Thanatos, de l'autre.

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Dominique

Fougeyrollas,

Helena Hirata, Danièle Senotier

Plus encore que pour tout autre sujet, on pourrait faire le constat qu'il y a aujourd'hui dissolution de toute théorie sur la violence: les conceptions dominantes d'éclatement de la société ne laissent aucune place à la généralisation. Il en résulte des analyses purement normatives entre les théories de tolérance zéro promues par les forces politiques au pouvoir, et l'absence de tout jugement sur les mœurs, chacun étant présumé libre de sa personne. Poussée à l'extrême, cette tendance formule une exaltation du goût du risque où certaines formes de violence maximale sur les corps ne seraient que purs simulacres ou jeux. Ce dossier s'écarte de ce type de questionnement, qui ne s'attarde que très rarement sur les différences entre les hommes et les femmes. Notons que cette absence de différenciation de sexe a été particulièrement soulignée par les féministes en ce qui concerne les violences à l'école (Dujardin 1996). C'est un double mouvement récent de dénonciation des inégalités entre garçons et filles dans l'enseignement et de violences sexuelles qui ont enfin ouvert les débats sur le sujet (CLASCHES2002). Le présent numéro s'inscrit dans le renouvellement de la question sous l'angle des victimes dans l'analyse des nouveaux paradigmes de la violence (Wievorka 1998 ; Michaud 2002). Un regard historique montre que les attitudes devant ce phénomène et les sensibilités à son égard sont très variables. Si la violence a perdu toute légitimité aux yeux de la plupart des individu( e)s, c'est que l'époque actuelle est beaucoup plus concernée par la façon dont les faits sont ressentis, mettant ainsi en avant le rapport subjectif à la violence. Cela concerne tout autant les actes de brutalités que la tolérance que l'on peut accorder à des actes jugés violents. En effet, prendre le point de vue des victimes opère un renversement de la culture de la violence.
La culture véhicule des images de la violence qui sont des montages

et qui ont pour but et pour effet de cacher la vérité de la violence. La culture confectionne un habillage qui a pour but, non pas de désigner la violence, mais de la déguiser. Cet habillage veut occulter la violence de la violence en la légitimantcomme
un droit de l'homme et en l'honorant comme la vertu de l'homme

fort. [...] La représentationculturellede la violencevise toujours à ennoblir la violence et à masquer tout ce qui est ignoble en elle ( Muller 2000).

Introduction

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On pourrait aussi ajouter, d'un point de vue des rapports sociaux de sexe, qu'une sorte d'« alchimie sociale» transmute le vice en vertu (Dejours 1998) : la violence envers les plus faibles, considérée ordinairement comme défaut, est valorisée comme « qualité virile» quand elle est exercée par des hommes dans leurs pratiques de travail. Dejours évoque là un « retournement du sens moral» (id. 1998). La prise en considération des victimes de crimes et délits est une caractéristique des périodes les plus récentes, et ceci est à mettre en relation avec l'impact des campagnes des mouvements féministes à la fin des années soixante pour que le viol soit reconnu pour ce qu'il est: la forme extrême de la violence à l'encontre des femmes, expression des rapports de domination entre les sexes. En France, c'est la loi de 1980, donnant une nouvelle définition du crime de viol, qui marque cette évolution (Bordeaux et al. 1990). Qu'il s'agisse de viol ou de violences subies par les enfants, le regard sur l'enfant ou la femme victime commence à se transformer. Les viols, les abus sexuels ou la pédophilie sont compris non seulement comme autant d'atteintes à l'intégrité physique de leurs victimes, mais surtout comme une négation brutale de leur existence comme sujets. On découvre la violence morale, rapporte Georges Vigarello (1998), auteur d'une Histoire du viol, car pour que le viol en tant que tel puisse soulever la réprobation qu'il connaît aujourd'hui, il fallait que naisse l'idée du traumatisme psychique consécutif à l'acte. Jugements et commentaires sur le viol aujourd'hui pourraient révéler plusieurs changements de culture susceptibles d'expliquer partiellement l'explosion des chiffres: [...] un déplacement d'attention sur l'atteinte intime des victimes transformant en irrémédiable traumatisme ce qui auparavant était d'abord honte morale et offense sociale. Tout change dans ce dernier cas lorsque le versant psychologique s'ajoute à ceux plus visibles qui ont longtemps dominé. [...] On interroge le versant très personnel de la blessure, sa part intérieure et secrète, cette forme très spéciale du crime qui, en atteignant le corps, atteint la partie la plus incorporelle de la personne (Vigarello 1998, p. 9-10).

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Fougeyrollas,

Helena Hirata, Danièle Senotier

Dès lors s'étendent les contours de la violence sexuelle, incluant les violences verbales à caractère pornographique. L'extension du champ de la violence signalée par Vigarello dans l'étude des comportements sexuels (Spira, Bajos et le groupe ACSF 1993) incluant comme violence les atteintes psychologiques, les violences verbales des appels téléphoniques malveillants, à contenu pornographique, est inscrite dans le nouveau code pénal de 1994. On observe ainsi de nouveaux déplacements vers les violences cachées que sont les violences morales. La violence envers les femmes « représente à la fois un véritable enjeu de société et un enjeu scientifique », comme le mettent en avant les auteur(e)s de l'Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France - ENVEFF(Jaspard et al. 2003a). Par la publication de ce numéro sur « La violence, les mots, le corps », nous voulons contribuer à ce débat politique et scientifique d'extrême actualité, à partir de la convocation d'approches différentes au plan théorique, de l'expérience, des disciplines, des terrains. Nous nous situons, ce faisant, dans la continuité des contributions théoriques françaises présentées ici par Dominique FougeyrollasSchwebel et Maryse Jaspard. Notamment l'article de la sociologue britannique Jalna Hanmer dans le premier numéro de Questions féministes (1977) ; puis le texte de Nicole-Claude Mathieu (1985) qui décrit toutes les formes de l'oppression et de la domination des femmes; les publications issues des réflexions des membres de l'Association européenne contre les violences faites aux femmes (AVFT), créée en 1985 par Marie-Victoire Louis; et enfin les textes de Françoise Héritier, issus de son séminaire sur la violence en 1995 (Héritier 1996-1999), proposant une théorie des fondements de la violence qu'elle synthétise aujourd'hui dans cette parution. La question des rapports différenciés des hommes et des femmes vis-à-vis de la violence est sous-jacente à ce dossier, même si la perspective dans ce numéro porte majoritairement sur l'étude de situations où des femmes sont victimes de violences. En effet, le premier article interroge les formes universelles de la violence, qui est loin d'être du côté des seuls hommes. Soulignons que les premières publications féministes, Cahiers

Introduction

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du Grif (1976), Pénélope (1982), abordaient dans le même mouvement femmes sujet et objet de violences en fonction des terrains; perspective reprise par des publications plus récentes: le numéro de CLIO (1997) sur les guerres civiles et l'ouvrage De la violence et des femmes, dirigé par Cécile Dauphin et Arlette Farge (1997). Toutefois, il ressort nettement que la violence féminine contre les personnes est extrêmement minoritaire, même si ceci «n'implique pas une éthique spécifique des femmes, capables aussi de cruauté individuelle, vecteurs de reproduction des valeurs établies, dans leur rôle d'éducatrices» (Nahoum 1982, p. 6). Soulignons une spécificité quant aux objets (infanticides...) et quant aux moyens (empoisonnement...). Le travail de Paola Tabet (1979) est ici une contribution essentielle: l'étude de l'accès à des moyens de la violence, et leur appropriation, représente un aspect fondamental de la division sociale entre les hommes et les femmes et explique une grande part des rapports différenciés à la violence. Un des obstacles lorsqu'on aborde le thème « femmes et violence» reste la question récurrente de définition de la féminité, par défaut ou par excès: images misérabilistes si la recherche insiste sur l'exploitation des femmes, images terrifiantes si l'on met l'accent sur la force un peu magique d'une spécificité féminine (Nahoum 1984). La diffusion des résultats de l'enquête ENVEFF(Jaspard et al. 2003a) nourrit les débats en cours en donnant à voir l'extension de la violence faite aux femmes et en la quantifiant pour la première fois en France. Cette enquête a, en effet, pris la mesure du phénomène et apporté une information utile à un meilleur traitement social de la question; ainsi, tous les types de violences - verbales, psychologiques, physiques et sexuelles sont pris en compte, et ceci dans le contexte familial, social, culturel et économique des situations de violence; mais aussi les réactions des femmes aux violences subies, leurs recours auprès de leur entourage et des institutions spécialisées; enfin les conséquences sur la santé physique et mentale, sur la vie familiale et sociale et sur l'usage de l'espace public et privé. Cette actualité a été renforcée par la polémique ouverte par l'ouvrage récent d'Élisabeth Badinter (2003) et par l'offensive contre l'enquête ENVEFFmenée par Marcela Iacub et Hervé Le Bras dans Les Temps modernes (2003), avec une réponse immé-

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diate des responsables de cette enquête (Jaspard et al. 2003b). Même s'ils sont de portée et de signification très différentes, l'ouvrage d'Élisabeth Badinter et le texte de Marcela Iacub et Hervé Le Bras rejètent les thèses féministes sur les violences, en ce sens qu'elles présenteraient les femmes comme des victimes de la violence masculine. Ainsi, le regard sur les hommes « victimes» serait nécessaire pour établir le juste équilibre des choses (Badinter 2003). Indirectement, les articles que nous présentons dans ce dossier montrent l'absence de bien-fondé de la figure, construite par ces auteurs, du «féminisme victimiste» (Badinter 2003, p. 140). À partir d'approches disciplinaires différentes (anthropologie, psychanalyse, sociologie, économie, statistique), à partir de terrains contrastés (le monde rural, les grandes villes, la rue ou l' entreprise) 1, les résultats de recherches ici présentés montrent la grande diversité des acteurs et des situations où émerge la violence, et tentent de débusquer, dans chaque cas, sa nature sexuée. Il n'est pas inutile de préciser que parfois des outils de la microsociologie sont convoqués pour mieux saisir les nuances et la complexité des situations analysées. Une des questions controversées des débats concerne la mise en parallèle des violences physiques et des violences morales ou psychiques. La pénalisation des violences morales n'est en rien un phénomène nouveau - « coup de langue est pire que coup de lance », dit le proverbe - et la diffamation ou les injures sont sanctionnées par la loi sur la presse du 29 juillet 1881. Comme nous l'avons souligné, la question mise en avant aujourd'hui est celle de l'extension de la notion de violence morale avec, par exemple, la reconnaissance des dimensions psychologiques dans les violences intrafamiliales, ou les nouvelles définitions du code du travail - loi de modernisation de 2002 et définition du harcèlement moral -, ou encore les réflexions en cours sur les maltraitances envers les enfants, à l'encontre des personnes vulnérables, des handicapés, malades ou vieillards. D'un point de vue théorique, les mécanismes de la violence doivent être également analysés dans leurs diverses dimensions
La violence dans l'espace privé - les violences conjugales l'objet d'un article dans les Cahiers du Genre (Cresson 2002).
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a déjà fait

Introduction

Il

et combinaisons. Par exemple, Michel Foucault et Norbert Elias ont contribué, de façon fondamentale, à déceler des modes historiques de discipline des corps et des individualités. De son côté, Pierre Bourdieu (2002), considérant la violence symbolique des institutions, a également fortement insisté sur cette dimension dans l'analyse de la domination masculine. Nous renvoyons

notammentà la réédition de son interventionde juin 1994 2 où il
expose pied à pied sa démarche pour expliciter ce qu'il pense être « la forme spécifique de la domination masculine », c' est-àdire: La violence symbolique comme contraintepar corps. Pour que la domination symbolique fonctionne, il faut que les dominés aient incorporé les structures selon lesquelles les dominants les
perçoivent,' que la soumission ne soit pas un acte de la conscience,

susceptible d'être compris dans la logique de la contrainte ou dans la logique du consentement(Bourdieu2002, p. 231). Sans doute, il n'y a pas lieu d'opposer la violence symbolique aux autres formes de violence, physiques et psychiques, sexuelles ou non. En matière de relations entre les sexes, il n'y a pas juxtaposition de formes de violence mais intrication, il n'y a pas d'automatisme de compensation d'une forme de violence par une autre: dans les relations sexuelles, notamment, il y a intrication de relations non seulement sexuelles mais aussi affectives, économiques et culturelles. Réfléchir, dans une enquête statistique, à la construction d'un indicateur composite des violences envers les femmes, couvrant l'ensemble des violences - physiques, verbales, sexuelles, psychologiques - n'efface pas la différence entre blessure physique et blessure psychologique du point de vue de l'individu. Il n'y a pas lieu de porter un jugement de valeur, les effets de la violence sont indéniablement subjectifs et l'expression des singularités humaines. Ce qui peut être montré, c'est que la tolérance à la violence est construite et socialement différenciée, mais aussi que c'est l'écart entre le dire et le faire qui est le plus intolérable. Chaque discipline a une approche différente de la question, et de multiples points de vue existent sur lesquels ce
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Au séminaire du Groupe d'études sur la division sociale et sexuelle du

travail (GEDISST).

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numéro apporte des éclairages. L'approche quantitative des violences envers les femmes montre, certes, que les violences physiques sont sans doute l'objet de réprobation sociale grave et sont par conséquent plus rares, mais révèle aussi que les humiliations répétées sont parfaitement paralysantes et réduisent la capacité d'agir de la personne. L'approche clinicienne de psychosomatique développée par Marie Pezé atteste qu'un traumatisme physique peut être réparé, mais qu'il est également indispensable de dénouer par les mots ce qui reste caché de la blessure psychologique comme blessure refoulée. D'une certaine manière, elle décrit - dans le premier cas présenté - les difficultés insurmontables et le handicap physique qui persiste pour une personne qui ne peut pas nommer sa douleur psychique, et elle dépeint, au contraire - dans le second cas -, l'espoir d'un dépassement de la douleur d'une femme qui a pu mettre les mots adéquats sur sa souffrance et en donner une expression publique. Ce numéro voudrait ainsi contribuer à la mise au jour des diverses processus de la violence, et à la résolution des stigmates que ces violences marquent sur les corps par les mots et les actes. Comme nous l'avons déjà dit (cf. note 1), ce dossier n'aborde pas directement les violences conjugales, mais interroge davantage l'ensemble des institutions publiques, politiques et sociales, participant de la reproduction des rapports de domination entre les hommes et les femmes, y compris dans le monde du travail. Reste la question de l'école et de la formation qui n'est pas abordée ici: l'actualité des débats sur la mixité, sur la coexistence de filles et garçons, sur la mixité sociale, sur la mixité culturelle est au cœur de nos préoccupations et donnera lieu à d'autres publications. Trois types de contributions constituent ce dossier: deux articles de portée générale ouvrent ce numéro, l'un par une conceptualisation anthropologique de la violence et l'autre en situant le cadre historique du débat féministe sur la question; les deux articles suivants rendent compte de l'éclosion de la violence sexuée dans l'espace public et du rôle des institutions et des politiques sociales; enfin, une troisième partie rassemble

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quatre articles traitant des violences, verbales et physiques, dans l'univers du travail. S'il n'y a ni discours ni savoir universel sur la violence et forcément une diversité des normes juridiques et institutionnelles, cependant la démarche anthropologique de Françoise Héritier repose sur la possibilité de comparer toutes les sociétés et de dévoiler le noyau commun qui se nomme l'humanité. En confrontant approches philosophique, juridique, religieuse, historique, anthropologique de la violence et de l'agressivité, elle démontre « qu'il est inadéquat de parler d'une violence innée, naturelle, consubstantielle à l'être humain, mais qu'il convient en revanche de prendre en considération les ajustements entre les matrices de l'intolérance et de la violence ». Pour ce faire, elle décline l'analyse des substrats invariants de l'humanité considérés du point de vue des affects et besoins élémentaires. Elle détermine ainsi ce qui constitue l'homme en société et ses rapports au cosmos. C'est en séparant, par une opération cognitive première, l'identique et le différent que l'individu rend possible toute identification. Citons les différents besoins et affects: besoin de protéger et d'être protégé, besoin de confiance et de sécurité, besoin de conformité et d'être accepté et aimé parce que conforme, auquel se rattache le besoin et affect de désirer posséder ce que l'autre possède. Il résulte du besoin de protection et des rapports de domination deux affects qui sont l'orgueil et le sentiment de puissance, et la honte, l'humiliation et le ressentiment envers l'autre. Enfin dernier besoin ou affect dérivé des précédents mais aussi condition de leur exercice, le sentiment du juste et de l'injuste qui va de pair avec la conscience de soi et de sa dignité. La violence est ainsi non pas un trait de caractère isolé et isolable mais le produit socialement et historiquement organisé de ces différents affects. Cette synthèse théorique est illustrée par l'analyse de sociétés historiquement et culturellement différenciées, citons par exemple les sociétés antiques ou les sociétés du Pacifique, d'Indiens de Terre de feu ou des populations africaines de chasseurs-collecteurs, jusqu'aux exemples contemporains de religion intégriste, ou la question du clonage reproductif en passant par les sociétés

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d'Europe du Moyen-Âge, la société indienne ou l'Allemagne naZIe. Dominique Fougeyrollas-Schwebel et Maryse Jaspard proposent une mise en perspective historique du lancement de l'Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF). Elles retracent le rôle des institutions internationales (Nairobi, 1985, Pékin, 1995), l'évolution des politiques publiques mais surtout des recherches et des débats des militantes féministes concernant ces violences, depuis le début des années soixante-dix jusqu'au moment où les représentants de l'État - le service des Droits des femmes - commanditent l'enquête. Elles reviennent sur les décennies 1980 et 1990, les actions des militantes, le rôle des associations d'aide aux victimes, les débats dans les milieux scientifiques, grâce auxquels ces violences sont peu à peu apparues en tant que question sociale; et qui ont abouti à la législation sur des phénomènes comme le viol, les violences conjugales et le harcèlement sexuel. Elles décrivent la naissance et les résultats de l'enquête ENVEFF, dans un contexte où les débats publics se focalisent sur le sentiment d'insécurité sans prendre en compte les violences envers les femmes. Mettant en évidence la faible prise en compte de ces violences dans les politiques locales de sécurité, Marylène Lieber se demande s'il est pertinent de parler de spécificités en ce qui concerne les femmes, au regard des théories et études féministes, et s'interroge sur le continuum entre violences physiques, sexuelles et psychologiques, qui couvrent une multitude de situations et, par conséquent, nécessitent des réponses et un traitement différents, analysant en particulier les spécificités du cas de la ville de Paris. Pour ce faire, l'auteure explore la façon dont les politiques locales de sécurité appréhendent les violences envers les femmes en analysant les contrats locaux de sécurité (CLS) de dix villes françaises. Elle examine ainsi les différentes étapes qui mènent à la rédaction d'un CLS et les différents acteurs qui interviennent, et ceux qui en sont exclus - justement les associations ou organismes dont l'action vise les femmes. L' auteure révèle à quel point les catégories utilisées « sont disparates et

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basées sur des a priori et des clichés stigmatisant certaines populations» et souligne l'absence de ventilation par sexe des données récoltées. Après avoir passé minutieusement en revue la construction et la mise en place de ces contrats locaux de sécurité, l'auteure en conclut que les violences envers les femmes ne sont pas considérées comme un problème social majeur, dans la mesure où elles ne portent pas atteinte à la tranquillité et à l'ordre publics. Elle révèle ainsi les limites à la reconnaissance de ces violences, malgré, dans le cas de Paris, une certaine volonté politique de les prendre en compte. Espace public par excellence, la rue est l'objet des recherches de Corinne Lanzarini qui étudie, depuis plus de dix ans, la situation des hommes et des femmes sans-abri et les modes de prise en charge de l'aide sociale. Elle analyse les différences sexuées quant aux violences subies ou ressenties, qu'elles soient exercées entre pairs dans la rue ou produites par les institutions d'hébergement ou d'aide. Elle remarque que, si tous subissent certains types de violences (agressions pour l'appropriation d'un territoire ou de biens dans la rue; infantilisation et stigmatisation en centre d'hébergement), les femmes sont de plus exposées aux agressions sexuelles. Elles sont par ailleurs l'objet, de la part des institutions, de contraintes spécifiques qui découlent de leurs attributs « naturels» féminins. L'auteure montre ainsi comment ces dernières renforcent les rôles sociaux assignés à chacun des sexes, en orientant les hommes vers la recherche d'un travail professionnel et la nécessité d'apporter un salaire; et les femmes vers le réapprentissage des activités domestiques, d'éducation des enfants et de gestion du budget familial, même si ce dernier relève de l'aide sociale. Marie Pezé, psychanalyste, à travers la présentation de deux cas cliniques - celui du «colosse aux mains d'argile », travailleur du bâtiment, accidenté des deux mains, et celui de Claudine, victime de harcèlement moral au travail-, démontre de façon convaincante à quel point « il est fructueux de 'suivre' les patients dans leur atelier, leur usine, leur bureau », et met

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ainsi en évidence la centralité du travail dans les enjeux de la construction identitaire - et sexuée. Par une approche psychosomatique de l'engagement du corps - biologique et imaginaire - au travail, Marie Pezé décrit les conséquences pathologiques multiples d'un tel engagement: des atteintes musculosquelettiques aux névroses traumatiques, elle traverse les terrains accidentés de la rencontre - souvent violente - entre organisation du travail, santé et corps. Mobilisant pour son analyse les dimensions sociales du travail, elle se démarque de la perspective psychanalytique classique de la construction de l'identité sexuelle. Le constat qui découle d'un des cas cliniques présentés par l'auteure répond à une des préoccupations centrales de ce numéro: «Nous sommes des êtres de langage et de symbole », et pas simplement « une mécanique de voies nerveuses ». Claudia de Gasparo, pour sa part, examine les dossiers cliniques de personnes victimes de harcèlement moral, en montrant qu'une approche sociologique «permet d'analyser le harcèlement moral comme un processus et comme le produit de rapports sociaux bien déterminés ». Pourtant, ce phénomène reste le domaine privilégié de la psychologie et de la médecine qui tendent à focaliser l'attention sur les «techniques» de harcèlement et sur leurs conséquences sur la santé, sans prendre en compte les rapports sociaux et le contexte dans lequel il se construit et se déroule. Alors que le harcèlement moral a fait l'objet, ces dernières années, de nombreux débats qui ont permis de nommer une réalité vécue et de la sanctionner, l'auteure fait l'hypothèse que la notion de harcèlement moral peut canaliser, voire enrayer les conflits sociaux, d'une part, et masquer sous une « étiquette » unique de multiples discriminations, d'autre part. Par sa démarche, elle démasque un glissement du collectif à l'individu, glissement qui aboutit à un traitement en termes de « bourreau» et de « victime». En questionnant à la fois les définitions qui sont données du harcèlement moral et les processus qu'ont subi les individu( e)s, elle fait émerger trois caractéristiques - généralement occultées - du harcèlement moral: il est toujours genré; il peut être

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sexiste ou misogyne; et s'accompagner de harcèlement sexuel. Ce qui l'amène à s'interroger sur la pertinence ou non de distinguer harcèlement moral et harcèlement sexuel; si on les différencie, le risque est de rendre d'autant moins visible un phénomène - le harcèlement sexuel - qui reste trop souvent dans l'ombre; dans le cas contraire, le danger est de masquer le harcèlement sexuel sous 1'« étiquette » de harcèlement moral. C'est un tout autre domaine qu'aborde Michèle Salmona en étudiant, depuis de nombreuses années, le rôle des femmes dans l'agriculture. Elle présente non seulement des réflexions originales et essentielles sur la vie quotidienne des agricultrices, mais révèle également les stratégies qu'elles développent pour résister aux violences engendrées à la fois par les pressions familiales, par l'organisation du travail et par les bouleversements apportés par les politiques de développement, lesquelles ont conduit depuis plusieurs décennies à une agriculture intensive, dont on ne dira jamais assez les conséquences destructrices sur la santé et l'environnement. L'auteure passe ainsi en revue les conséquences pour les femmes - mais aussi souvent pour les hommes - de la mise en GAEC (Groupement agricole d'exploitation en commun) ; de la mise en place des plans de développement qui entraînent les familles dans la spirale de l'endettement et engendrent dépression, maladie, suicide, et faillite de l'exploitation; de l'établissement de politiques d'aménagement du territoire et de leurs effets pervers résultant de la réalisation de grands travaux; de la nouvelle organisation du travail qui contraint les femmes à prendre en charge à la fois la gestion comptable, mais aussi de nouvelles productions, des activités de transformation et de commercialisation, activités qui s'ajoutent à l'élevage des enfants et aux tâches domestiques... qui font des agricultrices des « glaneuses de temps». Malgré cela, l' auteure souligne la «modernité» des agricultrices, qu'elle décrit en pointe aussi bien dans les mouvements d'idées, dans l'expérimentation de choix techniques et de nouveaux modes d'organisation, choix qui permettraient d'envisager une « autre mondialisation ». La contribution de Maria Bernardete Ferreira de Macêdo, publiée dans la rubrique «Enquête », apporte une description,

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de type ergonomique, du travail des femmes de ménage et des veilleurs de nuit dans un hôtel en France, à partir de son expérience, durant un an et demi, d'observation participante. L'auteure montre que, bien que l'un et l'autre aient en commun d'être effectués dans le cadre d'un travail précaire, ils sont loin d'être symétriques et sont empreints de caractéristiques fortement sexuées. Aux femmes, d'origine africaine et de faible niveau scolaire, le travail de ménage, précaire, à temps partiel, mal rémunéré, représentatif des emplois féminins dans le secteur des services, et apparenté au travail domestique. Aux femmes encore une disponibilité permanente, liée à l'incertitude quant au nombre d'heures de travail, à l'irrégularité des horaires, et à la soumission au contrôle de la clientèle et du gérant. Aux hommes, originaires du Proche-Orient et diplômés de l'enseignement supérieur, le travail de veilleurs de nuit, dont les horaires sont fixes, le salaire plus élevé et qui comporte des responsabilités. Pourtant, les hommes subissent des conditions de travail difficiles engendrées par le travail de nuit, connaissent la peur - du vol, des agressions, des braquages, etc. - et vivent la précarité à travers un travail qu'ils jugent socialement et économiquement dévalorisant. L'auteure témoigne, par la description minutieuse des gestes et postures, des contraintes physiques permanentes vécues dans l'un et l'autre cas comme des violences: engagement total du corps, intensification du travail en fonction du taux d'occupation de l'hôtel, provoquant atteintes à la santé physique et mentale. La contribution de Dominique Memmi, publiée en « horschamp », fait écho aux thèmes de ce dossier, en étudiant les modalités de rapports entre maîtres et domestiques tels qu'ils sont représentés au cinéma, à partir d'un corpus constitué de films d'origine française et anglaise. L'auteure confronte la manière dont les cinéastes appartenant à deux sociétés européennes mettent en scène deux modèles de rapports de dépendance, par exemple les figures majoritairement féminines en France, majoritairement masculines en Grande-Bretagne. S'appuyant sur les propositions théoriques de Hirschman (exit, voice, loyalty) des situations de dépendance, elle nous donne à voir des images beaucoup plus sanglantes dans la filmographie française. Si la

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sexualité entre maîtres et servants est convoquée, les images portent sur une sexualité consommée en France et une sexualité omniprésente mais sous des formes refoulées en Grande-Bretagne.
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Quels fondements de la violence?

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Françoise Héritier Résumé
Plutôt qu'un état pulsionnel consubstantiel à l'être humain, la violence serait une réaction à l'état de sociabilité. Des constantes mettent en première place l'obligation de se définir par opposition et le classement entre même et différent est à la base du sentiment d'appartenance. Celui-ci se coule dans deux moules: l'entre-soi de la consanguinité et du territoire, et celui du genre. Des besoins et affects universels sont pris dans les métaphores du corps, du territoire, de l'aînesse. C'est leur manipulation plus ou moins organisée qui est créatrice de violence. Il y a donc une logique de l'intolérance, dont des exemples sont donnés. Une éthique universelle, à construire, est cependant possible.

La question posée est celle de l'origine de la violence et des comportements d'agressivité. C'est un point qu'ont abordé philosophiquement de nombreux auteurs, mais quels que soient les arguments en un sens ou dans l'autre, ce débat renvoie toujours à l'idée que la violence est naturellement consubstantielle non seulement à l'humanité mais aussi à la vie. J'en suis arrivée à la conclusion qu'il est inadéquat de parler d'une violence innée, naturelle, consubstantielle à l'être humain, mais qu'il convient en revanche de prendre en considération les
1 Ce texte reprend des analyses anthropologiques que j'ai conduites pendant trois ans dans le cadre de mon séminaire « L'anthropologue dans la cité» au Collège de France, qui ont été publiées en deux volumes chez Odile Jacob (Héritier 1996-1999).

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ajustements entre les matrices de l'intolérance et de la violence. Les éléments qui composent ces matrices sont, eux, d'ordre naturel, immédiat et partagés par toute l'humanité. Mais c'est dans la tension, d'une part de leur ajustement réciproque et de l'autre des régulations, des manipulations qui sont apportées par des ordres sociaux particuliers que naît la violence. C'est donc a priori moins sur les éléments matériels eux-mêmes que sur la gestion volontaire de leur articulation qu'il est possible d'agir par l'éducation, la règle et la loi, à condition, bien évidemment, de connaître les éléments, mais surtout les raisons et les mécanismes des dérapages et de vouloir réellement y remédier.
Matrices, invariants, ensembles de significations

Sans les confondre avec une hypothétique nature de I'homme, peut-on parler de matrices de la violence? C'est un terme intéressant par son ambivalence même; il revêt deux sens adaptés l'un à l'autre. Une matrice est un corps naturel, dont la forme et le contenu varient selon les espèces, dont le contenu est variable au sein de chaque espèce également, mais ce corps naturel correspond à une nécessité physiologique structurale qui peut être définie comme le contenant d'un contenu, certes variable, mais toujours inséré dans des limites strictes de variabilité. Tout n'est pas possible. En ce sens, ce mot convient pour définir ce que j'appelle des invariants de la pensée humaine. Le terme « invariant» n'implique pas l'invariabilité mais un cadre et des liaisons nécessaires entre des concepts; le contenu placé dans ce cadre et les types de liaison varient selon les cultures, et varient historiquement dans une même culture. Ce sont donc des modules qui forment des cadres conceptuels, constitués par des associations obligées de concepts, associations qui ne peuvent pas ne pas être faites par tous les hommes dans toutes les sociétés, mais qui sont meublées de façon différente par les diverses cultures et se situent dans des champs dont les limites peuvent être tracées grâce à l'expérience ethnologique, grâce aussi au raisonnement logique qui envisage tous les possibles, même si certains n'ont jamais vu le jour. L'absence renvoie à la question de la pensabilité : pour que les choses voient

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le jour, il faut qu'elles soient pensables par l'esprit humain à un moment donné de son histoire. Les matrices sont, en quelque sorte, des structures, des systèmes qui encadrent de façon précise des contenus diversement agencés et a priori nomenclaturables, discernables. Mais le terme revêt un deuxième sens, tout aussi important: partant du principe que la structure s'impose à des ensembles de significations déjà là en tant que réalités préexistantes, ce sont ces ensembles de significations les plus voilés, les plus enfouis, qu'il nous faut saisir: ces choses cachées, fondamentales, qui agissent derrière les apparences des comportements et des mots et qui se mettent à exister en association, en entrelacs, de façon structurée, matricielle au premier sens du terme. Il ne s'agit pas de fantasmes individuels, ni de systèmes idéologiques construits, mais d'empreintes de ce quelque chose qui fonctionne tout seul par prétérition dans le moindre de nos actes et engagements et dont il faut que nous acquérions une forme de conscience permanente pour pouvoir lutter contre les réactions comportementales d'apparence spontanée qu'il entraîne. Ce substrat que l'humanité tout entière partage tient en effet à la nature biologique de 1'homme et aux contraintes qui s'exercent sur elle. C'est un butoir indépassable, un socle inamovible mais sur lequel la raison, le libre arbitre, la conscience, l'intelligence et l'amour, ont cherché à construire indéfiniment des modèles cohérents de vie et continuent à le faire; du moins peut-on l'espérer. Envisageons en premier lieu les éléments qui constituent ce substrat. Partant de la nécessité pour l'homme d'être un être social qui ne peut exister que dans l'interaction de ses semblables, il s'agit d'envisager les affects et les besoins élémentaires qui sont pris dans cette interaction et les formes d'action qui peuvent en découler. Affects et besoins élémentaires: j'entends par là des constantes de nature psychologique, mais dont il semble qu'elles sont fondamentales dans l'élaboration de la règle sociale et qu'elles expliquent, en conséquence, plus encore que les comportements individuels, les règles qui permettent à l'homme de vivre en société. La règle a pour objet de canaliser

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besoins et affects élémentaires dans un sens qui permette la coexistence de soi et de l'Autre que soi, en fonction naturellement de la définition que chaque culture, donc chaque loi locale, donne à ces termes.
Le socle dur des évidences élémentaires

Il existe un socle dur des évidences élémentaires soumises à l'observation humaine sur lesquelles se greffent les besoins psychiques et les affects qui leur sont corrélés. Je postule, comme Freud (1934) l'avait d'ailleurs fait avant moi, que l'homme en général, et celui des origines tout particulièrement, a été contraint de comprendre le monde, de lui donner du sens, à partir de l'observation de ce qui lui était donné à voir, son propre corps, celui de ses congénères, celui des autres êtres vivants, les régularités observables du monde, mais aussi ses sensations corporelles et ses besoins. Freud met en rapport la pulsion sexuelle masculine variable et l'image du feu; pour moi c'est de la construction globale de l'image du monde qu'il s'agit, avec les moyens d'observation dont l'homme disposait, à savoir ses cinq sens. Les évidences élémentaires non sécables, qui ne peuvent être subsumées sous d'autres, offertes à la trituration de l'esprit humain, sont concrètes et toujours d'actualité. C'est la différence sexuelle, anatomique et physiologique, qui traverse toutes les formes animales vivantes, avec ce qui s'ensuit pour les exigences de la procréation; c'est l'existence de fluides corporels spécifiques de chaque sexe et définissant son identité; c'est la nécessité de l'acte sexuel pour la procréation, celle de grandir, vieillir, mourir; c'est le rapport qui existe entre la vie, le sang qui coule dans les veines, la chaleur, l'animation, la mobilité; et, au contraire, entre la mort, la coagulation du sang, le froid, la rigidité, l'immobilité; ce sont les contraintes de l'alimentation, de l'excrétion, du repos; mais c'est aussi l'observation des régularités cosmologiques, du jour et de la nuit, de la chaleur associée au soleil et au feu, du froid associé à la nuit et à la lune. Il s'agit bien de choses ordinaires et constantes. Ce socle dur d'observations et de régularités, qui n'offrent pas de prise, est à la base de nos modes pratiques de pensée,

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d'interrogations métaphysiques et ontologiques et également d'affects. Les interrogations ontologiques cherchent à donner du sens, et elles sont aussi anciennes que l'homme, si on en juge par la création mythique qui vise toujours à répondre à la même question: pourquoi les choses sont-elles comme elles sont? Je ne développerai pas cet aspect, je m'en tiendrai aux deux autres, les modes pratiques de pensée et les affects. En effet, je postule que de l'observation des grandes alternances et oppositions structurelles - le jour et la nuit ou, plus proche de notre propos, le masculin et le féminin -, a découlé pour l'humanité des origines (c'est-à-dire sur des millénaires), une classification primordiale des choses et des êtres en fonction de leur identité (mêmeté) ou de leur différence. J'ai montré dans Masculin/Féminin (Héritier 1996) comment cette catégorie binaire, qui oppose l'identique au différent, issue principalement de l'observation de la différence sexuée, engrave fondamentalement la forme de notre espace mental. Les catégories binaires dont l'homme se sert pour classer, penser, se représenter et organiser le monde, qui opposent essentiellement deux à deux des termes irréductibles l'un à l'autre, sont en effet présentes de façon universelle dans toutes les langues et elles constituent l'armature aussi bien du discours scientifique que de celui des systèmes de représentation et de la parole ordinaire. Le classement entre identique et différent est à la base du sentiment d' appartenance (on appartient au groupe de ceux qui sont vos identiques) ; il est nécessaire à toute identification, pour tout individu. Cette courbure particulière de l'espace mental dépend strictement de la nécessité de classer en opposant. Elle se trouve être le cadre et la matrice primordiale et universelle des rapports sociaux et de toute pensée.
Deux formes invariantes du bonheur de l'entre-soi

Il en découle, semble-t-il, deux constantes dans le fonctionnement des sociétés humaines, constantes qui sont bâties sur un besoin, un désir, ou un bonheur spécifiques de se trouver entre soi, avec ses semblables. Il revêt deux formes: la première est l'entre-soi de la consanguinité et du territoire qui lui correspond, être avec les siens, avec ses proches, de même souche et

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de même lieu. Et, différente de la première, et tout aussi vivace et présente, la forme de l'entre-soi du genre. Être entre hommes, notamment, est une satisfaction nécessaire qui s'exprime dans le fonctionnement des «maisons des hommes» dans de nombreuses sociétés de par le monde. L'essentiel des activités n'est pas d'ordre familial: ce sont des activités entre hommes, menées dans la maison des hommes. Si le plaisir de l'entre-soi féminin existe aussi, s'il se repère dans la vie quotidienne, il n'a jamais eu la possibilité de se manifester aussi fortement que son pendant masculin dans des institutions sociales. Pour construire le lien social, il a fallu lutter contre le désir de rester entre soi. La prohibition de l'inceste, comme l'a montré Claude Lévi-Strauss, a eu pour résultat, par l'échange matrimonial entre des groupes de consanguinité étrangers les uns aux autres, d'instaurer, grâce à la reconnaissance obligée de l'altérité, non seulement la paix mais également des échanges de toute sorte entre ces groupes distincts de consanguinité. La construction sociale qui en résulte, et sur laquelle nous vivons toujours, n'est plus fonction de la consanguinité seule, elle est aussi, et surtout, fonction de l'alliance (Lévi-Strauss 1971). Au fur et à mesure que les liens de consanguinité et d'alliance et les échanges de tous ordres repoussent les frontières géographiques et sociales des communautés locales, s'ouvrent aussi le champ et la définition de cette collectivité des humains où doit régner en principe la confiance, et donc la toléran,c,eà autrui. Je reviendrai sur ce point pour montrer qu'il est illusoire de penser que cette extension est sans limites. L'entre-soi du genre recoupe transversalement l'entre-soi de la consanguinité et de la familiarité locale, mais il recoupe aussi l'instauration sociale de liens d'alliance entre groupes de consanguinité distincts. Il s'accommode très bien des deux. C'est ce qui fait sa force. Et, tant qu'il n'intervient pas daiRsle cours de la reproduction humaine, il n'a pas besoin d'être réprimé. Il en serait autrement si ce plaisir-là venait à contrecarrer la nécessaire altérité des rapports sociaux et des rapports humains de la procréation, qui demandent qu'il y ait un homme et une femme conjoints dans l'acte procréateur. La majorité des gouvernements a très vite interdit la pratique éventuelle du clonage reproductif pour I'homme au nom de la dignité de l'être

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humain, traduction ontologique du fait que, de manière anthropologiquement évidente, l'entre-soi du genre culminerait. Par la disparition de la procréation à deux, par la perte de l'altérité nécessaire dans la reproduction, si le clonage reproductif devenait la norme, on verrait se reconstituer des unités séparées qui se retrouveraient closes sur elles-mêmes et sur leurs peurs, comme l'étaient les unités consanguines à l'aube de l'humanité. Si cette courbure particulière de toute pensée est née de l'observation d'évidences corporelles anatomiques et physiologiques élémentaires, d'autres nécessités comme se nourrir, s ' abriter, dormir, copuler, mourir, etc., sont à l'origine de besoins et d'affects qui vont, pour s'exprimer, se trouver pris dans ce langage de l'identique et du différent et, autant le dire, dans l'ambivalence de leurs rapports.
Les besoins et affects élémentaires

Un des tout premiers besoins est la recherche pour soi, en premier lieu, de la satisfaction des besoins vitaux, du bien-être et de ce qui donne du plaisir, et cela au moindre coût; en deuxième lieu, pour ses proches, ses enfants, dans l'entre-soi de la consanguinité. L'altruisme devient une réalité seconde qui dépend des limites de la définition de l'Autre comme identique à soi; elle dépend aussi d'un autre besoin et affect élémentaire, celui de protéger et d'être protégé. Le deuxième, intrinsèquement lié au premier est le besoin de confiance et de sécurité: pouvoir se reposer, dormir tranquillement, suppose un relâchement complet de la vigilance, donc la nécessité d'être certain que rien de fâcheux ne peut survenir pendant ce temps. La confiance est le moteur nécessaire à l'exercice des activités multiples que l'individu peut mener, et elle ne joue, là aussi, que dans des limites instituées. Elle est liée à l' interconnaissance subjective d'abord, à l'origine et à la résidence communes, sur un territoire délimité et connu, à la mise en commun des efforts pour se procurer le nécessaire à la vie et elle entraîne avec elle des sentiments dérivés: l'acceptation du semblable, l'attirance, le respect, l'amour. Inversement, quand ce sentiment d'appartenance est totalement

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clos sur lui-même, sans ouverture vers autrui, la méfiance à l'égard de ceux qui sont différents entraîne d'autres sentiments dérivés: le rejet, l'intolérance, la répulsion, le mépris, la haine, etc. Ces besoins et affects impliquent beaucoup d'ambivalence. On n'aime et ne respecte pas nécessairement ses proches, et plutôt que de rester dans la sécurité du groupe, l'individu peut avoir l'envie aventureuse de s'en échapper à ses risques et périls. Au cœur de la problématique de l'identique et du différent, se trouve un troisième besoin élémentaire qui prend plusieurs expressions, toujours de manière ambivalente: le besoin de conformité et celui d'être accepté et aimé parce que conforme. Il convient d'être semblable à ceux avec lesquels on postule une identité, ou de rendre semblables, grâce à des systèmes ou des instruments de modelage de soi, les individus de sa mouvance, à commencer naturellement par les enfants. Le besoin de rendre conforme à une image du soi commence par le modelage du corps des enfants; les scarifications, tatouages, le travail sur les dents, le crâne, etc. relèvent du modelage du corps, et certains ornements et parures sont des instruments de ce modelage. Être semblable ou se rendre semblable par l'appropriation des usages divers est une nécessité vitale pour l'entrée dans un groupe, y compris dans la société contemporaine; que ce soit une bande de quartier ou une classe à l'école ou au collège; les parents savent que leurs enfants veulent les mêmes vêtements que les autres, les mêmes parures, se mouler dans le même moule. Sur ce besoin, il est vrai, se greffent aussi des expressions ambivalentes et antagonistes, mais qui concernent plus l'individu que la règle sociale. L'envie est une quatrième matrice puissante en rapport avec le besoin de conformité et son envers. Ce n'est plus être comme son semblable, c'est posséder ce qu'il possède. La compétition et la dépossession de l'Autre peuvent avoir lieu entre semblables, mais les exactions dont le moteur est l'envie ont lieu, avec l'assentiment du groupe, à l'égard des étrangers au groupe. La sorte d'idéal égalitaire, apparemment présent dans l'expression de l'envie, se trouve en fait en porte-à-faux avec la revendication d'identité par la conformité, car celle-ci n'est pas porteuse de l'égalité comme corollaire nécessaire, ainsi que l'enseignent

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