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VIOLENCES

166 pages
Dans quelle mesure la sophrologie, dans sa recherche d'harmonie se montre-t-elle capable de s'opposer à cet envahissement de la violence qui, même en faisant la part de l'inflation médiatique, semble caractériser notre monde? Et cette conscience non violente à laquelle vise la sophrologie à travers la médiation corps-esprit peut-elle constituer une réelle alternative à la violence ou n'est-elle pas qu'une manière de se donner précisément "bonne conscience" face à la violence pour la laisser exploser ailleurs.
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VIOLENCES...
La sophrologie interpellée dans ses fondements

~L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-5610-7 EAN: 9782747556101

XXXVIe Congrès de la Société Française de Sophrologie

VIOLENCES...
La sophrologie interpellée dans ses fondements

sous la direction de Michèle Declerck et Alain Donnars

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torina ITALIE

LA VIOLENCE... LA SOPHROLOGIE INTERPELLEE DANS SES FONDEMENTS

Michèle Declerck
Docteur en psychologie

Il est clair que ce congrès, consacré aux "Violences", n'avait pas pour ambition d'apporter une réponse à un problème aussi débattu, et en des lieux aussi divers. En fait, c'était surtout le sous-titre "la Sophrologie interpellée dans ses fondements", qui pour nous faisait sens. Cette Sophrologie que nous avons l'habitude de vivre sous le signe de la non-violence, dont le nom même proclame la primauté du "langage qui apaise", que pouvait-elle avoir à dire sur un sujet qui lui paraissait à priori aussi étranger? Pour autant, les intervenants ont témoigné de ce que la violence était bien présente dans leur expérience et leur réflexion, la violence sous toutes ses formes, et notamment les plus actuelles. Violences de et dans l'entreprise Sylvie Caro, sous le titre "la violence faite aux chômeurs" nous donne à voir ce nouvel esclavage que constitue le fait d'être "sans travail" dans une société où le travail est la norme. Ce faisant, elle pointe le rôle que nous pourrions avoir, en tant que sophrologues auprès de ces personnes en mal d'identité et d'estime de soi. Claudie Terk Chalanset rentre à l'intérieur de l'entreprise à propos du harcèlement moral, cette méthode de désintégration systématique de l'individu au travail, dénoncée en 1998 par Marie-France Hirigoyen, et reconnue par la loi depuis janvier 2002. Elle explique comment la technique se montre d'autant plus efficace qu'elle s'adresse le plus souvent à des individus scrupuleux, dont la vie

privée n'est pas nécessairement satisfaisante, et pour qui l'entreprise représente un substitut parental. Claudine Denner envisageant le rôle que peut tenir à cet égard la Sophrologie sociale, dans une société où la peur est devenue le moteur même de notre système économique, insiste sur l'ambiguïté du coaching qui, se proposant de gérer le décalage entre l'individu et le travail, est conduit à recourir à des stratégies marchandes, telles que l'intelligence rusée ou la négociation au cas par cas. Violences sociales... en tous genres Michèle Declerck s'inspire des violences à l'école pour interroger les failles de l'humanisme dans ses contradictions avec la société contemporaine: - Élitisme et culture de masse - Idéalisme et société de consommation - Universalisme et mixage des cultures. Contradictions qui le conduisent à douter de lui-même et de ses propres valeurs. C'est sans doute une des tâches majeures de la pensée contemporaine de sauver ce qu'il y a de fondamental dans l'individualisme en lui permettant de s'adapter. Yann Mallet se réfère au souvenir encore très présent des événements du Il septembre 2001 et nous raconte comment, hors la répercussion sociale de cette violence, il a pu en trouver l'écho dans les rêves de ses patients, mettant en évidence ce que nous dit la psychanalyse jungienne à la fois de l'impact de l'inconscient collectif sur le psychisme individuel, et de l'identification au personnage de l'agresseur comme la part jusque-là refusée de soi-même. Benoît Fouché nous invite également à une plongée dans la psychologie des profondeurs, mais sur le versant freudien, cette fois. Il oppose la conception freudienne de la castration nécessaire reprise par Dolto, à travers la notion de castrations symboligènes, à l'idéologie postfreudienne de l'épanouissement individuel et de la jouissance de l'instant. En ce sens, la Sophrologie, à travers sa douceur maternante et sa vocation narcissisante, se rapprocherait plutôt de

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l'idéologie postfreudienne. D'où son impuissance à endiguer la violence, sauf à réintroduire le concept très freudien de sublimation. Philippe Court-Payen, empruntant à la fois la personnalité du médecin et celle du juriste, nous interpelle sur la notion de responsabilité. Si l'on admet avec lui la thèse de l' adhéso-agressivité (sur le modèle de la maniaco-dépressive), comment rendre l'individu responsable de ce qui va se passer dans l'une ou l'autre de ces phases d'alternance? Où se situe la liberté humaine? D'où l'ambiguïté de la responsabilité judiciaire qui va déclarer le même individu responsable ou irresponsable, selon l'intime conviction des experts, d'autant que "nul ne peut sonder les reins et les cœurs."
Violences intimes Florence de Bucy, s'inscrivant dans le cadre des violences conjugales et familiales, pose que la violence comporte à la fois un aspect destructeur et un aspect constructeur. Elle nous invite à distinguer: - La violence en soi qu'elle reconnaît à travers les différentes étapes vécues par le corps de la femme dans son rôle procréateur - La violence contre soi, dont on imagine qu'elle se concrétise dans le couple, soit le choc de 2 corps ou 2 mondes qui s'affrontent comme 2 symptômes qui s'accrochent - Enfin, la violence pour le soi, l'effort d'intériorisation corporelle et d'imagerie mentale qui va permettre de "s'en sortir" et dans lequel on reconnaît le travail de la Sophrologie. Alain Donnars se place du point de vue du thérapeute pour se demander comment nous faisons pour "supporter tout cela", c'est -à-dire cette emprise du pulsionnel par quoi se défmit la violence. "Est-ce qu'on peut être au-dessus de la mêlée?" La réponse lacanienne du sujet-supposé-savoir ne le satisfaisant pas, il propose une attitude plus phénoménologique qui consiste à entrer dans le clivage par lequel le patient se protège du passage à l'acte, pour y découvrir quelque chose de l'ordre du pareil, ce pareil se

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référant moins à l'historicité du patient qu'à l'historialité de l'analyste, ce qui suppose, compte tenu de la notion d' "agir permis" propre à la Sophrologie, un aménagement particulier de la cure. Le Dr Pierre Coret nous invite, dans ce registre des violences intimes, à distinguer entre relation incestueuse (avec passage à l' acte) et la relation incestuelle qu'il définit même si elle reste psychique - comme" la suprême violence". D'où cette 2e distinction - essentielle - entre la relation fusionnelle indispensable à la sécurité de l'enfant, et cette relation incestuelle qui ne laisse aucun espace pour l'individuation. À cet égard, la trop bonne mère qui investit l'enfant-dieu, et la trop mauvaise mère qui rejette sur l'enfant ce qu'elle ne supporte pas en elle, se découvrent aussi nocives l'une que l'autre. Jacques Donnars, sous le signe du transgénérationnel, se demande: "qui frappe qui?", rappelant que celui ou celle qui frappe l'enfant a pratiquement toujours été frappé 20 ou 30 ans plus tôt. Il nous incite à nous souvenir de ce qu'au XIXe siècle encore, la violence faisait partie de la vie des familles, sous réserve de distinguer entre 2 formes de violence:

- La violence" à chaud" (la gifle ou la fessée)
- La violence à l'anglaise qui relève d'une conception sadomasochiste de l'éducation. Toute autre est ce qu'il appelle" la violence trépignante" qui serait la violence exercée sur soi-même par l'intermédiaire de l'enfant - et dont relèverait le syndrome des enfants secoués mais dont il se demande si, dans certains cas, elle ne pourrait faire penser à des phénomènes de l'ordre de la transe. Violences dans le soin Mariama Guillard, avec la complicité de Ginette Simonetto, nous parle de la violence là où on l'attend le moins: dans le soin, et plus précisément dans le soin infirmier. - Violence dans l'accueil, dans la rencontre, dans la voix, dans les mots et les gestes.

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- Culpabilisation du malade, refus de voir sa douleur - Rapport dominant-dominé. Elle suggère une double explication: - La violence de l'institution, qui engendre victimisation et frustration chez les soignants, et donc retombées sur le malade - Le rejet devant la laideur, les odeurs, la lenteur et la maladresse des patients. L'idéal serait de substituer le "caring" au "curing", et la Sophrologie pourrait être à cet égard un outil précieux. Chantal Biwer, infirmière psychiatrique, nous montre à travers son expérience, comment, contrairement aux idées reçues, on peut approcher des patients psychotiques à partir de méthodes sophrologiques telles que la relaxation dynamique du 1er degré dans le cadre en l'occurrence d'un atelier d'art-thérapie. À condition de créer un environnement rigoureux, d'instituer des règles précises, à condition aussi de patience et d'ingéniosité, on parvient à faire vivre des corps qui ne voulaient plus rien sentir, voire à faire écrire des esprits qui n'avaient plus rien à dire. Danièle Raynal, dans une perspective très caycedienne, rapporte la violence ordinaire à la caverne de Platon, soit au fait que nous soyons tous condamnés à vivre dans un univers d'ombres sans accès ni au monde du réel, ni à notre propre monde intérieur. Ce sera donc la tâche de la Sophrologie, notamment à travers les pratiques de relaxation dynamique, de nous faire découvrir la pluralité des mondes, confronter notre corps limité à la conscience illimitée, enfin parvenir à la perception d'un Dasein qu'on peut définir comme notre être propre, et de là peut-être permettre l'accès à la transcendance. Elle nous livrera en quelque sorte le mot de la fin : "la Sophrologie, c'est apprendre à se relever".

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VIOLENCES DE ET DANS L'ENTREPRISE

LA VIOLENCE FAITE AUX CHÔMEURS

Sylvie Bellaud-Caro
Sophrologue - psychothérapeute

Lorsqu'il m'a été proposé d'intervenir dans le cadre de ce congrès sur le thème des violences au travail, les sujets qui me sont tout de suite venus à l'esprit ont été le stress et le harcèlement moral dont on entend beaucoup parler ces temps-ci. Mais tout à coup, quelque chose est monté en moi: dans ce monde du travail, il y a un certain nombre de "laissés pour compte" - et je trouve que le fait qu'ils soient laissés pour compte est une grande violence - je veux ainsi parler des chômeurs. Nous sommes dans une société où, malheureusement, il y a du chômage et il semble qu'il y en ait de plus en plus. J'en veux pour preuve le fait que depuis 2 ou 3 ans, je travaille également avec des employés de l'ANPE: il y a quelques années, les files d'attente dans les agences ANPE étaient de l'ordre d'une demi-heure à une heure maximum, alors qu'aujourd'hui dans certaines agences on atteint des files d'attentes de 4 ou 5 heures avant de pouvoir être reçu par un conseiller. Cela aussi est une grande violence. Mais tout d'abord examinons notre rapport au travail. Finalement, pourquoi travaillons-nous? Autrefois, seuls les esclaves travaillaient. Or, nos sociétés ont beaucoup changé, le monde du travail fait partie intégrante de notre monde et chacun d'entre nous est amené aujourd'hui à travailler. Cela fait même partie des valeurs de l'individu que de pouvoir appartenir à ce monde du travail. Alors pourquoi travaillons-nous? Eh bien, pour certains d'entre nous, c'est pour le plaisir! Mais pour la plupart des personnes à qui est posée la question, la réponse est: pour l'argent, pour pouvoir acquérir des biens, pour pouvoir s'offrir un minimum de confort de vie. Donc le travail est devenu complètement structurel dans notre société.

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Et puisque c'est structurel, travailler est devenu une norme. Et puisque travailler est devenu une norme, cela peut induire le fait qu'être au chômage, c'est être" anormal", c'est être dans un dysfonctionnement. Et cela aussi peut être considéré comme une violence parce que cela suppose un jugement, un jugement de valeur même. Alors lorsqu'il y a perte d'emploi, il y a une brisure, une fêlure faite au sein de 1'indi vidu. Et comme cette valeur du travail appartient à ce que nous sommes socialement, cette brisure va atteindre parfois la personne très profondément. Cela est encore une violence. Cette brisure, cette fêlure peut amener quelque chose de l'ordre de la désocialisation, quelque chose de l'ordre de l' enfermement sur soi, et parfois un enfermement autour de ce qui est vécu comme un échec; parce que pour un certain nombre de personnes, se retrouver au chômage, c'est véritablement un échec. Et là aussi, une souffrance intérieure et une violence que l'on peut se faire. Lorsque nous allons à une réunion d'amis ou lorsque nous sommes présentés quelque part, cela se fait grâce à notre nom, notre prénom et aussi notre fonction sociale. Ainsi un individu est repéré non seulement pour ce qu'il est mais surtout pour ce qu'il fait dans la société. Donc la personne qui perd son emploi, va se retrouver avec un certain nombre de pertes. Il y a cette perte d'identité sociale dont je viens de parler puisqu'elle ne peut plus s'identifier à une fonction. À ce propos, lorsque je reçois un patient au chômage pour la première fois à mon cabinet et que lors de l'anamnèse, je demande sa profession, j'ai été frappée par le fait que, dans la plupart des cas, la réponse qui m'est donnée est "chômeur" ou bien "sans emploi", comme si tout à coup cette personne était dans un groupe indifférencié qui s'appelle" chômeurs", comme si elle ne se reconnaissait plus, comme si elle perdait son identité d'individu. Cette perte d'identité, même si elle n'est qu'une perte d'identité sociale, est une violence. Et j'ai pu déceler chez certains patients une blessure très profonde liée à cette perte et un travail de reconstruction de l'identité individuelle ou sociale a été nécessaire.

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