//img.uscri.be/pth/d7a10dd8b480da20faafe0bb015375bd4d827f98
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Violences et ordre social en Haïti

De
294 pages
Cet ouvrage invite à sortir des sentiers battus pour examiner les significations, la place, les fonctions et les conséquences de la violence dans la société haïtienne. En montrant la violence comme le reflet d’une convention générale et permanente où se jouent la solidarité et la hiérarchie intra et intergroupes, l’auteur dévoile qu’elle fonde, pour le meilleur et pour le pire, le vivre-ensemble en Haïti.
Voir plus Voir moins

VIOLENCES
ET ORDRE
SOCIAL
EN HAÏTI
Essai sur le vivre-ensemble
dans une société postcoloniale
Roberson Édouard
Extrait de la publicationViolences
et ordre
soci
en Haïti
alPresses de l’Université du Québec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2
Téléphone : 418 657-4399 Télécopieur : 418 657-2096
Courriel : puq@puq.ca Internet : www.puq.ca
Diffusion / Distribution :
Canada Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Québec) J7H 1N7
Tél. : 450 434-0306 / 1 800 363-2864
France AFPU-D – Association française des Presses d’université
Sodis, 128, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 77 403 Lagny, France – Tél. : 01 60 07 82 99
Belgique Patrimoine SPRL, avenue Milcamps 119, 1030 Bruxelles, Belgique – Tél. : 02 7366847
Suisse Servidis SA, Chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse – Tél. : 022 960.95.32
La Loi sur le droit d’auteur interdit la reproduction des œuvres sans autorisation des titulaires de droits.
Or, la photocopie non autorisée – le « photocopillage » – s’est généralisée, provoquant une baisse des
ventes de livres et compromettant la rédaction et la production de nouveaux ouvrages par des
professionnels. L’objet du logo apparaissant ci-contre est d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour
l’avenir de l’écrit le développement massif du « photocopillage ».
Membre deViolences
et ordre
soci
en Haïti
Essai sur le vivre-ensemble
dans une société postcoloniale
Roberson Édouard
alCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Édouard, Roberson,
1977Violences et ordre social en Haïti : essai sur le vivre-ensemble
dans une société postcoloniale
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-7605-3890-0
1. Criminalité - Haïti. 2. Violence - Haïti. I. Titre.
HV6861.E36 2013 364.97294 C2013-941521-1
Les Presses de l’Université du Québec
reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada
par l’entremise du Fonds du livre du Canada
et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.
Elles remercient également la Société de développement
des entreprises culturelles (SODEC) pour son soutien financier.
Conception graphique
Vincent Hanrion
Mise en pages
Info 1000 mots
e trimestre 2013Dépôt légal : 4
› Bibliothèque et Archives nationales du Québec
› Archives Canada
© 2013 – Presses de l’Université du Québec
Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
Imprimé au CanadaRemerciements
Extrait de la publicationUne recherche de cette envergure est rarement une œuvre solitaire.
Son accomplissement aurait été impossible sans l’aide de plusieurs
personnes. Aussi voudrions-nous témoigner toute notre gratitude
d’abord à nos assistants, Youdeline C. Joseph, Michel-Ange Louis-Jeune
et John Prévost, qui nous ont aidé à recueillir les informations présentées
dans ce livre. Nous sommes également redevables envers Isabelle Fortin,
des informateurs de la Police nationale d’Haïti et d’autres organismes
publics qui ont gracieusement partagé avec nous les données dont ils
disposent. Nous devons aussi une fère chandelle à l’évaluateur anonyme
du manuscrit : sa lecture critique nous a aidé à fgnoler le tout. De même,
notre dette envers plusieurs collègues est inestimable. Le professeur
Maximilien Laroche, le sociologue Mathess Fleur-Aimé, le philosophe
Joseph Djossou et le professeur Gérard Duhaime ont accepté de relire
minutieusement et de commenter la totalité du manuscrit. Leurs conseils
avisés ont largement contribué à bonifer l’ouvrage.
Extrait de la publicationAvant-propos
Extrait de la publicationExtrait de la publicationCe livre est le résultat de ce qu’il convient d’appeler un « parcours du
combattant ». Nous l’avons réalisé au prix de nombreux sacrifces et en
contournant des obstacles de toutes sortes. Il y a d’abord eu le séisme du
12 janvier 2010, qui a failli nous enlever la vie et qui nous a dépouillé de la
quasi-totalité des ressources (logistiques, matérielles et en é quipements)
engagées dans ce projet. Il y a eu ensuite les aléas de la vie, qui nous ont
forcé à nous éloigner de notre terrain, la’ lma mater. Puis, les exigences
associées à nos nouvelles responsabilités au Canada nous ont privé du
temps et de la disposition nécessaires à la poursuite de notre objectif.
C’est donc avec peu de ressources, privé de temps et broyé par nos autres
obligations que nous avons persévéré jusqu’au bout.
Mais avant d’arriver au point où tirer l’échelle, nous avons souvent
voyagé entre l’excitation, le découragement et quelques grandes
déceptions. Dans les moments d’incertitude, cependant, le souvenir du destin
éphémère de l’observatoire où ce projet avait pris naissance nous a donné
le soufe pour garder le cap et poursuivre la route. Car ils étaient peu
nombreux, ceux qui, au départ, croyaient à la faisabilité et à l’abouti-s
sement de ce projet. Ils sont encore plus rares ceux qui nous ont
encouragé à persister. Mais tous ceux qui ont mis un point d’honneur à
chipoter, boycotter, dénigrer nos eforts n’avaient juste pas pris toute
la mesure de nos engagements. Ils n’avaient pas bien évalué
l’importance d’une telle contribution autant pour le milieu universitaire que
pour les décideurs politiques, coopérants internationaux, organismes
de défense des droits de l’homme, intervenants et cadres (supérieurs
et intermédiaires) de l’administration publique (police, justice, services › XIV Violences et ordre social en Haïti
psychosociosanitaires), etc. Ils n’avaient pas compris que cet ouvrage
répond à une demande sociale d’informations probantes et d’explications
sur la violence en Haïti.
Qu’on ne se méprenne point : ce ne sont pas les livres ni les rapports
sur la question qui font défaut. N’importe quelle recension des écrits
suft à révéler qu’un grand nombre d’études ont été produites sur le pays,
que d’innombrables données y ont été recueillies et que des observations
intéressantes ont été faites. Cependant, elle établira également que la
plupart de ces travaux de recherche sur la violence et la criminalité ont
été réalisés principalement par des étrangers et dans le cadre de
consultations ou de commandites. De plus, elle révélera que les résultats de ces
recherches restent méconnus au sein de la population. Le plus souvent,
ils font l’objet de rapports à difusion restreinte, au mépris du droit à
l’information des citoyens. Les autres documents qui ont bénéfcié d’une
plus large difusion ont, pour leur part, plutôt ciblé des secteurs clés du
milieu universitaire et du marché international du livre. La plupart ne
sont même pas accessibles aux universités haïtiennes. Pourtant, la
population sur laquelle une étude a été conduite a le droit d’en connaître les
résultats : l’obligation de restitution est une exigence éthique auquel doit
répondre tout chercheur.
La lecture de ce livre peut laisser l’impression que son écriture a
suivi un processus graduel identique à son plan progressif. Il n’en est rien.
Dans sa réalisation, nous avons connu quelques moments d’hésitation
et fait plusieurs revirements. Chaque avancée découle d’un processus
itératif à travers lequel un retour rétrospectif a servi à valider, resserrer
ou rectifer la trajectoire parcourue. C’est alors au fur et à mesure de son
développement que les éléments et les contours défnitifs de ce projet se
sont précisés et mis en place autour d’un fl d’Ariane : la société haïtienne
est-elle violente ? C’est en vertu des progrès réalisés dans nos tentatives
de réponse à cette question initiale que nous avons déterminé si nous
cheminions vers un dénouement.
Cet ouvrage est le fruit d’une épreuve de résistance à des tentations
de toutes sortes. L’idée a commencé à germer dans un milieu gangrené par
trois des virus de la vie intellectuelle, à savoir la pédanterie, le dogmatisme
Extrait de la publication› Avant-propos XV ‹
et la complaisance. En Haïti, notamment à cause de la prédominance de
l’oralité même dans le milieu universitaire, une partie de l’élite
intellectuelle (composée d’Haïtiens et d’étrangers), au lieu de travailler à élucider
les questions de société, se contente d’éblouir, de mystifer son auditoire à
l’aide d’un discours approximatif, enrobé d’un jargon obscur, et de l’ét-a
lage d’une grande érudition. Elle abuse de ce que Francis Bacon (1620)
appelle les « idoles de la tribu », ou la propension naturelle à
généraliser. Comme l’esprit humain suppose généralement plus d’ordre dans les
choses qu’il n’y en a en réalité, les membres de cette élite intellectuelle
se livrent en aveugles à la tentation d’utiliser des formules fantasques
qui, si elles ont le mérite de retenir l’attention et d’alarmer, ont aussi
le défaut de travestir la réalité. Que de fois n’a-t-on pas entendu ou lu
qu’Haïti sombre dans la violence, alors que les émeutes, s’il en fut, se
confnaient en des endroits précis du territoire national ! Robert Muggah
et Athena Kolbe (2012) ont récemment publié un article dont le titre
plus que sensationnaliste est « In Haïti : Violence amid the rubble »
(« En Haïti : la violence sous les décombres »). À en croire ce qui se dit
sur la violence conjugale et la violence sexuelle dans le tiers d’île, tous
les hommes haïtiens seraient présumés violents, tandis que les femmes
seraient réputées victimes. Mais la réalité est-elle aussi tranchée ? Qu’en
est-il des victimes masculines et des agresseurs féminin s?
Ce projet d’écriture s’est aussi développé dans la vigilance
permanente par rapport aux « idoles du théâtre ». Plus connus sous le nom
d’idéologies, ces dogmes philosophiques, ces arguments d’autorité
fallacieux alimentent, par des artifces de démonstration, d’autres idoles, dont
les « idoles de la caverne », c’est-à-dire les courtes vues, les préjugés, les
illusions de vérité, et les « idoles de la place publique », dites « idoles du
forum », « du marché » ou « de l’agora ». Ensemble, ces idoles polluent la
pensée, pervertissent le jugement ; elles sont, entre autres, responsables
de l’accusation du vodou comme matrice culturelle de violence et des
hommes comme uniques agresseurs. Elles font perdre de vue tous les
lieux où la violence est un hymne à la vie, une ode au droit d’exister
comme personne humaine à part entière, un cri de désespoir pour la
garantie des droits fondamentaux de la personne, le respect du droit
à la diférence et la préservation de l’intégrité physique et morale des
Extrait de la publication› XVI Violences et ordre social en Haïti
individus et des groupes. À cause d’elles, toute violence est traitée comme
un comportement anormal et criminel : on n’y voit que les agressions
physiques (homicides, voies de fait, viols), les émeutes, les pillages, les
afrontements armés, et leurs auteurs. La visibilité qu’elles donnent à
ces « crimes » et à leurs instigateurs fait néanmoins taire les formes plus
discrètes, mais guère moins efcaces, de la violence. Ce livre se devait
de lever le voile sur certains comportements et attitudes non
criminalisés, en l’occurrence les injures, le mépris, le contrôle, les privations,
l’humiliation, la stigmatisation, l’exclusion, car même si elles semblent
normalisées et instituées, ces pratiques participent également de la
spirale de la violence. Il explore ces formes discrètes d’agression, d’une
part, pour montrer qu’elles se perpétuent impunément et dans la plus
grande indiférence collective et, d’autre part, pour signaler que parce
que non s anctionnées, elles ont fni par s’ériger en normes.
Cet ouvrage est donc le fruit d’exercices récurrents de ruptures
épistémologiques et d’une réfexivité critique par rapport à notre propre
distanciation axiologique. Il revendique son assujettissement à l’inform-a
tion et à la formation des lecteurs, pour barrer la route aux dogmatismes,
aux jugements simplistes, à toutes ces idoles (idola mentis)
prédominantes dans l’opinion publique et qui sont source d’erreurs majeures dans
la compréhension, la prévention et la répression de la violence en Haïti.
Sans jamais renoncer à la rigueur et aux exigences de qualité, il mise sur
la carte de l’accessibilité. Nous voulons ainsi non seulement engager avec
les « initiés » un vrai débat (technique et scientifque) sur ce problème de
société qu’est la violence, mais aussi habiliter les « non-initiés » à accéder
à des informations qui ne leur sont pas toujours intelligibles.
Ce livre est enfn un plaidoyer pour la génération d’hommes et
de femmes qui a récemment suivi une formation de deuxième cycle en
criminologie en Haïti, en particulier ceux et celles qui nous ont
accompagné dans la mise en place de l’Observatoire national de la violence
et de la criminalité (ONAVC). Il vise d’abord à les convaincre par
l’exemple de la possibilité de participer activement au développement de
la pensée criminologique haïtienne. Il plaide ensuite pour qu’on accorde
une meilleure place aux professions de criminologue, travailleur social,
sociologue et d’autres disciplines des sciences sociales dans les ofres
Extrait de la publication› Avant-propos XVII ‹
de services et la formulation des besoins des institutions publiques en
Haïti : la police, les parquets, les tribunaux, les centres pénitentiaires, les
centres de rééducation et de réinsertion sociale, les ministères et leurs
directions générales… La pensée et la réfexion criminologiques peuvent
contribuer grandement aux débats publics et à la quête de solutions
aux problèmes majeurs de déviance sociale en Haïti, dont l’insécurité,
la criminalité, l’injustice, la délinquance juvénile, les violences publiques
et privées, l’impunité, etc. Ce livre en est la preuve !Table des matièresExtrait de la publicationRemerciements VII
Avant-propos XI
Liste des sigles et acronymes XXV
Introduction 1
I.1. L’étatdessavoirs 5
I.2. Lesœillèresdescourantsdominants 7
I 2 1 Leseffetsdemode 7
I 2 2 Lesboucsémissaires 9
I 2 3 Leslimitesduparadigmed’inadaptation 10
I 2 4 Lesglissementsdel’approchedesantépublique 12
I 2 5 L’ambiguïtéd’unefinalité 13
I.3. Lesobjectifsdulivre 14
I.4. Seslimites 16
CHAPITRE1
Penser la violence en Haïti 19
1.1. Qu’est-cequelaviolence? 21
1.2. Classerlestypesdeviolence 24
1.3. Lechampsémantiqueetlespropriétésdelaviolence 29
1.4. Lesfonctionsdelaviolence 31
1.5. Au-delàdessentiersbattus 34› XXII Violences et ordre social en Haïti
CHAPITRE2
Mesurer la violence criminelle en Haïti 37
2.1. Mesurerlaviolence 39
2.2. L’étatdeslieux 40
2.3. Laqualitédesdonnées 46
2 3 1 L’hétérogénéitédesméthodesdecollecte 46
2 3 2 L’absenced’unedéfinitionstandardiséedelaviolence 47
2 3 3 Lacouvertureincomplètedesstatistiquesadministratives
etladiversitédessourcesd’information 47
2.4. Élémentspourundiagnosticdesstatistiquespolicières 50
2 4 1 L’importancedesstatistiquescriminelles 50
2 4 2 Lachaînedeproductiondesstatistiquespolicières 52
2.5. Lesdéfisdelamesure 62
CHAPITRE3
Décrire la violence en Haïti 65
3.1. Lediscourssocialsurlaviolence 67
3.2. Lesexpressionsdelaviolence 71
3 2 1 Lesviolencessociales 71
3 2 2 Lesrituelles 77
3 2 3 Lesviolencespolitiques 87
3 2 4 Lesfaitesauxfemmes 96
3.3. Lesconséquencesdelaviolence 110
3 3 1 Lapertedesouveraineté 111
3 3 2 Uneentraveaudéveloppementhumain 112
CHAPITRE4
Comprendre et expliquer
la violence en Haïti 115
4.1. Lesracineshistoriquesdelaviolence 117
4 1 1 L’héritagecolonial 118
4 1 2 L’époquecontemporaine 121› Table des matières XXIII ‹
4.2. Lesconditionsdepossibilitédelaviolence 130
4 2 1 Lespulsionsetlesaffects 132
4 2 2 Lesvaleurs 137
4 2 3 Lestraditionsetleshabitudes 147
4 2 4 Lesvoiesetlesmoyens 161
Conclusion.............................................. 171
CHAPITRE5
Agir sur la violence en Haïti 173
5.1. Unétatdeslieux 176
5 1 1 L’État 176
5 1 2 Lacommunautéinternationaleetlasociétécivile 181
5 1 3 Lesinitiativeslocales 189
5.2. Quefaire? 201
5 2 1 Levoletrépressif 203
5 2 2 Levoletcorrectif 206
5 2 3 Levoletpréventif 208
Conclusion 217
C.1. Leslieuxdemanifestationdelaviolence 219
C.2. Lesdéfisdeladescriptiondelaviolence 222
C.3. Lessignificationssocialesdelaviolence 225
C.4. Au-delàdelaviolence:lasociétéhaïtienne 226
ANNEXE
Diagnostic de la chaîne de production
des statistiques policières en Haïti 229
Bibliographie sélective 235
Extrait de la publicationListe des sigles
et acronymes› XXVI Violences et ordre social en Haïti
ACDI Agencecanadiennededéveloppementinternational
APENA Administrationpénitentiaired’Haïti
ASEC Assembléedelasectioncommunale
BRQ Bulletinderenseignementsquotidiens
CASEC Conseild’administrationdelasectioncommunale
CCAH Chambredeconciliationetd’arbitraged’Haïti
CHREPROF Centrehaïtienderecherchesetd’actionspourlapromotionféminine
CNDDR CommissionnationaledeDésarmement,DémobilisationetRéintégration
CNUDCIdesNationsuniespourledroitcommercialinternational
CNVFF Concertationnationalecontrelaviolencefaiteauxfemmes
CRO Centrederenseignementsetdesopérations
CSPJ Conseilsupérieurdupouvoirjudiciaire
CSPN ConseildelaPolicenationale
CVR CommunityViolenceReduction
DCPJ Directioncentraledelapolicejudiciaire
DDR Désarmement,DémobilisationetRéintégration
DGI Directiongénéraledesimpôts
DGPNHgénéraledelaPolicenationaled’Haïti
EMMUS EnquêteMortalité,MorbiditéetUtilisationdesServices
FAd’H Forcesarméesd’Haïti
FIDH Fédérationinternationaledesliguesdesdroitsdel’Homme
FNUAP FondsdesNationsuniespourlapopulation
FRAPH Frontpourl’avancementetleprogrèshaïtien
GHESKIO Groupehaïtiend’étudedusarcomedekaposietdesinfectionsopportunistes
ICG InternationalCrisisGroup
ICPSCenterforPrisonStudies
IJDH InstituteforJusticeandDemocracyinHaiti
MANUH Missiond’appuidesNationsuniesenHaïti
MAST MinistèredesAffairessocialesetduTravail
MCFDFàlaConditionFéminineetauxDroitsdesfemmes
MICT Ministèredel’IntérieuretdesCollectivitésterritoriales
MENFPdel’ÉducationnationaleetdelaFormationprofessionnelle
MINUHA MissiondesNationsuniesenHaïti
MINUSTAH MissiondesNationsuniespourlastabilisationenHaïti
MIPONUH MissiondePoliceciviledesNationsuniesenHaïti
MITNUH MissiondetransitiondesNationsuniesenHaïti
MJSP MinistèredelaJusticeetdelaSécuritépublique
MONUSCO Missiondel’OrganisationdesNationsuniespourlastabilisationenRDCongo
MSF Médecinssansfrontières
MSPP MinistèredelaSantépubliqueetdelaPopulation
OEA OrganisationdesÉtatsaméricains
OIMinternationalepourlesmigrations
OMS Organisationmondialedelasanté
ONAVC Observatoirenationaldelaviolenceetdelacriminalité
ONG Organisationnongouvernementale› AListe des sigles et acrvant-propos onymes XXVII ‹
ONU OrganisationdesNationsunies
ONUDC OfficedesNationsuniescontreladrogueetlecrime
PNH Policenationaled’Haïti
PNLVF Plannationaldeluttecontrelesviolencesfaitesauxfemmes
PNUD ProgrammedesNationsuniespourledéveloppement
RNDDH Réseaunationaldedéfensedesdroitshumains,
ex-NationalCoalitionforHaitianRights/Haïti(NCHR/Haïti)
SOFA SolidaritéFanmAyisyen
UNICEF FondsdesNationsuniespourl’enfance
UNIFEM FondsdeDéveloppementdesNationsuniespourlaFemme
UNPOL PoliceciviledesNationsunies
URAMEL UnitédeRechercheetd’ActionMédico-LégaleIntroductionLa violence est l’un des sujets les plus récurrents et les plus actuels de
l’histoire d’Haïti. Le succès de cette notion dans les médias, la littérature
grise, la production scientifque et le discours politique y est incontes -
table. Presque toutes les composantes de la société ont recours à son
1. Celui-ci est largement utilisé pour qualifer, justifer, champ lexical
dénoncer, accuser, revendiquer ou mobiliser. Nous en sommes
peutêtre déjà au point où nous ne savons plus parler d’Haïti et des Haïtiens
sans parler de violence. Celle dont ils sont victimes ou qu’ils auraient
commise. Celle dont ils ont été témoins ou auraient entendu parler.
Celle qui imprègne leur mémoire et leur histoire. Celle qui nourrit leur
cauchemar et leurs aspirations. La République d’Haïti serait devenue un
tiers d’île de déchaînement, de soufrance et d’agonie. C’est en tout cas
ce portrait sinistre, mais lucide qu’a brossé Lyonel Trouillot dans son
roman, Rue des pas perdus. À le prendre au mot, les Haïtiens naîtraient
violents, grandiraient dans la violence et mourraient fort probablement
de violence.
Voyez-vous, monsieur, vingt-sept mille kilomètres carrés de haine
et de désolation, un peu plus en comptant toutes les îles adjacentes,
rien n’y fait, monsieur, la haine croît plus vite que les arbres. À peine
1 Pourtant, en Haïti, paradoxalement, la violence est souvent tue dans le contexte de son
incidence. Son emprise semble proportionnelle au degré de mutisme qu’elle impose à ses
victimes et témoins. Quand vient le temps pour ces derniers de rompre le silence et de
l’exprimer, la plupart du temps, ils le font indirectement, à travers des slogans, des tracts,
des pamphlets, des graftis, des pancartes ; quand ils ne se contentent pas de la chanter, de
la narrer ou de la mettre en scène dans une profusion de productions artistiques (chansons,
poèmes, pièces de théâtre, peintures, flms, etc.).› 4 Violences et ordre social en Haïti
les enfants commencent-ils à parler que ça leur pousse dans la voix,
je te cracherai dessus, je t’étriperai, je t’empalerai sur mon cactus en
rouge et bleu et te sacrerai roi, porte-drapeau, vedette des derniers
abattoirs, et ton crâne réduit en bouillie comme une sauce
matelote, j’en vendrai les restes à l’encan en guise de beurre d’arachide
(Trouillot, 1998, p. 21).
Hélas, la mémoire et les habitus de violence ne s’arrêtent pas aux
frontières nationales : ils s’expatrient également avec les populations
diasporiques. Nombreux sont les immigrants haïtiens et leurs descen -
dants qui n’arrivent pas à sortir du joug de cette violence. Ils continuent
de se défnir par la soufrance infigée, subie ou dont ils ont été témoins.
La violence en cause ici n’est pas seulement celle qui est
ordinairement indexée, dénoncée ou décriée. C’est aussi celle qui est souvent
tapie au fn fond des mœurs, des coutumes et traditions, derrière les
piliers de l’imaginaire. Les châtiments, abus et exploitations des enfants
en domesticité, le traitement réservé aux domestiques et au petit
personnel, les volées administrées aux personnes dépendantes (femmes,
enfants, famille élargie), les abus exercés contre les subalternes, le mépris
et l’humiliation dans les relations d’aide, les privations ou menaces de
privation (embargo), les atteintes à l’honneur ou à la réputation, etc., ne
sont pas moins violents que le viol et l’homicide.
La vraie violence ne saurait s’assimiler aux seules visions […] de
la femme violée, de l’enfant en haillons, […] autrement dit aux si
nombreux registres de la soufrance humaine, elle s’étale dans
l’usineà-la-pointe-de-la-technologie, dans le siège social rénové d’une
Grande-Banque, sur le cargo pétrolier-à-double coque, dans
l’exploitation de maïs-transgénique, aux caisses du supermarché, […], soit
entre mille expressions des prouesses et des fastes de notre moder -
nité. […] Elle est tapie dans la vengeance de l’État qui réserve aux
prisonniers politiques un sort pire qu’aux droits communs, dans les
décisions de blocage des salaires, de franchises de la Sécurité sociale
(Labica, 2008, p. 8).› Introduction 5 ‹
I.1.L’étatdessavoirs
Au cours des dernières années, plusieurs études ont été réalisées en Haïti
sur le thème de la violence. La plupart d’entre elles, produites par des
historiens, politologues, sociologues, anthropologues, juristes ou
travailleurs humanitaires, témoignent d’une grande volonté de renouveler l’état
des savoirs sur la violence en Haïti. Nous n’avons pas ici l’ambition d’en
faire la synthèse. Néanmoins, dans la nuée des positions recensées, les
tendances principales méritent d’être soulignées.
Tout d’abord, un grand nombre d’auteurs manifestent une inc-li
nation naturelle à ramener la violence à sa source. Certains la font
remonter jusqu’au système colonial des plantations et de l’esclavage et
2la réponse de l’armée indigène ; tandis que d’autres s’arrêtent aux
atrocités des régimes dictatoriaux, militaires et paramilitaires, ou scrutent à
la loupe l’organisation et la déchéance des mouvements populaires. La
violence d’aujourd’hui serait alors une sorte de réminiscence des
expériences de brutalité et de barbarie qui ont happé la nation haïtienne bien
avant sa formation, et qui se seraient reproduites à travers des tentatives
de résurrection d’habitus ou de mise en place de régimes politiques qui
rappellent trop l’absolutisme du régime colonial (Mathon, 1972 ; T urnier,
1985 ; Hurbon, 2007 ; T rouillot, 1986 ; Hector, 2006 ; Diedrich, 2005 ;
Gilles, 2008).
Ils sont également nombreux ceux qui préfèrent mettre l’accent sur
des événements ou des conjonctures pour expliquer la mécanique des
interactions violentes. Parmi eux, il y en a qui mettent un point
d’honneur à décrire avec minutie les répressions sanguinaires, l’organisation
de la terreur, la résistance populaire, etc. (Hurbon, 1987a ; FIDH, 2005 ;
Pierre-Charles, 1973, 2000 ; Lemoine, 1996 ; T rouillot, 1986 ; Chassagne,
1999 ; Gaillard, 1982, 1983, 1987 ; ICG, 2006). D’autres choisissent
d’insister sur des moments charnières de l’histoire nationale, notamment
la guerre civile de 1902, qui opposa le général Nord Alexis aux troupes
2 Nom autoattribué de l’armée de libération nationale haïtienne, flle illégitime de l’armée
coloniale et née de l’alliance conjoncturelle entre les anciens libres et les nouveaux libres
(1803-1805).
Extrait de la publication› 6 Violences et ordre social en Haïti
rebelles d’Anténor Firmin, la résistance à l’occupation américaine
(19151934), le massacre des Haïtiens en République dominicaine (1937), la
révolution de 1946, la dictature des Duvalier (1957-1986), les coups
d’État et la répression postduvaliériste, l’ère tyrannique du mouvement
Lavalas, etc. (Gaillard, 1982, 1983, 1987 ; Castor, 1988 ; Stotsky, 1997 ;
Jean et Maesschalck, 1999 ; Jalabert, 2003a, 2003b ; Lehmann, 2007).
Seuls quelques-uns choisissent d’associer la religion (vodou ou
chrétienne) à la violence, pour voir dans la première la condition symbo -
lique de réalisation de la seconde. La religion fournirait les rituels, les
éléments fantasmatiques de « barbarisation » de l’adversaire, de
déshumanisation des victimes et de diabolisation du mal nécessaires à
l’exécution des formes les plus extrêmes d’agressions (Douyon, 1984 ; Hurbon,
2007 ; Corten, 2000). À ces « fa ntasmes de la barbarie » se conjuguerait en
Haïti la faiblesse ou l’absence de l’État. Dans ces conditions, lorsque les
passions populaires se déchaînent à cause de l’incurie des élites
économique et politique et de leur dévotion à la maximisation personnelle
de leur utilité, elles deviennent difciles à contrôler. Elles se traduisent
en émeutes, insurrections, manifestations violentes, etc. Rapportée au
champ des confits, la violence est traitée comme cause et efet de la crise
de l’intégration nationale (Hurbon, 2001 ; Étienne, 2007, 2011 ; Loutis,
2006 ; Gilles, 2008 ; James, 2010a, 2010b).
La dernière tendance lourde que nous pouvons relever dans la
littérature concerne les violences ciblées. Peut-être s’agit-il d’une pure
coïncidence, mais force est de constater qu’autant la majeure partie de
la production intellectuelle en Haïti s’avère de plus en plus tributaire
d’organismes non universitaires (organisations non
gouvernementales [ONG], organisations internationales), autant les travaux réalisés
dissèquent le problème de la violence en compartiments thématiques
ou en publics cibles : ici, la priorité va à la violence faite aux femmes,
là-bas, aux abus et agressions à l’endroit des mineurs, des personnes
ayant un handicap physique ou atteintes de troubles de santé mentale…
Depuis quelque temps, la question spatiale est devenue une source
majeure de préoccupations. Corollairement, de nouvelles thématiques
(violence urbaine, violence dans les quartiers réputés criminogènes,
violence à l’école, violence dans l’espace public, etc.) ont intégré le champ › Introduction 7 ‹
comme de nouveaux sujets de prédilection (Magloire, 2004 ; Cayemittes
et al., 2007 ; Kolbe et al., 2010 ; Kolbe et Muggah, 2011 ; Muggah et
Kolbe, 2012 ; Lunde, 2012).
Tout compte fait, fort de notre recension des écrits, nous pouvons
afrmer sans grand risque de nous tromper qu’il n’est nulle part formulée
une vision holiste de la violence. La démarche générale est résolument
pragmatique et programmatique.
I.2.Lesœillèresdescourantsdominants
Parce qu’elle se trouve sur toutes les lèvres, parce qu’elle interpelle les
petits et les grands, les riches et les pauvres, la question de la violence
obsède les États, les décideurs et l’opinion publique. Tous sont tiraillés par
son étrange persistance ou la promptitude de sa résurrection en période
de crise. Pour la voir disparaître de l’horizon social, des observatoires
sont créés, des programmes de recherche sont multipliés, des projets
qui s’en inspirent sont mis en œuvre, des lois sont votées, des politiques
et des programmes sont appliqués. Pourtant, après des décennies
d’intervention en Haïti, cette question sociale demeure très préoccupante.
Eussions-nous à gager que nous miserions sur le fait que les œillères
des courants dominants qui instruisent les actes d’intervention spéci -
fques expliquent en partie leurs piètres résultats. La compréhension des
violences exercées en Haïti semble occultée, entre autres, par les efets
de mode, l’invention de boucs émissaires, le paradigme d’inadaptation,
l’approche de santé publique et l’ambiguïté de leurs fnalités.
I 2 1 Leseffetsdemode
Pour quelque avancé que l’état des savoirs puisse paraître, il n’est pas
encore parvenu à doter l’opinion publique d’une commune
compréhension de ce qu’est la violence en Haïti et des phénomènes rassemblés
sous cette étiquette. Amalgamant à dessein dans un fou sémantique
tout ce qui se fait nommer violence, les auteurs, les politiques et les
décideurs nationaux et internationaux se hâtent d’en arriver aux défnitions › 8 Violences et ordre social en Haïti
opérationnelles sans prendre le temps de réféchir aux nomenclatures
qu’ils utilisent. Copiant sans réserve le modèle du système des Nations
unies, presque tous les acteurs en Haïti défnissent les violences par
certaines de leurs formes de manifestation, à savoir : la violence physique,
psychologique et sexuelle. De ce point de vue, la recherche universitaire
et les dispositions politiques mises en œuvre ressemblent à des tentatives
d’indigénisation de résultats d’études, de mesures et de pratiques ayant
donné ailleurs des résultats probants.
Par exemple, pour juguler les explosions de violence qui ont éclaté
partout dans le pays après la chute du président Aristide, la mode était
aux programmes de démobilisation, démantèlement et réinsertion
(DDR) des groupes armés. Mais qui s’est jamais proposé d’étudier les
véritables caractéristiques de la violence armée dans le pays sans assumer
de manière péremptoire qu’elle était associée à la précarité des conditions
économiques des acteurs impliqués et qu’un simple transfert de secteur
d’activités, de l’entreprise criminelle (gang, groupe armé, organisations
de base) vers le microentrepreneuriat, serait la solution ?
Actuellement, la nouvelle mode consiste à développer des
programmes globaux de réduction de la violence communautaire.
Comme si toutes les formes de violence qui pavent l’espace public
haïtien étaient liées seulement à l’absence de projets à haute intensité
de main-d’œuvre, aux difcultés de réintégration sociale des ex-détenus
et ex-membres de groupes armés, et à l’absence d’un registre national
des armes à feu. Dans cette perspective, la lutte contre la violence peut
se limiter à des mesures de protection ou d’assistance sociale touchant
la sécurité du revenu, l’accès à l’emploi et la fourniture d’un minimum
de biens et services. Les violences d’inadaptation sont ainsi devenues le
bouc émissaire, la victime sacrifcielle, pour utiliser le jargon de René
Girard (1986), qu’il convient d’immoler sur la place publique afn de
retrouver le chemin de la cohésion sociale.› Introduction 9 ‹
I 2 2 Lesboucsémissaires
Ce discours dominant reprend donc les catégories dichotomiques
généralement admises pour penser et agir sur les cas de violence. En
distinguant les agresseurs des victimes, il s’est révélé propice à l’exercice
de plaidoyer et de mises en accusation de certains boucs émissaires.
Dans l’espace privé, les acteurs qui actionneraient l’escalier de la violence
seraient les hommes et dans l’espace public, il s’agirait de préférence
des jeunes issus des quartiers populaires, des anciens militaires ou
membres de groupes armés, des malfrats, des membres du crime orga -
nisé, etc. L’identifcation, pour ne pas dire le proflage de ces groupes les
transforme en cibles des principales mesures de lutte contre la violence.
Cette lecture courante ne supporte toutefois pas le fardeau de la
preuve en Haïti. N’importe quelle observation systématique suft à
révéler l’alchimie incessante de la violence, où l’opprimé peut devenir
l’agresseur, le bourreau la victime. De plus, les agresseurs et leurs victimes
semblent assez souvent partager une allégeance commune à un ordre
social qui induit le recours à la violence. Ce qui subordonne
l’importance des agents actionneurs de l’escalier par rapport aux mouvements
de l’escalier lui-même. Par exemple, dans le cas de la violence privée, les
hommes ont peut-être très souvent le mauvais rôle, mais il ne s’agit que
d’un rôle : ils ne sont pas plus porteurs ni moins victimes de violence
que les femmes. Peut-être que la socialisation quant à l’attitude à adopter
par rapport à la violence subie difère-t-elle selon le genre. Peut-être aussi
que les moyens légitimes de réaction mis à la disposition des victimes
de violence varient-ils selon le genre. Ce qui expliquerait fort prob-a
3blement cette plus grande visibilité sociale de la victimisation féminine
par rapport à la masculine. Mais les hommes et les femmes participent
conjointement à la reproduction de l’ordre de violence. La position
courante des belles-mères et des belles-sœurs par rapport aux exactions
de leur fls ou de leur frère sur son épouse, et les conseils des parentes
ou amies d’un homme en cas d’infdélité ou de manque d’égard de sa
femme, illustrent bien à quel point le réfexe du recours à la violence est
3 Même que tout porte à croire que cette visibilité est contredite par les données d’une plus
forte incidence de la violence faite aux hommes.› 10 Violences et ordre social en Haïti
invariablement partagé selon le sexe. La réaction punitive des femmes
dans des circonstances semblables d’infdélité ou d’abus est rarement
plus tendre, même si elle ne prend pas forcément l’allure d’une raclée.
I 2 3 Leslimitesduparadigmed’inadaptation
La persistance de la violence dans l’espace privé et public haïtien s’impose
à nous comme la preuve de l’échec d’un paradigme, celui qui postule la
disparition naturelle de la violence si la situation des plus défavorisés
venait à s’améliorer. Une vision, peut-être valide pour les cas de violences
d’inadaptation, déjà un peu moins pour celles d’adaptation, mais
défnitivement un prisme qui ne permet de couvrir qu’une portion du
domaine de défnition de la violence. Lequel s’étend bien au-delà. Alors,
pour pouvoir penser adéquatement les autres sortes de violence – les
violences rituelles, symboliques, primordiales, institutionnelles, struc -
turelles, pour ne citer que celles-là – qui ont cours au quotidien dans la
vie de la première république nègre du monde, il nous faut dépasser les
œillères du paradigme d’inadaptation.
L’un des biais de ce paradigme consiste à ne voir dans la violence
que ses conséquences négatives. Or nous avons de bonnes raisons de
croire qu’elle n’implique pas toujours la destruction, la vengeance ou des
nuisances : elle s’avère parfois source de vie, d’équilibre et de création. On
ne doit point la réduire à des instincts ou des pulsions en quête d’exu -
4toires, voire à un état de « dé-civilisation » ou de « non-civilisation » . Ni
pur non-sens ni perte de sens, la violence ne ferait pas appel uniquement
à l’animal en nous : elle est on ne peut plus humaine. Contrairement à
ce que soutient l’hypothèse freudienne, sa vocation initiale ne serait pas
rattachée aux pulsions de mort, mais à l’instinct de vie, au « narcissisme
primitif de vie ». C’est pour assurer la survie de soi qu’elle est : celui qui
y recourt tente a priori de sauver sa peau (physique ou symbolique).
4 Norbert Elias évalua le progrès des civilisations à l’aune du recul de l’incidence de la violence
(mesuré à partir des indicateurs d’intégrité physique ou psychologique) grâce à la mise en
place de l’État (Elias, 1997 ; Elias et Dunning, 1994).› Introduction 11 ‹
La violence, du moins sa forme primordiale, proviendrait de deux
processus d’apprentissage : d’abord celui du métier de vivre, ensuite
celui de vivre ensemble. Elle est avant tout la réponse à la question
radicale : l’Autre ou moi ? Il n’y a pas a priori de malice, d’intention de
nuisance ni de désir malveillant ou sadique dans la violence
primordiale. Néanmoins, en cas d’absence de monopole de violence légitime,
la violence primordiale peut entraîner la loi du talion comme mode de
régulation, c’est-à-dire un cercle vicieux de surenchère où seul le langage
de la violence est interpersonnellement audible.
De ce point de vue, certaines formes de violence qu’on accuse très
souvent en Haïti d’être mortifères, ne sont en réalité qu’un geste radical
d’existence. Sans elle ou hors d’elle, beaucoup auraient littéra lement
rendu l’âme ou n’auraient pas d’existence sociale, car c’est seulement
quand ils violentent ou déclarent avoir été violentés que la société prend
conscience de leur existence. C’est grâce à la violence qu’ils sortent
de leur invisibilité et surdimutité sociales. Le statut d’agresseur ou de
victime conférerait, pour ainsi dire, à un grand nombre de personnes
une certaine citoyenneté, c’est-à-dire la jouissance de certains droits
civils, politiques et sociaux, et de certaines libertés fondamentales,
l’acquittement de certaines obligations envers la société et une participation
active quoique limitée à la vie publique.
La violence aurait ainsi enfanté dans la douleur le sujet politique
haïtien. Le hic, c’est qu’elle ne peut garantir ni sa vie tout court ni sa
vie en société. La lutte qu’elle incarne est telle qu’on violente presque
toujours l’Autre par anticipation, parce qu’on reconnaît en lui la
possibilité de sa propre violence. Il en découle un cercle vicieux d’escalade
semblable à ce que Hobbes a appelé l’état de nature. De ce dilemme
radical de la guerre de tous contre tous, seul un contrat social garanti par
un Léviathan (Hobbes) ou un État de droit (Rousseau) peut nous libérer.
En ce sens, la violence apparaît tel le principe même de son
dépassement. C’est la menace et le danger qu’elle fait planer sur les
individus qui rendent possible le vivre-ensemble, à travers la mise en place
des frontières de l’interdit (dont celui de recourir à la violence illég -i
time), des sanctions sociales pour toute violation de ces frontières et
Extrait de la publication› 12 Violences et ordre social en Haïti
d’un monopole de la violence légitime pour garantir l’exécution de ces
sanctions. Or, s’il est actuellement évident que de multiples formes de
violence sont exercées au quotidien en Haïti, les frontières de l’interdit,
les systèmes normatifs, le monopole de la violence légitime demeurent
encore fous. La confguration du système politique haïtien ressemble
à une constellation d’acteurs et d’institutions avec leurs propres cadres
de référence et leur propre agenda politique. Comment donc ce kaléi -
doscope pourrait-il juguler les agressions, des plus discrètes aux plus
déchaînées ? En punissant et en réprimant pour se dispenser de réféchir
aux racines du mal ? Quoi qu’il fasse, cet amas d’acteurs, entre autres à
cause de son défcit de légitimité, et surtout à cause de son manque de
coordination, ne peut qu’ajouter à la surenchère du mal.
I 2 4 Lesglissementsdel’approchedesantépublique
Le discours dominant sur la violence en Haïti s’inspire aussi, peut-être
sans le savoir, d’une approche de santé publique. Au moins en théorie,
il préconise de combiner la prévention, le signalement (dépistage) et
la prise en charge des victimes, surtout de violence conjugale, sexuelle
ou d’abus de mineurs. Il recommande d’exécuter un ensemble cohérent
d’actions fondé sur un diagnostic rigoureux des cas de violence ciblés
sur un territoire donné, en vue d’atteindre des objectifs précis (lutte ou
réduction de la violence faite aux femmes, communautaire, etc.). Il invite
à embrasser un vaste champ d’intervention qui comprend la
prévention primaire, secondaire et tertiaire, le dépistage et la prise en charge,
la planifcation, l’organisation de la concertation et de la coordination
entre les partenaires… Les relations d’aide sont pensées dans les mêmes
formes qu’un acte d’assistance, sans véritable réciprocité.
Qui plus est, ce canevas préfabriqué rejoint parfaitement les
nouvelles exigences de la gouvernance, notamment celle qui fait la
promotion de la méthode de gestion axée sur les résultats. Cependant, au
cours de l’exercice de leur opérationnalisation, c’est-à-dire la traduction
des grands principes directeurs des politiques et programmes en
objectifs programmatiques (résultats opératoires), que de glissements ont eu
lieu. La réduction de la violence communautaire par exemple est devenue › Introduction 13 ‹
l’augmentation de l’ofre de services d’appui psychosocial aux femmes
victimes de violence sexuelle, l’accroissement du nombre d’individus
ayant bénéfcié de programmes à haute intensité de main-d’œuvre, etc.
Le comble avec cette méthode, c’est son aveuglement par rapport
aux signaux de son échec. Vogue la galère ! Pourvu que les objectifs
opératoires soient atteints. Ainsi, tandis que la situation des familles,
des quartiers et du pays demeure critique en fait de menaces, de risques
et d’agressions, la quasi-totalité des acteurs qui interviennent depuis de
nombreuses années dans ce secteur en Haïti afrme avoir une feuille
de route impeccable. Trouvez l’erreur !
Outre ce travestissement opératoire, cette approche s’avère
défaillante aussitôt que se pose la question de l’obligation et de
l’imputabilité des acteurs de la confguration sécuritaire. Lorsque les ressources
viennent à manquer, ces derniers ne se gênent pas pour plier bagage et
laisser aux abois la population. Qui pourra reprocher à une ONG qui
n’a plus de fnancement de fermer boutique ou de se relocaliser là où
abonde le fnancement international ?
I 2 5 L’ambiguïtéd’unefinalité
Un dernier lieu commun du discours dominant sur la violence en Haïti
consiste à insister sur les injustices associées à l’exercice de la violence
et l’asymétrie des rapports à travers lesquels elle s’exprime, tout en se
permettant de faire l’économie du désir de justice qu’elle est susceptible
d’incarner. Or, quand on fait l’efort de transcender le fétichisme de
l’aversion de la violence, le projet d’égalité négative que celle-ci
soustend parfois devient plus évident. À défaut de pouvoir renverser l’ordre
social asymétrique, ceux qui recourent à la violence opposent quelque -
fois la contrepartie de la soufrance en guise d’équilibre des rapports. Les
escalades de violence peuvent ainsi être interprétées comme un efort
de réduction des inégalités à travers la démocratisation de la soufrance.
Wòch nan dlo pral konn doulè wòch nan solèy (« Les fortunés connaîtront
le même sort que les moins nantis »). Si nous ne sommes pas égaux en
jouissances et privilèges, au moins, soyons-le dans la soufrance.
Extrait de la publication› 14 Violences et ordre social en Haïti
Ces quelques considérations sufsent à montrer combien nous
gagnerions à refuser la voie de la commodité pour embrasser l’épineuse
question des spécifcités de la violence en Haïti. Nous aurions tort de nous
tourner uniquement vers l’analyse des formes manifestes de violence
et de ne pas nous intéresser à travers elles aux questions de fond tels
le fondement du lien social, l’émergence de l’animal politique (au sens
de Platon), l’importance de la violence primordiale, les signifcations et
fonctions sociales des actes dits « de violence »… Comment
pouvonsnous prétendre à l’explication de la violence contemporaine en Haïti
sans prendre le temps d’explorer ses racines historiques, d’examiner les
détonateurs structurellement institués de sa mécanique sociale ? Quelle
valeur scientifque pouvons-nous attribuer à des exercices de description
ou de dénombrement d’événements dits « de violence » quand le sujet et
l’expérience sociale de ces faits sont négligés ? Comment rendre compte
de ces expériences ? Afectent-elles les identités spatiales, sociales et
politiques ? Comment sont-elles associées aux rapports sociaux et aux
disparités sociales ? Bref, en quoi sont-elles singulières ?
I.3.Lesobjectifsdulivre
Ce livre traite de la violence en Haïti, mais pas de la dérive humaine
dans les voûtes abyssales du chaos, du sang et de la mort. Il ne s’agit ni
d’un exposé minutieux des horreurs des dictatures et autres régimes
politiques de notre histoire ni d’une réminiscence des expériences de
brutalité du système des plantations et de l’esclavage. Il n’est pas non
plus un exposé de la tyrannie du désir, ou une matrice statistique des
agressions criminelles. Ce n’est pas une œuvre de dénonciation ou de
plaidoyer, mais un livre d’analyse qui invite à sortir des sentiers battus
sur les plans de la réfexion, de la recherche et de l’intervention.
À travers ce texte, nous voulons simplement ajouter notre voix
au débat et déplacer les questions. Nous avons refusé de nous en tenir
aux seules explications éthologistes ou économistes, psychanalystes ou
humanistes. L’étude que nous proposons est une analyse transdisciplinaire
des questions de violence mettant à proft des éléments de philosophie, › Introduction 15 ‹
de psychologie, de droit, de science politique et d’anthroposociologie.
Ce qui importe à nos yeux, ce n’est pas de dire la vérité de la violence
en Haïti ou de proposer une théorie générale qui ferait la somme des
connaissances établies par un inventaire artifciel de déterminants et de
pratiques éprouvées mais d’en clarifer les signifcations, les enjeux, les
limites, les formes de rapports que les politiques et programmes corres -
pondants contribuent à produire, défaire ou renforcer. Les questions du
sens, de la place, des fonctions et des conséquences de la violence dans
la société haïtienne traversent tout l’ouvrage.
Le premier chapitre propose un cadre conceptuel pour penser avec
rigueur les types de violence répertoriés en Haïti. Nous en examinons
l’étymologie, la taxinomie, le champ sémantique, les propriétés et les
fonctions les plus courantes. À travers ce chapitre, nous nous outillons
pour pouvoir aller au-delà des sentiers battus. Le deuxième chapitre
est consacré à la mesure de la violence criminelle en Haïti. Nous en
avons surtout exploré les défs, les limites et les acquis. Dans le
troisième chapitre, nous avons plus scrupuleusement décrit et analysé, dans
le contexte haïtien, les formes d’expression contemporaine de la violence
(contre, par et dans la société), notamment les violences symboliques,
rituelles, structurelles, et leurs conséquences pour les individus, les
familles et les collectivités. Le quatrième chapitre a été réservé aux exp-li
cations du recours à la violence dans le pays. Rien n’a été laissé au hasard,
des facteurs biopsychiques jusqu’aux paramètres macrosociaux, tous les
facteurs de risque les plus connus ont été sondés pour donner la mesure
de leur infuence sur l’incidence, la prévalence et la gravité de la violence
en Haïti. Le dernier chapitre du livre fait un état des lieux des
principales mesures de lutte ou de réduction de la violence en Haïti, qu’elles
soient initiées par l’État ou par la communauté internationale. Après
avoir mis en évidence leurs lacunes et leurs maigres résultats, il risque
quelques propositions d’actions susceptibles d’inspirer une stratégie
efcace de lutte contre les violences qui menacent le vivre-en semble en
Haïti. Loin de tendre vers la fn du débat autour de la violence en Haïti,
ce livre prétend l’amener sur d’autres pistes en soumettant de nouvelles
propositions de discussion.
Extrait de la publication› 16 Violences et ordre social en Haïti
I.4.Seslimites
À l’instar de toute œuvre humaine, cet ouvrage présente plusieurs
limites. Il comporte des angles morts, à la fois factuels, théoriques et
épistémologiques, en partie à cause du caractère insaisissable de son
objet. On dirait que tout efort de compréhension de ce fait social doit
sans cesse s’épuiser avant l’atteinte de l’objectif. Le principal mérite de ce
travail est paradoxalement son talon d’Achille. En voulant rendre compte
de l’ensemble des réalités qui portent à juste ou injuste titre l’étiquette
de violence, nous avons certainement mal étreint certaines d’entre elles.
Ce livre a donc le défaut de tous les livres de référence, celui de soulever
beaucoup de questions, mais de ne répondre exhaustivement qu’à peu
d’entre elles. Par exemple, nous aurions aimé approfondir davantage le
double mouvement d’intériorisation et d’extériorisation de la violence,
son incorporation et ses multiples expressions, notamment celle qui
consiste à se faire violence pour accroître ses capacités de violence.
L’interprétation de la violence du point de vue des agresseurs aurait
peut-être complété notre compréhension du phénomène. Nous aurions
souhaité pouvoir pousser l’enquête sur les signifcations sociales de la
violence dans le contexte privé et dans l’espace public. Il nous aurait
également plu d’étudier plus scrupuleusement le rapport entre la violence
et le droit positif ou, plus globalement, les systèmes normatifs haïtiens.
Un examen de l’infuence de l’identité politique haïtienne sur le recours
à la violence collective, et surtout une évaluation des chances des projets
de vie individuels de ne pas télescoper ceux de la vie en société nous
paraissent pleins de promesses. Comme nous aurions été ravi d’établir
si c’est la survie de l’Haïtien tel qu’il est aujourd’hui qui hypothèque les
chances d’avènement d’une société non violente en Haïti ou, à l’inverse,
si ce sont les projets de société de droit qu’on tente désespérément de
mettre en place, qui menacent la survie de cet Haïtien et le conduisent
à la violence ! Nous aurions aimé déterminer ce qui, en Haïti, empêche
les survies individuelle et collective de se mettre réciproquement l’une
au service de l’autre.› Introduction 17 ‹
Par ailleurs, nous n’avons même pas pu évoquer d’autres aspects du
phénomène qu’il conviendrait de traiter avec la même rigueur. L’infuence
des acteurs internationaux dans les conjonctures de violence
collective dans le pays mérite qu’on s’y attarde pour comprendre de quelles
manières et à quel point ils sont impliqués dans la pérennité de l’ordre
social de violence, et surtout à quelles fns et à quel coût. Le rapport de
la violence avec les situations de catastrophes naturelles (séisme, cyclone,
sécheresse) ou humaines (émeutes, coups d’État, déplacement massif de
populations), l’infuence de la culture d’urgence, le rôle du capital
(fnancier, foncier, symbolique) dans la crise mimétique, etc., sont autant de
sujets dignes d’un grand intérêt. Nous n’avons pas pu non plus examiner
l’univers des dommages que les Haïtiens se représentent spontanément
comme violences, attendu que tout leur environnement est construit
sur des éléments de la même famille. Des violences qui humanisent,
violence et proportionnalité des victimes fgurent aussi parmi les sujets
non abordés.
Quoi qu’il en soit, malgré ces limites, cet ouvrage ofre, dans une
langue sobre, l’une des premières tentatives de compréhension holiste de
la réalité de la violence en Haïti. Il se veut être un outil de travail et une
base de réfexion qui s’adresse aussi bien aux étudiants qu’aux professeurs
et chercheurs, aux techniciens du social et du médico-légal
(professionnels ou volontaires), aux concepteurs de politiques (hommes politiques,
hauts fonctionnaires, groupes de pression), à la société civile et à tout
individu désireux de mieux comprendre les tenants et aboutissants
des usages sociaux de ce mot qui façonnent les champs d ’intervention
en Haïti.Extrait de la publicationNous ne savons presque plus parler d’Haïti sans parler de violence.
Celle que les Haïtiens auraient commise ou dont ils ont été
victimes. Celle dont ils ont été témoins ou auraient entendu parler.
Celle qui imprègne leur mémoire et leur histoire. Celle qui nourrit
leurs cauchemars et leurs aspirations. Hélas, la recherche et les
actions de lutte contre la violence ne se sont développées que de
manières pragmatique et programmatique, les acteurs se hâtant
d’en arriver aux solutions opérationnelles sans prendre le temps
de réfl échir à cette réalité plurielle dans sa globalité.
Cet ouvrage invite à sortir des sentiers battus pour examiner
les signifi cations, la place, les fonctions et les conséquences de
la violence dans la société haïtienne. Tirant profi t de la
philosophie, de la psychologie, du droit, de la science politique et de
l’anthroposociologie, l’auteur traite de la violence criminelle en
Haïti, mais aussi des violences symboliques, rituelles et
structurelles ainsi que de leurs conséquences pour les individus, les
familles et les collectivités. Il explique également, en se basant
autant sur des facteurs biopsychiques que sur des paramètres
macrosociaux, les raisons du recours à la violence dans le pays.
Enfi n, il se penche sur les principales mesures de lutte à la violence
existantes et propose des pistes d’action.
En montrant la violence comme le refl et d’une « convention »
générale et permanente où se jouent la solidarité et la hiérarchie
intra- et intergroupes, l’auteur dévoile que cette violence fonde,
pour le meilleur et pour le pire, le vivre-ensemble en Haïti.
Roberson Édouard, titulaire d’un doctorat en sociologie, enseigne à
l’Université Laval et au cégep Garneau. Il s’intéresse aux questions
entourant les inégalités, la pauvreté, les politiques publiques et
la violence. Il a mis en place, au sein d’un programme d’études
supérieures de l’Université d’État d’Haïti, le premier observatoire
national de la violence et de la criminalité en Haïti.
PUQ.CA
,!7IC7G0-fdijaa!
ISBN 978-2-7605-3890-0
Extrait de la publication