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Visiteur à l'hôpital et en maison de retraite

De
262 pages
Cet ouvrage se propose d'aborder les questions que rencontre tout visiteur d'un malade hospitalisé ou d'une personne âgée hébergée en institution. Les plus engagés rencontreront de nombreuses difficultés tant psychologiques que pratiques ou institutionnelles. Le présent ouvrage apporte un certain nombre de réponses à leurs questions et constitue un "manuel" de base simple, illustré de très nombreux exemples.
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Visiteur à l'hôpital et en maison de retraite

site: www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattanl@wanadoo.fr <idL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-00256-0 BAN: 9782296002562

Pierre Reboul

Visiteur à l'hôpital et en maison de retraite

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannallan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L u. 14-16 1053 Budapest
Espace L'Harmattan Kinshasa

Fac..des

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN Xl de Kinshasa - RDC

L' Harmattan Italia Via Deg!i Artisti, 15 10]24 Torino ITALIE

L'Harmattan Bnrkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

Université

TECHNOLOGIE DE L'ACTION SOCIALE Collection dirigée par Jean-Marc DUTRENIT professeur des Universités à Lille 3

Les pays francophones, européens notamment, sont très dépourvus d'outils scientifiques et techniques dans l'intervention sociale. Il importe de combler ce retard. "Technologie de l'Action Sociale" met à la disposition des organismes, des praticiens, des étudiants, des professeurs et des gestionnaires les ouvertures et les réalisations les plus récentes. Dans cette perspective, la collection présente divers aspects des questions sociales du moment, rassemble des informations précises, garanties par une démarche scientifique de référence, permettant au lecteur d'opérationnaliser sa pratique. Chaque volume présente des méthodes et techniques immédiatement applicables. Au delà, la collection demeure ouverte à des ouvrages moins techniques, mais rendant compte d'expériences originales, pouvant servir de modèle d'inspiration. Méthodes de diagnostic social, individuel ou collectif, modalités efficaces de l'accompagnement social, de la rééducation et de l'insertion, techniques d'analyse et de prévision dans le domaine de l'Action sociale, modèles d'évaluation et d'organisation des services et établissements du secteur sanitaire et social, en milieu ouvert ou fermé sont les principaux centres d'intérêt de cette collection. Améliorer l'expertise sociale pour faciliter l'intégration des handicapés de tous ordres à la vie quotidienne, tel est en résumé l'objectif visé.

Ceux qui pensent que leurs travaux peuvent trouver place dans cette collection sont invités à nous contacte.""

Ouvrages
1.

parus

BELIN B. Animaux et végétaux au secours du handicap (Prix Fernand Mé/y
2002, Académie Vétérinaire de France) BIN-HENG M.- CHERBIT, F. - LOMBARDI, E. Traiter la violence conjugale BORN M., LIONTI A.M., Familles pauvres et intervention en réseau, 1996 BOROY A. Mes enjànts sourds BOSHI R. La prévention des troubles psychiques che::.l'enfant et l'adolescent. BRESSON M. SDF et nouveau contrat social. 1998 CAHEN 1. Réussir malgré sa dyslexie CASPAR, Ph. L'accompagnement des personnes handicapées mentales, 1994 CCAH (8. Belin) Les personnes handicapées vieillissantes, colloque, tome 2

2. 3. 4. 5. 6 7. 8. 9. JO.
11. 12. 13. 14. 15. 16 17. 18.

CCAH (8. Belin) Les personnes handicapées vieillissantes, colloque, Tome
2002 CCAH Insertion professionnelle des handicapés. 2003 COLMONT H. La personne handicapée et la vie, 2002 COTHENET Sylvie Réseau contre maltraitance COULIBALY A. Droit au travail et handicap: comment améliorer? DE CONNINCK Le métier de surveillant de prison DROUARD y. L'éducateur spécialisé en foyer de CAT DUTRENIT 1.M. La compétence sociale, diagnostic et développement

l,

1997

19.
20. 21. 22. 23.
24.

DUTRENIT 1.M. Action sociale et qualité sociale, 2002 DUTREN1T, .M.Evaluer un centre social, 1994 1 DUTRENIT 1.M. Recherche et développement qualité en action sociale, 2004 GAYDA, M. (ed) L'enfant polyhandicapé et son milieu 2002 GAYDA, M. (ed.) Les causes de l'autisme et leur traitement GILLET, 1.C. Animation et animateurs, le sens de l'action, 1995
GOUARNE (ed) Les aveugles dans l'entreprise
difficiles,

1997

25.
26 27.

28.
29. 30. 31. 32.

et aide sociale GRANVAL D. La pratique des projets individualisés. JELLAB A. Le travail d'insertion en mission locale J01NG 1.L. Ethique et qualité en action sociale, 2002 LAFORESTRIE R. A l'écoute des ainés. Expérience dl 'hàpital d'IV/y. établissements

GRANVAL D. Adolescents

33.
34. 35.

LARES-YOËL L.M. Mon enfant triso LA VOIE 1.p. Familles et soutien aux parents âgés dépendants, 2000 LECAPITAINE.. L'intégration scolaire des malentendants LEFEBVRE G. Reconstruction identitaire et insertion, 1998 LEP AGE-CHABRIAIS, M. Réussir le placement des mineurs en danger, 1996
lvfERIGOT D. Familles en structures 1998 P. Pouvoirs Chr. d'accueil. Approche systémique. 1997

36
37. 38. 39. 40. 41. 42. 43.

MERLE D 'AUBIGNE D. Création artistique et dépassement du handicap. Les
ateliers Personimages NICOLAS-LE STRAT l'intervention sociale. R.4.TER GARCETTE, 1920),1996 RUHAUD B. Accueil SCELLES R. Fratrie de l'implication. Les nouvelles
du travail

bases de (1880-

La professionnalisatiol1

social 1998

familial et gestion de l'autorité parentale. et handicap 1998

THYS P. Surveiller la liberté 1998
VAN HYFTE TEXIER et al. Une autre scéne éducative. La parentalité VASSEUR P., Histoire de l'Aide à l'enfance VERGNE ML Le travail social au cœur des paradoxes, 2002 VEZINA, A. et al. Diagnostic et traitement de l'enfant en danger, 1995

44. 45.
46 47.

VOCAT Y.Apprivoiser la différence
ZAFFRAN,1. L'intégration scolaire des handicapés

Ce livre est dédié à la lumineuse mémoire de Pierre Froment

Remerciements

à Denis Landry, dont la relecture précise à permis à ce livre de voir ses pas plus assurés, à Suzanne Reboul, bénévole qui m'accompagne sans faillir depuis toujours, à la Clinique de réanimation des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat, au service de Médecine interne du c.H.U. de Grenoble, à Marie-Annick Dejean de la Bâtie et à Catherine Finkel, dont les remarques ont largement aidé à parachever cet ouvrage, au Professeur Schaerer, pour l'intérêt qu'il a porté à mon travail, à Claire Pinet, dont l'expérience m'a souvent accompagné, à Thora van Male, pour son soutien et ses encouragements, à Noria Benaissa, pour son exemple.

Ce livre est né d'activités d'écoute bénévole exercées grâce à l'existence des associations Visiteurs des Malades dans les Etablissements Hospitaliers (V.M.E.H.), Jusqu'à La Mort Accompagner La Vie (J.A.L.M.A.L.V) et Accueil S.D.F Mes remerciements vont aux personnes malades ou âgées qui ont accepté de me rencontrer, tous ici anonymes, mais présents en moi dans leur identité humaine. Ils sont ensuite adressés à ceux qui m'accompagnent dans l'exercice de ce bénévolat: Martine Babeau, Bénédicte Gaudriot Yvonne Revol, Jocelyne Mangione, Christiane Boucharlat, Dominique Chambon, Monique Gheno, Elizabeth Cayer-Barrioz, Jocelyne Vercellino, Fanchette Lugan, Lucette Joanny, Michel Gauvin, Claire Guilcher, Julie Debrie, Matthieu Crétinon, Vincent Delorme, Jean Louis Guillon, Josette Alary, Anna Lavédrine et tant d'autres.. .

Sommaire

- Préface
- 0 - Introduction - 1 - Avant la visite
- 11 - Le cadre de l'intervention

p.17 p.2l p.27 p.2S

- L'hôpital
- Le système hospitalier français - Le personnel - L'équipe médicale - L'équipe soignante - Autres intervenants - Le centre de moyen et long séjour - Les lieux d'hébergement des personnes âgées

- Le

- Le personnel
- Les

système français

- Le cadre légal d'accueil et de soin du malade - La « Charte du patient hospitalisé»
« Droits des malades et qualité du système de santé»

- 12

- Le

bénévole

p.42

- Les associations de bénévoles de santé - La typologie du bénévole hospitalier. - Le recrutement du bénévole - Les qualités requises pour devenir bénévole

- La - La - Le

spiritualité

du bénévole

- La formation du bénévole
« Charte du bénévole « statut juridique du bénévole

- Les assurances du bénévole - Le bénévolat en équipe

- 2 - La visite
- 21 - Le cadre de la visite: le service hospitalier - L'habilitation de l'association de visiteurs par l'hôpital

p.63
p.63

- L'arrivée

dans le service

- Les spécificités de la visite selon les services - Les relations courantes du bénévole avec l'équipe soignante - Les aspects psychologiques du statut de soignant

- Long

séjour ou bref séjour: les différents types de malades

- L'identification du bénévole par chacun: le badge, la blouse - La confidentialité, la discrétion 13

- 22 - Le

statut psychologique

des personnes

visitées

p.82

- Le malade - La persollile âgée - La famille - 23 - La chambre du malade - Se présenter au malade - S'asseoir - Conditions d'une bonne écoute. - Le toucher - L'hygiène - La durée des visites - La fréquence et la régularité des visites p.93

- Des repères pour le bénévole - Apporter quoi du dehors?
- Rencontre ailleurs que dans la chambre (couloir, salle d'attente...) - Les proches, la famille, les présents - 24 - Bénévoles et animation p.135

- 3 - Les difficultés

p.137

p. 138 31 - Difficultés du fait du malade - Comprendre - Le refus de la visite - Le silence - Le malade atteint dans ses capacités de connnunication - Le malade dit vouloir mourir - Lorsque le malade tient des propos racistes, pervers... - Les questions personnelles, impliquantes ou di11iciles - Missions ou connllissions dont tente de nous charger le malade - Les plaintes concernant ou émanant de la famille - Les plaintes à l'encontre de l'hôpital et du persOlmel soignant

- L'agressivité

du malade ou de sa famille envers le bénévole

32 - Difficultés du fait du bénévole p. 184 - Les visites qui semblent impossibles (dégoût, répulsion, peur. ..) - Être déstabilisé durant la visite: émotions, identifications, ... - Éprouver une gêne - J'm'ennuie! Ça m'énerve! - Sexualité et visite
33 - Difficultés du fait de l'institution - Le service qui ne semble pas vouloir du bénévole - Gestes interdits - Maltraitance

p.203

14

- 4 - Après
- 41 - La main - 42 - Groupes

la visite
courante de parole, supervision, entretiens

p.213
p.213 p.217 p.221 p.225

-43 - Les attachements au malade ou du malade - 44 - La mort du malade ou de la personne âgée suivie
- 5 - Conclusion

p.231

- 6 - Bibliographie
- 7 - Annexes

p. 233

p.240 p.240 p.253 p.259 p.261

- 71 - Charte

du patient hospitalisé de la personne âgée dépendante européenne de l'enfant hospitalisé des droits du mourant

-72 - Charte -73 - Charte
- 74 - Charte

15

Préface

Comment comprendre le bénévolat d'accompagnement en milieu hospitalier? Pierre Reboul en voit très clairement la dimension sociale: (( Un bénévole, écrit-il, c'est celui qui se mandate comme ambassadeur de la communauté humaine et s'appuie sur elle pour penser qu'il a le droit et le devoir de proposer ses services. » Il s'agit donc de restituer, - en tout cas de confirmer, - à la personne malade son statut de membre de la société humaine, à un moment de sa vie où la maladie la met à l'écart dans un lieu étrange, lieu où l'on dépend d'autrui, où l'on perd ses repères, où l'on sent sa vie menacée. Tant de malades ne disent-ils pas combien I'hospitalisation les isole et isole leurs familles? Cette démarche ne porte pas de jugement sur l'institution hospitalière; au contraire, elle s'intègre au projet des équipes de soins qui, elles aussi, ont le souci de maintenir au malade dont elles ont la charge son statut de sujet et de sujet social. Il ne s'agit donc pas de distraire le malade, de l'aider à passer le temps; pas davantage de le plaindre ou de le stimuler. Il s'agit de lui restituer un lieu, un temps, une légitimité de parler à un tiers disposé à l'écouter quand la succession rapide des soins et des saignants, le passage en coup de vent des médecins, et la sollicitude des proches ôtent toute possibilité de dire un seul mot personnel d'inquiétude, de tristesse ou de colère. (( Peut-être en effet, répond P. Reboul à un malade, qu'il faut être deux pour pouvoir dire et entendre tout çà ! » La visite aux malades a été décrite comme un devoir religieux dans toutes les sociétés traditionnelles, du judaïsme à l'Islam. La VMEH (<< Visite des malades en établissements hospitaliers »)1, créée La en 180 l, a compris la nécessité d'un relais dans une société devenue laïque. Elle regroupe actuellement 84 associations départementales qui à leur tour gèrent 470 sections locales. Ce « mouvement national, apolitique et non confessionnel, » compte actuellement 9000 bénévoles qui assurent 50 000 visites par semaine à des malades hospitalisés soit plus de 2 millions de visites par an !

]

http://www.vmeh-national.com/ 17

Depuis plusieurs années, Pierre Reboul est l'un de ces bénévoles. Dans la vie active il est enseignant, mais il se libère deux aprèsmidi par semaine et, régulièrement car tel est l'engagement qu'il a pris, il passe trois heures auprès d'une quinzaine de malades hospitalisés. Les malades lui sont parfois signalés par le personnel; il fait aussi connaissance des voisins de chambre et des familles: il s'assied quand on le lui permet et fait comprendre, par son attitude, qu'il est prêt à écouter, prêt à tout entendre, sans jugement. Rentré chez lui, à pied pour se donner le temps de la détente, il note dans un cahier, - sa « main-courante », - les détails de telle rencontre qui l'ont frappé, les difficultés qu'il a rencontrées ou les émotions qu'il a éprouvées, les questions qu'il s'est posées. Tout ceci pour en tenir compte vis-à-vis de lui-même, pour y revenir au fil du temps, pour l'aider parfois dans le deuil d'un malade auquel il s'est attaché. De cette «main courante» et de ses longues années d'expérience, Pierre Reboul a tiré ce livre. La forme est celle d'un manuel du bénévolae oÙ tout est classé avec ordre et oÙ rien n'est oublié: le cadre de la visite, la formation et la sélection des bénévoles, la visite et son déroulement, les difficultés propres à l'accompagnement... etc. Ce qui donne à ce livre toute sa saveur, ce sont les «vignettes» par lesquelles l'auteur nous fait revivre une visite au cours de laquelle il a découvert lui-même l'importance de ce qu'il veut nous dire. Telle cette femme qui, pour la première fois peut-être, se permet d'évoquer en présence d'un tiers, le souvenir de la mort tragique de son mari et dont P. Reboul a « vraiment le sentiment qu'elle entre accompagnée par [lui), dans son souvenir, dans cette pièce dont elle n'ose plus. encore aujourd 'huifermer la porte » « On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux» disait le renard au Petit Prince. Ce livre nous enseigne qu'on n'écoute bien qu'avec le cœur - et avec une attention aux émotions exprimées, - et que l'essentiel est parfois inaudible pour les oreilles; que l'on peut écouter avec les yeux ou avec son propre
souffle réglé sur le souffle de celui,

- ou

de celle, - à qui l'on rend

visite, écouter encore avec la main, à la condition de ne pas

2

Ce terme ne doit pas être entendu dans un sens réducteur. Pierre

Reboul est enseignant et son livre est marqué par ses qualités didactiques. 18

franchir les limites de l'intimité. « Il est impossible de ne rien entendre d'un autre tant qu'i! est vivant ». Les bénévoles entendent souvent dire: « Ce que vous faites, je ne pourrais pas le faire! » Mais pourquoi? Quoi de plus simple que d'aller voir un ami ou un voisin et lui dire que nous sommes peinés de le savoir malade, que nous l'aimons, que nous avons hâte de le revoir en meilleure santé parmi nous? Pourquoi nous demander d'avance ce que nous allons répondre «s'il nous pose des questions»? L'expérience du bénévolat d'accompagnement montre que ce dont le malade a le plus besoin c'est de pouvoir raconter son épreuve, dire ses craintes ou sa colère, ses espoirs et ses projets sans être jugé. « Merci, répondent alors les malades, vous m'avez écouté! » Toutefois, au-delà et en complément de cet accompagnement de solidarité auquel chacun de nous devrait se sentir obligé, il y a place pour des visiteurs qui en ont reçu la formation. Comme la maladie nous fait vivre une expérience de fragilité et de souffrance, elle nous bouscule, réactive des blessures anciennes et nous interroge sur le sens de notre vie exposée à la souffrance et à la mort: comment alors poser ces questions sans une oreille prête à tout entendre? Sans une personne attentive qui repère à demi-mot et aide à préciser l'indicible? Ici les associations trouvent toute leur place, en raison de la formation et du soutien qu'elles donnent à leurs membres bénévoles; en raison aussi du partenariat qu'elles exercent avec les équipes de soins. On entend encore parfois simplifier l'accompagnement au geste de «prendre une main» : c'est déjà bien, en effet, de pousser la porte d'une chambre de malade et de s'asseoir, de témoigner de sa présence, y compris en restant tout simplement là sans dire un seul mot. Mais la réalité met des obstacles et soulève des questions: cette visite doit être acceptée et non imposée, notre main peut être intrusive alors que nous la voudrions amicale; enfin, nous ne sommes pas neutre et notre for intérieur réagit à ce que nous vivons dans la relation d'accompagnement. Ici, le livre de P. Reboul apporte toute l'épaisseur d'une expérience qui a vraiment exploré les situations les plus diverses et affronté l'auteur à toutes les difficultés que soulève l'obligation d'un respect inconditionnel de la personne visitée. L'auteur nous dit en terminant que son expérience est incomplète et qu'il est ouvert au partage avec d'autres qui voudront la compléter. Humilité, ou peut-être sagesse acquise auprès des 19

malades, précisément, car ce qu'ils nous apprennent c'est de ne rien savoir par avance ni de leurs besoins, ni des réponses qu'ils attendent. Ce qui nous rend d'ailleurs plus libres pour entrer en relation sans craindre de ne pas savoir que dire ni comment nous comporter. Faut-il que Pierre Reboul ait réfléchi à l'accompagnement pour nous dire en terminant qu'il aimerait bien que, malade à son tour et peut-être en fin de vie il puisse faire ses confidences à un visiteur inconnu, vous peut-être, sans être ni jugé ni envahi, ni pris en otage? Simplement écouté dans une rencontre paisible et qui lui aurait fait du bien.

René Schaerer

20

Introduction

Chaque semaine, le même jour, à la même heure, j'arrive à l'hôpital, dans le service qui m'est affecté: une vingtaine de chambres, une trentaine de malades, des inconnus. J'en visiterai certains, le temps d'une après-midi. Ils sont là, plongés dans leur histoire passée et présente, dans leurs spéculations sur leur avenir, dans leur identité particulière, parfois entourés de leur famille ou de proches, parfois seuls, envahis par l'inquiétude, l'ennui, le questionnement et la vulnérabilité propres à toute personne malade ou âgée. Faisant irruption dans cette sphère privée, en une circonstance et dans un lieu étranger et inquiétant, je me présente. Je n'apporte pas de diagnostic, de pronostic, de remèdes: je ne suis pas un soignant. Je ne possède aucun savoir, aucun pouvoir sur la maladie. Je ne suis dépositaire d'aucune histoire commune avec la personne visitée: je ne suis ni un ami, ni un parent. Il n'y a aucune relation passée à protéger, aucun projet pour l'avenir à établir avec elle. Je ne me présente pas au nom d'un Dieu ou d'une morale: je ne suis ni aumônier, ni représentant d'une communauté religieuse ou spirituelle. Je ne possède aucun pouvoir d'absoudre ou d'éclairer, de blâmer ou de féliciter. Aucun prosélytisme ne m'anime: je ne suis porteur auprès du malade d'aucune valeur politique, syndicale, culturelle que je soulignerais. Je suis étranger à tout statut identifiable dans le quotidien. Mon engagement de bénévole ne m'autorise que de moi-même. Je ne suis mandaté par persOlme que moi-même et mon association. Je ne suis porteur d'aucun outil autre que mon écoute. Je ne dispose que de ma façon d'aborder les gens pour tenter d'établir une relation. 21

«Pourquoi est-ce que vous faites ça ? » À celui ou celle qui me demande les motifs de ma présence, l'explication s'avère délicate. Je pourrais répondre que c'est une question que je me pose également, que cette phrase souvent m'habite lorsque je frappe à la porte d'une des chambres du service pour y entrer: « Qu'est-ce que je fabrique ici? Qui suis-je pour être là? Mon engagement dans cette activité, comment le motiver? » Lorsque je parle avec les autres bénévoles de mon association ou d'autres associations, nombre d'entre eux, au lieu de s'appuyer sur ce qu'ils pourraient reconnaître de positif dans leur présence, s'interrogent pareillement. Dans les échanges que nous avons, les groupes de parole, les réunions auxquels je participe, c'est un questionnement récurrent. « Ma présence est-elle légitime? » s'interrogent les uns; « perverse, obscène, voyeuse?» se questionnent les autres; «incompréhensible?» se demandent d'autres encore.

Et de fait, qu'est-ce qui pousse des gens « bien portants» à aller vers des gens souffrants sans y être tenus par des liens de famille, des obligations professionnelles, un mandat spirituel? Ce n'est pas évident de répondre. Les raisons profondes ont pris racine dans le terreau de nos manques, de nos expériences, de nos aspirations profondes et particulières à chacun. Pour ma part, je vis cette situation de façon à la fois gratifiante et inconfortable. Sans compréhension déterminante des moteurs de mon activité, et pourtant illuminé par elle.
« Quel est ton salaire? » Au dernier échange sur ce thème du groupe de parole auquel j'appartiens, chacun des bénévoles a donné son mot-guide, son mot-explication: bienveillance pour les uns, compassion pour les autres, amour pour d'autres encore. Pour ma part, j'ai mis les mots « aventure et besoin ». Aventure (<< qui arrive d'imprévu, de surprenant ») parce que la ce rencontre avec l'autre est la plus imprévisible qui soit. Besoin (<< exigence ») parce que j'ai besoin d'autrui pour nourrir mon identité. 22

Un certain nombre de bénévoles disent qu'ils éprouvent de la crainte avant d'entrer dans la chambre des malades. Certains, parce que la projection sur soi ou ses proches de l'idée de la maladie, de la souffrance, de la déchéance et de la mort les envahit. D'autres parce que la dignité des malades et leur courage sont émerveillants et déroutants à la fois. D'autres encore, parce que le sentiment de leur incompétence les plonge dans une sensation presque d'imposture. Tout ce petit monde de bénévoles hospitaliers arrive donc là avec de l'inquiétude, avec une certaine capacité d'écoute, un certain seuil d'acceptation, un profond désir de partage, une paisible joie à rencontrer l'autre. Et les visites débutent et s'enchaînent.. . Les visites. .. Je connais des moments de grande peine, d'autres de détresse, des moments de rire et d'excitation, de bonheur partagé, de soulagement, de réflexion. D'autres moments oÙ le contact hésite, se dérobe, rate. Il y a des chambres dans lesquelles je n'éprouve plus le désir d'entrer, des personnes que j'ai des difficultés à visiter. D'autres d'oÙ l'ennui pourrait vite me chasser. D'autres oÙj'ai hâte de pénétrer. Faut-il que je m'éclaire sur les sentiments que je ressens ou dois-je accepter sans trop réfléchir la diversité de ces visites? Pour ma part, je me laisse emporter par leur roulis. Même si je m'efforce, après, d'en comprendre le sens. Le plus souvent, les personnes visitées et leur famille me remercient. Il me faut donc croire que je les réconforte ou, au moins, que je les distraie. Ou bien, au-delà de ma personne, peutêtre l'idée que quelqu'un du genre humain pense à eux les réconforte. Je ne parle pas ici de remerciements rituels, mais de signes de partage réels qui ne passent pas seulement par les mots. Si aujourd'hui j'entame ce travail de rassemblement de notes flottantes, c'est parce qu'il m'a fallu bien souvent tâtonner avant de comprendre et de m'orienter dans cette activité. C'est parce que j'aurais aimé, moi aussi, disposer d'un fil rouge pour avancer dans l'inconnu. 23

En effet, lors de ma première intervention dans une maison de retraite, il y a bien longtemps, je me suis trouvé tout simplement muni d'une adresse, avec la mission de m'y présenter: sur ma bonne mine et quelques paroles échangées, le président de mon association avait réduit au paiement d'une cotisation ma formation de bénévole. Je crois que la démarche était bien hasardeuse. C'est pourquoi, aujourd'hui, à travers ces pages, mon projet est double. Je voudrais pouvoir: En apportant mon témoignage, faire partager à d'autres toute la richesse de cette activité de bénévolat. Leur en faciliter la compréhension ou l'accès, et leur permettre d'éviter une partie des erreurs sans nombre que j'ai commises. (Même si chacun commettra les siennes !) Ce sont donc les difficultés que j'ai rencontrées personnellement qui constitueront le fil conducteur de cet ouvrage. Difficultés de tous ordres nées de la diversité des types d'accompagnement que j'ai eu à mener (d 'hospitalisation courante comme de fin de vie ou de visites à des personnes âgées), de la variété des personnes et des situations rencontrées, des aptitudes dont j'aurais dû faire preuve et qui me manquaient tant.

.

.

Ce recueil s'adresse au visiteur de base et non au responsable associatif. Pour ce dernier, vieux routier déjà aguerri même si l'expérience dans un tel bénévolat ne rime jamais avec habitude (vieux routier qui aura à remplir de nombreuses fonctions administratives et s'assurer de toutes sortes de démarches légales), des guides précis existent. Le présent ouvrage se destine à celle ou celui qui voudrait aller vers cette activité et qui ne sait pas trop qu'en penser, comment l'aborder, quels en sont les contenus.

Pour aborder mon tour d'horizon, j'ai choisi de traiter successivement l'état des lieux tels qu'hôpitaux, centres de moyen et long séjour, maisons de retraite que le bénévole s'apprête à explorer; puis l'entrée dans le statut de bénévole: son recrutement, sa formation, ses engagements. Ensuite je souhaite pénétrer dans le service de soins avec le bénévole en herbe, lui faire rencontrer successivement les personnes auxquelles il aura à faire (malades, personnes âgées, 24

famille et proches, personnel soignant), lui permettre de réfléchir aux questions qui se posent avant la visite. Dans un troisième temps, j'aborderai les différentes questions que le bénévole aura à se poser durant le déroulement de la visite. La partie qui lui succèdera sera réservée aux difficultés inhérentes à cette visite et évoquera celles qui me sont apparues à la fois les plus fréquentes et les plus aigues. Enfin, j'évoquerai ce qui se passe lorsque, la visite terminée, le bénévole se retrouve face à lui-même et aux retombées de son engagement. En conclusion, je voudrais lancer un appel à acteurs et témoins du bénévolat en hôpital, centre de moyen et long séjour ou maison de retraite afin que cette contribution constitue une base de recherche de témoignages et de questions pour enrichir une réflexion commune et un élargissement de ce premier tour d'horizon. Le bouquin suivant, nous l'écrirons ensemble! Je laisserai résolument de côté dans cette approche les apprentissages à l'écoute. Ils sont le sujet de plusieurs ouvrages dont les titres figurent dans la bibliographie, en fin d'ouvrage. Pour ma part, ce sont Claire Pinet et Denis Landry qui m'ont formé à cette écoute. Ma profonde reconnaissance leur est acquise. Enfin, quelques précisions méthodologiques: j'ai désiré conserver le plus grand anonymat aux aspects concrets de mon bénévolat. Bien sûr, tous les noms et prénoms des personnes dont je fais état dans mes témoignages ont été modifiés; j'ai de même gommé les détails risquant de les identifier. Tous ces témoignages proviennent de la main courante personnelle que je tiens (Document sur lequel je note rapidement le descriptif de mes visites.). Je n'ai pas davantage fait mention du nom des associations qui m'ont hébergé comme adhérent, quoique je tienne une fois encore à les remercier de la confiance qu'elles m'ont accordée. De la même façon, j'ai rendu non identifiables les différents services ou établissements de soins qui m'ont accueilli.

Et, je le rappelle, quel que soit le ton sentencieux que j'emploierai parfois, je n'ai aucune prétention au savoir. C'est un témoignage 25

que j'apporte ici, pas une leçon; c'est une proposition de questionnement. Etymologiquement le mot méthode, meta-ados, signifie « faire le chemin avec ». Mon seul objectif, c'est de le parcourir avec vous. Le voici qui s'ouvre!

26