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VIVRE ÂGÉ À DOMICILE: ENTRE AUTONOMIE ET DÉPENDANCE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0756-4

Magalie BONNET

VIVRE ÂGÉ À DOMICILE. ENTRE AUTONOMIE ET DÉPENDANCE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA my 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

REMERCIEMENTS
Toute ma gratitude va aux personnes qui m'ont apporté leurs témoignages et leur soutien.

Je tiens à manifester ma reconnaissance au Professeur Michèle Bertrand qui dirige mon travail depuis plusieurs années et fi 'honore de sa confiance.
Je remercie chaleureusement les personnes âgées qui m'ont accueillie à leur domicile et dont la parole constitue la trame de cette recherche. Ma reconnaissance va également à Madame Belot pour m'avoir ouvert les portes de l'AMAD, et à Madame Deaenekyndt, médiatrice de mon intervention sur le terrain. Toute mon affection se tourne vers Y. Llompart, qui passe outre mes variations d'humeur et pérennise son soutien.

On ne peut désormais nier l'évidence: la population française ne cesse de vieillir! Le constat d'une évolution démographique où le "phénomène vieillesse" prend toute son ampleur inquiète les responsables politiques. La prise en charge d'une vieillesse "problème" se fonde sur deux affirmations implicites:
- la majorité des personnes âgées est dépendante. Cette

dépendance ne cesse de s'accroître.
- la dépendance nécessite l'intervention de personnel et

la mise en oeuvre de solutions rapides, à moindre coût. Les politiques sociales ont cessé de faire de la dépendance l'affaire de la société entière: on effectue des transferts de responsabilité, rappelant aux familles qu'elles sont tenues par l'obligation alimentaire. La dépendance des personnes âgées est exclusivement considérée sous ses aspects politiques, économiques ou purement matériels. Cette conception restrictive de la dépendance fait l'objet, sous forme d'état des lieux de la prise en charge actuelle, d'un premier chapitre. On abordera ensuite les lacunes et les enjeux du maintien à domicile: l'aide apportée par les professionnels, mais aussi, les effets sur la collectivité et les solidarités familiales. Ne faudrait-il pas élargir l'idée d'une dépendance biophysique au domaine des interactions sociales? Même âgée, une personne

n'est-elle pas investie dans des rapports humains avec tout
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le cortège d'échanges affectifs, de circulations de biens, de dons et contre-dons que cela implique? La dépendance et la logique du lien qu'elle implique m'amènera à illustrer, avec la parole de sujets âgés, l'interrelation entre les notions de dépendance et d'autonomie. Ce travail de terrain tente de se démarquer des stéréotypes habituels concernant la vieillesse, répertoriés sous diverses rubriques: la solitude, la régression, la passivité, l' inacti vité, voire l'inutilité, la perte des facultés cognitives... Cette représentation d'une vieillesse déficitaire est si négative que les personnes âgées elles-mêmes refusent de s'y reconnaître, revendiquant au contraire un sentiment de contrôle de leur vie actuelle. En cherchant à comprendre la représentation des sujets âgés sur la dépendance, on ne cesse d'entendre un discours sur et pour l'autonomie... Discours qui peut ou veut masquer, peut-être, des contraintes réelles. Il convient tout autant de critiquer les stéréotypes sociaux sur la dépendance, que les contre-stéréotypes que leur opposent les intéressés.

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A la Sagesse de mes parents et grands-parents

Chapitre I LA DÉPENDANCE ET SA PRISE EN CHARGE ACTUELLE
Comment la dépendance est-elle conçue actuellement? Basée sur une conception biomédicale, la prise en compte de la dépendance des sujets âgés dans les politiques sociales de la vieillesse privilégie actuellement le maintien à domicile, notamment en déployant les services d'aide à domicile et en sollicitant les solidarités familiales. Ce système ne comporte-t-il pas des lacunes?

UNE CONCEPTION BIOMÉDICALE DE LA DÉPENDANCE
Les médecins gériatres sont les premiers à avoir élaboré des conceptions en matière de psychologie du vieillissement et de la dépendance, notamment dans leur tentative de différencier le normal (la sénescence) du pathologique (la sénilité). Le vieillissement apparaît désormais comme une réalité objective, palpable, assise sur ses aspects biologiques. Il existe une certaine logique de production du savoir autour de la vieillesse, une normalisation qui occulte l'aspect subjectif du

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vieillissement. Ainsi, le vieux devient « cet Autre, pour les
autres, en moi désigné 1».

Les critères de définition de la dépendance Une définition générale de la dépendance nous est proposée par Nicole Henry-Crémon (1990, p.36) : «Le vieillissement correspond à un processus biologique, propre à chaque individu, avec ses facteurs de risque, qui vient l'exposer ou non à des maladies ou handicaps... Ce sont les effets du vieillissement qui vont conduire à la dépendance ». Cette dernière affirmation illustre les limites conceptuelles floues qu'il existe entre les notions de handicap, de déficience et de dépendance. A l'origine, dépendance vient du latin "dependere" ("être suspendu à"). Depuis dix ans, les travaux se réfèrent à la notion de "désavantage" pour définir la dépendance et son corollaire, le "handicap". La définition communément admise, notamment par l'Organisation Mondiale de la Santé, est celle de Wood, proposée en 1975, qui décrit le handicap comme la conséquence d'un déficit ou d'une déficience (c'est-à-dire une anomalie portant sur un organe ou une fonction). Le handicap serait alors l'inconvénient qui résulte de la déficience et qui rend le sujet incapable à pourvoir à ses besoins élémentaires. Mettre en oeuvre un système de prise en charge du sujet, c'est avant tout évaluer la nature et l'importance du besoin de l'aide à apporter (technique ou humaine) et son retentissement en terme de coût. Dans l'ouvrage de N. Henry-Crémon (1990, p.34), la dépendance est définie par la formule de Pierre Schopflin2 : «Est dépendante une personne adulte qui dépend d'un tiers pour les actes élémentaires de la vie
IBEAUVOIR Simone de (1970), La Vieillesse, Paris, Gallimard. 2 Une définition donnée lors du rapport de la commission qu'il plan (1989-1992) présidait dans le cadre du Xème 14

courante et qui est inapte à réaliser les tâches domestiques lui permettant de vivre seule dans un logement ordinaire ». Philippe Pitaud (1996) donne les chiffres d'une enquête de l'INSEE (1993) révélant que deux tiers des personnes de plus de 65 ans appartiennent à la catégorie des «personnes âgées qui ne peuvent pas sortir de leur domicile sans aide ». En effet, c'est en fonction de leurs désavantages que sont catégorisés les sujets ainsi que de l'aide qu'ils nécessitent. L'INSERM propose quatre niveaux de désavantages: 1. Les personnes confinées au lit ou au fauteuil 2. Les personnes ayant besoin de l'aide d'un tiers pour la toilette et l' habillement 3. Les personnes ayant besoin de l'aide d'un tiers pour sortir de chez elles 4. Les autres personnes Cette approche médicalisée est certes nécessaire, mais étant intimement liée à la notion de coût de la prise en charge, elle nie la possibilité d'échange du sujet âgé et ses ressources environnementales. Ainsi, les grilles d'évaluation appliquant cette définition de base de la dépendance restent focalisées sur l'aspect déficitaire de la personne. Les critères d'évaluation de la dépendance De cette conception biomédicale où dépendance signifie besoin d'aide, émane une gamme importante de grilles d'évaluations visant à mesurer les incapacités des sujets. La plus utilisée actuellement, notamment parce qu'elle officialise l'attribution (ou non) de la Prestation Spécifique Dépendance (PSD) au sujet âgé, est la grille

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