Vivre de la mer, vivre avec la terre… en pays kanak

De

Si, en Nouvelle-Calédonie, exemple type d’une civilisation de l’igname, les Kanak assuraient leur autosubsistance essentiellement par l’horticulture des plantes à tubercules, la pêche n’y jouait pas moins un rôle important. Activité presque exclusivement masculine, elle était surtout le fait de certains groupes de parenté, les clans dits pêcheurs, qui pratiquaient généralement ensemble cette activité coutumière pour nourrir la population et assurer les échanges coutumiers, même si une autre pêche, plus individuelle et d’autosubsistance, pouvait être pratiquée par tout un chacun à la condition qu’elle ne vise pas les poissons coutumiers. Détenteurs des pouvoirs rituels indispensables à la pratique de la pêche, les clans pêcheurs avaient également en charge la fabrique des engins nécessaires à la pratique de leur activité, pirogues comprises. Dans cet ouvrage d’anthropologie maritime, l’auteur nous présente un inventaire des techniques de pêche traditionnelle et leurs évolutions techniques depuis la colonisation. Elle en replace les pratiques dans l’organisation sociale de l’île des Pins et de Goro (au sud de la Grande Terre), de façon à mettre en lumière les rôles et les fonctions des clans pêcheurs au sein des ensembles sociopolitiques dans lesquels ils s’inscrivent, chaque unité de parenté étant détentrice d’un rang et d’une responsabilité sociale, politique et religieuse (maître de la terre, guetteur-messager, gardien de magies, orateur, etc.). La fonction de pêcheur peut être détenue par des groupes de différents statuts politiques (chef, ancien, guerrier...), dont l’autorité vient de la possession des rituels et magies propitiatoires correspondantes. Elle semble être la seule à reposer sur une spécialisation purement technique. Cet ouvrage donne une large place à l’anthropologie, des techniques et comporte un grand nombre d’illustrations qui, jointes au texte, décrivent de manière détaillée les divers procédés de pêche et de fabrication, mais aussi une partie de la vie quotidienne de ces deux sociétés kanak de l’extrême Sud. Qu’en sera-t-il de ces pratiques dans un avenir proche ?


Publié le : mardi 8 octobre 2013
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EAN13 : 9782854300741
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Vivre de la mer, vivre avec la terre… en pays kanak

Savoirs et techniques des pêcheurs kanak du sud de la Nouvelle-Calédonie 

Isabelle Leblic
  • Éditeur : Société des Océanistes
  • Année d'édition : 2008
  • Date de mise en ligne : 8 octobre 2013
  • Collection : Travaux et documents océanistes

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Référence électronique :

LEBLIC, Isabelle. Vivre de la mer, vivre avec la terre… en pays kanak : Savoirs et techniques des pêcheurs kanak du sud de la Nouvelle-Calédonie . Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Société des Océanistes, 2008 (généré le 17 décembre 2013). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/sdo//594>.

Édition imprimée :
  • Nombre de pages : 283

© Société des Océanistes, 2008

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Si, en Nouvelle-Calédonie, exemple type d’une civilisation de l’igname, les Kanak assuraient leur autosubsistance essentiellement par l’horticulture des plantes à tubercules, la pêche n’y jouait pas moins un rôle important. Activité presque exclusivement masculine, elle était surtout le fait de certains groupes de parenté, les clans dits pêcheurs, qui pratiquaient généralement ensemble cette activité coutumière pour nourrir la population et assurer les échanges coutumiers, même si une autre pêche, plus individuelle et d’autosubsistance, pouvait être pratiquée par tout un chacun à la condition qu’elle ne vise pas les poissons coutumiers. Détenteurs des pouvoirs rituels indispensables à la pratique de la pêche, les clans pêcheurs avaient également en charge la fabrique des engins nécessaires à la pratique de leur activité, pirogues comprises.


Dans cet ouvrage d’anthropologie maritime, l’auteur nous présente un inventaire des techniques de pêche traditionnelle et leurs évolutions techniques depuis la colonisation. Elle en replace les pratiques dans l’organisation sociale de l’île des Pins et de Goro (au sud de la Grande Terre), de façon à mettre en lumière les rôles et les fonctions des clans pêcheurs au sein des ensembles sociopolitiques dans lesquels ils s’inscrivent, chaque unité de parenté étant détentrice d’un rang et d’une responsabilité sociale, politique et religieuse (maître de la terre, guetteur-messager, gardien de magies, orateur, etc.). La fonction de pêcheur peut être détenue par des groupes de différents statuts politiques (chef, ancien, guerrier...), dont l’autorité vient de la possession des rituels et magies propitiatoires correspondantes. Elle semble être la seule à reposer sur une spécialisation purement technique.


Cet ouvrage donne une large place à l’anthropologie, des techniques et comporte un grand nombre d’illustrations qui, jointes au texte, décrivent de manière détaillée les divers procédés de pêche et de fabrication, mais aussi une partie de la vie quotidienne de ces deux sociétés kanak de l’extrême Sud. Qu’en sera-t-il de ces pratiques dans un avenir proche ?

Sommaire
  1. Remerciements

  2. Introduction

    1. MÉTHODOLOGIE ET ORIENTATION DE LA RECHERCHE
    2. L’ENQUÊTE DE TERRAIN
  3. Pêche et systèmes techniques

    1. Connaissance du milieu maritime

      1. LES RYTHMES ANNUELS DES PÊCHEURS DU SUD
      2. LA CONNAISSANCE DE L’ENVIRONNEMENT
      3. LA CONNAISSANCE DES ESPÈCES
    2. Les techniques traditionnelles de pêche

      1. LE PRINCIPE TECHNIQUE DU LEURRE
      2. LE PRINCIPE TECHNIQUE DU PIÈGE
      3. LE PRINCIPE TECHNIQUE DU POISON
      4. LE PRINCIPE TECHNIQUE DES ARMES
      5. LE PRINCIPE TECHNIQUE DE PRÉHENSION
      6. L’AQUACULTURE
    1. Les techniques de fabrication

      1. PROCESSUS TECHNIQUES DE FABRICATION DES ENGINS DE PÊCHE
      2. PROCESSUS TECHNIQUE DE FABRICATION D’UNE PIROGUE PONTÉE À L’ÎLE DES PINS
    2. Description de processus de pêche du Sud

      1. LA PÊCHE AU MIIKWA À L’ÎLE DES PINS
      2. LA PÊCHE À LA TORTUE À GORO ET À L’ÎLE DES PINS
      3. LA PÊCHE AU POULPE PAR LES FEMMES DE GORO
    3. Transformations dans le domaine de la pêche

      1. Le filet de pêche à l’île des Pins (Wapâ)
      2. MODE D’INTÉGRATION DES PRODUITS NOUVEAUX ET CONSÉQUENCES DE CES TRANSFORMATIONS
      3. TRANSFORMATIONS TECHNIQUES POSTÉRIEURES À L’ADOPTION DU FER
      4. TRANSFORMATIONS TECHNIQUES ET ORGANISATION DE LA PÊCHE
  1. Pêche et organisation sociale

    1. Place des pêcheurs dans l’organisation sociale traditionnelle

      1. DE L’EXISTENCE DES « CLANS PÊCHEURS »
      2. LES PRATIQUES DES CLANS PÊCHEURS
      3. CONCLUSION
    2. Rôle et fonction des clans pêcheurs dans l’ensemble sociopolitique traditionnel

      1. PLACE TRADITIONNELLE DES PÊCHEURS À L’ÎLE DES PINS
      2. LES CLANS PECHEURS À GORO
      3. RÔLES ET FONCTIONS DES CLANS PÊCHEURS, COMPARAISON AVEC MARÉ ET POINDIMIÉ
  2. Conclusion

  3. Annexe 1. Présentation de la faune marine du sud de la Nouvelle-Calédonie

  4. Annexe 2. Présentation du nââ kwênyii

  5. Petit glossaire des principaux termes nââ kwênyii

  6. Petit glossaire des principaux termes paicî (p), nengone (n), xârâcùù (x) et drehu (d)

  7. Bibliographie

  8. Index thématique

  1. Index des noms de lieux et des patronymes Kanak

  2. Index des auteurs

  3. Table des illustrations et crédits photographiques

Remerciements

1Je tiens à remercier tout d’abord les populations de l’île des Pins et de Goro sans qui cette étude n’aurait pu être possible ni menée à bien et, plus particulièrement, les membres des clans pêcheurs avec qui j’ai passé de nombreuses heures d’entretien et qui m’ont emmenée en mer pour participer à leurs pêches.

2Une reconnaissance particulière va aux familles qui m’ont accueillie, principalement celle de Lucien Duèpéré et Sophie Koicé-Duèpéré à l’île des Pins et à celle de Clément Vâdégu et Alphonsine Mapu-Vâdégu à Goro. Sans leur gentillesse, leur sollicitude et leur entourage familial, ce travail n’aurait pu avoir lieu. Ce sont désormais mes familles de ce bout du monde et les liens ainsi tissés le sont pour toujours. Si certains nous ont déjà quittés, les liens se continuent à travers leurs enfants et petits-enfants.

3Mes remerciements vont aussi aux techniciens du service territorial des pêches de Nouvelle-Calédonie pour leur accueil et leur aide, à la commission cordet de medetom, à la mission du patrimoine ethnologique et au cnrs(lacito...), qui ont financé en grande partie les recherches dont il est rendu compte ici. J’ai une pensée particulière pour Jacques Barrau qui m’a incitée à faire ces recherches dans son pays natal.

4Enfin, je remercie aussi le service des musées et du patrimoine et, tout particulièrement, le musée de Nouvelle-Calédonie et ses conservateurs successifs (Patrice Godin, Emmanuel Kasa-rhérou et Marie-Solange Néaoutyine), qui, chacun en son temps, m’a apporté son aide, avec une mention plus spécifique à Marie-Solange Néaoutyine pour son accueil et la participation du musée de Nouvelle-Calédonie à cette édition (notamment pour la reproduction des photographies des objets des collections du musée) et la direction des Affaires culturelles et coutumières de Nouvelle-Calédonie (daccnc) – son directeur Régis Vendégou – qui a participé à l’édition de cet ouvrage. Il me faut mentionner aussi le lacito-cnrs, mon laboratoire de rattachement, pour l’aide matérielle qu’il a mise à ma disposition.

5Sans oublier, par ordre chronologique, Jacqueline Matras, John Ouetcho, Gilles Bounoure, Françoise Cayrol-Baudrillart et Marie-Solange Néaoutyine pour leurs relectures et corrections du manuscrit à divers stades de sa préparation.

*

6Avec les risques de pollution importants dues aux exploitations minières qui se sont implantées dans l’extrême-sud depuis la réalisation de ces enquêtes de terrain, cet ouvrage sera peut-être le témoignage de quelque chose amené à disparaître plus vite qu’on ne l’aurait cru !

Introduction

1Recherches documentaires, bibliographiques et contacts avec des chercheurs ou organismes intéressés par la Nouvelle-Calédonie ont mis en évidence le fait qu’il n’existait pas vraiment d’études ethnologiques centrées sur les sociétés de pêcheurs kanak1. La pêche n’y avait été étudiée alors que sous les angles biologique, économique et/ou linguistique. Les références ethnologiques sur la pêche dans le reste de l’Océanie étaient plus nombreuses, ce qui a permis de définir plus précisément l’objet de cette recherche menée de 1982 à 1987. Dans un premier temps, elle avait été axée sur deux localités de Nouvelle-Calédonie : Poum, dans le nord de la Grande Terre, et l’île des Pins, au sud de celle-ci (cf. fig. 1), en raison de l’importance de la pêche et de leur diversité, notamment historique, économique et linguistique, et elle avait donc associé deux chercheurs, moi-même qui avais été à l’origine du programme de recherche2 et Marie-Hélène Teulières, alors étudiante en maîtrise puis dea d’ethnologie, à qui j’avais proposé de participer à ce programme.

2Au cours d’une première période – que l’on peut situer de 1840 à la prise de possession (1853) –, ces deux régions sont en contact à la fois avec les missionnaires et les santaliers, les baleiniers et les pêcheurs d’holothuries. L’exploitation santalière commence en effet à l’île des Pins où ont été installés les deux premiers comptoirs. Au début des années 1850, ceux-ci ont été reconvertis vers le traitement de l’holothurie et l’extraction de l’huile de coco, avant de s’installer en 1854 sur la Grande Terre.

3À partir de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie, ces deux régions connaissent une évolution différente. La Grande Terre subit l’occupation progressive des colons européens, le développement de leur élevage (dont le vagabondage met en péril l’agriculture kanak), l’établissement de réserves (1876), puis le cantonnement. Par contre, l’île des Pins – comme les îles Loyauté – est préservée de cette occupation et la totalité de son territoire est constituée en réserve, bien qu’elle ait enduré une amputation de la moitié de son domaine par la colonie pénitentiaire pendant une quarantaine d’années (de 1871 à 1913 environ). Malgré diverses campagnes en ce sens (1925), elle n’a connu aucun développement agricole européen du fait de la pauvreté de son sol. L’économie des habitants de l’île des Pins est donc restée très traditionnelle. Ce n’est que récemment qu’on a vu un certain développement du tourisme et du commerce des crustacés vers Nouméa. La population de l’île est encore à l’heure actuelle à plus de 90 % kanak.

4Si ces deux régions pratiquent dans les années 1980 une pêche traditionnelle, elles le font à des stades de développement différents. Au nord de la Grande Terre, la production régionale à cette époque est de l’ordre de 125 tonnes en 1965, 5 tonnes seulement sont réalisées par les pêcheurs kanak, les 120 tonnes restantes étant le fait de quatre petits groupes essentiellement européens : le sous-équipement et l’isolement des petits pêcheurs ne leur donnent en effet aucun moyen de participer à la production régionale. Au niveau des circuits coutumiers, des échanges de poissons frais et fumés ont lieu localement entre les clans pêcheurs du bord de mer et les clans de l’intérieur, contre les ignames et les taros des vallées et des piedmonts. À l’île des Pins, à l’exception de cette petite commercialisation de langoustes sur Nouméa, la pêche, demeurée en grande partie vivrière, subit néanmoins les effets du développement touristique de l’île. Un autre point digne d’intérêt est l’utilisation toujours actuelle3 des pirogues traditionnelles à l’île des Pins alors qu’elles ont disparu pratiquement de toute la Grande Terre.

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Photo 1. – Rivage de Tëë Pwêdéuya à Vao (île des Pins, avril 2007)

5L’île des Pins appartient à la zone de l’extrême-sud qui comprend deux langues : la langue d’Ounia et de Païta, le nââ dubéa, et la langue de l’extrême-sud parlée à Touaourou et Goro, le nââ numèè. La langue parlée à l’île des Pins par mille cent personnes est un dialecte de cette dernière langue, passablement différent, que l’on nomme le nââ kwênyii4.

« La population de cette île concentrée ptesque entiè-rement à la mission de Vao était anciennement répartie sur le pourtour de l’île et le dialecte était subdivisé en plusieurs parlers. » (Rivierre, 1981 : pl. 19)

6Il existe également à l’île des Pins quelques centaines de locuteurs de la langue tîrî (langue du sud), sous une forme probablement dialectalisée, due à la présence de familles originaires de La Foa et de Bouloupari, et installées à Wacia. Jean-Claude Rivierre (1981 : pl. 19) donne les caractéristiques suivantes pour les langues du centre-sud, du sud et de l’extrême-sud de la Nouvelle-Calédonie :

  • absence d’opposition consonnes aspirées / non aspirées, mais présence de tons qui supplée cette absence de distinction ;
  • absence de consonnes post-nasalisées ;
  • grande richesse du système vocalique ;
  • formes pronominales moins nombreuses ;
  • ordre des termes de la phrase : Sujet — Verbe — Objet.

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Photo 2. – Pirogue à moteur sur le rivage de Tëë Pwêdéuya à Vao (île des Pins, avril 2007)

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Photo 3. – Gros plan sur le moteur de la pirogue à Vao (île des Pins, avril 2007)

7Dans un second temps, j’ai élargi mes enquêtes, pour des raisons développées dans la partie méthodologique, au sud-est de la Grande Terre, soit à Goro et Tuauru (cf. fig 1). Pour l’ensemble de ces lieux d’enquête, j’ai procédé à une étude de type monographique, dont l’ampleur explique qu’elle doit être poursuivie. Puis, pour obtenir d’autres points de comparaison, j’ai également enquêté à Poindimié et à Canala, sur la côte est de la Grande Terre et, dans une moindre mesure, à Maré, pour les îles Loyauté.

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Photos 4 à 12. – Vues du sud-est de la Grande-Terre (avril 2007)
4 : Tuauru 5-6 : Goro
7-8 : Rivage chez Valentin Angwèrèrè (Goro)
10 : Parc à cochon familial (Goro)
11 : Racine d’un banian dans la baie de Prony
12 : Chutes de La Madeleine

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Figure 1. – Présentation des différentes zones d’enquête

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Photos 13 à 15. – Vues de Vao (île des Pins, septembre 1983)

MÉTHODOLOGIE ET ORIENTATION DE LA RECHERCHE

Problématique générale

8Dans L’homme et la matière, André Leroi-Gourhan écrit :

« Il y a des états très complexes : bien peu de groupes peuvent passer pour être essentiellement chasseurs, pêcheurs, pasteurs ou agriculteurs, aucun ne peut être considéré comme reposant exclusivement sur l’un de ces états simples. » (1971 : 38)

9La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas à cet état de choses. Alban Bensa et Jean-Claude Rivierre en témoignent dans leur ouvrage sur l’organisation sociale et ses représentations en Nouvelle-Calédonie :

« Traditionnellement, les Kanaks cultivent des plantes à clones (ignames, taros, canne à sucre, arbre à pain, etc.) selon la technique du brûlis suivi de l’aménagement du sol (construction de billons, de tarodières, etc.) avec recours à la jachère tournante. » (1982 : 21)

10Cependant, depuis toujours, pêches maritimes et fluviales leur apportent un complément alimentaire appréciable :

« Par endroits (au nord et au sud de la Grande Terre), comme aux îles Loyauté, la pêche joue aussi un rôle important. » (ibid. : 21).

11Ces auteurs se font ainsi l’écho de témoignages plus anciens, tel celui de Victor de Rochas :

« Après l’agriculture, la pêche est la plus grande occupation des riverains. » (1862 : 173)

12Parmi de nombreux autres auteurs, je citerai en particulier André Georges Haudricourt qui, tout en parlant de la « civilisation de l’igname », met en valeur le rôle social de la pêche :

« La Nouvelle-Calédonie, où pendant deux à trois millénaires il n’y eut pas d’animaux domestiques et où, faute de mammifères, la chasse tenait une place minime, peut être prise comme exemple de ce que j’appellerai : la civilisation de l’igname.
Je n’ignore pas le rôle qu’avait joué et que joue encore la pêche maritime. C’est elle qui a permis le peuplement initial (en provenance probable des Nouvelles-Hébrides), c’est elle qui explique l’organisation politico-sociale, comme on peut s’en rendre compte en comparant la Nouvelle-Calédonie proprement dite (Grande Terre) aux Loyalty, à Fidji et à la Polynésie, où l’on rencontre la civilisation de la pêche en mer chaude, la plus typique. » (1964 : 93)

13Ces différentes observations mettent donc en évidence l’importance de la pêche dans l’organisation socioéconomique de la Nouvelle-Calédonie. Dans ce pays à forte tradition orale, il paraît important de rechercher, au moment où la société kanak se transforme5, et où ses savoirs naturalistes risquent d’être bouleversés, comment la tradition orale et les discours des pêcheurs expriment la relation qui unit l’homme à son milieu. La connaissance de ces savoirs en matière de pêche devrait témoigner de leur originalité jusqu’à l’époque actuelle. Leur prise en compte – par les organismes s’occupant du développement économique de la Nouvelle-Calédonie, tels que l’adraf6 entre autres – favoriserait un développement ultérieur harmonieux qui ne se ferait pas à contre-courant de la tradition mais pourrait s’en inspirer.

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