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Voyage à la Maladetta

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Il n’est aucun des nombreux baigneurs, que chaque année Bagnères-de-Luchon voit se presser dans son sein, qui n’ait gravi les escarpements du port de Benasque, et contemplé du haut de cet observatoire la masse imposante de la Maladetta. C’est avec juste raison que quelques voyageurs ont surnommé cette montagne le Mont-Blanc des Pyrénées. Non-seulement, en effet, elle est la plus haute de toutes les cimes de cette belle chaîne, mais encore c’est elle qui, par la majesté de son aspect, la vaste étendue de ses glaciers, la sauvage austérité de ses flancs, frappe le plus vivement l’imagination du spectateur.

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Albert de Franqueville

Voyage à la Maladetta

VOYAGE A LA MALADETTA

Il n’est aucun des nombreux baigneurs, que chaque année Bagnères-de-Luchon voit se presser dans son sein, qui n’ait gravi les escarpements du port de Benasque, et contemplé du haut de cet observatoire la masse imposante de la Maladetta. C’est avec juste raison que quelques voyageurs ont surnommé cette montagne le Mont-Blanc des Pyrénées. Non-seulement, en effet, elle est la plus haute de toutes les cimes de cette belle chaîne, mais encore c’est elle qui, par la majesté de son aspect, la vaste étendue de ses glaciers, la sauvage austérité de ses flancs, frappe le plus vivement l’imagination du spectateur.

 

Quelle que soit la prééminence de la Maladetta sur toutes ses rivales des Pyrénées, elle n’a pas toujours joui dans les catalogues des hauteurs de ces montagnes du premier rang qui lui était dû. Pendant longtemps le Mont-Perdu fut regardé comme la cime la plus élevée de toute la chaîne. Nous voyons même un des plus savants naturalistes qui aient exploré ces montagnes, Picot de Lapeyrouse, mettre au-dessus de la Maladetta, non-seulement le Mont-Perdu, mais encore le Cylindre-du-Marboré, le Vignemale et le Pic-Long. Ce ne fut que dans les importants travaux trigonométriques de Reboul et Vidal, que la hauteur de la Maladetta fut pour la première fois déterminée d’une manière plus exacte. Ces savants assignèrent au pic de Néthou, qui est sa cime principale, une hauteur de 3,483 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce chiffre subsista comme le véritable, jusqu’à la belle triangulation des Pyrénées exécutée par MM. les officiers du génie. Cette opération réduisit cette élévation à 3,404 mètres.

 

Le désir d’atteindre le point culminant des Pyrénées, et de constater par un mesurement barométrique la hauteur du pic de Néthou, donna naissance à plusieurs tentatives pour parvenir à son sommet. La curiosité de contempler de plus près ce colosse, l’envie de scruter ses beautés mystérieuses, engagèrent d’autres à essayer de s’élever sur ses flancs. Le célèbre Ramond, ce grand historien de nos montagnes, entreprit cette tâche hasardeuse. Séparé de son guide, égaré au milieu d’un épais brouillard, il dut revenir sur ses pas, sans avoir pu arriver au sommet, et même sans avoir pu se rendre bien compte des lieux qu’il avait parcourus.

 

Plus récemment, MM. Arbanère et Cordier renouvelèrent cette tentative. Le premier suivit la gorge de Malibierne, et atteignit une grande hauteur. Il retourna sur ses pas, au moment où quelques efforts de plus allaient le conduire au but si envié. Quant à M. Cordier, il suivit l’arête de la Maladetta. Après avoir vaincu bien des obstacles ; surmonté de grandes difficultés, il fut obligé de renoncer à gagner le pic de Néthou par la voie qu’il avait choisie.

 

Depuis mon arrivée dans les Pyrénées, je nourrissais le désir de faire une nouvelle tentative pour parvenir enfin au sommet de ce pic, jusque-là réputé inaccessible. Quelques intrépides chasseurs, qui plus d’une fois avaient été relancer les bouquetins et les isards jusque dans les vallons les plus retirés de la Maladetta, promettaient de me conduire par des sentiers connus d’eux seuls. Ils me faisaient espérer, sinon d’arriver au but, du moins d’en approcher plus qu’aucun de ceux qui m’avaient devancé.

 

Une heureuse circonstance vint enfin me permettre d’exécuter mon dessein. Un jeune officier russe, M. de Tchihatcheff, arriva de Luz, poussé par le désir de tenter cette même entreprise. Il s’adressa précisément au guide qui s’était chargé de me diriger dans ce nouvel essai. Celui-ci n’eut rien de plus pressé que de venir me faire part de la proposition qui lui avait été faite. Enchanté du hasard qui me procurait un aussi bon compagnon de voyage, je m’empressai de lui offrir de me réunir à lui.

 

Nous nous décidâmes à nous mettre en route aussitôt que nous aurions pris toutes les mesures qui devaient tendre à assuré la réussite de notre ascension.

 

Ce fut le 18 juillet 1842 que nous quittâmes Bagnères-de-Luchon pour nous rendre à la Maladetta. Nous étions accompagnés de quatre guides ; Pierre Sanio, de Luz : il était venu avec M. de Tchihatcheff ; Jean Algaro, Pierre Redonnet et Bernard Ursule, de Bagnères-de-Luchon. Ces deux derniers étaient chasseurs d’isards et regardés comme les plus intrépides montagnards du pays. Nous emportâmes avec nous tout ce qui était nécessaire pour passer plusieurs jours dans la montagne, des vivres, des couvertures pour la nuit, des haches, des cordes pour franchir les passages les plus dangereux.

 

Nous gagnâmes le port de Benasque par le chemin si pittoresque, si varié, qui longe les bords de la Pique et par le sentier étroit et rapide qui s’élève en lacets le long de la montagne. Quand nous eûmes atteint le port, nous fîmes halte un instant pour décharger nos chevaux que nous renvoyâmes attendre notre retour à l’hospice de Bagnères.

 

C’est du port de Benasque que l’on a la plus belle vue du versant septentrional de la Maladetta. L’élévation de ce port, qui est de 2,413 mètres (Charp.) au-dessus du niveau de la mer, permet d’embrasser d’un seul coup d’œil tous les contours de la base de la montagne qui s’élève en face de lui.

 

Considérée de cet endroit, la Maladetta présente l’aspect le plus sauvage, et en même temps le plus majestueux. Des forêts de pins gigantesques, les uns encore debout, les autres brisés par les ouragans, renversés par les avalanches, occupent sa partie inférieure. Des rochers âpres et stériles, dénudés par les eaux, forment ensuite autour d’elle une ceinture noirâtre et aride.

 

Au-dessus, étincellent les glaciers sillonnés par de larges et profondes crevasses. Les glaciers de la Maladetta sont sans contredit les plus grands des Pyrénées. M. de Charpentier estime leur longueur à près de 11 kilomètres. Il est plutôt resté au-dessous de leur étendue réelle, qu’il ne l’a dépassée. La pente de ces glaciers présente une inclinaison excessivement rapide, principalement dans leur partie inférieure. Ils sont en plusieurs endroits entièrement inaccessibles, lorsque les chaleurs de l’été ont fait fondre la couche de neige qui les recouvre pendant l’hiver.

 

Une crête de rochers très-escarpés et fort accidentés forme le faite de la montagne. Cette crête lie ensemble les différents pics dont sa cime est hérissée. C’est ainsi qu’en commençant par l’est on voit d’abord le pic de Pouys, auquel Reboul et Vidal assignent 3,058 mètres de hauteur absolue. Ce pic se bifurque vers son sommet. Cette circonstance lui a valu de la part des habitants du pays le nom de pic Fourcanade, pic fourchu. Viennent ensuite le pic de Néthou et les deux pics de la Maladetta, dont le premier a 3,354 mètres de hauteur, et le second 3312, d’après les mesurements trigonométriques de M. Corabeuf. Enfin se présentent le pic d’Albe et celui de Malibierne, dont la hauteur n’a point encore été déterminée jusqu’ici.