Voyage dans l’Amérique du Nord, les Cypohais

Publié par

Voyage dans l’Amérique du Nord, les CypohaisB e l t r a m iRevue des Deux MondesT.1, 1831Voyage dans l’Amérique du Nord, les CypohaisLes CypohaisContrée habitée par les Cypohais. – Manitous. – Traité de paix. – Danse guerrière. – Origine de la guerre entre les Sioux et les[1]Cypohais. – Danse pour guérir un malade. Les Cypohais, quoique de beaucoup inférieurs aux Sioux, forment une des tribus sauvages les plus puissantes de l’Amérique dunord. Leur idiome, qui est le pur algonquin, indique qu’ils sont indigènes de la contrée qu’ils habitent, et qui s’étend du lac Ontario aulac Winnipec, espace de deux mille milles, du seud-est au nord-ouest.Ces Indiens ont le nez large et plat, les pommettes proéminentes, les lèvres épaisses, et les yeux plus petits que ceux des Sioux.Cependant leur physionomie est moins désagréable que celle de ces derniers ; ils paraissent avoir plus de vigueur, et leur corps estmieux développé, différence qu’il faut attribuer à la rigueur de leur climat, et à une vie plus pénible et plus laborieuse.Les Cypohais, ainsi que les Winnebagoes, les Menomienies, les Sioux, et toutes les autres peuplades, croient à un Grand-Esprit ;mais il n’est pas un seul individu parmi eux qui n’ait son manitou, divinité particulière et de son choix. C’est un animal, un arbre, uneplante, une racine, et il est rare que dans la même tribu deux individus choisissent le même objet. Dans aucun cas, un Indien n’oseraitdonner la mort à l’animal qu’il a choisi pour ...
Publié le : jeudi 19 mai 2011
Lecture(s) : 65
Nombre de pages : 2
Voir plus Voir moins
Les Cypohais
Voyage dans l’Amérique du Nord, les Cypohais Beltrami
Revue des Deux MondesT.1, 1831 Voyage dans l’Amérique du Nord, les Cypohais
Contrée habitée par les Cypohais. – Manitous. – Traité de paix. – Danse guerrière. – Origine de la guerre entre les Sioux et les [1] Cypohais. – Danse pour guérir un malade.
Les Cypohais, quoique de beaucoup inférieurs aux Sioux, forment une des tribus sauvages les plus puissantes de l’Amérique du nord. Leur idiome, qui est le pur algonquin, indique qu’ils sont indigènes de la contrée qu’ils habitent, et qui s’étend du lac Ontario au lac Winnipec, espace de deux mille milles, du seud-est au nord-ouest.
Ces Indiens ont le nez large et plat, les pommettes proéminentes, les lèvres épaisses, et les yeux plus petits que ceux des Sioux. Cependant leur physionomie est moins désagréable que celle de ces derniers ; ils paraissent avoir plus de vigueur, et leur corps est mieux développé, différence qu’il faut attribuer à la rigueur de leur climat, et à une vie plus pénible et plus laborieuse.
Les Cypohais, ainsi que les Winnebagoes, les Menomienies, les Sioux, et toutes les autres peuplades, croient à un Grand-Esprit ; mais il n’est pas un seul individu parmi eux qui n’ait sonmanitou, divinité particulière et de son choix. C’est un animal, un arbre, une plante, une racine, et il est rare que dans la même tribu deux individus choisissent le même objet. Dans aucun cas, un Indien n’oserait donner la mort à l’animal qu’il a choisi pour manitou ; et pendant mon séjour chez les Sioux, un guerrier de cette nation fut sur le point d’être dévoré par un ours qui l’avait déjà terrassé, et contre lequel il n’osait, par la raison qu’on vient de voir, se servir de ses armes. Heureusement un Indien qui ne partageait, pas sa croyance le délivra en tuant l’objet de son culte. Lorsqu’un sauvage, par accident, donne la mort son manitou il ne manque pas de lui demander pardon : « Il vaut mieux dans tous les cas lui dit-il, que ce soit moi qu’un autre qui t’ai tué ; car il vendrait ta peau, tandis que je la garderai avec vénération. » Le buffle est le seul animal que personne n’épargne, et qui ne soit pas susceptible de devenir manitou. Ils prétendent que c’est le Grand-Esprit qui prend cette forme pour être à même de pourvoir à tous leurs besoins ; et en effet ils se servent utilement de toutes les parties du buffle, depuis les cornes, qu’ils emploient mille usages différens, jusqu’aux fibres, dont ils se servent pour coudre.
J’assistai à une assemblée des Cypohais, que je trouvai plus bruyante et plus agitée que toutes celles des Sioux dont j’avais été témoin : aussi il ne s’agissait de rien moins que de l’abdication, ou plutôt de la déposition d’un roi, et de l’élection d’un autre. J’entendis pour et contre des discours que n’auraient pas désavoués les orateurs de quelques nations policées. Enfin Peskahoué descendit du trône avec toute la dignité d’un Lacédémonien, et Kendousona, qui le remplaçait, lui tendit la main d’un air de générosité et de grandeur d’âme tout-à-fait remarquable.
Le général américain Cass, gouverneur du territoire du Michigan, fit un voyage, il y a environ trois ans, pour remonter à la source du Mississipi. Il était accompagné par quelques chefs cypohais ; et dans le but de perpétuer le souvenir de son expédition et de la rendre plus utile ; il employa tous ses efforts pour mettre fin aux causes d’animosité qui existaient entre cette tribu et les Sioux. Il y réussit ; mais la paix qu’il parvint à conclure s’évanouit aussi rapidement que la fumée des calumets qui avaient servi à la célébrer.
Le major Tagliawar, commandant du fort Saint-Pierre, animé par la plus noble et la plus généreuse philanthropie, profita du grand nombre de Cypohais qui se trouvaient rassemblée pour renouer cette paix, et à cet effet, il fit engager les Sioux a se rendre à la réunion. Au jour indiqué, la salle du conseil, c’est-à-dire la cabane construite en troncs d’arbres posés les uns sur les autres, quiavait été désignée pour le lieu de la réunion, fut remplie par les envoyés des deux tribus. Les Sioux occupaient la droite, et les Cypohais la gauche. Après diverses accusations et tout autant d’excuses sur les infractions faites au traité, Ouamenitonka, un des chefs des Sioux, alluma le grand calumet de paix et de concorde éternelle. Sa physionomie grave et pleine d’une majesté sauvage donnait à la cérémonie quelque chose d’imposant. Il présenta horizontalement le calumet à l’est et à l’ouest, ensuite perpendiculairement au ciel et à la terre, invoquant ainsi le Grand-Esprit ou le soleil, et les bons et mauvais esprits. Il l’envoya ensuite, par le chef de ses guerriers, au chef délégué par les Cypohais. Celui-ci le présenta au major Tagliawar, et le calumet, de bouche en bouche, passa ainsi à la ronde dans toute l’assemblée. La cérémonie se termina par une distribution d’eau-de-vie que fit faire le major.
Lorsque les sauvages concluent la paix sans médiation étrangère, c’est ordinairement dans les bois que se tient la conférence, et quand le traité est arrêté, on l’inscrit sur les archives ordinaires, c’est-à-dire qu’on grave sur le tronc d’un arbre quelques caractères pour perpétuer le souvenir de cet évènement. C’est notrepace celebrata die, etc.
Un Cypohais m’assura que sa nation avait été en guerre avec celle des Sioux pendant plus de trois mille lunes. Il s’ensuivrait que la date de leurs guerres remonterait, à peu près à l’époque de la conquête du Mexique. Il paraît en effet probable qu’à cette époque les Sioux ou Dacotas fuyant devant les conquérans de leur patrie, envahirent une partie du territoire des Cypohais, et l’ont conservée jusqu’à ce jour. Ceux-ci massacrés ou chassés de leur asile, durent jurer à leurs persécuteurs une haine qui s’est transmise de père en fils, et n’est point encore éteinte.
Parmi les Cypohais, comme chez presque toutes les autres tribus voisines, la danse précède, accompagne ou termine toutes les cérémonies politiques et religieuses. Je ne dirai pas qu’ils chantent, car ce qu’on pourrait appeler chant n’est chez eux qu’une espèce de hurlement ou de glapissement. Quant à leurs instrumens, ils n’en ont d’autres que des espèces de castagnettes et des capsules
en parchemin, dans lesquelles sont renfermées quelques graines, dont le bruit sert à marquer la mesure au danseur, qui tient cet instrument dans la main droite. C’est ce qu’on appelle lechichikoë.
La danse de guerre ne peut être exécutée que par des guerriers. Les femmes et les vieillards se rangent derrière eux, et se contentent de répondre en chœur au chant, dont on ne peut se former une idée assez exacte qu’en se figurant la mélodie qui fit tomber les murs de Jéricho. Un jeune enfant précède les guerriers, portant les castagnettes ou lechichikoë. C’est l’enfant aux visions. On suppose que les esprits le visitent pendant la nuit, et le rendent le dépositaire des bons ou des mauvais présages. La troupe s’avance sur deux files, si elle est nombreuse, sur une dans le cas contraire, et se forme ensuite en cercle ; l’enfant, les yeux attachés à la terre, prononce des mots incohérens que personne ne comprend, qu’il ne comprend pas lui-même, mais que les prêtres se chargent d’expliquer. Pendant ce temps, les danseurs tournent en cercle lentement et en cadence. Mais le moment où le petit oracle lève les yeux est le signal d’un chant où l’on met toute l’exaltation possible, et de sauts lourds et précipités qui laissent sur le sol, théâtre de cette danse, la même empreinte qui s’y trouverait après les manœuvres d’un régiment de cavalerie.
Il est à remarquer que les anciens Grecs se servaient dans leurs danses de capsules en peau ou en parchemin, comme celles des sauvages, et de castagnettes. Ces dernières, comme celles des Indiens, étaient faites de coquilles ou d’os d’animaux. Chez les Grecs encore, ainsi que chez les tribus sauvages de l’Amérique du nord, la musique populaire était une réunion de voix et d’instrumens, et faisait partie du culte qu’on rendait à la Divinité.
Les Indiens semblent avoir également quelques usages des anciens Romains : comme eux, ils marquent la mesure en dansant par de petits grelots qu’ils attachent à leurs pieds. Ils ont leur coryphée qui frappe sur un tambour, et leurmanuductorqui préside à la danse. Par une singularité assez remarquable, celui-ci tient à la main un gros fouet comme celui de nos postillons.
On danse aussi, non-seulement aux mariages, aux fêtes et dans une foule de cérémonies semblables, mais encore à l’occasion de certaines maladies, circonstance dont j’ai été témoin pendant mon séjour chez les Cypohais. Une femme était malade : le médecin fit appeler un certain nombre de ses parens et de ses amis, qui dansèrent en cercle autour d’elle, en jetant sur son corps des herbes, des écorces d’arbres, des racines. Ils soufflèrent aussi sur ses membres avec un tuyau de pipe, la secouèrent, et le médecin souffla dans sa bouche pour chasser le mauvais esprit, qui, disait-il, la possédait. Tout ce traitement ne fit que hâter sa fin, car la pauvre femme expira au milieu de l’opération.
BELTRAMI.
1. ↑Beltrami’s Pilgrimagein America. London, Hunt et Clarke.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.