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Voyage dans le Midi de la France

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116 pages

15 août 1867 (1re lettre).

Il est superflu, mon cher père, de te dire que le trajet a été hier soir aussi chaux que poussiéreux par cette température d’africaine mémoire. Cependant, j’aurais passé une fin de nuit relativement bonne à l’hôtel du Grand-Monarque, si les indigènes de la Charité n’avaient eu la fantaisie bête de tirer des salves d’artillerie (où l’artillerie va-t-elle se nicher ?) à cinq heures du matin.

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Louis Gonse

Voyage dans le Midi de la France

Lettres écrites en août, septembre et octobre 1867

LETTRES ÉCRITES DU MIDI DE LA FRANCE

*
**

Un voyage en France est le plus melliflue, le plus plantureux, le plus varié et le plus instructif que l’on puisse faire dans l’Europe occidentale, après celui d’Italie. Car la France a une qualité suprême que nulle autre contrée ne possède au même degré, la variété. Une variété saisissante aussi bien dans ses productions naturelles, qui font le désespoir de l’Europe entière (car si, par impossible, la France devenait politiquement et moralement la dernière des nations, elle resterait encore la première par ses vins, ses fruits, ses truffes, ses huitres et sa cuisine), que dans ses sites merveilleux, et dans les trésors d’art qui la couvrent.

C’est ce que l’on semble ignorer généralement ; c’est ce que, nous surtout Français, nous faisons parade de méconnaître.

Il y a de la maladresse dans ce dédain ; surtout à une époque où la France n’a pas de trop de tous les dons que la nature prodigue lui a dispensés pour maintenir son prestige dans le monde.

Il y a de la maladresse à laisser aux Anglais le soin de découvrir et de juger notre pays si peu connu, ou plutôt si mal vulgarisé. Nous avons assez fait les moutons de Panurge, nous avons assez abusé de l’Italie, de la Suisse et des bords du Rhin, ces pays admirables que Dieu me garde de décrier : il est temps enfin de nous connaitre nous-mêmes et de compter nos richesses. Je sais que depuis 1830 les choses sont bien changées, que chaque jour s’augmente le nombre des ouvrages savants et compliqués dans lesquels sont fouillées nos provinces ; mais ces ouvrages d’érudition et de saine critique, d’une forme et d’un prix peu engageants, n’en laissent pas moins la grande majorité du public dans une indifférence manifeste. Ce ne sont ni les volumineux ouvrages du baron Taylor, d’un romantisme vague et maintenant démodé, ni les savantes dissertations des architectes attachés à la commission des monuments historiques, qui feront jamais cesser cette indifférence.

Ce qui manque c’est un livre de forme attrayante, un livre dont les descriptions pittoresques soient le miroir d’impressions vives et recueillies toutes chaudes, avec un appoint de connaissances archéologiques et littéraires suffisantes pour mériter l’examen des esprits sérieux : un livre, en un mot, qui soit pour la France, ce que sont pour l’Orient, l’Espagne et l’Italie. les voyages d’un Gautier ou d’un Gérard de Nerval.

Loin de moi l’idée de remplir cette lacune ! Je n’ai fait que cotoyer la route que parcourra, tôt ou tard, quelque écrivain jeune, habile et autorisé. Outre que je me sens très indigne et très incapable d’en faire même l’essai, on chercherait en vain dans ces notes de voyage les paysages des Pyrénées, de la Savoie et des Hautes-Alpes ; le Jura, les Cévennes et les Vosges ; les monuments de l’est, de la Champagne et de l’ancien domaine royal ; Strasbourg, Reims, Troyes, Noyon, Coucy, Laon, Beauvais, Soissons, Saint-Denis, Paris, Amiens, Chartres, Bourges avec les grandes cathédrales françaises d’où sont sortie tous les monuments gothiques de l’Europe. On y chercherait en vain Rouen, les bords de la Seine, la Normandie et l’ancienne Flandre ; la Bretagne et les bords de la Loire ; le Poitou et la Gascogne.

Cependant la partie de la France que je viens de parcourir est la plus belle il suffit de nommer l’Auvergne, la Lozère, le Languedoc, la Provence, la vallée du Rhône, les environs de Grenoble et la Bourgogne.

Ainsi donc ces pages sont à peine une ébauche ; et si je me suis décidé, non sans quelque appréhension, à les livrer à l’imprimeur, c’est parce que j’ai l’espoir que ce no sera pas là un acte complètement inutile. Heureux et largement payé si je puis éveiller chez d’autres le désir de faire ce voyage facile et peu coûteux !

L.G.

LA CHARITÉ-SUR-LOIRE

15 août 1867 (1re lettre).

 

Il est superflu, mon cher père, de te dire que le trajet a été hier soir aussi chaux que poussiéreux par cette température d’africaine mémoire. Cependant, j’aurais passé une fin de nuit relativement bonne à l’hôtel du Grand-Monarque, si les indigènes de la Charité n’avaient eu la fantaisie bête de tirer des salves d’artillerie (où l’artillerie va-t-elle se nicher ?) à cinq heures du matin. Si j’avait pu oublier un instant que ce jour était le 15 août, cet intermède musical me l’aurait infailliblement rappelé.

Mais, vas-tu me dire, quelle mouche t’a piqué pour descendre ainsi à la Charité ? Il est vrai que ce chef-lieu de canton est une très mince expression géographique, et que la turbe profane qui, tous les ans, aux mois de juillet et d’août, se précipite à Vichy pour y étaler son ennui et ses modes, n’a que faire de la Charité. Mais moi, qui ai pris la mauvaise habitude de m’intéresser aux choses d’art, je m’y suis arrêté, et bien m’en a pris.

J’y ai trouvé les débris d’une des plus curieuses églises de la France : église cluniste du XIIe siècle, fondée par le pape Pascal II. Il n’en reste plus que l’un des deux énormes clochers carrés qui accompagnaient le portail et le chœur, la nef ayant été presque entièrement détruite. Ce clocher a quatre étages, et est couvert des pieds à la tête de remarquables sculptures. Cependant, malgré sa richesse, il manque de charme, parce que l’architecte a eu la malheureuse idée de faire les deux derniers étages identiquement pareils comme taille et comme ornementation.

Sur la croisée du transsent, au-dessus d’une coupole à encorbellements, s’élève une bonne grosse lanterne octogone mieux conservée que le clocher. L’abside compte parmi les plus belles. L’intérieur du chœur, horriblement mutilé, badigeonné et rebadigeonné, montre encore de merveilleux détails, surtout un triforium à colonnes cannelées de la plus étonnante richesse de sculpture. Avec un peu d’imagination, on peut aisément se figurer l’éclat majestueux que devait avoir l’ancien édifice roman.

Mais la vraie perle est une fausse porté du XIIe siècle, à l’intérieur du chœur. Sur le linteau est sculptée une Adoration des Rois, et sur le tympan un Paradis quelconque. Les jambages de la porte sont surmontés de deux splendides chapiteaux d’un galbe presque corinthien. Un sculpteur renommé, venu de Cluny même, a évidemment ciselé ce morceau d’orfèvrerie en pierre.

Cette église abbatiale de la Charité, qui n’était pas d’un style bien pur, avait cela de très intéressant (et elle le devait à sa position géographique), qu’elle offrait un spécimen considérable de la fusion des trois écoles de la Bourgogne, de l’Auvergne et des bords de la Loire. A la première, elle avait emprunté ses colonnes cannelées et ses chapiteaux ; à la seconde, la beauté de son plan et sa coupole ; à la troisième, son clocher et le luxe un peu confus de son ornementation.

Vue de l’autre côté de la Loire, la petite ville de la Charité se présente bien avec ses noires maisons et sa ceinture de vieilles fortifications couronnées de lierre. A droite et à gauche, à perte de vue, la Loire promène ses innombrables bras, au milieu des dunes de sable ; c’est un spectacle à part, tout-à-fait caractéristique de cette partie de la France.

Ce matin, nous avons eu une bonne pluie qui a rafraîchi le temps : tout ira bien si les nuages bas et moutonnés qui encombrent le ciel en ce moment veulent bien faire place à un soleil moins dévorant.

Nota. — Bon vin blanc de Pouilly et bonne cuisine au Grand-Monarque.

NEVERS

IIe lettre.

 

Je déclare d’abord, ma chère mère, que je ne voudrais pas, pour tout l’or du monde, me voir en peinture à Nevers. Nonobstant, cette petite restriction établie, je dois avouer que cette capitale mérite amplement la visite des artistes, archéologues et autre insectes de même farine.

Le voyageur qui vient de la Loire entre tout d’abord à Nevers par une croustillante porte fortifiée du XIVe siècle, qui a de la réputation comme porte fortifiée. S’il continue à gravir les petites rues en pente qui relient la vieille ville à la ville neuve, il arrive devant la cathédrale, remarquable monument du milieu du XIIIe siècle. Mettons-la en dehors de toute comparaison avec nos merveilleux chefs-d’œuvre de l’Ile de France et de la Champagne : elle serait écrasée. Prise en elle-même, au contraire, elle offre nombre de détails très intéressants et même très beaux.

Elle n’a pas de transsept, ce qui serait d’un charmant effet à l’intérieur si la nef était mieux soudée au chœur. L’extérieur du chevet serait irréprochable s’il n’était pas absolument délabré. Quant à la façade, elle est remplacée par une abside du Xe siècle, sur laquelle s’est greffée l’église gothique.

L’intérieur se fait remarquer par le nombre et l’élégance de ses sculptures. Il suffit de regarder les chapiteaux du chœur, où toute notre flore s’étale avec un si gracieux abandon, les arcatures aveugles des chapelles absidales et leurs petites piscines ; enfin, ce qui est une disposition peut-être unique, ces cariatides variées et spirituelles qui s’adossent à toutes les colonnettes du triforium de la nef, et ces anges qui déploient leurs ailes dans les tympans.

Dans une des chapelles de gauche se trouve un grand tableau de pierre, sculpté en haut-relief, représentant la vie de Jésus-Christ ; l’ensemble est encadré d’une bordure de feuillage, burinée avec amour. C’est une œuvre du XVe siècle, œuvre d’artiste et bien française, qui vaut une peinture de Jean Foucquet. En face de ce rétable, il y a une fresque qui, sans être de Jean Foucquet, est également belle.

En sortant de la cathédrale, le même voyageur se trouve devant l’ancien palais des ducs de Nevers, transformé maintenant en palais de justice, et pourvu d’un square qui fait l’admiration des indigènes. C’est encore une œuvre hardie et sobre du xve siècle (stylé de l’hôtel de Cluny), avec des tourelles en poivrière, des toits aigus et des girouettes en plomb historié.

Mais la vraie surprise archéologique de Nevers est l’église Saint-Etienne. Elle vient d’être restaurée, et présente maintenant dans toute sa ferme beauté un des plus rares spécimens de l’architecture auvergnate du commencement du XIe siècle. Voici quelques-unes des observations que j’ai recueillies : à l’intérieur, absence totale de sculptures (les colonnes et les chapiteaux ayant été faits au tour dans une pierre résistante et serrée comme du métal) ; apparence avant tout robuste, solide, et pourtant harmonieuse ; triforium trapu et d’un aspect grandiose ; colonnes mono-cylindriques du chœur ; coupole octogonale à encorbellements, dont la coupe de pierres est d’une justesse sans égales ; voûtes en cul-de-four du chœur et des chapelles rayonnantes, sans arcs doubleaux ni arêtes ; voûte en berceau de la nef. Tout cela d’une remarquable beauté de construction pour l’époque. A l’extérieur, les vulgaires contreforts sont remplacés par des arcs et des piliers de décharge saillants d’un bel appareil. Malgré l’absence de mosaïques, de sculptures et de décorations polychromes, le style du monument, sa structure sont complétement auvergnats. C’est une des églises les plus intéressantes de la France entière.

La nourriture est chère et médiocre à Nevers. C’est pour cela, sans doute, que la soubrette qui me sert à l’auberge dit « merci » chaque fois qu’elle apporte quelque chose.

*
**

Je suis depuis hier à Clermont-Ferrand. La ville et la situation me plaisent, et j’y resterai quelques jours. Je brûle le Mont-Dore : il vaut mieux bien voir et moins voir. J’éprouve d’ailleurs le besoin d’aller taper sur le ventre de ce gueux de Puy-de-Dôme, ce vieil amasseur de nuages, comme Jupiter. J’y vole de ce pas.

CLERMONT-FERRAND

IIIe lettre.

 

Mon cher père, j’entame sans préambule le récit de ma journée d’hier.

Je pars le matin de bonne heure par la route de Royat, pour faire l’ascension du Puy-de-Dôme : La journée promet d’être chaudé, le soleil frappe obliquement, à travers un léger voile de vapeurs, l’amphithéâtre des montagnes volcaniques qui s’èlève derrière Clermont. C’est l’heures propice : les ombres se détachent largement.

De cet imménse plateau descendent de tous côtés des coulées de verdure qui ont poussé entre des coulées de lave. Les croupes et les pentes, par je ne sais quel effet de lumière, sont d’un rose vif. Au-dessus s’arrondit le majestueux Puy-de-Dôme revêtu d’une teinte bleu sombre. Voilà les grandes lignes du tableau.

Je rencontre d’abord à gauche sur la route, en sortant de Clermont, une muraille gallo-romaine avec colonnes engagées. Elle est construite en petit appareil avec cordons de briques. Je passe à Chamalières, où se trouve une vieille église romane. La nef, carlovingienne, serait curieuse si elle n’était couverte d’un ignoble badigeon. A l’entrée, il y a deux colonnes en brèche verte qui sont bien frustes.

Je continue d’un pas « légier » à suivre la route qui mène aux sources thermales de Royat. Là, je déjeune sous la tonnelle, sous la même tonnelle où je fis, il y a quelque quatre ans, un charmant dîner avec ce bon frère. Cette fois, j’ai été littéralement empoisonné par les préparations de l’infâme et âpre gargotier. Le temps n’est plus où l’on mangeait là les excellentes petites truites de la Tiretaine. Oh ! déplorable envahissement de l’industrie et de la mode, qui ne respectent même pas les beaux sites !

Quelques pas plus loin apparaît, merveilleusement encadrée par le paysage, la petite église de Royat, fortifiée au XIIIe siècle. C’est un exemple très original de ce genre d’architecture. A l’intérieur, deux beaux chapiteaux.

Je m’engage dans les gorges. De tous côtés bondissent de riantes cascades, courent de frais ruisseaux au milieu d’une herbe touffue qui monte jusqu’aux genoux. De grands châtaigniers séculaires forment, au-dessus des cascades échelonnées, un dôme impénétrable de verdure.

Les échappées de vue sont splendides : au milieu du feuillage glauque et luisant des châtaigniérs aux formes de grand style, apparaissent çà et là des toits à l’italienne couverts de tuiles d’un rouge vif. Tout cela forme un ensemble chaud et rayonnant digne de la Grèce ou de l’Italie. Cette gorge de Royat est de plus un paradis de fertilité : tout y est vert, frais et luxuriant. Par instants, la route disparaît dans le torrent. Il faut sauter de pierre en pierre, glisser plus d’une fois dans l’eau pour arriver jusqu’au petit village de Fontana, d’un réalisme si partait. Vaches, poules, fumiers, masures, habitants, sont pêle-mêle les uns sur les autres. Mais quel bon lait on y boit et quelle laide population on y voit !

A Fontana, les châtaigniers disparaissent pour faire place aux noyers, qui disparaissent à leur tour, et me voici sur le vaste plateau d’éruption, à la surface duquel surgit la chaîne des Puys. Ici, il n’y a plus qu’une maigre végétation, qu’une pauvre culture.

Après une très cuisante traversée au milieu des cendres et des scories, je touche enfin la base du Puy-de-Dôme. Celui-ci me fait l’effet d’une immense taupinière couverte d’un épais gazon. Des moutons, qui font juste autant d’effet que de petites fourmis blanches, le broutent et complètent l’illusion.

Je prends le chemin des moutons après avoir « vuidé » une ample chopine de vin dans ce que l’on est convenu d’appeler la baraque.

La montée ne laisse pas d’être singulièrement rude par cette chaleur de four à plâtre. Pour un peu je serais resté dans un certain endroit où je roulais littéralement dans les scories. La foudre avait ouvert là une large plaie on mettant à nu le tuf rougeâtre.

Enfin, après une heure et demie d’efforts, j’arrive au sommet, d’où je découvre cet admirable panorama que tout le monde connaît au moins de réputation. Par bonheur, l’atmosphère est limpide. Sur le premier plan, au-dessous de moi, s’aligne cette formidable chaîne des Puys, comme s’alignaient autrefois, dans les batailles, les croupes des éléphants. A l’orient, la ville de Clermont, aux toits rouges, est assise à l’entrée de la Limagne, la plus belle et la plus riche plaine de l’Europe. Au dernier plan, les montagnes bleues du Forez ; au midi, le Plomb du Cantal et la chaîne des Monts-Dores aux arêtes si nettes ; enfin, à l’est, les plaines du Bourbonnais, ondulées comme une vaste mer, ferment l’horizon. En un mot, figure-toi une vue panoramique telle qu’on l’aurait d’un ballon. C’est ce qui la rend unique. Et puis, on n’a pas toujours ainsi, comme premier plan, une ligne de cratères béants et de cônes monstrueux.

Je redescends mon chemin aquatique, et je t’assure qu’après cette tant pénible ascension j’ai bien mangé et dormi.

Aujourd’hui la ville est en foire, le ciel est en fête, et je renvoie à demain les affaires sérieuses.

CLERMONT-FERRAND

IVe lettre.

 

Ma chère mère, ce matin j’ai été prendre un bain d’eau thermale à Royat, et ce bain m’a complètement remis de mes fatigues d’avant-hier. Pour faire passer le temps dans ma baignoire de pierre, où un moëlleux courant d’eau chaude me procurait cette douce réfection, je pensais à César qui avait du faire aussi là sa petite trempette pendant que le brave Vercingétorix le faisait poser devant le plateau de Gergovia.

Tout ce coin de terre, d’ailleurs, a d’illustres annales. Clermont n’était-il pas la capitale des Arvernes, le plus puissant peuple de la Gaule avec les Eduens ?

Avec ses souvenirs il lui reste deux monuments fort remarquables : l’église de Notre-Dame-du-Port et la cathédrale.

Notre-Dame-du-Port est le type classique du style roman auvergnat. Tout y est correct, simple, harmonieux. Il est fâcheux qu’à l’intérieur les sculptures soient alourdies, les profils brouillés par cet éternel badigeon jaunâtre, la honte du XVIIIe siècle.

Je te dirai peu de chose de Notre-Dame-du-Port, me réservant de faire une description plus détaillée de l’église d’Issoire, que je considère comme le nec plus ultrà de cette architecture. Je note en passant les mosaïques extérieures de l’abside qui sont d’une exécution irréprochable, et les sculptures, dont un ciseau précis et énergique a orné la porte méridionale.

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