Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 4,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Voyage en Bretagne

De
571 pages

Le seul moyen de retirer quelques fruits d’un voyage, d’en racheter les fatigues, et surtout d’en charmer les inévitables ennuis, consiste à noter avec soin les sujets d’observation que l’on rencontre sur son passage, pour les retracer à ses amis, sans toutefois abuser de leur intérêt et de leur indulgence par le fond ou par la forme du récit.

Il faut donc naturellement éviter ici deux écueils dangereux, qui se trouvent toujours sur la route à parcourir : l’enthousiasme de la nouveauté, la prévention pour les hommes et pour les choses qui ne rentrent pas dans la sphère habituelle de nos relations ordinaires et de nos goûts.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

LE GRAND BAY, TOMBEAU DE CHATEAUBRIAND

Illustration

Almire Lepelletier

Voyage en Bretagne

Illustré de vues prises sur les lieux. Avec un résumé des fastes de cette province, une histoire générale des bagnes et l'iconographie des principaux types de forçats étudiés à la chiourme de Brest

PROLÉGOMÈNES

Le philosophe qui veut étudier l’état social avec fruit, pour eh bien apprécier les conditions fondamentales, pour en sonder les altérations dans la pensée de les prévenir ou de les combattre ; de concourir, par des préceptes sages et réellement pratiques, au maintien de l’ordre, de l’harmonie de cet imposant ensemble, doit se dépouiller de toute prévention, de tout esprit de système ; s’arrêter aux faits principes, n’admettre pour axiomes et pour lois que les inductions immédiatement et logiquement inférées de ces faits.

Il serait actuellement aussi contraire à la saine raison d’imiter ce bon vieillard d’Horace : « Laudator temporis acti, » qui « toujours plaint lé présent et vante le passé, » que de regarder, avec certains utopistes modernes, l’état actuel de notre société comme la réalisation du perfectionnement humain. L’erreur se trouve en effet également dans ces deux extrêmes : l’observation elle-même viendra le constater.

Vers la fin du XVIIe siècle, nous pourrions remonter beaucoup plus haut, le profond chancelier d’Aguesseau caractérisait ainsi l’esprit public de son temps :

« Il règne une inquiétude généralement répandue dans toutes les professions, une agitation que rien ne peut fixer ; ennemie du repos, incapable de travail, portant le poids d’une inquiète et ambitieuse oisiveté ; un soulèvement universel de tous les hommes contre leur condition ; une espèce de conspiration générale dans laquelle ils semblent être tous convenus de sortir de leur caractère ; toutes les professions confondues, les dignités avilies, les bienséances violées ; la plupart des hommes hors de leurs places, méprisant leur état et le rendant méprisable ; toujours occupés de ce qu’ils seront, pleins de vastes projets ; le seul qui leur échappe, est celui de vivre contents. »

Un peu avant le milieu du siècle, M. Maurice-Monjean s’exprimait ainsi sur le même sujet :

« On ne peut se dissimuler que dans les rangs les plus élevés, comme dans les plus infimes, il n’y a ni assez de force ni assez de clairvoyance pour combattre les mauvais penchants. Les consciences manquent de principes fixes et invariables. Le mal exerce de plus en plus ses ravages sur un terrain si peu affermi, et perd de l’horreur salutaire qu’il inspire : la statistique nous montre la vérité de ces tristes résultats : le nombre des délits a augmenté d’une manière effrayante depuis quelques années. »

Ainsi, voilà deux tableaux de la société qui, certes, ne sont pas plus rassurants l’un que l’autre ; et pourtant ils ont été fidèlement esquissés par deux bons observateurs, à deux siècles de distance.

Nous devons le dire, cependant, il existe entre ces deux tableaux une différence bien essentielle à noter, et dont les esprits justes comprendront toute la portée : dans le premier, on voit une inquiétude vague, une agitation sans but rigoureusement déterminé ; c’est un mauvais projet, sans doute, mais qui n’est point encore parvenu au pressant besoin de sa réalisation complète ; dans le second, on trouve les mêmes éléments, plus incisifs, plus entreprenants, avec un commencement d’exécution.

Si l’on veut un dernier trait pour caractériser les deux époques, nous rappellerons :

Que dans l’avant-dernier siècle, Louis XIV, en 1655, âgé de dix-sept ans, « en habit de chasse, botté, éperonné et le fouet à la main, entrait dans la grand’chambre du parlement, et, prenant séance, » interpellait le premier corps de l’État avec toute l’arrogance d’un maître irrité qui s’adresse à des esclaves :

« Messieurs, chacun sait les malheurs qu’ont produits les assemblées du parlement ; je veux les prévenir désormais. J’ordonne qu’on cesse celles qui sont commencées sur les édits que j’ai fait enregistrer en lit de justice. Monsieur le premier président, je vous défends de souffrir ces assemblées, et à pas un de vous de les demander !... »

Que dans le siècle présent, en 1848, le peuple de Paris brisait les portes de la chambre législative ; se ruait, sans aucun respect, sur les bancs des députés, jusque sur le fauteuil du président ; et que plusieurs jours après M. Senard, alors ministre de l’intérieur, et dont les paroles ne seront pas suspectes, dans une chaleureuse improvisation que nous avons entendue, voulant faire comprendre à ses amis de l’extrême gauche les dangers de tolérer une semblable licence, poussa très-éloquemment ce cri d’alarme : « Vous les avez vus, Messieurs, ces flots populaires sans guides et sans frein, ils ont envahi l’intérieur de notre enceinte !... se sont-ils respectueusement arrêtés au pied de cette tribune ?... »

Sans doute, surtout pendant la minorité du grand roi, des émeutes s’étaient plusieurs fois manifestées, mais du moins elles n’avaient pas été jusqu’à renverser le trône et l’autel ; jusqu’à menacer très-sérieusement les principes sacrés de là propriété, de la famille et de la société !...

Nous croyons donc pouvoir l’établir d’après les faits les plus positifs de l’histoire : depuis que la France jouit des bienfaits de la civilisation, chaque siècle, sans doute, a présenté ses inquiétudes, ses tourmentes, ses aberrations, mais aucun peut-être n’a touché d’aussi près que le nôtre le redoutable écueil où l’ordre social pouvait à jamais se briser !...

Aujourd’hui, dans notre belle patrie, les mauvaises passions se trouvent énergiquement comprimées ; sont-elles détruites ? Nous voudrions pouvoir le penser.

Notre intention n’est point assurément d’alarmer les populations et de jeter dans les esprits des craintes exagérées que nous ne partagerions pas ; mais si d’un côté la pusillanimité fut toujours une mauvaise conseillère, l’imprévoyance ne serait pas un guide beaucoup plus sûr. Dans tout état de choses, il faut accepter une position avec résolution et courage. Sans jamais s’abuser sur les dangers qu’elle peut offrir, on doit en bien préciser la cause, afin d’en mieux trouver le véritable remède.

La répression, voilà lé premier moyen : où serions-nous actuellement si elle n’avait pas été ferme, intelligente et prompte ?...

Mais cette répression enchaîne les mauvaises passions sans les anéantir ; elle empêche momentanément le développement du mal, sans en détruire le principe.

Qu’elle vienne à perdre de sa puissante énergie, bientôt ces mauvaises passions, comme autant de serpents furieux, redressent leurs têtes menaçantes, font entendre d’horribles sifflements et promènent partout leurs sinistres profanations !...

Depuis 89, qu’avons-nous en effet observé, si ce n’est cette effrayante et continuelle alternative de l’émeute, qui se forme sourdement, grandit, se manifeste, éclate et dépasse la résistance du pouvoir ? De celui-ci, qui reprend ses imprescriptibles droits, remonte son indispensable et salutaire vigueur, domine, terrasse l’émeute et la tient en respect sous une continuelle pression ? De cette émeute, qui, semblable au ressort courbé sous l’action d’une puissance, reprend ses avantages dès que cette puissance, par lassitude ou par une sécurité dangereuse, que le temps et le calme apparent amènent toujours, s’est relâchée de cette indispensable et continuelle action répressive ? Et, ce qui nous paraît plus fâcheux encore, suivant le progrès des mauvaises passions qui la soulèvent incessamment, l’émeute, à chacun de ces nouveaux développements, gagne du terrain et devient de plus en plus dangereuse pour les véritables intérêts de la société. Cette fois, en effet, elle ne se borne plus à jeter l’effroi dans les populations, à dévaster les propriétés, à rougir le sol du pays par le sang des plus nobles victimes ; elle frappé l’édifice social dans ses fondements, le voit croûler en poussant un cri sauvage et sacrilége ; et, pour combler toute mesure, elle vient en souiller les débris par les orgies et les profanations de ses dégoûtantes saturnales !...

N’est-ce pas l’effrayant tableau que nous venons d’avoir sous les yeux ?... Voilà des faits qui semblent appartenir au chaos de la fable : et cependant c’est de l’histoire contemporaine !...

Ce dernier effort est heureusement dompté par un effort plus puissant encore ; et, cette fois du moins, on comprend la nécessité de rechercher la cause, d’appliquer le remède pour combattre cette fièvre incessante et destructive ; on ne se borne plus à maintenir par le gilet de force un maniaque en délire, on veut en même temps le guérir de sa folie : cette fois, l’action moralisatrice vient en aidé à la répression.

Telle doit être eh effet la seule voie qui peut actuellement conduire à des résultats conservateurs et fructueux, pour le système social comme pour le système pénitentiaire.

Dans la recherche des moyens capables de rendre à la société cette probité fondamentale, cette raison positive et sage, vertu simple et vraie qui seules peuvent en constituer la base invariable, ne perdons jamais de vue les grands exemples donnés à l’avenir dés peuples actuels, par le passé de la Grèce et de Rome : n’oublions pas que dans les excès de la civilisation, dans l’existence factice et rêveuse qu’ils substituent à l’existence naturelle et positive, se trouvera toujours la cause fatale et nécessaire de la décadence des empires les plus florissants.

Chacun reconnaît aujourd’hui ce principe ; chacun fait et commente ces utiles et sérieuses réflexions ; chacun signale ce pressant danger ; mais, à l’exemple de cet insouciant Napolitain que l’indifférence et l’habitude rassurent, chacun suit la : voie des illusions, et chaque soir vient imprudemment s’endormir au pied du volcan !...

Pendant qu’il en est temps encore, abandonnons le sentier des prestiges et des utopies, rentrons dans celui des faits et de l’expérience raisonnée : si Rome eût accepté ce conseil, Rome serait encore la première des nations !...

Est-il nécessaire de prouver que chez nous, aujourd’hui, presque tous les principes de l’éducation, de la famille, de la société, etc., sont faussés dans leur nature et dans leurs applications ; que nos habitudes, nos usages, nos mœurs, notre existence de chaque jour, s’éloignent progressivement, et par Une fâcheuse divergence, de cette direction simple, naturelle, sage et raisonnable qui seule conduit au calme, à la sécurité, au bonheur ; que tout est mis en question avec la précipitation et le vertige de l’impatience là plus irréfléchie ; au lieu de chercher le véritable progrès dans les lumières d’une discussion prudente et mesurée ; que tout principe d’autorité, d’élévation, de supériorité, paraît méconnu, se trouve même souvent déconsidéré, foulé aux pieds, parce qu’il est devenu gênant pour ce turbulent esprit de licence que l’on voudrait introniser en le dissimulant sous les nobles traits du génie calme et puissant d’une véritable et sage liberté ; est-il nécessaire, enfin, d’établir par la démonstration, que le grand ressort des lois lui-même vient d’être courbé si violemment, avec tant d’imprudence, qu’il aurait pu se briser ?...

Toutes ces choses, nous le pensons, ne seront plus regardées comme les simples et vaines appréhensions d’une philosophie méticuleuse et craintive ; elles sont aujourd’hui des vérités incontestables ; pour la plupart, même, elles sont des faits accomplis.

Dans ces graves conjonctures, le pouvoir a bien compris qu’il fallait non-seulement réprimer et punir, mais encore moraliser.

Le second moyen peut seul en effet diminuer les pénibles exigences du premier, dont l’action salutaire s’affaiblit d’ailleurs avec le temps et l’habitude, alors que le germe des mauvaises passions, s’il n’est étouffé dès sa naissance, ne fait que grandir et se multiplier.

Deux importants et précieux résultats doivent donc s’obtenir en même temps, si l’on veut donner à notre corps social des conditions de solide existence pour le présent, de véritable durée pour l’avenir : 1° prévenir le développement de ces funestes altérations dans ceux de ses membres qui ne les présentent point encore ; 2° guérir ces altérations dans ceux qui s’en trouvent plus ou moins profondément affectés.

Le premier de ces résultats est l’objet du système social ; le second, celui du système pénitentiaire, qui dès lors ne doivent pas être plus séparés que l’hygiène et la médecine, puisqu’ils sont les deux divisions logiques d’un même ensemble.

Un pareil sujet semble d’abord effrayant par son immensité. Celui qui prétend en aborder suffisamment toutes les difficultés, paraît un nautonnier téméraire qui lance imprudemment son faible esquif dans les eaux périlleuses d’un océan sans rivages !...

Assurément il en serait ainsi pour celui qui s’abandonnerait aux illusions des théories au lieu de s’attacher à la réalité des faits ; qui s’oublierait assez pour attaquer les brûlantes questions de la politique dans un sujet qui ne doit pas les comporter ; qui voudrait suivre et réfuter, dans toutes leurs aberrations, les rêveries et les excentricités dont un assez grand nombre d’esprits hallucinés ont si mal à propos encombré le domaine de la science sociale ; et qui ne le rendrait pas à ses conditions de simplicité sage et naturelle, en le débarrassant entièrement de ce fatras d’importations extravagantes, sans perdre un temps précieux et sans prendre une peine bien inutile à dresser leur déplorable et minutieux inventaire.

Mais pour celui qui se place au point de vue réel et positif des lieux, des hommes et des choses, qui n’admet comme principes et comme lois que les inductions rigoureuses des faits et de l’expérience raisonnée, qui ne s’arrête qu’aux applications essentiellement utiles et pratiques, les systèmes social et pénitentiaire se dessinent avec les proportions d’un vaste sujet, sans doute, mais dont il est possible de rapprocher les limites par l’analyse, et d’éclairer tous les détails par le flambeau de l’observation.

S’il nous était permis, pour nous mieux faire comprendre, d’établir une comparaison vraie dans toutes ses parties, nous dirions :

Le corps social, de même que celui de l’homme, a son organisation, son économie, son état sanitaire, ses altérations et ses maladies ; par une conséquence nécessaire, il offre son hygiène et sa thérapeutique : le système social nous présente la première ; le système pénitentiaire, la seconde.

Pour le système social, nous prenons l’homme à son entrée dans la vie, depuis son dépôt dans le tour de l’hospice ou dans le berceau de l’opulence ; nous le suivons dans toutes les phases de sa carrière, à la chaumière du pauvre comme au palais des rois ; nous étudions son éducation privée, publique, depuis les crèches et les salles d’asile jusqu’aux écoles du plus haut enseignement ; ses professions, depuis l’atelier du plus humble artisan jusqu’au somptueux cabinet des premiers emplois ; nous établissons les principaux types de l’homme social, leurs caractères essentiels et fondamentaux ; enfin, nous complétons cette étude par celle des lois organiques, des mœurs, des usages de la famille et de la société ; dans toutes ces conditions, nous constatons ce qui est ; nous disons franchement et consciencieusement ce qui devrait être.

Précisant ensuite les conséquences nécessaires qui se déduisent naturellement de cette comparaison, nous arrivons non-seulement à faire apprécier, d’après les faits et l’expérience, les causes premières des vices, des perturbations et des crimes qui, chaque jour, tiennent compromettre l’ordre, menacer ou même attaquer sérieusement les intérêts de la société, mais surtout à signaler positivement les moyens simples et faciles de prévenir ces crimes, ces perturbations et ces vices.

Lorsque nous effectuerons la publication de cette première partie de notre œuvre, nous en ferons du reste connaître plus complétement encore les caractères essentiels et le plan d’exécution.

Pour le système pénitentiaire, nous prenons l’homme victime de ses instincts, de ses passions, de ses erreurs ; des mauvais enseignements qu’il a reçus ; des funestes exemples qu’il a recherchés ou qu’il a trouvés sous ses yeux ; des pernicieux conseils dont il n’a pas eu l’intelligence, la raison où le courage de se défendre ; faisant le premier pas dans la fatale carrière des vices, des crimes, des plus épouvantables forfaits ; nous le suivons dans toutes les phases des punitions qui répondent légalement à ces vices, à ces crimes, à ces forfaits : l’arrestation, la prison préventive, la maison de correction, la prison ordinaire, la maison de réclusion, le bagne, la prison cellulaire, la déportation simple, aux travaux forcés, etc.

Nous cherchons à bien établir, dans toutes ces conditions de la pénalité, les dispositions les plus favorables pour obtenir et concilier : 1° l’action pénale ; 2° l’influence moralisatrice ; 3° la garantie sociale et la protection du libéré ; 4° la facilité d’exécution et l’économie pour le budget de l’État.

Nous abandonnons le coupable au pied de l’échafaud, sans vouloir formuler actuellement aucune opinion sur cette peine dont l’opportunité, la valeur et la moralité ont été si diversement controversées. Nous examinerons peut-être ultérieurement cette grave et difficile question, étrangère à notre sujet, puisqu’ici tout se termine avec l’action pénale ; puisque le criminel est enlevé à tous les moyens d’amendement et de moralisation pour le temps ; et qu’il ne lui reste, pour l’éternité, que les derniers enseignements d’une religion dont la mission angélique est de consoler, d’absoudre ; et le refuge suprême d’un Dieu qui compatit et qui pardonne au repentir !...

En suivant cette marche naturelle, nous avons pour nous l’opinion des hommes les plus compétents et les plus expérimentés. Ainsi, dans son remarquable ouvrage sur la réforme des prisons, et par les travaux de toute sa vie, le respectable et savant M. Ch. Lucas a démontré que, pour être complet et logique, le système pénitentiaire devait en effet embrasser toutes les applications légales, depuis l’arrestation jusqu’à la peine de mort.

Pour le moment, nous étudions ce grand problème au point de vue de ses trois parties principales et plus spécialement à l’ordre du jour : le bagne, la prison cellulaire, la déportation.

A l’instant où le bagne est menacé d’une suppression bien regrettable, et même bien dangereuse, nous avons pensé qu’en publiant, de ce travail, tout ce qui appartient aux trois grandes applications de la pénalité entre lesquelles il faudra choisir, la question serait plus précise, mieux saisie, qu’elle offrirait le mérite incontestable d’une véritable actualité. C’est d’après cette impérieuse considération que nous faisons paraître d’abord la seconde partie du système pénitentiaire ; la première ne tardera pas à le compléter.

Au point d’insuffisance, disons toute notre pensée, d’immoralité, de dégradation où l’on a fait tomber l’institution du bagne, nous comprenons qu’il devait s’élever contre cette épouvantable école des forfaits un cri général de réprobation et d’anathème.

Ce cri s’est fait entendre, il a trouvé d’assez nombreux échos ; et, comme toutes les choses qui se disent et se répètent longtemps sans une contestation sérieuse, il a pris assez naturellement la valeur d’une réclamation nationale juste et surtout parfaitement fondée.

Le pouvoir a dû nécessairement s’en préoccuper, et, surtout dans les périlleuses conjonctures qui sont venues si tristement coïncider avec cette réclamation, chercher immédiatement un puissant moyen d’y faire droit.

En. conséquence, la suppression des bagnes ne s’est pas fait attendre ; et c’est à la déportation aux travaux forcés, immédiatement conduite en voie d’expérimentation, que l’on a confié le soin de les remplacer.

Jusqu’ici tout semble rationnel et parfaitement logique.

Si l’on n’avait que des opinions personnelles ou de vaines allégations à mettre en opposition avec ces idées, ces déterminations et ces actes, assurément, il faut en convenir, ces opinions et ces allégations sembleraient aux hommes de sens bien futiles et bien inconsidérées.

Mais si, par les travaux et par les opinions des praticiens les plus sérieux, les plus expérimentés dans la spécialité ; des jurisconsultes, des législateurs, des magistrats, des économistes les plus graves et les plus habiles ; si, par une masse de faits incontestables, par un nombre suffisant d’observations, d’expériences raisonnées et toutes relatives au sujet, nous parvenons à démontrer :

Que l’institution du bagne, essentiellement bonne par le fond, est devenue mauvaise parce que l’on a faussé sa forme, ses applications, avec ou sans intention de la ruiner entièrement ; qu’elle peut aisément, et sans frais, être constituée de manière à répondre complétement à toutes les indications d’un bon système pénitentiaire au point de vue de l’action pénale, de la moralisation, de la garantie sociale, de la protection du libéré contre les dangers de la récidive, etc. ;

Que la prison cellulaire ne peut entrer dans le problème de la pénalité qu’a titre de moyen de répression ;

Que la déportation aux travaux forcés, en laissant de côté ses difficultés, pour ne pas dire son impossibilité d’établissement à titre de colonie pénale, est incapable de remplir avantageusement aucune de ces conditions du système pénitentiaire, et qu’elle ne peut être utilisée dans ce dernier qu’à titre de refuge pour les libérés, qui seuls, après une véritable réhabilitation, seront en mesure de la fonder, en lui donnant des chances de succès et d’avenir :

Alors ces considérations offriront des vérités qu’il ne sera plus possible de méconnaître, et qu’il deviendrait même fâcheux de repousser : les axiomes basés sur les faits et l’expérience raisonnée, devant nécessairement, dans un temps donné, vaincre tous les obstacles et s’établir utilement à l’état de lois d’application.

Les propositions fondamentales du système pénitentiaire que nous allons développer, ont été si consciencieusement établies sur ces incontestables bases, que nous avons l’espérance de les voir bien comprises, mais surtout franchement acceptées.

I

DISPOSITIONS

Le seul moyen de retirer quelques fruits d’un voyage, d’en racheter les fatigues, et surtout d’en charmer les inévitables ennuis, consiste à noter avec soin les sujets d’observation que l’on rencontre sur son passage, pour les retracer à ses amis, sans toutefois abuser de leur intérêt et de leur indulgence par le fond ou par la forme du récit.

Il faut donc naturellement éviter ici deux écueils dangereux, qui se trouvent toujours sur la route à parcourir : l’enthousiasme de la nouveauté, la prévention pour les hommes et pour les choses qui ne rentrent pas dans la sphère habituelle de nos relations ordinaires et de nos goûts.

En procédant avec cette prudente et consciencieuse réserve, le voyageur découvre un grand nombre de faits curieux, pouvant conduire à des réflexions utiles, et se voit bientôt en mesure de concourir à la connaissance plus complète et plus positive des pays qu’il a sérieusement étudiés.

Nous n’avons pas assurément la vaine prétention de publier une histoire entière de la Bretagne, mais l’espérance d’intéresser nos lecteurs à plusieurs particularités remarquables de ce pays exceptionnel, qui nous paraît si loin, même aujourd’hui, d’avoir été suffisamment exploré.

Nous parlerons avec détails du littoral, partie essentielle de cette province et que nous avons visité dans toute sa circonférence.

Pour mieux initier nos lecteurs aux impressions de ce voyage, nous indiquerons notre itinéraire en marquant les points principaux de son parcours : Angers, Nantes, la Roche-Bernard, Vannes, Auray, Plouharnel, Carnac, Quiberon, Sainte-Anne, la Chartreuse, le Champ des Martyrs, Lorient, Quimper, Brest, Saint-Brieuc, Dinan, Saint-Malo, Rennes, Laval, etc.

Nous terminerons, sous forme de corollaires, par des considérations générales embrassant un précis historique de la Bretagne, son état actuel, le caractère et les mœurs de ses habitants.

Au nombre des études que nous avons faites pendant ce voyage, celle du bagne de Brest a plus particulièrement fixé notre attention.

Depuis longtemps nous avions compris la nécessité d’une réforme sérieuse dans le régime des applications pénales ; mais en présence de ces nombreux condamnés, de leur genre de vie, de leurs travaux, de leurs habitudes et de leurs instincts, le désir d’approfondir un sujet aussi palpitant d’intérêt et d’actualité s’est emparé de notre esprit.

En mesure de puiser à la source même toutes les notions pratiques dont nous avions besoin pour compléter nos connaissances et fixer nos opinions, nous avons entrepris cette étude positive des chiourmes, aujourd’hui menacées d’un abandon complet, et nous avons été conduit par degrés à l’établissement d’un système pénitentiaire envisagé surtout au point de vue des trois grandes applications de la pénalité : le bagne, la prison cellulaire, la déportation.

Il nous semble urgent de prévenir la regrettable suppression dont on frappe les bagnes, avant d’avoir suffisamment apprécié les avantages que pourrait offrir cette institution mieux comprise, surtout lorsque la prison cellulaire et la déportation, comme nous espérons le démontrer, ne pourront jamais la remplacer avec succès.

Pour conserver à notre œuvre son principal mérite, celui de l’opportunité, nous publions actuellement la réforme pénitentiaire et l’histoire des trois grandes applications pénales que nous venons de signaler ; nous compléterons immédiatement cette œuvre, qui formera deux parties sous le titre de Système social et pénitentiaire : Première partie, Système social ; deuxième partie, Système pénitentiaire, dans lequel nous embrasserons alors toute la réforme des prisons.

Les considérations de notre voyage se trouvant ainsi dominées par celles d’un sujet de cette importance, nous donnons à ce travail le titre de Système pénitentiaire : le bagne, la prison cellulaire, la déportation, compris dans le récit d’un voyage en Bretagne, pour faire bien comprendre en même temps son objet essentiel et les circonstances principales sous l’inspiration desquelles nous rayons entrepris.

II

DÉPART DU MANS. SABLÉ, ANGERS. NANTES

Notre départ n’ayant présenté qu’un petit incident, et ces trois villes n’offrant pas des considérations assez nombreuses pour les étudier isolément, nous les comprenons dans le même chapitre.

DÉPART DU MANS

Pour éviter les fatigues d’une nuit en diligence, et surtout pour voir le pays à parcourir, nous partîmes du Mans le mardi 3 août 1852, à neuf heures du matin, par une voiture des messageries nationales.

Un premier désappointement nous attendait à ce départ.

En nous faisant apprécier les avantages de voyager en jour, par cette locomotive, on s’était bien discrètement abstenu de nous en indiquer l’itinéraire.

Nous ne fûmes donc pas médiocrement surpris en nous voyant entraîne sur la route de Laval, après avoir pris notre place pour Angers.

Nous voulûmes faire arrêter le postillon ; mais comprenant trop bien, sans doute, le motif de notre juste réclamation, et mieux encore l’impossibilité d’y faire droit, il resta complé- tement sourd, cherchant à nous faire oublier, par la rapidité de sa marche, l’augmentation si notable de trajet qu’on nous imposait.

Rappelant alors ce vieil adage à notre pensée : « Tout chemin conduit à Rome, » nous eûmes l’espérance qu’il en serait de même pour Angers ; et, dans cette persuasion, nous prîmes notre parti d’assez bonne grâce.

Après un parcours de trente kilomètres au moins, dans cette direction, qui coupait sous un angle de quatre-vingt-dix degrés celle que nous eussions dû suivre, nous arrivâmes à l’hôtellerie nommée la Lune, avec toute l’apparence d’un voyageur marchant plutôt vers cette planète, que vers Angers.

Un autre véhicule, venant d’Alençon, nous attendait sur la route.

Enfin, comblé par les agréments inséparables d’un changement de voiture, nous tournâmes à gauche sous un angle parfaitement droit, et suivîmes dès lors une ligne plus favorable au but que nous désirions atteindre.

Si du moins nous eussions été quelque peu dédommagé des ennuis d’une marche aussi bizarre, des retards occasionnés par les buttes à pic, des dangers auxquels nous exposaient les descentes les plus rapides, en rencontrant dans le trajet des objets très-curieux à visiter ? Mais nous ne trouvâmes pour toute compensation, que la fatigue de traverser successivement Brûlon, Poillé, villages sans importance.

SABLÉ

Petite ville dé la Sarthe, de quatre à cinq mille habitants, remarquable par son beau château, son pont en marbre, son voisinage de cette magnifique abbaye de Solesme où l’on admire ces groupes si merveilleusement sculptés, attribués, par les uns, à Germain Pilon ; par les autres, à des artistes italiens ; ses riches carrières de marbre ; enfin, pour avoir été la patrie de ce malheureux Urbain Grandier, né près cette ville, à Rovère, et brûlé vif comme sorcier, le 16 août 1634, à Loudun, dont il avait été curé !....

Au delà de Sablé, nous rencontrâmes un immense concours des carrioles, pataches, coucous, palanquins, chars à bancs et cabriolets de tout le pays : il y avait fête au village, distribution des prix dans le vaste et beau collège de Précigné, bourg de la Sarthe que nous traversâmes, ainsi que plusieurs autres de Maine-et-Loire, sans y rien trouver de remarquable.

ANGERS

Cette grande cité, chef-lieu du département de Maine-et-Loire, prend chaque jour un si fâcheux accroissement, que sa population de quarante mille habitants ne suffit déjà plus à la circonscription de son enceinte, et que ce défaut de proportion nuira bientôt sensiblement aux avantages d’une agglomération mieux comprise et plus convenablement harmonisée dans son ensemble.

Rajeunie par ses riches et nombreuses constructions modernes, cette ville n’offre plus aujourd’hui, du moins extérieurement, cet aspect triste et sombre qu’elle présentait autrefois.

Mais en pénétrant dans sa partie centrale, en en parcourant les rues étroites et tortueuses, l’archéologue rencontre encore un grand nombre d’églises et de maisons antiques bien dignes de son attention.

Cette ancienne capitale de l’Anjou renferme beaucoup d’objets curieux, parmi lesquels nous citerons spécialement la cathédrale de Saint-Maurice, du XIIe et du XIIIe siècle, le vieux château, la préfecture, l’hôtel-dieu, les musées ; celui de sculpture surtout, qui, par les soins et les ouvrages de David, présentera bientôt une importance, une valeur qui suffiraient seules pour donner à la ville d’Angers une véritable célébrité.

Nous avons. été frappé de la beauté des boulevards et de l’étendue considérable d’une construction qui s’élève à l’une des extrémités de la cité pour y former un vaste hôpital.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin