Vue d'aigle sur la diplomatie sénégalaise de 1960 à nos jours

De
Depuis des années, l'intelligencia africaine s'émeut du silence des hommes et des femmes qui ont contribué, de par leurs fonctions, à l'histoire du Continent. Faute de livres écrits par les précurseurs, la jeunesse de nos pays est déboussolée. En écrivant Vue d'Aigle sur la diplomatie sénégalaise, l'Ambassadeur Falilou Kane répond, avec clarté, au désarroi des dirigeants de demain, aux cris des formateurs, à l'appel des amis de l'Afrique qui veulent en savoir plus. De prime abord, le diplomate avéré a écrit des Mémoires. Mais c'est plutôt un Miroir.
De 1960 à nos jours, le témoin incontournable plonge le lecteur dans les dédales des relations internationales. Secrétaire général de l'OCAM, Monsieur Kane a côtoyé tous les Chefs d'État francophones dont il relate les qualités humaines et leur amour pour l'Afrique. Ayant participé plusieurs fois aux Sommets de l'OUA, aux Sessions de l'ONU, et aux réunions des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) dans leurs relations avec l'Union européenne, l'auteur a rencontré, en plus des leaders, des hommes remarquables.
Vue d'Aigle sur la diplomatie sénégalaise, est un texte d'initiation, un livre de chevet indispensable à tout candidat ou acteur de la diplomatie et à tous ceux, nombreux, qui s'intéressent aux relations internationales.
Publié le : mardi 30 juin 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782917591895
Nombre de pages : 276
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Extrait
Il me paraît important de parler de ma famille. Mille neuf cent trente quatre, c'est l'année de ma naissance. D'après ma mère c'est lorsque fut proclamée la victoire de Ngalandou Diouf sur Blaise Diagne, le premier député noir du Sénégal. À l'époque on ne parlait pas d'alternance, mais cela en était une, et une de pacifique. Il est vrai que le vote pour élire le Député à envoyer à la Chambre des Députés à Paris était limité aux citoyens des quatre communes : Dakar, gorée, Saint-Louis et rufisque. À Joal ne pouvaient participer aux élections, à l'époque, que les fonctionnaires ou citoyens originaires de ces quatre villes. Le reste des sujets français qui ne pouvaient pas voter à l'époque était appelé des indigènes. Le système va durer jusqu'après la Seconde Guerre Mondiale 1939-1945.

Mon père, combattant de la Première Guerre 1914-1918 était un mélange de traditionnel et de moderne à l'époque. Ses enfants, garçons comme filles, devaient aller à l'école coranique d'abord, en fréquentant concomitamment l'école française à l'âge requis pour y entrer. Il était très marqué par son incorporation dans l'Armée et ce qu'il a vu à l'étranger, en France et en Turquie.

Venu à Joal rejoindre son oncle maternel Moussa Sall, de son Khely natal, il ne devait plus y retourner, sauf pour une visite un an avant sa mort en 1951, alors que j'étais en 5e secondaire au Collège Blanchot de Saint-Louis. Il était tailleur, mais cultivateur pendant l'hivernage. Et nous tous et toutes à ses côtés. Il faisait partie du contingent de soldats fournis par Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur du Mouridisme. C'était, m'a-t-on précisé, en 1917.

Blaise Diagne, à l'époque député, premier noir à ces fonctions, avait été nommé sous-secrétaire d'état aux colonies pour aider à la mobilisation des soldats des colonies. Ainsi il se rendit auprès de Cheikh Bamba qu'il a connu au gabon où ce dernier était exilé, alors qu'il était douanier en affectation dans ce territoire.

Le vénéré Cheikh ayant chargé son fidèle disciple Cheikh Ibrahima Fall de l'opération, celui-ci commença dans sa propre maison en donnant l'aîné de ses fils Falilou, et deux de ses frères, Bassirou et Abdoulaye Ndar (parce que né à Saint-Louis, comme Falilou). On raconte qu'avant le départ du contingent, Serigne Touba fit des prières pour eux pour qu'ils reViennent tous sains et saufs. Tous rassemblés à Diourbel avant leur départ, le Cheikh fera le tour du cercle, chapelet à la main. Et Dieu exauça ses prières. Car, malgré les traversées de l'Océan Atlantique pour rejoindre la France, et pour certains la Méditerranée pour aller combattre en Turquie, malgré les hivers dans les tranchées et cruautés de cette guerre, ils revinrent tous, sauf Falilou Fall qui, bénéficiant d'une permission, avait pu seul rejoindre Diourbel. Et quand il devait à l'issue de sa permission retourner sur le front, son père Cheikh Ibra qui savait qu'il allait y rester, dit à ses frères de bien regarder Falilou « pour la dernière fois ». Tombé sur le champ de bataille en France, c'est Moustapha mon père qui a pris le commandement de la Section de Serigne Falilou. C'est en souvenir de ce compagnonnage que mon père me donna, à ma naissance, le prénom de Falilou.


Mon père est sorti de cette guerre avec une balle logée sur son côté gauche, que nous palpions étant tout jeunes, pour nous amuser. Miracle, ou suite aux prières de Cheikh Ahmadou Bamba. En tout cas, il a été l'illustration de ce que les soldats allemands disaient des Tirailleurs sénégalais : on tirait sur eux et ils continuaient d'avancer.» Toul »ou « Batin »Dieu seul sait.

Ma mère elle, est née du côté de Louga, au village de Niomré (dans le département de Louga). Ayant perdu sa mère très tôt, elle a été élevée à Saint-Louis par Sokhna Rokhaya Fall, la fille aînée de Cheikh Ibra Fall, en même temps que Sokhna Awa Gueye, Khady Waly Bâ (mère de Ndèye Fall l'épouse du Président Momar Sourang, ancien Président de la Chambre de Commerce de Saint-Louis et du groupement des opérateurs économiques du Sénégal). répétition de l'histoire, ce même Momar Sourang était mon second correspondant à Blanchot, après le décès du premier, El Hadj Abdoulaye Dramé.

C'est à Joal, après un premier mariage où elle a eu deux filles, Fama et Soda Niang, qu'elle a rencontré mon père. Elle y vivait chez son frère de même mère, Yatma Gueye. Elle s'adonnait à la teinture des tissus pour hommes ou femmes. De son séjour saint-louisien, il lui est resté un raffinement exquis et une cuisine inimitable que lui enviaient ses co- épouses. Nous étions tous pressés que son « ndieul »(tour de cuisiner) arriva pour nous délecter de ses plats.

C'est surtout elle, bien que n'ayant jamais fréquenté l'école, qui me retenait à la maison pour apprendre mes leçons et faire mes devoirs. Elle était troisième épouse de mon père. Après Maguette Sall, Bineta Mané. Et elle venait avant Masseye Diaw. je n'ai pas connu les deux autres épouses, Maguette Touré mère de notre frère aîné Massata et une autre, Aïssatou Ndaw d'avec qui le père avait divorcé. Seule Yaye Bineta m'a laissé des bons souvenirs : générosité, gentillesse et travail. Elle n'a jamais fait de distinction entre les enfants du père. Si j'ai un regret c'est de n'avoir pu l'amener faire le pèlerinage à la Mecque avant sa mort, même si j'ai pu me rattraper car sa fille aînée Aby a pu, elle, accomplir le voyage aux lieux saints de l'Islam.

Vivre dans une grande famille comme celle où j'ai vécu jeune n'est pas chose aisée. Surtout à l'époque du rationnement de la Seconde guerre (1939-1945). Comme partout dans pareil cas, il y a des affinités entre les enfants. Mon compagnon était Bassirou car je n'avais que 6 mois de plus que lui. Nous sommes allés à l'école le même jour et étions dans la même classe du cours préparatoire au cours moyen.

Mame, parmi les sœurs était mon amie. Très tôt, étant plus âgée que moi, elle m'a montré une avenance et une gentillesse que je ne trouvais pas auprès de mes sœurs de même mère. C'est, je crois, la raison qui m'a poussé à l'amener à la Mecque très tôt, lorsque j'ai pu le faire. Les jeunes sont souvent marqués par les grandes personnes qui font attention à eux. Qui les écoutent, qui les conseillent. Et cela commence par la famille même.


Le papa a tout fait, malgré ses moyens limités, afin de nous inculquer le sens de la famille, le goût du travail, la solidarité, et les devoirs de la religion. Le fait de manger ensemble tout le temps était quelque chose de très éducateur. Cela tue la gourmandise et l'égoïsme de l'enfant. Il y a aussi une dose de discipline car si on est en retard, adieu déjeuner ou dîner. Donc, on faisait attention à l'heure des repas.

Quelque chose m'a sidéré chez mon Père. Il accueillait à la maison tous les étrangers qui arrivaient à Joal pour la première fois. Il est vrai qu'après le vieux Moustapha Touré (grand père de Moussa Touré, ancien Ministre et Président de l'UEMOA), il était devenu le Chef du Quartier de Tilène à Joal.
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