World Wild Women

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Le Net sera féminin ou ne sera pas! Qui sont les femmes sur le réseau? Que cherchent-elles? Les dérives du Net, le mauvais traitement qui leur est infligé sur le réseau, donnent une image de la femme sur Internet parfaitement déformée et sexiste. Dans une société liberticide, la pornographie à outrance donne une illusion de liberté quand les libertés plus fondamentales disparaissent. S'il y a une fracture numérique, elle se retrouve lorsque l'homme rencontre la femme sur le réseau.
Publié le : mardi 1 mai 2007
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EAN13 : 9782296169814
Nombre de pages : 196
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Marie Laure

CAUSSANEL & Yannick

CHATELAIN

WORLD

WILD WOMEN

ou le Net au féminin

L'HARMATTAN

Impacts des nouvelles technologies Collection dirigée par Roche et Chatelain
Si les nouvelles technologies ont déjà fait couler beaucoup d'encre, au delà pourtant de l'effet de mode et de la bulle financière, nous n'avons pas forcément pris la mesure des transformations profondes comme de la redistribution des cartes qu'elles imposent et sont en train d'accomplir. Dans cette perspective, la collection «Impacts des Nouvelles Technologies» tend à rendre compte du défi qui consiste aujourd'hui à mieux anticiper et mesurer les effets de ces nouveaux outils pour la communication, la gestion de l'information, l'économie, la politique, la culture, les comportements, les civilisations, le social, l'environnement, l'éducation, la performance, l'entreprise... et, par l'ouverture de l'horizon des possibles, ambitionne d'être un lieu, occasion des propositions concrètes pour promouvoir et insérer les nouvelles technologies au service du développement humain.

Déjà parus
Yannick CHATELAIN, Qui veut la mort d'internet, 2006. Denis BERTHIER, Méditations sur le réel et le virtuel, 2004. Faith ANGEL, Psychopathologie de la vie quotidienne... sur le net, 2002.

AVERTISSEMENT

« Appeler les femmes "le sexe faible" est une diffamation; c'est l'injustice de l'homme envers la femme. Si la nonviolence est la loi de ['humanité, l'avenir appartient aux femmes. » Gandhi - Note au lecteur Pas de malaise! «.exe» veut tout simplement dire en langage informatique qu'il s'agit là d'un programme d'exécution d'un logiciel. Car vous savez bien que la femme... c'est tout un programme! Si vous cliquez ici, vous lancerez « femme.exe », c'est-à-dire la femme dans toute son ampleur sur internet. Ce livre est une réalisation de ce programme déployé, conçu dans ce «naturel» du NET avec cette spontanéité particulière, qui retranscrit aussi bien l'horreur que le lyrisme dans sa crudité, sa symbolique et son imaginaire. Quelle est donc la femme sur internet? Celle que l'on trouve dans le cybersexe ou celle que l'on va rencontrer via internet? Entre l'image de la femme, essentiellement faite par des hommes pour des hommes, et ce que la femme dit... entre le cybersexe et la rencontre, il y a toute la culture internet. En tant que femme psychanalyste, certes je n'ai pas fait de statistiques, mais le plus souvent disons, dès que j'énonce que je suis psychanalyste, j'entends en retour: «Ah ! alors il va falloir que je fasse attention à ce que je dis ». Bingo. Exactement. Le danger éprouvé là provient directement du fait que le psychanalyste, le professionnel, est censé entendre ce qui échappe. Dans cette configuration celui qui a une connaissance de ce qui échappe a le pouvoir. Voilà où nous hissons « le statut de psychanalyste ». Applicable à tous. Car

il me semble bien qu'un psychanalyste qui rencontre un autre psychanalyste peut tout à fait se dire: « Ah !, il va falloir que je fasse attention à ce que je dis ». La seule différence c'est qu'il ne le dira pas spontanément et fraîchement à haute voix parce qu'il fera attention à ce qu'il dit! Ainsi le psychanalyste prendra la couleur de « il sait» et en plus « il maîtrise ». Quel maître! Dites-moi, et si c'est une femme, psychanalyste? On supposerait alors: Quelle maîtresse !? Ahahah... voilà où j'en suis, où en est la femme, psychanalyste. Elle doit se débrouiller de ce statut supposé de «maîtresse », vous y noterez l'éventualité du caractère quasi sexuel du sousentendu. Oui, oui, vous avez bien entendu. Franchement, si nous laissons tomber quelques petites choses, vous croyez que le psychanalyste serait sans sexe? L'« assexuation » voudrait comme pour garantir au psychanalyste sa « neutralité », le sans-sexe en quelque sorte. Je dirais même que lorsque ça déborde de la psychanalyse, l'assexuation est ce qui fonderait la position de l'objectivité. Je dirais même plus qu'à oublier que l'on a un sexe, ça permet de mieux oublier que l'on a un « Je ». « Je» quoi de plus singulier... mais surtout quoi de plus commun, tout le monde dit «je» et pourtant ce n'est jamais le même... Vous croyez que c'est facile de s'y repérer vous? Yannick Chatelain m'a dit, il n'y a pas si longtemps: «Le "je" me semble s'adresser à tout le monde », c'est sûr dans le domaine de la psychanalyse, ça bouscule tout un univers, de prendre "parti", de s'impliquer, pour mieux impliquer l'autre dans sa réflexion sur lui-même... Tenez encore mieux, voici ce qu'il écrit: L'utilisation du «je» qui surprend de prime abord ne fait que rompre une bonne fois pour toutes avec ce que nous faisons quotidiennement, combien de fois accuse-t-on les gens de tous les maux, pour se protéger: « les gens sont ceci », « les gens sont cela ». C'est me semble-t-il une manière facile de prendre de la distance sur ses propres comportements. Parfois 6

cette distance est sincère, parfois cette distance vise simplement à tester l'adhésion de son interlocuteur avant d'aller plus loin et d'oser enfin le «je »... De la même manière, le sociologue peut être simple observateur ou décider de réduire la distance par rapport à l'objet étudié comme je l'ai fait dans cet ouvrage. Le lecteur et la lectrice ne doivent pas s'y tromper, le «je» qui semble personnel et qu'utilise Marie Laure de mon point de vue plonge le lecteur dans sa propre action et ses propres comportements. C'est comme un film où nous vous inviterions seulement à vous identifier. . . Le «je », dès lors que l'on se l'approprie, heurte, choque, bouscule, c'est tant mieux, c'est sa vocation. Parce qu'au travers de notre ouvrage ce ne sont pas des gens dont nous parlons, ni des avis simplement personnels, le «je» c'est « moi », c'est «vous », c'est «nous », qui évoluons sur le réseau. .. ensemble pris dans la même toile. Effectivement, si se parler à coups de concepts fonde la psychanalyse, je préfère la pratique du langage courant, de tout un chacun qui parle. Vous le comprenez j'en suis sûre, d'autant plus que la culture internet reste principalement celle de l'instantanéité. Alors si «je» plonge dans la foule virtuelle, il ne pourrait y aller que d'une manière personnelle. Plus encore qu'un parfum d'authenticité, employer «je» reste une réalité. Allons, allons... ne soyons pas si dupes que cela de ce déroulement de la parole. Au contraire même, optons pour 1'«osage », libres de parler et d'y entendre les positions que le langage nous permet. Et puisque, en l'occurrence, en ce qui me concerne, «je» est une femme, dans le fond, j'ose explorer le discours de la maîtresse qui se risque au statut de femme légitime. Marie laure Caussanel Yannick Chatelain, le 8 janvier 2007. 7

- Être une femme sur le NET
« Je suis », sont toujours les deux premiers mots, ils courent sur le réseau, déferlement d'ego, de moi, de «je », comme le besoin de simplement exister ou de surexister. Je suis une femme dans une société de consommation. Que dis-je, de sur-consommation. Et toujours plus de «je ». Toujours plus de jeux. « Je suis» une vie qui veut des vies! Une sur-vie? « Je suis »... directrice marketing, webcameuse professionnelle, écrivain, «je suis »... femme au foyer, je suis secrétaire, je suis enseignante, je suis cadre en entreprise. «Je suis» ce que je ne suis pas dans la vie réelle. «Je suis» ... merde... « Je suis» ce que je veux, quand je le veux et où je le veux. Après tout quel est le problème? «Je suis» ! un ange comme je suis la pire des putains si c'est moi qui l'affirme. Je suis toute-puissante, donnez-moi seulement un clavier et une connexion réseau! «Je suis» sur le réseau, je tisse une toile dont les hommes sont clairement la cible, parfois même les femmes, cela dépend de mon humeur... très expérimentale. «Je suis» tellement moins nombreuse que vous les hommes que mon choix n'en est que plus drastique. Vous êtes en surnombre, vous débordez, encore pour quelques années. Mais cela est paradoxalement votre plus grande faiblesse, parce que «Je suis» et je choisis selon mon bon vouloir. Je classifie, je sélectionne, je trie, je jette, j'abandonne, je reprends, je joue, et surtout je ne perds jamais. Autant dire que j'ai le choix de vos défaites. Vous, les hommes, nos autres! Vous n'avez pas changé et nous avons tellement changé; l'avez-vous seulement remarqué? Si je suis mariée? Est-ce simplement votre problème? Qu'espériez-vous comme réponse? La vérité?

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Ne venez pas chercher la vérité sur le réseau! Est-ce que vous la dites vous-mêmes? Ou plutôt si, amusons-nous. Oui, pour une fois jouons franc jeu, vous voulez de la vérité... La vérité c'est que «Je suis »... mariée, célibataire, veuve, je reprends le pouvoir, je tue «il». «Il» c'est l'autre, c'est lui avant... Avant que son regard ne se détourne ou regarde ailleurs, « il » ne me regarde plus, ne me parle plus, ou pas assez, «il» s'est absenté! C'est alors comme une place qu'« il» laisserait vacante. Je suis une femme sur le réseau, j'ai 18,20,60 ou 70 ans, je n'ai pas d'âge ou plutôt devrais-je dire que je n'ai plus d'âge. Vous êtes les proies et je suis votre chasseuse. Je suis une chasseuse de rêve, de sexe, de fantasmes et d'illusions, ou simplement une chasseuse d'écoute, d'attentions et de mensonges, « Je suis»... une chasseuse de temps vide qu'il me faut combler. J'ai besoin d'être comblée. « Je suis» ni pire ni meilleure qu'avant simplement tellement différente! Je m'appelle Laetitia, Anira, Yee. «Je suis» thaïlandaise, hollandaise, française, chinoise, anglaise, américaine... «Je suis» de partout... Je m'appelle comme bon me semble! Si cela est vrai? bien sûr que non! Je change de pseudonyme comme on changerait de peau. Pourquoi voudriez-vous connaître mon prénom? Contentezvous de mes histoires vécues! Des histoires de femmes, pas des histoires de bonnes femmes! Si j'avais envie de témoigner, oui pourquoi pas? Et si je vous disais la vérité? À vous pour le fun, mais peut-être aussi un peu pour moi pour essayer de me comprendre. Et puis certaines vous sembleront tellement proches que vous vous sentirez moins seule ou du moins comprise, d'autres si éloignées que vous vous direz: « non cela n'est pas possible », quand pourtant ça l'est.

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Entre l'improbable et le possible sur le réseau et devant mon écran d'ordinateur je me suis noyée avant vous, alors laissezvous guider! Je vous croiserai peut-être un jour, alors tout sera possible ou impossible, réel ou illusoire. .. cela dépendra de l' instant. « Je suis »... je vous le répète, mais qui suis-je? « Je suis» une jeune femme de 32 ans, de type latin, brune aux yeux noirs et vifs, sexy et frivole, je m'amuse du virtuel, je tente de l'apprivoiser, je l'apprivoise peut-être... je ne recherchais rien, ou peut-être tout? Je ne sais pas... Je ne sais plus... maintenant j'ai le meilleur des amants! Et pire, je ne me sens coupable de rien. Je suis Laetitia, je suis une belle jeune femme de 35 ans, résidente dans une ville de taille moyenne, une taille trop moyenne, «je suis» brune, ma ville est trop petite pour vous en dire beaucoup plus, je salue mes amants et mon mari qui je l'espère ne me reconnaîtra pas, je ne vous dirai pas le métier que j'exerce, cela vous ferait bondir. « Je suis» Yee, ma nationalité c'est... «250 euros» comme le montant de mon salaire de cadre, je suis chinoise et je rêve d'occident. Jour après nuit et nuit après jour, je pointe ma webcam sur mon fantasme le plus grand: «rouler en décapotable sur une autoroute et aller claquer mon argent dans vos boutiques occidentales ». «Je suis» Lilith de Hollande, j'écris des histoires érotiques sur fond de mousse au chocolat, et je recherche un éditeur appréciant ma cuisine nouvelle. « Je suis» Anira, «je suis» webcameuse professionnelle, je me déshabille pour des hommes en manque et cela me lasse terriblement, je cherche un producteur... pas un protecteur, pour sortir enfin de derrière cette webcam. « Je suis »... Une femme avec des rêves de princesse... toujours et encore un prince charmant! et je cherche

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« Je suis» donc Je veux! Ce que je veux peut se résumer en une seule phrase: je veux plus de tout ou moins de rien! « Je suis» une montée en enfer ou une descente au paradis, je suis de l'adrénaline, des kilo-octets qui coulent dans mes veines, «je suis» du temps que je sais perdu à jamais, évaporé dans le cyberespace, « je suis» de l'espoir comme de la souffrance. «Je suis» le shoot d'un drogué, j'atterris et je reprends une dose! «Je suis» des yeux rougis par des nuits sans sommeil et rivés sur cet ordinateur de bonheur, ou de malheur c'est selon. « Je suis» du bonheur à l'extrême, des plaisirs nouveaux que je croyais inatteignables, «je suis» triste comme un film muet où les acteurs essaieraient vainement de parler. « Je suis» devant mon image, cherchant d'autres images, un miroir de moi. «Je suis» l'exploratrice de nouvelles sensations, je suis d'un nouveau genre, j'utilise les logiciels de visioconférence, les webcams, le son, je suis une femme augmentée, mais vous ne pourrez pas simplement appuyer sur « play». Aujourd'hui «Je suis» complexe, mais pas compliquée, je suis peut-être votre voisine, ou pire votre épouse, et je vous entraîne dans le A... Comme Aimer, connne Addiction, comme Attention... danger. Je suis différente, tellement loin des stéréotypes machistes. Je suis sur le NET, un autre NET, pour d'autres envies, d'autres besoins, je vous invite dans mes mots, dans tous mes maux, des mots de femmes. Et si vous en doutiez, méfiez-vous, les femmes sont l'avenir d'internet ! « Je suis» aussi sur le réseau, un peu surprise parfois du peu de cas que l'on fait de moi, un peu surprise de certaines violences contre moi. Je sais qui je suis! Je ne reconnais plus les hommes. Tout le monde est-il devenu pornographe Il

jusqu'à oublier qui nous sommes? Pourquoi persister à fausser notre image? Annonceurs de tous bords, n'avez-vous qu'une vision unisexe du réseau? Promoteurs de bonheur avez-vous regardé le NET avec les yeux d'une femme un seul jour? Vous acceptez toutes les compromissions, vous allez sur des marchés qui ne sont coupables que de satisfaire votre cupidité. La cupidité n'est pas bonne conseillère. Alors, nous vous mettons en garde. Avez-vous oublié que nous sommes les consommatrices de demain! Lorsque nous disons stop, il est tellement facile de balayer ce stop d'une entourloupe sexiste qui légitimera tous les excès. Nous sommes des femmes, ni bégueules, ni coincées, ni rétrogrades, ni nécessairement féministes. Nous sommes les observatrices d'une fracture numérique qui se creuse par votre faute. Lorsque nos sociétés parlent de tolérance, à trop en parler, elle se meut en indifférence. Indifférence. Comme la négation de la différence, comme un internet amputé, unisexe, ridicule et sans avenIr. Nous savons depuis un moment changer une roue! Tout cela pour vous dire que la technologie ne nous fait pas peur! La condition de la femme sur le réseau nous intéresse, pour mieux poser nos conditions. Jusqu'à nos conditions de rencontre. Nous ne cherchons pas du porno, nous protégeons nos enfants, faut-il vous le rappeler mille fois? Alors bienvenue dans le monde qui a été construit, édifié comme une barrière numérique qui devra tomber! Une barrière contre la femme qui s'effrite déjà; souvenez-vous que la femme est l'avenir de l'internet ! Demain pour vous, il sera trop tard, Acteurs du réseau vous vous engagez contre nous, votre violence et votre mépris sont parfois sans limites. Peut-être, lorsque vous exploitez notre image, vous répétez12

vous inlassablement: «Le plus grand luxe n'est pas l'argent ou le pouvoir, ce ne sont que des moyens qui permettent de s'offrir l'innocence », peut-être en allant ici et là jouer sur le terrain pornographique vous avez vous-mêmes commencé à y croire! Quant aux hommes qui se laisseraient berner par cette représentation d'un autre âge, lorsque nous vous croisons sur le réseau, il y a quelque chose que les marchands de bonheur ne vous ont pas dit: nous ne sommes pas des filles faciles et c'est nous qui avons tous les pouvoirs. La légende, car il s'agit d'une légende, prétend que nous avons obtenu une âme; en 2006, c'est un fait... Aussi méfiez-vous de ne pas brader la vôtre sur le réseau des réseaux!

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CHAPITRE 1

Tous cybersexistes ?
1.1 Le terrorisme pornographique « On asservit les peuples plus facilement avec la pornographie que par des miradors. » Alexandre Soljenitsyne

- Essai

de définition

«Je suis» d'abord confrontée comme toute utilisatrice d'internet à une pornographie omniprésente et agressive! J'accuse les acteurs traditionnels du réseau d'être devenus des fournisseurs officiels de sexisme et des promoteurs de pornographie. Étymologiquement, le mot pornographie vient du grec "porne" qui signifie prostituée et "graphein", décrire. La pornographie peut donc se définir comme étant la description et la représentation d'actes sexuels ou de postures sexuelles pour de l'argent. Hors le côté mercantile, le Petit Robert la définit comme une «Représentation par écrits, dessins, peintures, photos ou films, de choses obscènes destinées à être communiquées au public », certes, mais selon nos lois, la pornographie n'est pas censée atteindre tous les publics, qui ne tolèrent ni le «n'importe comment », ni le « n'importe quoi» ! Lorsqu'il s'agit de parler d'Internet, il serait possible de le faire en termes aimables et convenus, confirmer que la révolution sociale est bien là, et s'ébaudir à qui mieux mieux une nouvelle fois de tous ces miracles technologiques, de ces lieux d'interactions qui mettent l'autre à portée de clic, qui nous dessinent jour après jour un monde meilleur: un monde

communicant, interactif, ludique, « libre ». Il serait facile de souscrire au discours ambiant et de vanter les mérites socialisants de ce nouveau lieu de rencontres « safe» entre la femme et l'homme et d'emboîter le pas à ces altruistes de tous bords se portant au secours de toutes les solitudes. Cette attitude éminemment positive et ronronnante ne consisteraitelle pas finalement à participer à une omerta technologique de bon ton qui contribue doucement, mais sûrement, à faire du réseau un formidable « n'importe quoi »...? Un «n'importe quoi» mensonger, parfaitement sexiste et pornographique. Avant d'aller à la rencontre des femmes sur le réseau, il nous semblait important, dans un premier temps, de bien circonscrire et décrire l'univers dans lequel ces femmes évoluaient, au même titre que les hommes... au même titre que vous... Dire l'évidence des dérives du réseau serait-il devenu politiquement incorrect? Les derniers tabous auraient-ils tous été engloutis définitivement par la toile submergée par une vague capitalistique outrancière? Serait-il de bon ton de renoncer à l'indignation parce que de l'argent vaut bien tous les abus, tous les mépris, et toutes les violences faites à la femme? Le problème n'est-il pas au final le fait que lutter contre le sexisme, c'est lutter contre le capitalisme? Moralisateur? Tel n'est pas l'objet de l'ouvrage, il se veut un établissement de faits et de comportements qui laisseront chacun seul juge des dérives énoncées; chacun pourra prendre conscience (ou non) des pressions exercées qui font qu'aujourd'hui toute réaction, toute remarque, toute contestation des dérives évoquées est et sera qualifiée de rétrograde, passéiste, arriérée, conservatrice, fossilisée, immobiliste, obscurantiste, périmée, réactionnaire, retardée, 16

surannée, et d'autres qualificatifs encore, supposés permettre l'établissement serein d'un nouvel ordre immoral. Il se veut aussi éclairer la façon dont notre société plonge dans une adhésion forcée au sexisme qui prend appui sur le renoncement à toute forme de résistance jusqu'à l'indifférence. Peut-être ce livre ouvrira-t-il les yeux à une société qui clame à qui veut l'entendre le terme tolérance, quand son plus proche synonyme (dans de nombreux domaines) semble être devenu une lâche indifférence. Cet ouvrage se veut un modeste mais ferme renoncement à cette indifférence, qui risquerait, si tout le monde décide de se taire, d'immerger l'homme dans une vision parfaitement déformée de la femme, de ses attentes, de ses envies, jusqu'à une fracture numérique affective, laissant l'un et l'autre chacun de son côté derrière son ordinateur parfaitement stupéfait. Mais au-delà, il faudra bien réaliser un jour qu'une société qui renoncerait à défendre la femme devrait alors se préparer à affronter le pire, et ce bien au-delà de l'internet. Qu'on ne s'y trompe pas, derrière le sexisme au quotidien, il y al' acceptation de la violence. Au-delà des idéologies souvent caricaturées et ridiculisées comme le féminisme, il faudra bien qu'une société qui se prétend éclairée et égalitaire comprenne et intègre que l'acceptation de la moindre violence contre la femme donne à une société une légitimation à toutes les formes de violences! Réveillons-nous! Comment une société qui s'émeut pour partie du port du voile, symbolisant selon certains la soumission, peut-elle à ce point être aveugle sur ses propres comportements et les coups portés contre la femme? Quelle est donc cette société schizophrène capable de supporter de telles incohérences? Ouvrons les yeux, des associations comme «Ni putes ni soumises» ont une portée et un sens qui, au final, si notre société accepte de se regarder en face, dépassent le simple cadre du voile, pour être un révélateur de 17

toutes les violences faites aux femmes et notamment sur Internet. Il se veut aussi un ouvrage replaçant fortement la femme dans le débat de l'internet avec le statut qui lui est dû. La femme est une actrice majeure de l'internet d'aujourd'hui et plus encore de demain et excusez-nous de cette facilité... pas nécessairement une actrice pornographique. Par ailleurs si notre prétention est de dire la vérité des femmes, alors quoi de plus légitime que de leur laisser la parole et d'entendre leur point de vue. Nous ne vivons pas hors du monde. Chacun et chacune d'entre nous, lorsque nous arpentons le réseau, sommes en permanence sollicités par des contenus à caractère adulte voire par la tentation de « l'autre» : sites de rencontres, etc. L'agressivité du marché adulte (au sens large) est une évidence. Il ne s'agit pas de faire le procès de ce marché, ce marché comme tout marché est là pour prospérer et quête de nouveaux distributeurs; il Ya les professionnels, et les autres. Il ne s'agit donc pas d'un procès en sorcellerie, mais bien d'alerter des dérapages. Il s'agit de parler de ces nouveaux entrants qui surfent sur de la pornographie la plus extrême en toute irresponsabilité et en dehors de toutes règles. Il s'agit bien de parler de ces nouveaux distributeurs peu soucieux de morale, ni du respect de quiconque (et surtout pas de la femme). Ils sont désormais nombreux ces prestataires opportunistes qui, de façon hypocrite, s'y raccrochent, le banalisent, le rendent accessible à n'importe qui (mineurs inclus) en adoptant un profil bas, en travaillant de façon formelle avec leurs cabinets d'avocats, et en jouant, à la lumière, les pudibonds! Après tout, 70 milliards de dollars à se partager en 2006 constituent un élément de motivation suffisant pour s'asseoir sur certains principes et ignorer tout sens des responsabilités. 18

Les mécanismes mis en place par certains marketeurs de plaisirs sont redoutables. Ce sont quelque 35 milliards de spams qui sont envoyés chaque année dans les boîtes aux lettres de particuliers du monde entier. 75 % sont à caractère pornographiquel. Quand le soleil arrive, l'été, l'augmentation de ce type de spams a été estimée à 350 %. Si vous y avez échappé, de deux choses l'une: soit vous n'êtes pas connecté à Internet, soit vous n'avez pas de boîte mail. Quant aux résultats de ce matraquage, seul Candide cultivant son jardin pourrait éventuellement prétendre que cela n'a aucune conséquence sociale. Force est de constater qu'il y a et qu'il y aura quelques dégâts collatéraux et des victimes déjà assez clairement identifiées. Les sexologues, les sociologues, les psychologues commencent à voir les dégâts dans les couples, et il devient compliqué d'éviter aux enfants d'être exposés quand même certains buralistes du coin de la rue ne respectent plus la législation et placent avec enthousiasme la pornographie entre les Chupa Chups et les Malabars. Business et cynisme font, semble-t-il, bon ménage, et tous les acteurs dont nous parlons, fournisseurs d'accès, opérateurs, portails, semblent bien décidés à tirer profit de cette manne financière, aidés en cela par des hordes d'avocats supposés « blinder» leur incursion douteuse dans le monde pornographique. Une chose est sûre, l'ère de ce que nous pouvons nommer la real économie (l'école de pensée réaliste de l'économie) n'a pas le temps de la morale.
1 Selon le sexe, les interprétations sont assez différentes: les hommes sont plus nombreux à assimiler n'importe quel mail commercial à du spam (même si l'accord préalable existe, le simple fait de recevoir des mails à une fréquence trop élevée les fait passer du côté du spam), alors que les femmes sont surtout gênées par les e-mails à caractère pornographique.

Source: http://www.iournaldunet.com/0311/031117email.shtn11

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La real économie est une cynique habillée d'irresponsabilité; elle se pose en véritable gangrène de notre société, elle interdit l'introspection, ou trouve même légitime son absence, elle ne cohabite pas avec l'autocritique, c'est un diktat aveugle de l'argent. La real économie vous l'aurez compris ne se préoccupe pas des conséquences sociales! Certes, ce diktat sournois n'est pas nouveau, les nouveaux adeptes de la real économie suivent en ce sens des voies déjà ouvertes notamment par certains médias. La course à l'audience chez ces derniers en est un exemple probant. La real économie trouve sa source dans l'information spectacle et marchande, un endroit où la part de marché se conjugue avec un profond mépris des conséquences (1) et un sentiment du devoir accompli en termes de business qui laisse chacun rêveur et/ou abasourdi.

(1) Elle passe à la télé et gagne... une agression sexuelle
La loi de la jungle. Une jeune femme du Nord avait été contactée par l'équipe de l'émission de TF1 Y a que la vérité qui compte pour qu'elle participe à ce programme, qui recèlerait pour elle une « surprise ». Or, une fois arrivée sur le plateau, en présence des illustres Bataille et Fontaine, la jeune femme se rendit compte que la « surprise» était la présence de son ex-petit ami qui souhaitait se réconcilier. Furieuse, elle refusa tout net et quitta le plateau, stipulant qu'elle refusait que son passage à l'antenne soit diffusé. Or, quelque temps après, elle se découvrit à l'écran. Mais le pire est que, cinq jours plus tard, l'ex-petit ami dépité vint agresser sexuellement la jeune femme. Cette agression est directement liée à son passage dans l'émission. Au moins, maintenant que son ex est sous les 20

verrous - il a été condamné à cinq ans de prison ferme - elle pourra sans crainte aller raconter son histoire sur le plateau de Ça se discute. Enfin, si c'est son choix... Source: http://www.marianne-en-Iigne.fr/N° du 29 janvier 2005 au 04 février 2005 406, Semaine

Certes, pour ce qui concerne la pornographie, les adeptes d'une real économie débridée nous diront en cœur que les nouvelles technologies ont de tout temps fait l'objet de détournements d'usage. C'est vrai! Il est exact que le VHS, le Minitel, le CD-ROM ont su tirer profit de ce marché. Le VHS par exemple amenait la pornographie à la maison et sauvait «sa peau» de concert. À première vue on pourrait donc considérer qu'il n'y a rien de nouveau, à ceci près que les détournements d'usage à des fins sexuelles n'étaient pas systématiquement considérés comme de nouveaux débouchés marchands par les entreprises concernées, du moins pas si officiellement! Nous n'avons pas souvenir d'une quelconque publicité pour des cassettes VHS vantant le stockage de contenu adulte. Aujourd'hui un nouveau pas a été franchi, puisque des acteurs traditionnels achètent du contenu adulte pour s'en faire les promoteurs et les diffuseurs. Parmi ces nouveaux diffuseurs on trouve des entreprises dans lesquelles l'État français est parfois actionnaire, cela a de quoi surprendre, ou du moins faire s'interroger les libertins comme les plus puritains sur un État, qui, en ces temps chahutés, exige de tous et de toutes les comportements sociaux les plus exemplaires. Mais après tout, un état qui pourchasse les prostituées (avec les conséquences dramatiques aujourd'hui connues2), en n'oubliant pas pour
2 Entrée en vigueur le 18 mars 2003, la loi sur la sécurité intérieure (LSI) a favorisé la précarisation des personnes prostituées et entravé le travail de prévention des associations de lutte contre le sida. 21

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