Agriculture et monde agricole

De

Avec aujourd’hui moins de 800 000 actifs, l’agriculture française produit des quantités de denrées sans commune mesure avec le début du xxe siècle, où plus de la moitié de la population active travaillait la terre. Ces formidables gains de productivité ont été rendus possibles par la forte modernisation technique, économique et sociale de la production. Les pouvoirs publics, français puis communautaires, en lien avec des organisations professionnelles puissantes, ont joué un rôle décisif dans cet élan. Mais si le temps des disettes est révolu, le secteur se heurte à de nouveaux problèmes. Véritable chef d’entreprise, l’agriculteur doit affronter désormais tous les défis d’une économie ouverte. Il doit faire face également aux exigences croissantes des consommateurs, soucieux de la qualité des aliments comme de la protection de la nature et de l’environnement. Cet ouvrage retrace l’évolution historique de l’agriculture ; il fournit des données actualisées par rapport à la première édition et présente les perspectives qui s’offrent à ce secteur en évolution rapide.


Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9782110100467
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Chapitre 1
L’agriculture dans l’économie nationale : une évolution de long terme paradoxale
9
e Au début du xîx sèce, en France, ’agrcuture occupat a grande majorté de a popuaton actve et représentat pus de a moté de a producton totae, tous secteurs conondus. DeuX sèces pus tard, e secteur agrcoe et agroamentare ne consttue pus que queques pourcents de a producton natonae, magré un accrossement consdérabe des quanttés produtes. De toutes es actvtés économques, ’agrcuture est sans doute cee qu a connu ’évouton a pus orte, mas auss a pus paradoXae, ce qu montre a pace orgnae qu’ee a prse dans es changements structures qu’a connus a socété rançase depus deuX sèces. es mutatons de ’agrcuture sont ées drectement à a révouton ndus-tree qu a débuté vers 1800 dans es pays occdentauX et a entrané un processus de crossance économque quasment nnterrompu, au mons jusqu’à présent. Ees témognent du passage d’une économe de reatve pénure, qu échappat dicement auX dsettes, vore auX amnes, à une socété d’abondance, où es besons amentares sont argement satsats magré es dspartés qu subsstent. Ees manestent égaement ’nser-ton du meu rura tradtonne dans un monde urbansé et dans une économe ouverte auX échanges et auX nnovatons.
Une production en expansion, une population en déclin
’agrcuture, en tant qu’actvté économque, a pu assurer une augmen-taton consdérabe des quanttés produtes, rendant de pus en pus asé ’approvsonnement du pays en bens amentares. En même temps, a popuaton qu’ee empoe a régressé très ortement, ce qu tradut – cause ou efet ? – es gans de productvté spectacuares de ce secteur.
10AGRICULTURE ET MONDE AGRICOLE
Une croissance continue de la production agricole depuis 200 ans
a crossance de a producton agrcoe, que ’on mesure par ’augmenta-1 ton en voume* des bens produts, végétauX et anmauX, s’est appuyée sur une orte ntensIcaton dans ’usage du so, sur un appe accru auX ntrants* d’orgne ndustree et sur des vagues successves de change-ments technques.
Des taux de croissance positifs
Après avor connu sous ’Ancen Régme une évouton assez heurtée, avec des pérodes de reatve crossance et d’autres de stagnaton, vore de recu, a producton agrcoe a entamé en France un mouvement de crossance e sgnIcat à partr du début du xîx sèce. Magré des dférences d’ap-précaton seon es auteurs, on peut estmer e tauX de crossance moyen e entre 0,5 % et 1 % par an au cours du xîx sèce, à un peu pus de 1 % e durant a premère moté du xx sèce, de 3 % à 4 % durant a pérode aste des Trente Goreuses*, pour revenr à des tauX oscant entre 1 % et 2 % jusqu’en 2000. Depus cette date, es quanttés produtes n’ont pus guère augmenté, es Luctuatons de a vaeur de a producton agrcoe tenant essenteement à a varabté des prX.
Du at de cette crossance, a France, ongtemps déIctare en produts agrcoes et amentares par rapport auX besons de a consommaton ntéreure, est devenue eXcédentare à partr de 1975, cette surproduc-ton natonae étant d’aeurs argement absorbée grâce à ’ouverture du marché commun agrcoe.
Pour autant, on ne dot pas ouber es crses de producton pus ou mons proondes qu ont touché ’agrcuture à dverses reprses. Certanes sont ées drectement auX deuX conLts mondauX : e nveau de producton de 1913 n’a été retrouvé qu’en 1928 et ceu de 1938 seuement dX ans pus tard. D’autres reèvent davantage de acteurs économques, natonauX ou e nternatonauX : crse de a In du xîx sèce, conséquence du déveoppe-ment et de a bérasaton des échanges, cee des années 1930, ée drec-2 tement à a récesson économque générae , et enIn cee, pus rampante, que ’on connat depus une ou deuX décennes, pour des rasons à a os eXternes (crse de ’énerge, concurrence nternatonae, crse Inancère) et nternes (surproducton).
1 . es termes marqués d’un astérsque renvoent à un gossare p. 161 sqq. où eur sgnIcaton pré-cse est ndquée. 2 . Vor Mchaë Tracy,L’État et l’agriculture en Europe occidentale. Crises et réponses au cours d’un siècle, co. « Économe agrcoe & agro-amentare », Economca, Pars, 1986.
11 L’AGRICULTURE DANS L’ÉCONOMIE NATIONALE : UNE ÉVOLUTION DE LONG TERME PARADOxALE
Une quasistabilité de la surface agricole cultivée Gobaement, a surace agrcoe cutvée* totae est restée à peu près stabe e depus e xîx sèce : 30 mons d’hectares. Ee attent son maXmum juste avant a Premère Guerre mondae avec près de 35 mons d’hec-tares pour revenr à 32 mons dans es années 1950 et dmnuer à partr de 1970, abement mas de manère contnue depus cette date, du at du déveoppement de ’urbansaton et de ’usage non agrcoe des terres. a superIce mse en vaeur par ’agrcuture, qu représente de 50 % à 60 % du terrtore natona seon es époques, a connu des modIcatons sgnIcatves de a répartton nterne des dférentes cutures (tabeau 1). On observe d’aeurs que es évoutons ne sont pas réguères, ce qu tradut ’eXstence de cyces dans e déveoppement ou a réducton des dverses productons végétaes. Ces changements reLètent a dynamque des systèmes de producton*, ee-même ée à ’nLuence de nombreuX acteurs : ’mpact du progrès technque qu acte e déveoppement de tee producton (e mas, par eXempe), ’agrandssement des structures d’eXpotaton qu prvége es grandes cutures, ’évouton reatve de a consommaton et des prX qu avorse une producton au détrment d’une autre, es mesures de potque agrcoe qu, au-deà des prX soutenus, régementent es produts eXcéden-tares (at, betteraves, vn) ou mposent des normes nouvees (obgaton de ge d’une parte des terres cutvées à certanes pérodes).
Tableau 1 Évolution de la répartition des principales composantes de la surface agricole cultivée en France (18522013) (en milliers d’hectares) 1852 1892 1913 1929 1950 1970 2000 2013 Terres labourables 26 204 25 771 23 651 21 768 18 573 17 047 18 466 18 358 dont : – Blé 6 985 7 166 6 542 5 397 4 319 3 745 4 912 4 983 – Autres céréales 7 562 7 631 6 947 5 697 4 276 5 401 4 036 4 490 – Prairies cultivées 2 563 3 283 3 342 3 209 4 203 4 372 2 999 3 373 – Autres fourrages 303 1 453 1 939 2 029 2 028 1 293 1 574 1 705 – Jachères 5 705 3 368 2 513 2 919 1 405 270 1 227 488 Vignes 2 191 1 800 1 604 1 585 1 536 1 200 900 792 Prairies naturelles 5 057 6 213 10 102 10 891 12 279 13 934 10 093 9 439 Surface cultivée totale (a) 33 452 33 784 35 357 34 244 32 388 32 181 29 459 28 589
(a) Pour des raisons d’homogénéité dans le temps, nous avons retenu comme surface cultivée (ou utilisée) la superficie composée des terres labourables, des vignes et des prairies naturelles. Sont donc exclus les jardins potagers, les cultures maraîchères et les vergers.
Source : travaux de l’auteur, d’après les recensements* et statistiques agricoles.
12ICULTURE AGR ET MONDE AGRICOLE
Des effectifs d’animaux souvent en progression sensible
Paraèement auX changements observés dans a mse en vaeur des terres cut-vées, es productons anmaes connassent égaement des évoutons sgnI-catves. es deuX phénomènes sont d’aeurs étrotement és dans a mesure où es anmauX trent eur amentaton des productons végétaes (céréaes ou ourrages). Cureusement, ce en état mons ort autreos, car es produc-tons végétaes étaent en prorté destnées à ’amentaton humane et  ’est mons à nouveau aujourd’hu avec e déveoppement des éevages «hors so».
DeuX catégores d’anmauX voent eurs efects se restrendre ortement (tabeau 2) : es chevauX, en rason de eur rempacement par es tracteurs, à partr de ’après-guerre, et es ovns, dont a producton s’est repée dans es régons spécasées. En revanche, e nombre de bovns a sensbement progressé, qu’ s’agsse de ’ensembe du troupeau ou des seues vaches. Une régresson des efects s’observe cependant dans a pérode récente du at de ’nstauraton en 1984 de quotas aters, qu a entrané une dmnuton du chepte (es vaches atères étant en parte rempacées par des races à vande). es porcns ont été en progresson constante jusqu’auX années 2000, pus ont égèrement régressé ensute (vor tabeau 2, années 2000 et 2013). C’est au moment où eur amentaton a pu être déconnectée des productons de ’eXpotaton que a crossance a été a pus rapde (dou-bement des efects entre 1950 et 2000). e mouvement est encore pus ort pour es voaes (poues, pouets, dndes…), dont ’éevage ndustre est ondé sur e même prncpe de dssocaton compète entre es aments utsés et es productons végétaes de ’eXpotaton.
Tableau 2 Évolution des effectifs d’animaux (18522013) (en milliers de têtes) 1852 1892 1913 1929 1950 1970 2000 2013 ChevauX 2 866 2 795 2 413 2 986 2 397 626 449 408 Bovins 12 100 13 708 15 351 16 195 16 365 21 722 20 338 19 096 dont : – total vaches 5 781 6 673 7 794 8 196 8 164 9 633 8 821 7 798 – vaches laitières seules 7 280 3 6974 413 Ovins 33 282 21 116 16 131 10 452 8 216 10 239 9 416 7 233 Porcins 5 246 7 421 7 036 6 102 7 730 11 483 14 762 13 488 Source : travaux de l’auteur, d’après les recensements et statistiques agricoles.
Des rendements en progression très forte
’évouton de a producton à ong terme se t à travers es modIcatons des suraces cutvées et cees des efects d’anmauX, mas sa crossance provent, pour ’essente, de ’éévaton des rendements, c’est-à-dre de a quantté produte par unté de surace ou par anma.
Pour es cutures par eXempe, ’augmentaton est spectacuare. On peut prendre pour ustraton es rendements en bé : s étaent au Moyen Âge
13 L’AGRICULTURE DANS L’ÉCONOMIE NATIONALE : UNE ÉVOLUTION DE LONG TERME PARADOxALE
e de ’ordre de 5 à 7 quntauX à ’hectare ; au meu du xîx sèce, on es estme auX envrons de 15 q/ha, vaeur qu s’accrot progressvement pour attendre 25 q/ha en 1950. a progresson est ensute beaucoup pus rapde : 50 q/ha en 1970 et autour de 70 q/ha en moyenne natonae aujourd’hu, sachant que des rendements supéreurs à 100 q/ha peuvent être asément attents depus queques années.
Pour es productons anmaes, e phénomène est un peu pus compeXe. Seon e type d’anma, a progresson des rendements se maneste de manère dférente. Chez es anmauX à vande, ce peut être e pods moyen des anmauX, eur nombre à ’hectare, a vtesse de crossance ou ’ndce de consommaton (quantté d’aments consommés pour produre 1 kg de vande). Chez es vaches atères, ’ndcateur usue est a quantté de at produte par tête et par an. Dans ce domane, a progresson est auss très orte. ï y a 100 ans, une vache donnat en moyenne 800 kg de at par an. Ce chfre est passé à 2 000 kg en 1950. ï dépasse aujourd’hu 6 500 kg, avec des pontes ndvduees réquemment au-deà de 10 000 kg.
Même s ee est remse en cause aujourd’hu, cette progresson contnue des rendements révèe es changements consdérabes qu ont touché ’agr-cuture et sa capacté productve et ont sensbement modIé es structures de producton, en partcuer dans a pérode a pus récente.
Des structures de production qui s’agrandissent
es manères de produre se sont ortement modIées du at de ’accros-sement progress de a tae des eXpotatons, mas auss en rason de ’utsaton de pus en pus massve de machnes et d’ntrants.
Des exploitations agricoles moins nombreuses, mais plus grandes
e terrtore agrcoe est ms en vaeur par un nombre éevé d’eXpotatons. eur efect s’est touteos consdérabement rédut depus une centane d’années. S ’on émne es mcro-untés de mons de 1 ha (qu ont peu de sgnIcaton économque), on observe une crossance du nombre d’untés de producton jusqu’en 1882, date à aquee on attent e chfre maXmum de 3 600 000 eXpotatons. Par a sute, eur nombre dmnue progressve-ment, entement d’abord, pus de pus en pus rapdement, en partcuer après a Seconde Guerre mondae : près de 3 000 000 en 1929, un peu pus de 2 000 000 en 1955 et envron 500 000 aujourd’hu (490 000 au recensement de 2010 pour a France métropotane).
En paraèe, pusque a surace cutvée totae évoue peu, a surace moyenne par eXpotaton s’accrot progressvement : ee état de 10 ha envron vers 1900 ; ee attent 15 ha en 1955, dépasse 20 ha en 1970 et se stue à 55 ha en 2010. ’accéératon des évoutons structurees transparat ben c :  a au un sèce pour un premer doubement de a superIce
14AGRICULTURE ET MONDE AGRICOLE
moyenne des eXpotatons (de 10 ha à 20 ha) ;  a sui de trente ans pour un second doubement, entre 1970 et 2000 (de 20 ha à 40 ha). a répartton des eXpotatons par casse de superIce reste toujours très dspersée, mas avec un dépacement contnu vers es catégores de pus grande dmenson (tabeau 3). es pettes eXpotatons (mons de 10 ha) e sont de on es pus nombreuses à a In du xîx sèce ; cees de 10 ha à 20 ha prédomnent entre es deuX guerres, cees de 20 ha à 50 ha sont majortares dans es années 1970, mas aujourd’hu seues cees de 100 ha et pus voent eurs efects s’accrotre. ï eXste des dférences sensbes dans cette répartton, seon es régons et es systèmes de producton. es pus grandes superIces, consacrées putôt à a cuture de céréaes ou à ’éevage bovn-vande, se ocasent prnc-paement dans e Bassn parsen et e Centre de a France. es moyennes eXpotatons, orentées davantage vers a producton atère, se trouvent putôt dans ’Ouest ; es pus pettes untés, spécasées dans a vgne, es cutures marachères et ’arborcuture, se stuent pour beaucoup dans es régons du Md médterranéen. De a même manère, e mode de are-vaor* vare beaucoup d’une zone à ’autre, pour des rasons de tae des eXpotatons, mas auss et surtout en rason de tradtons jurdques et patrmonaes ancennes : on observe de ce pont de vue une séparaton entre a France du Nord et de ’Ouest, connassant une certane prédomnance du ermage, et a France du Sud, domnée par e are-vaor drect. S, gobaement, a proprété drecte a été pendant ongtemps e mode de are-vaor e pus réquent, son mportance reatve tend à se rédure progressvement au proIt du ermage, beaucoup d’eXpotatons étant d’aeurs désormas sur un mode mXte. En 2010, e ermage est très nettement majortare en superIce, même s a pro-porton des eXpotatons ayant totaement ou parteement des terres en proprété est pus mportante que cees qu sont unquement en ermage.
Tableau 3 Évolution du nombre d’exploitations et de leur répartition par classe de superficie (18622010) (exploitations de 1 ha et plus) (en milliers) (France métropolitaine) 1862 1882 1892 1929 1942 1955 1970 2000 2010 1 à 5 ha 1 816 1 866 1 829 1 146 691 649 326 193 5 à 10 ha 620 769 788 718 533 477 250 211 132 10 à 20 ha 364 431 429 593 554 536 355 20 à 50 ha 426 352 335 380 385 377 370 138 88 50 à 100 ha 52 82 75 122 97 186 106 121 100 ha et plus 33 32 20 78 93 Total 3 226 3 604 3 468 2 951 2 269 2 134 1 422 663 490 Superficie moyenne par 10,4 9,6 9,7 11,6 13,2 15,2 22,8 42,0 55,0 eXploitation (en ha)
Source : travaux de l’auteur, d’après les recensements et statistiques agricoles.
15 L’AGRICULTURE DANS L’ÉCONOMIE NATIONALE : UNE ÉVOLUTION DE LONG TERME PARADOxALE
Une utilisation croissante de biens de production de type industriel
Sur des eXpotatons dont a superIce moyenne augmente, vont être mobsés des moyens de producton en quanttés crossantes ; certans sont produts sur ’eXpotaton, d’autres sont achetés à ’eXtéreur.
DeuX grandes catégores de bens d’orgne ndustree sont utsées par ’agrcuture : es machnes et es équpements d’une part, es ntrants (ou consommatons ntermédares) d’autre part.
S’agssant du matére agrcoe, deuX étapes dovent être dstnguées dans e a mécansaton. a premère se stue à a In du xîx sèce et correspond à ’ntroducton de nombreuses machnes de trava du so, de sems ou de récote (aucheuse, batteuse, etc.) qu se substtuent au trava human et vont permettre un premer accrossement sgnIcat de a productvté du trava, tout en restant mues par ’énerge anmae (chevauX ou bœus). a deuXème étape est cee de ’arrvée du tracteur, qu rempace es anmauX de trat, et pus généraement cee de a motorsaton, qu se générase en une décenne (1955-1965) sur a pupart des eXpotatons. C’est une 3 vrae révouton dans es manères de are et de produre .
S a premère phase donne eu à une crossance assez ente du capta IXe* utsé par e secteur agrcoe (accrossement de 50 % entre 1880 et 1950), a seconde provoque une vértabe «captasaton » de ’agrcuture, avec un doubement du capta ms en œuvre par chaque eXpotaton entre 1950 et 1970. Depus, ’évouton des nvestssements est pus rréguère, pour des rasons à a os technques, économques et structurees.
En ce qu concerne es consommatons ntermédares achetées à ’ndus-tre, ’évouton est assez anaogue : e démarrage de eur utsaton se stue auss dans es années 1900 (ertsants chmques), ees connassent une pérode de très orte eXpanson après-guerre (carburants, aments du béta, produts de tratement, semences, servces dvers, etc.), mas ees subssent un certan renage dans a pérode récente, pus tardvement cependant que es nvestssements.
EXpotatons pus grandes, machnes agrcoes perectonnées, ntrants ndustres utsés massvement, te est ’aboutssement de pus d’un sèce de modernsaton agrcoe, ondement ncontestabe de ’accrossement de a producton. Paraèement, un autre phénomène auss mass, ortement é au précédent, s’est produt, c’est a réducton du nombre d’empos en agrcuture : ee a connu une ampeur qu n’a été attente dans aucun autre secteur d’actvté.
3 . Vor Yujro Hayam et Vernon W. Ruttan,Agriculture et développement, une approche internatio nale,ïNRA Édtons, Pars, 1998.
16AGRICULTURE ET MONDE AGRICOLE
Une population qui décline
’eXode agrcoe*, souvent appeé eXode rura*, a marqué es esprts ben au-deà du cerce des économstes rurauX, ne serat-ce que par sa conno-taton bbque qu évoque un dépacement mass de popuaton. ï est vra qu’ s’est produt en un peu pus d’un sèce un phénomène écono-mque et soca majeur : e changement de méter et e pus souvent de eu d’habtaton de puseurs mons de Franças et de eurs enants, ssus du meu agrcoe.
De moins en moins d’agriculteurs a popuaton agrcoe a commencé à dmnuer à peu près au meu du e xîx sèce (avec de ortes varatons seon es régons) et e mouvement de régresson démographque ne s’est pas arrêté depus. On est ans passé, en termes d’acts agrcoes de seXe mascun, de 8 mons de travaeurs en 1851 à 750 000 en 1999 et guère pus de 500 000 en 2011. S a basse a été reatvement ente au départ, et même durant a premère moté e du xx sèce, e rythme s’est beaucoup accééré depus une cnquantane d’années, attegnant souvent des tauX moyens de dmnuton de 4 % à 5 % par an (tabeau 4). Tous es acts agrcoes n’ont pas e même statut :  aut dstnguer a popuaton amae (ches d’eXpotaton, ades amauX*) de a popua-ton saarée (ouvrers et journaers). ParadoXaement, aors que e saarat s’étend dans tous es autres secteurs économques,  a régressé très orte-ment en agrcuture, sau dans a pérode a pus récente, où  se stabse. e mouvement de dépopuaton (et d’eXode agrcoe) s’est étaé dans e temps de manère très dférente seon es catégores de travaeurs agrcoes. Ce sont es journaers (paysans sans terre) qu, es premers, au meu du e xîx sèce, ont été amenés à qutter ’agrcuture pour occuper des empos dans es actvtés ndustrees nassantes. ï s’agssat à souvent d’un eXode de msère dû à a suppresson de mutpes pettes actvtés ruraes et à a dsparton déIntve des terres communes. eur ont succédé, dans ce mouvement de départ, es ouvrers agrcoes, dont es efects en surpus ont émgré vers es secteurs ndustres en e e eXpanson, à a In du xîx et au début du xx sèce. On peut parer c putôt d’eXode de productvté, é à a premère phase de mécansaton agrcoe. Une réducton sgnIcatve du nombre d’ades amauX ne s’est produte qu’utéreurement, après a Seconde Guerre mondae, quand es enants d’agrcuteurs, es Ies d’abord, ont renoncé massvement à eXercer e méter de eurs parents. es ches d’eXpotaton, quant à euX, ont vu eurs efects décrotre pus tardvement et mons ortement, ce qu sgnIe qu’s se sont retrouvés à a tête d’eXpotatons dsposant de
17 L’AGRICULTURE DANS L’ÉCONOMIE NATIONALE : UNE ÉVOLUTION DE LONG TERME PARADOxALE
beaucoup mons de man-d’œuvre, aors que, dans e même temps, eur superIce augmentat sensbement.
Tableau 4 Évolution de la population active agricole masculine et de ses composantes en longue période (18512011) (en milliers) 2011 1851 1876 1901 1926 1954 1975 1999 (a) Journaliers 1 300 950 650 450 980 332 150 164 Ouvriers 1 500 1 450 1 200 800 Aides familiauX* 1 500 1 750 1 450 720 125 50 5 000 364 Chefs d’eXploitation 3 600 2 900 2 700 1 670 959 550 Total 7 800 7 500 6 500 5 400 3 370 1 416 750 528 (a) Les chiffres de 2011 ne sont pas tout à fait comparables aux précédents; ils concernent la population active travaillant dans le secteur «Agriculture, sylviculture et pêche». Source : estimations de l’auteur d’après les recensements de population.
Population rurale et agricole : une dissociation récente
a popuaton rurae, en France, correspond auX personnes résdant en dehors des aggomératons urbanes, c’est-à-dre dans des communes de mons de 2 000 habtants aggomérés. On ne peut donc pas assmer popuaton rurae et popuaton agrcoe. Touteos, pendant très ong-temps, ’hstore de a popuaton rurae s’est conondue avec cee de a popuaton agrcoe, a grande majorté des rurauX étant des agrcuteurs ou dépendant drectement de ’actvté agrcoe.
On ne s’étonnera donc pas que e décn des deuX popuatons at été en queque sorte concomtant sur envron un sèce : on dénombrat 26 mons de rurauX en 1851 (représentant 74 % de a popuaton totae) ; s n’étaent pus que 14 mons en 1999 (sot 24 % de a popuaton). Cependant, e rythme de décrossance de a popuaton agrcoe a été pus rapde que ceu de a popuaton rurae et des dvergences d’évouton e apparassent à partr de a seconde moté du xx sèce (tabeau 5).
e Du meu du xîx sèce à 1975, a popuaton rurae a dmnué de près de moté, a popuaton des ménages agrcoes des deuX ters et a popu-aton actve agrcoe de 80 %. À partr de 1975, apparat une dssocaton très nette entre une popuaton rurae qu se stabse, vore augmente, et a popuaton agrcoe, qu contnue à régresser ortement. Autrement dt, a « dépaysannsaton » du meu rura, progressve autreos, s’est brus-quement accéérée depus une quarantane d’années. En 1999, a popu-aton des ménages agrcoes ne représentat pus que 25 % de ’ensembe e des rurauX, contre 50 % en 1968 et pus de 70 % au xîx sèce et cette
18AGRICULTURE ET MONDE AGRICOLE
4 .
5 .
4 proporton a encore décru depus . On rappeera cependant que des d-érences sensbes eXstent à ’ntéreur même des zones ruraes, notam-ment seon eur ocasaton géographque et eur proXmté des ves et des métropoes urbanes.
Tableau 5 Évolution de la population rurale et de la population agricole (a) (18511999) (en milliers) 1851 1876 1901 1926 1954 1975 1999 Population totale 35 783 36 906 38 962 40 581 42 777 52 656 58 518 Population rurale 26 648 24 929 23 005 20 759 18 830 14 252 14 322 % de population rurale/pop. totale 74 % 68 % 59 % 51 % 44 % 27 % 24 % Population agricole 19 720 18 970 16 170 12 730 9 650 5 840 3 558 % de population agricole/ pop. rurale 74 % 76 % 70 % 61 % 51 % 41 % 25 %
(a) Actifs, inactifs, hommes et femmes. Source : travaux de l’auteur d’après les recensements de population. Tous ces boueversements qu ont touché e monde agrcoe en queques génératons correspondent à des mutatons proondes des manères de produre, à des changements de modèe d’agrcuture (vor tabeau 6). Sous ’Ancen Régme, e modèe état une agrcuture de subsstance ondée sur ’assoement trenna (deuX années de cuture et une année de jachère), a vane pâture et ’utsaton des communs ; ee état peu productve et e ortement soumse auX aéas cmatques. Au xîx sèce se générase a premère révouton agrcoe, qu assoce beaucoup pus étrotement pro-ductons anmaes et végétaes et proIte de a synerge qu se crée entre es 5 deuX (meeure umure, rendements pus éevés, amentaton accrue) . ’agrcuture tradtonnee est ans ondée sur e système de poycuture-éevage, basé avant tout sur des progrès agronomques, même s es ntrants d’orgne ndustree s’mposent peu à peu. Ce système perdure jusqu’à a e deuXème révouton agrcoe, au meu du xx sèce. Cee-c boueverse non seuement e mode de producton agrcoe, mas égaement es rea-tons qu’entretent ’agrcuture avec son envronnement. Ces proondes transormatons, caractérstques de ’agrcuture moderne, se tradusent de dverses manères : ntensIcaton des productons par rapport au so, spé-casaton des eXpotatons, concentraton géographque dans des bassns spécasés, consttuton d’une Ière agroamentare au sen de aquee a producton n’est pus que ’un des maons d’une chane compeXe. C’est
« De prépondérant, e groupe soca agrcoe est devenu un groupe parm d’autres, mnortare en efect sans pour autant être margnasé, en rason de acteurs cutures pérennes, du contrôe de a proprété oncère et, encore, de mandats éects notabes » (Francs Aubert et Bertrand Schmtt, « De ’économe rurae agrcoe à ’économe spatae et régonae, trente ans d’anayse des espaces rurauX »,inPhppe JeanneauX et Phppe Perrer-Cornet (coord.),Repenser l’économie rurale, co. « Update Scences & technooges », Édtons Quæ, Versaes, 2014, p. 30-54 [p. 36]). Marce Mazoyer et aurence Roudart,Histoire des agricultures du monde. Du néolithique à la crise contemporaine,Ponts. Hstore », Éd. du Seu, Pars, 1997, nouv. éd. 2002.co. «
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