Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

La Politique de la peur

De
304 pages
DÉCEMBRE 2013, Guinée : un petit garçon succombe à une maladie non diagnostiquée. Ce décès mystérieux marque le début d’une épidémie d’Ebola de deux ans qui va faire trembler le monde et menacer nombre de pays, riches et pauvres confondus, en divers endroits de la planète.
Le 31 mars 2014, Médecins Sans Frontières (MSF) lance un avertissement : cette épidémie, qui sévit désormais en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, est sans précédent, « hors de contrôle ». Il faudra cependant attendre le 8 août pour que l’OMS finisse par déclarer que l’épidémie est une « urgence de santé publique de portée internationale ». En septembre, lorsqu’un cas est diagnostiqué aux États-Unis, la majeure partie du monde tourne enfin son attention sur ces trois petits pays d’Afrique de l’Ouest et la machine médiatique s’emballe, produisant en série des scénarios catastrophes. Au cours des mois suivants, l’épidémie entame un recul et, le 29 mars 2016, l’OMS en déclare officiellement la fin. La maladie à virus Ebola aura contaminé 28 646 personnes et fait 11 308 morts.
Le maître mot de cette épidémie ? La peur. Peur naturelle liée à une maladie mortelle, peur alimentée par les tenants du pouvoir afin d’obtenir des bénéfices politiques. Peur « à distance » sur les autres continents, mais aussi peur des malades. Au sein d’un tel chaos - une situation inédite pour l’organisation -, MSF s’est retrouvée contrainte d’agir. Cette épidémie a non seulement mis à rude épreuve ses valeurs éthiques, mais a aussi montré les limites de ses capacités en termes d’infrastructures médicales et logistiques.
C’est pour examiner le rôle de l’organisation et tirer les enseignements de cette crise sans précédent que MSF a conçu La Politique de la peur, ouvrant même ses archives internes aux contributeurs. De façon impitoyable, la maladie a mis au jour la fragilité du corps humain, de la société et du corps politique. Les textes de cet ouvrage racontent les pans de cette histoire à travers le prisme de diverses disciplines (anthropologie, médecine, histoire...), mais aussi de quatre témoignages narrant une expérience personnelle de l’épidémie.
Car ce qui importe, c’est ce qui se passera demain et la manière dont ceux qui auront à faire des choix difficiles pourront bénéficier des leçons du passé.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Cover





La Politique de la peur

Médecins Sans Frontières et l’épidémie d’Ebola



La Politique de

la peur

 

Médecins Sans Frontières et l’épidémie d’Ebola







53381.jpg

Avenue du Château Jaco, 1 – 1410 Waterloo

www.renaissancedulivre.be

Facebook: Renaissance du Livre

Twitter: @editionsrl

La Politique de la peur

Couverture : idée originale de Lucas Heinrich
adaptée par Philippe Dieu (Extra Bold)

Illustration de couverture : Getty / Anadolu Agency

        

isbn : 978-2507-05502-8


© Renaissance du livre, 2017

Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.


Préface



Le recul aidant, le terme « sans précédent » est aujourd’hui clairement et fermement associé à l’épidémie d’Ebola qui a touché l’Afrique de l’Ouest en 2014 et 2015. Les chiffres sont éloquents : durant la première année de l’épidémie, 25 213 cas furent confirmés et 10 460 patients en sont morts. Les professionnels de la santé déployés par MSF n’ont pas non plus été épargnés par la maladie : au cours de la même période, 28 membres du personnel local de MSF ont été contaminés et 14 d’entre eux ont perdu la vie. Toutefois, la froideur des chiffres masque le terrible impact qu’a eu l’épidémie, non seulement pour les patients infectés par le virus, mais aussi sur les sociétés à travers lesquelles la maladie s’est propagée et sur les acteurs impliqués dans la riposte. La communauté internationale, en ce inclus MSF, a réagi lentement. Nous avons tous, sans exception, sous-estimé la rapidité avec laquelle le virus se propagerait et jusqu’à quel point il allait faire des ravages. Nous avons aussi sous-estimé l’ampleur des efforts qui se révéleraient nécessaires pour aider les populations touchées et contrôler l’épidémie.

Avant cette crise en Afrique de l’Ouest, la maladie à virus Ebola (MVE) était relativement rare. Son impact local était limité et les épidémies s’éteignaient assez rapidement. MSF, qui était l’une des rares organisations à avoir une expérience directe dans les réponses à Ebola, avait atteint un réel niveau d’expertise en la matière. Dès les premiers jours de l’épidémie de 2014-2015, MSF s’est donc retrouvée au cœur de la riposte. Pourtant, rien ne l’avait préparée à ce qui allait se passer en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia. En effet, la vague infectieuse allait non seulement se propager à une vaste région géographique, mais elle allait aussi toucher, pour la première fois, des zones à forte densité de population, comme les villes de Monrovia et Conakry.

MSF a eu énormément de mal à se rendre compte de l’ampleur de cette épidémie et à renforcer ensuite les ressources médicales et humaines nécessaires à sa réponse. L’impact a été profond. MSF a non seulement atteint les limites de ses capacités en termes d’infrastructure médicale et logistique, avec, pour conséquence, un personnel à bout de force, mais l’épidémie a aussi mis à rude épreuve les valeurs éthiques de l’organisation, obligeant ses membres à faire chaque jour des choix parmi un éventail d’options limité et au rabais, alors que des vies étaient en jeu.

Dans un tel contexte, les évaluations coûts/bénéfices habituelles ne sont d’aucun secours. Cette épidémie a mis à l’épreuve la détermination politique et les choix opérationnels au sein de MSF et en dehors de l’organisation. Elle a laissé en héritage des enseignements à tirer, en termes d’améliorations techniques indispensables, mais nous a aussi forcés à réexaminer la façon dont la communauté internationale, d’une manière générale, gère les urgences sanitaires transnationales. La peur a été un facteur qui a influencé les décisions prises tout au long de cette crise. Pour examiner ce thème, MSF a conçu cet ouvrage et – fait exceptionnel – a ouvert aux auteurs ses archives internes sur la réponse à Ebola en 2014 et 2015. La majorité d’entre eux ne faisant pas partie de MSF, ils ont porté un regard unique sur ce climat de peur qui a influencé bon nombre des décisions prises par les politiciens et les acteurs de la riposte, comme MSF.

Ces dix chapitres ne couvrent pas tous les aspects de l’épidémie. Les auteurs ont fait leurs propres choix quant aux aspects mis en avant, et la plupart des chapitres fournissent des précisions sur la réponse plus générale, sans se limiter au rôle spécifique joué par MSF. Le lecteur peut ainsi avoir l’impression que seuls les autres ont ressenti de la peur, tandis que les intrépides « héros » de MSF se lançaient, fermement décidés, dans la réponse à l’épidémie. Rien n’est plus éloigné de la réalité : la peur « a infecté » et paralysé en partie MSF aussi. Non seulement l’organisation n’est pas parvenue à se rendre compte qu’il s’agissait d’une épidémie sans précédent – même lorsque celle-ci commençait à s’étendre sur des sites multiples, souvent densément peuplés –, mais elle a aussi eu du mal à renforcer sa réponse lorsqu’il ne faisait plus aucun doute que l’épidémie était hors de contrôle. Comme le décrit très bien Lindis Hurum dans son témoignage, lorsque le premier membre du personnel d’une organisation partenaire a contracté le virus à Monrovia, MSF était elle-même sur le point de prendre la décision de se retirer, tant le risque lui paraissait élevé.

À un niveau plus institutionnel, certaines ressources de MSF ont, elles aussi, été paralysées par la peur. MSF est organisée sous la forme d’un conglomérat international de cinq « centres opérationnels » semi-autonomes, dotés chacun de leurs propres capacités médicales, logistiques et humaines pour répondre aux urgences. Étant donné que la majorité des experts Ebola se trouvaient au centre opérationnel de Bruxelles, celui-ci fut chargé de coordonner la réponse. Il est toutefois rapidement apparu que l’ampleur de l’épidémie exigeait aussi les ressources d’autres centres, mais celles-ci ont bien trop tardé à arriver. La peur a clairement retardé la réponse au niveau interne : la peur d’une contamination du personnel, la peur de manquer d’expertise et la peur d’un manque de ressources. Enfin, la crainte d’être littéralement, mais aussi symboliquement, dépassée par l’épidémie lorsque celle-ci connut un pic durant l’été 2014, incita MSF à prendre une autre mesure sans précédent : appeler pour la première fois de son histoire à une intervention militaire dans la riposte à une épidémie.

Pourtant, au lendemain de cette crise, ce n’est pas le nombre incroyable de décès, la propagation rapide du virus à trois pays, les nombreux acteurs impliqués et le tout premier appel de MSF au déploiement d’experts militaires en guerre biologique qui marqueront durablement les esprits. Ce qui subsistera, c’est ce doute perpétuel quant aux choix impossibles que toutes les personnes concernées, patients comme intervenants dans la réponse, ont dû faire tout au long de l’épidémie.

— Vais-je me rendre à hôpital quand je me sens malade au risque d’être mis en quarantaine et de mourir ? Ou dois-je plutôt rester chez moi, au risque d’infecter ma famille ?

— Vais-je accepter dans le centre Ebola tous les patients qui ont besoin de soins, même si le manque de ressources m’obligera à faire des compromis en termes de qualité des soins ? Ou dois-je fermer les portes pour offrir à quelques rares privilégiés la meilleure prise en charge possible ?

— Vais-je utiliser des médicaments expérimentaux jamais testés sur des patients humains au risque de détériorer encore plus leur état de santé ? Dois-je proposer ce choix au patient ?

— Dois-je évacuer tous les expatriés pour qu’ils bénéficient de soins de meilleure qualité à l’étranger et accepter que mes collègues infectés qui font partie du personnel local restent sur place et se contentent du niveau de soins inférieur qui est la norme dans leur pays ?

Ce sont là de profondes interrogations qui font peser une immense pression sur l’éthique de MSF et d’autres acteurs de la riposte. Des questions qui sont toutes très concrètes et qui se sont posées pendant la crise. Les choix sont cornéliens dans les contextes difficiles. Rares sont ceux qui envieraient les personnes à la source de ces décisions ou qui oseraient formuler un jugement. Ce qui importe, c’est ce qui se passera demain et la manière dont ceux qui auront à faire des choix éthiques difficiles peuvent bénéficier de certaines leçons du passé.

Nous espérons que cet ouvrage sera d’une aide précieuse pour tous les acteurs de la santé qui auront à se poser, dans les années à venir, les questions que nous nous sommes posées.




Christopher Stokes

Directeur général

MSF - Centre opérationnel de Bruxelles


Contributeurs



Sous la direction de :

Michiel Hofman est spécialiste humanitaire senior pour MSF. Basé à Belfast, en Irlande du Nord, son travail inclut, entre autres, la formation, la recherche et des publications dans le secteur humanitaire. Il travaille pour MSF depuis 1993 et a été directeur de programmes à de nombreuses reprises dont, récemment, en Russie et en Afghanistan. Il a également été directeur des opérations pour MSF à Amsterdam. Michiel Hofman est cofondateur de The Antares Foundation, une organisation à but non lucratif ­néerlandaise qui aide des ONG locales à offrir un soutien psychosocial aux membres du personnel travaillant dans des environnements très stressants.


Sokhieng Auest membre de l’Unité d’analyse et d’advocacy de MSF. Chercheuse associée indépendante à la KU Leuven, elle s’intéresse à toute une série de thèmes en rapport avec la santé, l’histoire et la société à l’époque coloniale et postcoloniale. Elle est l’auteure de Mixed Medicines: Health and Culture in French Colonial Cambodia (University of Chicago Press, 2011). Récemment, avec Kaat Wils et Raf de Bont, elle a coédité le livre Bodies beyond Borders: Moving Anatomies between 1750 and 1950 (KU Leuven Press, à paraître).




Auteurs :


Annick Antierens, anesthésiste et urgentiste, est également diplômée en santé publique. Elle travaille avec Médecins Sans Frontières depuis 1995 dans toute une série de contextes et sur diverses problématiques médicales. Elle a coordonné les référents médicaux et la recherche pendant quatre ans et, depuis 2014, dirige la Plate-forme pour l’étude de produits expérimentaux contre Ebola dédiée au suivi des patients ayant survécu à la maladie.


Adia Benton est assistante en anthropologie et en études africaines à l’université Northwestern. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur la politique culturelle de la santé mondiale et l’humanitarisme. Son premier livre, HIV Exceptionalism: Development through Disease in Sierra Leone, a été publié par les Presses de l’université du Minnesota en 2015.


Jean-Francois Carémel est socio-anthropologue, chercheur postdoctoral au CERMES3 (INSERM-CNRS, Paris) et chercheur associé au LASDEL (Niger). Ses travaux se concentrent sur la dynamique des innovations médicales dans la médecine humanitaire et la façon dont ces innovations alimentent la politique de la santé à l’échelle mondiale.


Patricia Carrick, infirmière, travaille occasionnellement avec MSF depuis 2007. Elle vient d’une famille d’éleveurs des Rocheuses, dans le sud-ouest du Montana, aux États-Unis, où son mari, David Hagenbarth, s’occupe de tout lorsqu’elle est en mission.


Alice Desclauxest anthropologue médicale et chercheuse senior à l’Institut de recherche pour le développement, basé à Dakar, où elle a beaucoup travaillé sur l’anthropologie et l’éthique du VIH, les produits pharmaceutiques, la recherche médicale, ainsi que les femmes et la santé avant de se consacrer à Ebola, au Sénégal et en Guinée.


Moustapha Diop est professeur de socio-anthropologie à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia à Conakry et directeur scientifique du Laboratoire d’analyse socio-anthropologique de Guinée. Ses nombreuses études portent sur les aspects juridiques et anthropologiques du système de propriété foncière et d’autres aspects de la Guinée d’aujourd’hui. Durant l’épidémie, il a participé à plusieurs études de recherche sociale sur Ebola.


Stéphane Doyon dirige, depuis avril 2013, l’Unité régionale de Dakar pour MSF-OCBA. Il a participé à plusieurs missions de représentation pour MSF à Dakar dans le cadre de l’épidémie d’Ebola dans la région et a dirigé la réponse de MSF au Sénégal après le recensement d’un cas, en août 2014.


Sylvain Landry B. Faye est socio-anthropologue et chercheur/professeur au département de sociologie de l’université Cheikh Anta DIOP (Dakar, Sénégal). Après son doctorat en anthropologie sociale et culturelle, obtenu à l’université Victor Segalen de Bordeaux, il s’est spécialisé dans l’anthropologie de la santé. Actuellement, ses travaux se concentrent sur les aspects socioculturels et historiques de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest et sur les pratiques de participation communautaire dans le cadre de la gestion des crises humanitaires.


Lindis Hurum a rejoint MSF en 2006 et a participé à plus de 15 interventions de réponse à des crises humanitaires. En 2014, elle a travaillé au sein de l’Unité des urgences de MSF-OCB et, pendant l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, elle a été coordinatrice des urgences à Monrovia, au cours des deux premiers mois de l’intervention de MSF. Elle a suivi des études en communication et est titulaire d’un master en gestion des catastrophes de l’université de Copenhague.


Thomas Kratz, médecin, a travaillé sur le terrain avec MSF dans le traitement de la fièvre de Lassa et de la maladie à virus Ebola. Il travaille actuellement comme assistant de recherche au Federal Information Centre for Biological Threats and Special Pathogens à l’institut Robert Koch de Berlin, en Allemagne.


Prince Lahai est infirmier diplômé. Lors de l’épidémie d’Ebola, il a travaillé dans un centre de traitement d’Ebola à Kailahun, en Sierra Leone. Survivant d’Ebola, il vit avec sa mère, sa compagne et ses trois enfants. Il est responsable du Groupe de survivants de son district et recherche actuellement un emploi d’infirmier.


Allie Tua Lappia a obtenu son diplôme d’agent de santé communautaire à l’université Njala de Bo, en Sierra Leone, en juin 2014, soit peu de temps après que l’épidémie qui s’était déclarée en Guinée gagne la Sierra Leone. Une fois diplômé, il a travaillé dans un centre de traitement d’Ebola dirigé par MSF jusqu’à sa fermeture. Allie Tua envisage d’intégrer la faculté de médecine à l’automne 2016.


Duncan McLean est titulaire d’un doctorat en histoire et partage ses activités entre le travail humanitaire et l’enseignement. En 2002, il a commencé à gérer des opérations au sein de Médecins Sans Frontières, tant sur le terrain qu’au siège. Il a également contribué à diverses publications, dont celles de l’International Crisis Group et enseigne actuellement l’histoire des maladies et du colonialisme à l’université Charles et à l’université anglo-américaine de Prague.


João Nunes enseigne les relations internationales à l’université d’York, au Royaume-Uni. Ses recherches portent sur la sécurité sanitaire, les maladies négligées et la politique brésilienne de la santé. Il est l’auteur de Security, Emancipation and the Politics of Health (Routledge) et a publié des articles dans les revues Third World Quarterly, Review of International Studies, Security Dialogue et Contemporary Politics. Il est titulaire d’un doctorat de l’université d’Aberystwyth et a été chercheur associé à l’université de Göteborg et à l’université de Warwick.


Tim O’Dempsey est maître de conférences en médecine tropicale à la Liverpool School of Tropical Medicine (LSTM), au Royaume-Uni. Entre juillet 2014 et décembre 2015, pendant l’épidémie d’Ebola, il a travaillé comme médecin sur différents sites et pour plusieurs organisations en Sierra Leone. Au moment de la rédaction de cet ouvrage, il était détaché de la LSTM et travaillait comme responsable clinique de l’OMS au Centre de traitement d’Ebola de Kenema.


Ramatou Ouedraogo est anthropologue et post-doctorante à la Fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH) à Paris. Elle est également chercheuse associée au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) à l’IEP-Bordeaux. Ses travaux portent sur la santé reproductive, les jeunes en Afrique, les maladies infectieuses (VIH, Ebola), les relations de genre et les relations intergénérationnelles.


Mit Philips est experte en politiques de santé et responsable de plaidoyer médical au sein de l’Unité d’analyse et d’advocacy de MSF. Ses travaux se concentrent sur le VIH/sida, le financement de la santé et les obstacles financiers aux soins, la santé et les politiques des systèmes de santé à l’échelle mondiale. Elle a travaillé comme médecin et coordinatrice de terrain pour MSF pendant 15 ans, avant de devenir directrice des opérations à Bruxelles.


Annette Rid est chargée de cours senior en bioéthique et société au King’s College de Londres. Elle s’intéresse à de très nombreux aspects de la bioéthique, comme l’éthique de la recherche, l’éthique médicale, la justice en santé et en soins de santé et l’éthique de la médecine transplantatoire. Parmi ses publications sur l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, citons : « Ethical considerations of experimental interventions in the Ebola outbreak » (avec Ezekiel Emanuel ; The Lancet, 2014) et « Ethical rationale for the Ebola “ring vaccination” trial design » (avec Franklin Miller ; American Journal of Public Health, 2015).


Maud Santantonio est médecin au Samusocial, une organisation belge qui offre des services sociaux ainsi que des soins médicaux aux sans-abri. Après avoir décroché son diplôme de médecine, en 2011, elle a travaillé pendant cinq mois dans un centre de soins de santé primaire de Mayotte, avant de rejoindre MSF. Entre 2013 et 2015, elle est partie plusieurs fois en mission avec l’organisation. Elle continue à travailler en faveur des populations défavorisées, en Europe et ailleurs.


Armand Sprecher est urgentiste et épidémiologiste. Il travaille avec MSF depuis 1997. Depuis 2000, il a participé aux interventions de riposte aux épidémies de filovirus, notamment en Ouganda en 2000, en Angola en 2005, en République démocratique du Congo en 2007 et en Afrique de l’Ouest. À côté de cela, il travaille également sur l’informatique de la santé. Il a également travaillé avec l’International Medical Corps et ­l’Epidemic Intelligence Service des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis.


Introduction

Michiel Hofman et Sokhieng Au



Dans ses grandes lignes, l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest est connue de la majorité du public qui s’informe grâce à la presse. En décembre 2013, dans la région forestière isolée de Guéckédou, en Guinée, un petit garçon a rapidement succombé à une brève maladie non diagnostiquée. Le décès mystérieux de cet enfant a marqué le début d’une épidémie d’Ebola de deux ans qui allait faire trembler le monde et menacer nombre de pays, riches et pauvres confondus, en divers endroits de la planète. En bref, voici comment le scénario a évolué. L’épidémie est passée inaperçue jusqu’à la mi-mars 2014, moment où l’organisation internationale d’aide médicale Médecins Sans Frontières (MSF) a pour la première fois diagnostiqué la maladie en Guinée et où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié une notification formelle de la présence de la maladie à virus Ebola (OMS 2014). Avant cela, les épidémies d’Ebola avaient touché des régions retirées et faiblement peuplées, et s’étaient rapidement éteintes d’elles-mêmes. Cette première notification émise par l’OMS ne suscita que peu d’intérêt auprès des autorités sanitaires internationales, et l’épidémie continua à s’étendre. Sa première victime avait succombé dans une région forestière de la Guinée, limitrophe de la Sierra Leone et du Liberia. Le parcours de l’épidémie fut un rappel cinglant que les frontières artificielles n’ont aucune signification dans le monde de la nature : à partir de la région initiale, le virus s’est rapidement propagé à d’autres pays. L’épidémie fut officiellement déclarée le 23 mars en Guinée, le 30 mars au Liberia et le 25 mai en Sierra Leone.

À partir du début du mois d’avril, les membres du personnel MSF en Guinée et ceux déployés alors au Liberia voisin ont commencé à être extrêmement inquiets. L’organisation avait déjà été confrontée à de nombreuses épidémies d’Ebola, mais jamais sur une zone si étendue ni avec des victimes en si grand nombre. On ne comptait que quelques dizaines de spécialistes en la matière dans le monde entier, dont beaucoup étaient membres du personnel MSF, et l’on arrivait aux limites en termes d’expertise. Le 31 mars, MSF lançait un avertissement en déclarant que cette épidémie était sans précédent. Deux mois plus tard, le 23 juin 2014, l’organisation essayait d’alerter les autorités sanitaires internationales en utilisant les termes « hors de contrôle ». Ces deux avertissements n’ont eu d’autre effet que de faire pleuvoir des critiques sur le personnel MSF présent sur le terrain, que les gouvernements nationaux accusaient d’ingérence et de manœuvres politiques (Pagano et Poncin, à paraître). Il aura fallu attendre le 8 août 2014 pour que l’OMS finisse par déclarer que l’épidémie était une « urgence de santé publique de portée internationale ». Ce n’est que lorsque qu’un cas fut diagnostiqué le 24 septembre au Texas sur un voyageur provenant du Liberia, alors que l’épidémie faisait rage en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, que la majeure partie du monde tourna enfin son attention sur ces trois petits pays d’Afrique de l’Ouest.

En août et en septembre, la couverture médiatique de l’épidémie s’intensifia, et Ebola devint un phénomène culturel mondial. Les médias occidentaux produisirent en série des scénarios catastrophes, certains habitants du Midwest américain achetèrent des kits de survie Ebola, des compagnies aériennes annulèrent certains vols au départ des villes européennes, la température des voyageurs fut contrôlée dans les aéroports et les travailleurs humanitaires de retour au pays furent taxés d’égoïsme (Anderson 2014). Fonds et ressources commencèrent à affluer dans la région en août 2014. Au cours des mois qui suivirent, l’épidémie entama un recul qui, sans être radical, montra de la constance jusqu’en 2015. Au moment où l’épidémie fut déclarée terminée (ce qui, jusqu’à la fin avril 2016, avait été fait à plusieurs reprises dans les trois pays) 1 ou, pour utiliser des termes plus techniques, que la transmission interhumaine s’était enfin interrompue, 28 646 personnes avaient eu une infection confirmée par diagnostic, dont 11 308 en étaient décédées (OMS 2016b). Le 29 mars 2016, l’OMS déclarait officiellement la fin de l’« urgence de santé publique de portée internationale » (OMS 2016c).

La peur fut le maître mot de cette épidémie. Dans certains cas, cette peur était une réaction naturelle à une situation d’incertitude liée à une maladie mortelle. Dans d’autres cas, elle a été alimentée par les tenants du pouvoir qui cherchaient ainsi à obtenir des bénéfices politiques. La peur était aussi la conséquence imprévue de la diffusion de slogans dramatiques tel « Ebola tue », n’ayant pas fait l’objet d’une mise en lien avec le contexte et qui, diffusés par les autorités sanitaires dans la région, ont par mégarde souligné l’impuissance des traitements (Bianchi 2015). Il est un fait que ceux qui ont cherché à attirer l’attention et l’aide sur les populations victimes de l’épidémie en Afrique de l’Ouest ne se sont pas privés d’utiliser la peur pour mobiliser l’action en faveur de leur cause. Les discours évoquant le danger ont suscité un intérêt tant positif que négatif. Malheureusement, c’est cette crainte sous-jacente, plutôt que les réflexions rationnelles, qui a déterminé une grande partie des réponses apportées par l’Afrique de l’Ouest et les pays riches impliqués.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin