//img.uscri.be/pth/5a4c0c812727295eb03cf91a04ec2924db1e8d32
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 2,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Le Verre

De
37 pages

(Ingénieur verrier)

Messieurs,

L’empressement avec lequel il a été répondu par les archéologues et les collectionneurs, les artistes et les industriels à l’invitation qui leur avait été faite. au nom de l’Union centrale des Arts décoratifs fait de l’Exposition organisée cette année une des plus instructives en général, et tout particulièrement en ce qui concerne le verre.

Le comité organisateur de l’Exposition a pensé en augmenter l’intérêt en instituant une série de conférences sur les diverses parties qu’elle comprend, et son honorable président, M.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Léon Appert

Le Verre

LE VERRE

CONFÉRENCES DE M.L. APPERT

(Ingénieur verrier)

 

Messieurs,

 

L’empressement avec lequel il a été répondu par les archéologues et les collectionneurs, les artistes et les industriels à l’invitation qui leur avait été faite. au nom de l’Union centrale des Arts décoratifs fait de l’Exposition organisée cette année une des plus instructives en général, et tout particulièrement en ce qui concerne le verre.

Le comité organisateur de l’Exposition a pensé en augmenter l’intérêt en instituant une série de conférences sur les diverses parties qu’elle comprend, et son honorable président, M. Antonin Proust, a bien voulu me charger de vous en faire une sur le Verre.

J’aurai donc l’honneur de vous parler aujourd’hui du verre, de sa nature et de son histoire.

On peut dire que le verre est avec le fer le corps qui le plus contribué aux progrès de la civilisation ; aussi faire l’histoire du verre, est-ce faire presque celle de la civilisation elle-même.

Tout le monde connaît le verre, cette matière si précieuse, dont l’emploi général sous toutes espèces de formes l’a rendu indispensable pour les usages domestiques les plus variés. C’est une matière dure, transparente, fragile et très mauvaise conductrice de la chaleur, propriété qui la rend extrêmement susceptible de se briser aux changements brusques de température.

La cassure du verre a une apparence toute particulière, qu’on appelle cassure vitreuse, tout à fait caractéristique.

Tous les verres, et la variété en est grande, quelle que soit leur composition, sont fusibles à une température pouvant varier de 1,000 à 1,800° ; ils deviennent alors très fluides ; mais si on vient à les refroidir, ils passent de l’état liquide à l’état solide en prenant Un état intermédiaire particulier, qu’on appelle l’état pâteux.

Cet état particulier dont ils jouissent tous à un degré plus ou moins grand, suivant leur composition chimique, fait que tous les verres sont malléables, ductiles et susceptibles, par suite, d’être façonnés sous toutes espèces de formes.

Les propriétés caractéristiques du verre sont donc ; la transparence, la malléabilité, la ductilité et l’inaltérabilité.

Pour donner une idée de ces propriétés si particulières, nous avons apporté ici du verre qui a été soufflé quand il était encore très fluide ; vous voyez qu’il a pu s’allonger en lamelles infiniment minces ; sa ductilité est même assez grande pour qu’on puisse en faire des fils pouvant être tissés.

On peut se rappeler, à l’Exposition de 1878, les étoffes faites en verre filé, présentées par un fabricant de Vienne ; elles rendent de très grands services, en particulier pour les manipulations chimiques. On utilise encore une de ces propriétés pour en faire un nouveau corps employé dans l’industrie en grande quantité actuellement ; ce corps, qu’on appelle la laine de verre et qui est formé de fils de verre très fins, peut, par suite de son incombustibilité, être utilisé avec grand avantage, comme isolant, pour des tuyaux ou des appareils de chauffage en en empêchant le refroidissement.

Le verre, par suite de sa malléabilité, peut se souffler, se couler, se mouler, se couper même avec des ciseaux, prendre les formes les plus variées et répondre aux besoins d’usage domestique ou aux nécessités imposées dans un but décoratif.

Nous avons parlé plus haut de l’inaltérabilité du verre ; elle n’est que relative, en ce sens que, composé de certaines manières et dans certaines circonstances, il est susceptible de se décomposer et de prendre un aspect assez différent, par suite de la séparation de l’un ou de plusieurs de ses éléments.

On peut voir, dans les collections qui sont dans ce palais, des verres anciens ayant perdu leur transparence, mais qui sont, par contre, diaprés superficiellement des plus vives couleurs, par suite du dépôt fait à leur surface de pellicules extrêmement minces et superposées d’un corps nouveau formé des éléments restants, rappelant les couleurs de la nacre.

Les irisations ainsi produites sont généralement remarquables, comme variétés de couleurs, par les effets de décomposition de la lumière qui les traverse.

On a cherché à les reproduire artificiellement : MM. Chémandot et Fremy, en attaquant le verre d’une façon particulière et en le soumettant à l’action de certains corps, à une température convenable, ont en effet obtenu, en quelques heures, ce que le temps avait mis souvent des siècles à produire ; le résultat est un peu différent, car ces irisations produites si rapidement sont toujours inférieures comme éclat de couleurs, mais beaucoup plus solides et plus fixes que celles de la plupart des verres anciens, sur lesquelles il suffit souvent de souffler pour les faire disparaître.

Quoique le verre soit, par son aspect et ses propriétés physiques, très analogue à deux des corps les plus beaux et les plus précieux que nous trouvons dans la nature, le cristal de roche et le diamant, il est formé des éléments les plus communs, et nous pourrions dire même les plus grossiers qui se puissent rencontrer à l’état naturel, ou du moins qu’on rencontre en plus grande abondance dans la nature ; pour vous en donner la preuve, avec un des pavés de grès de nos rues et du bois qu’on nous fournirait en quantité suffisante, nous pourrions, faire du verre ; en effet, dans un fourneau de dimensions convenables, le bois, en brûlant, produirait la température nécessaire pour opérer la fusion ; les cendres resultant de cette combustion, mêlées avec le sable produit par la pulvérisation de notre pavé, donneraient, étant fondus, un corps qui serait un verre jouissant d’une malléabilité suffisante et qu’on pourrait façonner ; il ne serait pas suffisamment résistant et pourrait s’altérer spontanément à l’air ; en y ajoutant du calcaire, qui est représenté à Paris par le moellon ordinaire qui sert à édifier nos habitations, ou par de la craie, vulgairement appelée blanc d’Espagne, nous aurions un verre complet, formé de silice, de potasse et de chaux, la silice étant fournie par le pavé, la potasse par les cendres et la chaux par le calcaire.

Ceci nous amené à vous parler de la composition du verre : c’est un composé de ces trois éléments, lesquels forment ce qu’en chimie on appelle un sel, dans lequel, comme Berzelius l’a remarqué le premier, la silice joue le rôle d’acide, en donnant naissance à un silicate double de potasse et. de chaux.

La soude joue le même rôle que la potasse ; il en est de même de l’oxyde de plomb, qui, dans certaines espèces de verres, remplace la chaux ; tel est le cas pour le verre connu sous le nom de cristal.

Dans la fabrication moderne, le plus généralement, le verre est composé de silice, de soude et de chaux, et le cristal de silice, de potasse et d’oxyde de plomb.

La silice, vous la connaissez tous, se rencontre dans la nature à l’état de liberté avec une extrême abondance :

Tous les sables blancs, comme à Fontainebleau et en Champagne, ou colorés par les oxydes de fer, comme à Châtillon et à Montmorency, sont formés de silice ; le cristal de roche en est l’échantillon, à l’état cristallisé, le plus pur et le plus parfait. Tous les galets de la Manche sont formés de silice pure, et, quoique ayant souvent une coloration grisâtre assez intense donnée par des matières organiques, ils permettent d’obtenir une silice très pure ; on recherche même les silex noirs, regardés généralement comme ne contenant aucune trace d’oxyde de fer.

La potasse est généralement fournie par l’incinération des plantes, qui l’ont puisée elles-mêmes dans le sol ; elle s’y trouve, en effet, à l’état de sels solubles et provient le plus souvent de la décomposition des roches feldspathiques.

Ces roches, qui font partie des terrains dits de cristallisation, se décomposent encore actuellement, et les sels qui en résultent se sont répandus dans les terrains d’alluvion ; par suite du mystérieux phénomène de la végétation, cette potasse, qui se trouve dans le sol en quantité infinitésimale et que nous ne pourrions extraire que difficilement et d’une façon très coûteuse, est accumulée dans les tissus des plantes, qui jouent ainsi le rôle d’agents de concentration.

Certaines plantes, telles que les fougères, les pommes de terre, les betteraves, en contiennent des quantités considérables ; on les emploie pour son extraction, simplement en brûlant leurs tiges ou leurs feuilles.

Il en est de même pour la soude ; d’autres plantes, en effet, fournissent des cendres qui contiennent principalement de cette dernière base ; telles sont celles qui poussent aux bords de la mer.

Les soudes employées de toute antiquité, comme celles d’Espagne et du Levant, étaient obtenues de cette façon.

Les verres que vous voyez dans la collection du Musée rétrospectif ont été fabriqués avec des soudes analogues. Elles étaient d’une composition généralement assez inégale ; quelquefois la soude s’y trouvait à l’état de carbonate ; d’autres fois, à l’état caustique.