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Mélanges agricoles

De
564 pages

MESSIEURS,

On a reconnu, cette fois, que, dans la distribution qui va avoir lieu, les prix de moralité devaient passer avant les prix d’engraissement. Ce n’est donc pas comme vice-président du concours d’animaux de boucherie, mais au nom de la Société d’agriculture du Gard que j’ai l’honneur de vous adresser la parole.

Le concours de moralité et de bons services entre tous les valets de ferme et tous les bergers du département du Gard est, chaque année, un nouveau sujet de profonde satisfaction pour la Société d’agriculture.

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Gaston Goirand de La Baume
Mélanges agricoles
Discours et mémoires
PRÉFACE
L’histoire de l’agriculture méridionale offre peu de personnalités plus remarquables que celle de l’homme éminent qui présida pendant trente années consécutives la Société d’agriculture du Gard, et auquel ce corps savant do it en grande partie la légitime importance dont il jouit aujourd’hui. La physionomie de Monsieur de Labaume se détache, en effet, avec un incontestable relief, soit que l’on envisage en lui le magistrat ou l’agronome ; mais, parmi les manifestations diverses de cette haute intelligence, il faut reconnaître que le point de vue spécial qui nous occupe ne fut ni le moins brillant ni le moins intéressant à étudier. Monsieur de Labaume n’a pas été, comme tant d’autre s, attiré vers l’agriculture par des nécessités de situation ou par le désir fort lé gitime de trouver dans le fruit de ses études la satisfaction de ses intérêts : il devint agronome en dehors de toute idée de spéculation et par une tendance naturelle de son es prit vers la découverte des choses utiles. Aussi cette circonstance explique-t-elle l’indépendance avec laquelle il a toujours déclaré la guerre aux abus. L’origine de sa vocation ne fut pourtant pas, je cr ois, complètement étrangère à certaines traditions de famille et à des souvenirs contemporains de ses jeunes années ; mais il faut reconnaître que ses travaux ont eu principalement pour cause et pour but le désir de contribuer à réhabiliter aux yeux du plus grand nombre une science à laquelle se rattache l’existence même de l’humanité. C’est ce q ui explique comment, de sa vie si laborieuse et si utilement remplie, il voulut réser ver une part destinée à la propagation des connaissances utiles à tout agriculteur. Doué d’un sens droit et d’un esprit éclairé, il entreprit résolûment son œuvre, mais sans s’abuser sur les difficultés que devait lui créer l’aridité des matières qu’il avait à explorer. Aussi voulut-il essayer de populariser la science qu’il enseignait, en évitant tout recours aux procédés didactiques. C’est ainsi que son œuvre contient moins un traité d’agriculture qu’une série de dissertations sur des sujets agricoles, et que l’éminent agronome devint, par ce fait, l’initiateur d’un genre de talent que personne n’a d’ailleurs tenté d’imiter après lui. Mais il ne suffisait pas à Monsieur de Labaume de m ettre l’agriculture à la portée du plus grand nombre, en revêtant les notions qui s’y rapportent d’une forme simple et précise à la fois : il voulut, allant plus loin, rendre la science attrayante, et il était parvenu à captiver son public par les séductions d’un langa ge dont l’atticisme ne se démentit jamais. Le volume, dont l’auteur avait lui-même préparé les éléments et que publient aujourd’hui ses héritiers, n’est que la réunion de Discours et Mémoires prononcés ou écrits au jour le jour, et sans aucune idée de méthode ou de classification. Ce sont, avant tout, des œuvres d’actualité dans lesquelles l’aute ur a répandu presqu’à profusion les fruits utiles de son expérience et les richesses de son esprit. Avec Monsieur de Labaume, les Concours agricoles étaient devenus, dans le Gard, de véritables fêtes Académiques, et le sympathique pré sident s’y montrait toujours égal à lui-même, déployant ses merveilleuses ressources, soit qu’il dut exalter les mérites du cochon le plus gras, soit qu’il eut à récompenser les vertus aussi rares que modestes du valet de ferme le plus fidèle. Mais les Discours ne représentent qu’une partie des travaux agricoles de Monsieur de Labaume, et l’on retrouve les qualités solides et b rillantes de l’éminent agronome dans les nombreux Mémoires dédiés par lui à l’Académie du Gard durant une période de plus
de vingt années. Il a successivement abordé dans ce s écrits une foule de sujets intéressant l’Agriculture Méridionale, depuis l’impôt sur le sel jusqu’à l’échelle mobile, si fatale aux intérêts de nos contrées. Mais il ne se bornait point à traiter magistralement les thèses de l’ordre le plus élevé ; il ne dédaignait pas plus les sujets de moindre importance, et ses notices sur le chaulage et l’éco buage, sur la ventilation des magnaneries, la greffe à la Pontoise, les cultures fourragères, son étude sur les avantages respectifs de la serpette et du sécateur, révèlent, avec la même autorité de parole, une remarquable justesse d’appréciations. Ses rapports sur les primes d’honneur sont encore, en dehors de leur valeur intrinsèque, des œuvres littéraires d’un intérêt saisissant. Monsieur de Labaume n’aimait ni la routine inintelligente ni les innovations téméraires ; et sa croisade contre le charlatanisme agricole pro uve de plus son aversion pour les méthodes empiriques. Mais il n’était pas pour cela systématiquement hostile au progrès et nè blâmait que les innovations mal étudiées, qui finissent tôt ou tard par ruiner l’agriculteur, sans profit pour l’agriculture. Aprè s avoir signalé le péril des systèmes fantaisistes, il prenait soin d’indiquer la voie que doit suivre un agriculteur sérieux, et ses écrits fourmillent d’enseignements que l’on croirait inspirés à la fois par l’esprit pratique de Collumelle et la sagesse de Caton. Monsieur de Labaume aimait sincèrement l’agriculture et déplorait l’infériorité du rang qu’elle occupe, en France surtout, dans l’ordre des connaissances humaines. Ses écrits protestent avec énergie contre ce qu’il croit être une injustice, et ses aspirations nous auraient volontiers ramenés vers les temps heureux où les empereurs cultivaient eux-mêmes les arbres de leur jardin, où les dictateurs recevaient les envoyés du Sénat de Rome sans quitter le soc de leur charrue. Il regrettait sans doute cette époque vantée par Pline, où la terre prouvait, par sa fécondité, la s atisfaction qu’elle ressentait de se voir cultivée par la main des triomphateurs. Mais il connaissait trop l’esprit de son temps pour ne pas avoir des vues plus modestes et plus pratiqu es. Il se sentait certainement impuissant à ramener les rois et les dictateurs à des mœurs patriarchales, mais il savait qu’un homme d’intelligence et de dévouement peut rendre d’utiles services à l’agriculture, et c’est à ce résultat qu’il consacra ses efforts persévérants. Il combattit l’oisiveté, cette lèpre de notre état social, en la comparant à la rouille, qui use plus que le travail. Il accusait avec raison le désœuvrement de féconder les mauvaises pensées qui germent dans un esprit sans c ulture, comme les mauvaises herbes dans un champ abandonné. Après avoir flétri l’oisiveté, il devait réhabilite r le travail, cette loi suprême de l’humanité ; et, faisant allusion au mouvement social qui a marqué la fin du dernier siècle, il rappelait avec à-propos à son auditoire de laboureurs, que l’homme n’a de valeur réelle que celle qu’il doit à son mérite, et que de nos jo urs, plus que jamais, l’utilité fait la noblesse. Le traité sur la culture du mûrier, fait avec la collaboration d’un pépiniériste Nimois, est encore un travail important, dont la publication fit sensation dans le monde agricole ; et qui sait si des événements peut-être prochains, mais dans tous les cas trop probables, ne rendront pas à cette œuvre un peu démodée, son actualité d’il y a vingt ans. En résumé, et pour emprunter les appréciations d’un membre distingué de l’Académie du Gard, l’auteur du volume que l’on publie aujourd ’hui « ne fut en agriculteure ni un théoricien éminent, ni un praticien hors ligne, mais il fut un homme d’esprit et de sens qui, sans accorder une confiance aveugle à tel ou tel sy stème, savait assigner à chacun d’eux son rôle spécial et son degré d’importance. Aussi ce sage éclectisme n’a-t-il jamais cessé d’inspirer les écrits nombreux qu’il a consacrés à sa science favorite. »
En réunissant en un seul volume d’un format élégant et commode toutes les œuvres agricoles de Monsieur de Labaume, les héritiers de ce savant et spirituel agronome n’accomplissent pas seulement un devoir pieux, ils dotent encore les bibliothèques d’un livre utile et d’une lecture attrayante. Les agricu lteurs méridionaux et tous les gens de goût feront, nous n’en doutons pas, le meilleur accueil à cette intéressante publication. r D FRÉDÉRIC CAZALIS. Directeur duMessager Agricole. Montpellier, septembre 1876.
PREMIÈRE PARTIE
DISCOURS
LE TRAVAIL DES CHAMPS
Discours prononcé au Concours général d’Animaux de Boucherie à Nimes le 9 avril 1867
MESSIEURS,
On a reconnu, cette fois, que, dans la distribution qui va avoir lieu, les prix de moralité devaient passer avant les prix d’engraissement. Ce n’est donc pas comme vice-président du concours d’animaux de boucherie, mais au nom de la Société d’agriculture du Gard que j’ai l’honneur de vous adresser la parole. Le concours de moralité et de bons services entre tous les valets de ferme et tous les bergers du département du Gard est, chaque année, u n nouveau sujet de profonde satisfaction pour la Société d’agriculture. Elle s’applaudit tous les jours davantage d’avoir, depuis si longtemps, donné l’heureux exemple de cette utile création, qui, loin d’user son importance, semble acquérir des forces en marchant. Nous nous réjouissions, lors du dernier concours, d e pouvoir compter jusqu’à 34 candidats ; 48 se présentent, cette fois, pour obtenir nos honorables, mais bien modestes récompenses. Proclamer leur mérite, les signaler à la haute estime des honnêtes gens afin d’exciter une généreuse émulation, c’est le meilleur et le pl us éloquent de tous les discours. La glorification du travail, de la probité, de la fidé lité inspire les vertus qu’elle exalte ; c’est ainsi que Plutarque a suscité plus de héros qu’il n’en a célébrés. Il semble que tout a été dit depuis longtemps en l’honneur du travail ; mais il y a de ces vieilles vérités que l’on ne peut trop reproduire. Personne ne découvrant des vérités nouvelles, on ne saurait mieux employer son temps qu’en cherchant à mettre en lumière celles qui existent dans la conscience humaine. Le travail est nécessaire dans toutes les positions sociales. Il éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. Que l’homme soit ou non destiné au bonheur, il est certain que la vie n’est jamais pour lui plus supportable que lorsqu’il travaille sérieusement. Il n’est pas plus fait pour rester continuellement inactif que l’oiseau pour tenir toujours ses ailes fermées. L’oisiveté corporelle ressemble à la rouille ; elle use plus que le travail, et l’on perd ses forces à ne pas s’en servir. L’oisiveté intellectuelle laisse pousser trop de ma uvaises herbes dans un esprit qui reste sans culture. Le travail, qui fait vivre le pauvre, prolonge l’ex istence du riche, car il est la santé du corps et la joie de notre âme. Lui seul peut apaiser toutes les fermentations si d angereuses des sens et de la pensée. Il faut fatiguer son corps pour reposer son âme. Franklin n’hésite pas à dire que celui qui ne fait rien est bien près de mal faire ;et nous trouvons dans un Père de l’Église cette prudente recommandation :Faites en sorte que le démon vous trouve toujours occupé à quelque chose d’utile. Toutes les saines occupations rentrent dans la loi générale du travail, et il est bon que le manouvrier, qui montre tant de dédain pour les travaux de l’homme d’études, auxquels il reproche d’être exempts de fatigue, sache bien q ue, comme le corps, l’esprit a ses sueurs. Nous sommes loin du temps où le travail était une œ uvre servile. Il est réhabilité
aujourd’hui : intellectuel ou manuel, il occupe tous les degrés de l’échelle sociale, que l’on ne doit monter qu’avec son appui. On ne rencontre plus guère de ces personnes qui cro yaient fermement que leur naissance devait leur interdire presque toutes les professions, et qui se voyaient condamnées à être riches sous peine d’être méprisées. L’aristocratie de nos jours se recrute dans toutes les classes de la société. C’est l’utilité qui fait la noblesse. Les valets de ferme et les be rgers que nous allons couronner sont tous dignes d’en faire partie, tandis qu’il y a bea ucoup de millionnaires à qui l’on refuserait cet honneur. Le travail, sous toutes ses formes, a donc des droits à nos hommages ; mais nous les adressons de préférence au travail des champs, au travail qui moralise le plus, au travail sans lequel nous mourrions de faim à côté de toutes nos richesses. Dans tous les temps, et par tous les législateurs, il a été considéré comme le premier des travaux. C’est d’ailleurs celui qui s’accorde l e mieux avec notre organisation physique. Quand l’homme fut créé pour qu’il travaillât,ut operaret,comme dit l’Écriture, il n’était probablement pas destiné à passer sa vie da ns un cabinet d’études, ou même à user ses forces enfermé dans quelque atelier. Le travail appliqué à la culture de la terre contribue, plus que tout autre, à l’entretien de la santé : on a même soutenu qu’il guérissait la folie. Sans vouloir lui contester ce mérite, nous sommes forcé de reconnaître que, quelque moralisateur qu’il soit, il ne suffit plus aujourd’hui pour étouffer toutes les mauvaises passions. Il y a vingt ans que nous aurions noté comme des ex ceptions bien plus rares ces ouvriers agricoles qui courent de place en place, c herchant partout une condition où, sans travail et sans dépendance, ils puissent exige r un salaire qu’ils élèvent en raison inverse des services qu’ils ont l’intention de rend re. Leur conduite est un argument de plus pour ces observateurs peu bienveillants qui ne craignent pas de prétendre que l’avidité du bien-être avec l’éloignement pour le t ravail est le trait distinctif de notre époque. La durée du service dans le même domaine n’est pas la seule condition de notre concours. Il est trop vrai que la tyrannie de l’hab itude — cette routine du cœur — est souvent pour beaucoup dans les longues périodes ind iquées par les certificats, et que, quelquefois, trente années de service prouvent plus la patience du maître que la fidélité du valet. Ce que nous venons glorifier ici, c’est le long attachement du valet de ferme pour le sol qu’il a l’habitude de cultiver et pour la famille q ui le récompense de ses soins ; ce sont ces liens intimes que les services établissent entre les maîtres et les bons serviteurs. Voilà les hommes auxquels nous devons notre estime et notre reconnaissance, car l’un des plus puissants éléments des succès agricoles c’est la moralité des agents. Leurs vœux ne passent point leur champêtre domaine ; l’ambition, même la plus modeste, ne saurait les atteindre : tout changement équivaudrait pour eux à une révolution ; ce qu’ils veulent, c’est de rester ce qu’ils sont. Vous n’en verrez pas un qui, même quand le travail a augmenté son bien-être, ait la moindre envie d’enrichir son costume. Ils craindrai ent que l’on pût croire qu’avec la modestie de leurs vêtements, ils ont perdu la simplicité de leurs mœurs. Ils comprennent que la redingote du citadin n’est pas toujours auss i sûre que la veste du laboureur d’obtenir cette considération qu’ils ont le légitim e orgueil de vouloir conserver. Ils se gardent bien d’imiter ces vieillards qui veulent qu’on respecte leurs cheveux blancs et qui commencent par les faire teindre. J’ai déjà, messieurs, assez abusé de votre indulgence. Le meilleur moyen de vous en
remercier, c’est d’éviter d’en avoir besoin plus longtemps. Je vais donc finir en proclamant bien haut le nom d e-nos honorables lauréats, afin qu’ils ne demeurent pas inconnus, ainsi que cela arrive à beaucoup d’hommes de bien qui ne savent pas faire du bruit. Ils seront heureux de recevoir nos couronnes des ma ins d’un préfet dont l’administration, aussi bienveillante qu’elle est ferme et habile, se voit entourée de tant de sympathies, et a su inspirer aux habitants des campagnes, comme à ceux de la ville, la plus légitime et la plus entière confiance.