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Afin de délimiter l'un des lieux du dialogue entre les archéologues et les ethnologues, afin d'en estimer ensuite la portée et les limites, l'auteur, ethnologue, livre au cours de cet essai le type de réponses que sa discipline peut fournir au problème de l'interprétation des figures que nous propose l'art rupestre sud-américain sans ignorer les difficultés épistémologiques engendrées par une telle entreprise. Elle a retenu la figure omniprésente du cervidé dans l'art pariétal des basses terres de l'Amérique du Sud et s'est proposée de dégager les thèmes sous - jacents aux histoires de cerf, de biche et de daguet que content les littératures orales des sociétés amazoniennes. Au fur et à mesure de son développement, cette recherche révélait la nécessité d'un recours à d'autres disciplines: la paléontologie, essentielle à l'archéologie, est limitée ici à une ébauche de la colonisation du continent sud-américain par des immigrés nordiques dont les cervidés et cette ébauche sera soumise à la retaille des spécialistes; en même temps nous ressentions tous les besoins d'une étude zoologique et ethno-zoologique pour préciser les habitants, les formes corporelles, les couleurs et les comportements des cervidés à partir desquels les hommes vont moduler les relations qu'ils entretiennent avec ces animaux. Cette étude menée à bien, l'auteur peut amorcer la recherche proprement ethnologique et s'appuie dès lors sur les pratiques, la science et la littérature orale des sociétés amazoniennes contemporaines ou historiques pour décrire le pôle zoo - ethnologique de la relation des hommes aux cervidés. Pour respecter les limites assignées à cette tentative, des zones d'ombre ont dû être conservées et des analyses raccourcies, néanmoins ce rapide parcours permet de suivre l'homme dans ses fonctions de prédateur et de consommateur, de le voir investir cette relation de liens idéologiques. A travers les constructions successives de l'image des cervidés pour les cultures amazoniennes, l'auteur esquisse enfin la position sémantique du terme "cervidé" dans la pensée mythique et sa signification pour l'imaginaire amazonien. C'est cette symbolique du cervidé qui interroge les archéologues. Le lieu du dialogue ne serait-il pas donné par ces archétypes qu'élaborent les structures imaginaires et qui sous-tendent les réalisations singulières et historiques propres à chaque culture?. Illustration de la couverture: Os gravés et sculptés matsiguenga. Sur l'os du haut sont représentés des traces de daguet rouge, sur celui du bas, les dessins dorsaux d'une carapace de tortue. Les deux os se suivent dans la frange qui orne un bandeau de portage fait sur le rio Picha.


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Couverture

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Essai sur les cervidés de l'Amazonie et sur leur signification dans les cultures indiennes actuelles

France-Marie Renard-Casevitz
  • Éditeur : Institut français d’études andines
  • Année d'édition : 1979
  • Date de mise en ligne : 4 juin 2015
  • Collection : Travaux de l’IFÉA
  • ISBN électronique : 9782821845183

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Édition imprimée
  • Nombre de pages : 126
 
Référence électronique

RENARD-CASEVITZ, France-Marie. Su-açu : Essai sur les cervidés de l'Amazonie et sur leur signification dans les cultures indiennes actuelles. Nouvelle édition [en ligne]. Lima : Institut français d’études andines, 1979 (généré le 12 novembre 2015). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ifea/6829>. ISBN : 9782821845183.

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© Institut français d’études andines, 1979

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Afin de délimiter l'un des lieux du dialogue entre les archéologues et les ethnologues, afin d'en estimer ensuite la portée et les limites, l'auteur, ethnologue, livre au cours de cet essai le type de réponses que sa discipline peut fournir au problème de l'interprétation des figures que nous propose l'art rupestre sud-américain sans ignorer les difficultés épistémologiques engendrées par une telle entreprise.

Elle a retenu la figure omniprésente du cervidé dans l'art pariétal des basses terres de l'Amérique du Sud et s'est proposée de dégager les thèmes sous - jacents aux histoires de cerf, de biche et de daguet que content les littératures orales des sociétés amazoniennes. Au fur et à mesure de son développement, cette recherche révélait la nécessité d'un recours à d'autres disciplines: la paléontologie, essentielle à l'archéologie, est limitée ici à une ébauche de la colonisation du continent sud-américain par des immigrés nordiques dont les cervidés et cette ébauche sera soumise à la retaille des spécialistes; en même temps nous ressentions tous les besoins d'une étude zoologique et ethno-zoologique pour préciser les habitants, les formes corporelles, les couleurs et les comportements des cervidés à partir desquels les hommes vont moduler les relations qu'ils entretiennent avec ces animaux. Cette étude menée à bien, l'auteur peut amorcer la recherche proprement ethnologique et s'appuie dès lors sur les pratiques, la science et la littérature orale des sociétés amazoniennes contemporaines ou historiques pour décrire le pôle zoo - ethnologique de la relation des hommes aux cervidés. Pour respecter les limites assignées à cette tentative, des zones d'ombre ont dû être conservées et des analyses raccourcies, néanmoins ce rapide parcours permet de suivre l'homme dans ses fonctions de prédateur et de consommateur, de le voir investir cette relation de liens idéologiques. A travers les constructions successives de l'image des cervidés pour les cultures amazoniennes, l'auteur esquisse enfin la position sémantique du terme "cervidé" dans la pensée mythique et sa signification pour l'imaginaire amazonien.

C'est cette symbolique du cervidé qui interroge les archéologues. Le lieu du dialogue ne serait-il pas donné par ces archétypes qu'élaborent les structures imaginaires et qui sous-tendent les réalisations singulières et historiques propres à chaque culture?.

Illustration de la couverture: Os gravés et sculptés matsiguenga. Sur l'os du haut sont représentés des traces de daguet rouge, sur celui du bas, les dessins dorsaux d'une carapace de tortue. Les deux os se suivent dans la frange qui orne un bandeau de portage fait sur le rio Picha.

Con el fin de deslindar uno de los campos del diálogo entre los arqueólogos y los etnólogos y de estimar luego el alcance de dicho diálogo y sus límites, la autora, etnóloga, aporta en este ensayo el tipo de respuestas que su disciplina puede proporcionar al problema de la interpretación de las figuras que muestra el arte rupestre sudamericano, eso sin ignorar las dificultades epistemológicas engendradas por esta acción.

Al escoger la figura omnipresente del cérvido en el arte parietal de las tierras bajas de América del Sur, se ha propuesto aclarar los temas subyacentes a las historias de ciervo, de cierva y de cervato que relatan las literaturas orales de las sociedades amazónicas. A medida de su desarrollo, esta investigación reveló la necesidad de recurrir a otras disciplinas como ser la paleontología, la zoología y la etnozoología. La paleontología, esencial en arqueología, se limita aquí a un esbozo de la colonización del continente sudamericano por inmigrantes nórdicos, entre los cuales se encuentran los cérvidos, y este bosquejo será sometido a la opinión de los especialistas para que lo adecúen. Al mismo tiempo todos sentíamos la necesidad de un estudio zoológico y etno-zoológico para precisar los habitats, las formas corporales, los colores y los comportamientos de los cérvidos, características a partir de las cuales los nombres van a modular las relaciones que mantienen con estos animales. Una vez acabado este estudio, la autora pudo comenzar la investigación propiamente etnológica apoyándose desde entonces sobre las prácticas, la ciencia y la literatura oral de las sociedades amazónicas contemporáneas o históricas para describir el polo zoo-etnológico de la relación entre los hombres y los cérvidos. Para respetar los límites asignados a esta tentativa, se han conservado puntos oscuros y los análisis son breves; no obstante, este rápido recorrido permite seguir al hombre en sus funciones de predador y de consumidor, ver cómo reviste esta relación con lazos ideológicos. A través de las sucesivas construcciones de la imagen de los cérvidos en las culturas amazónicas, el autor esboza por fin la posición semántica del término "cérvido" en el pensamiento mítico y su significado para el imaginario amazónico.

Es esta simbólica del cérvido la que plantea un interrogante a los arqueólogos. ¿No se ubicaría el campo del diálogo al nivel de estos arquetipos que elaboran las estructuras imaginarias y que sostienen las realizaciones singulares e históricas propias a cada cultura?.

Ilustración de la carátula: Huesos grabados y esculpidos matsiguenga. Sobre el hueso superior están representados rasgos de cervatillo rojo; en el inferior los dibujos dorsales de una caparazón de tortuga. Los dos huesos se encuentran juntos en la franja que adorna una "faja de cargar" hecha en el rio Picha.

Sommaire
  1. Avant-propos

    F. M. Casevitz
  2. Introduction

  3. 1 - Cervides : Histoire Et Ethnozoologie

    1. I Bref Regard sur la Paléontologie

    2. II. Zoologie et Ethnozoologie

      1. POUDOU
      2. GUEMAL ou HUEMUL
      3. DAGUETS
  4. 2 - Hommes et cervides. univers technique de la chasse

    1. III Chasseurs et cervidés

      1. Armes
      2. Les Pièges
      3. Techniques de Chasse
    2. IV Consommation

      1. Transformations technologiques
  5. 3 - L'univers culturel de la chasse

    1. V Consommation alimentaire

      1. a) Animisme
      2. b) Ethique de la chasse aux cervidés
    1. VI Idéologie : Animisme - Chamanisme - Maître des Animaux

      1. a) Zoomorphisme anthropocentrique
      2. b) Chamanisme
      3. c) Maître des Animaux
    2. VII Position Sémantique du Cervidé

      1. Cervidé. Beauté et Séduction
      2. Cervidé. Vie Brève et Mort
      3. Le Cervidé, un mixte
  1. Conclusion

  2. Index general

  3. Index des tribus

  4. Cartes

  5. Table des illustrations

  6. Bibliographie

Avant-propos

F. M. Casevitz

1Quelques pages d’Annette Laming-Emperaire devaient ouvrir cet essai pour en tracer la place et le but au sein des recherches sur l’art rupestre qu’elle menait avec nous, son équipe. Pour elle et pour nous, il s’agissait d’un premier pas non dénué d’audace pour amorcer, dans une équipe élargie, une interdisciplinarité réelle : archéologie-ethnologie-zoologie et paléontologie, en plus des relations interdisciplinaires déjà nouées. Annette n’est plus et nous pourrons et devrons avec le temps, découvrir tout ce dont nous lui sommes redevables.

2Mais dès maintenant nous voudrions lui rendre doublement hommage : du point de vue scientifique, sans parler de l’étendue de ses connaissances et de ses intérêts, pour l’orientation, les suggestions et l’animation qu’elle apportait à ses recherches sur l’art rupestre et qu’elle avait su faire devenir nôtres ; du point de vue humain, trop volontiers passé sous silence, pour la chaleur et l’amabilité de son accueil et par la suite pour sa générosité constante et son dynamisme qui, joints à sa simplicité, étaient nos meilleurs encouragements à mener à bien les tâches et les recherches définies et entreprises ensemble. Notre véritable hommage, notre amitié et notre estime trouveront mieux encore à s’exprimer en continuant l’œuvre en cours dans le même esprit et les directions qu’elle lui avait donnés.

Introduction

1Face à l’énigme qu’est pour nous la signification de l’art rupestre, le premier problème à résoudre est celui des choix méthodologiques. Toute méthode d’approche et d’enregistrement comme toute méthode d’interprétation doivent être interrogées pour en délimiter la portée et déterminer la validité. Il ne saurait y avoir d’a priori ou de méthode qui aillent de soi ; et le moment où il faut en rendre compte vient tôt ou tard, à moins de rester dans les préjugés et de provoquer une suspicion légitime.

2L’Equipe d’Archéologie d’Amérique latine qui a mené des recherches sur l’art pariétal de Lagoa Santa et qui étend progressivement son champ d’étude à d’autres régions amazoniennes, a pour souci de se plier à cette double discipline ou à ce double effort, l’analyse des données et l’analyse des méthodes qui permettent leur enregistrement leur élaboration et leur interprétation. C’est un choix sans doute ambitieux et sûrement captivant qui requiert une recherche de longue haleine. Car si aucune méthode n’est à accepter a priori, aucune n’est à rejeter avant qu’on ne démontre son inutilité ou l’arbitraire de ses résultats. Il nous faut donc faire feu de tout bois pour découvrir les bons procédés et les bons bois. Cela implique aussi que nous tâtonnions, voire que nous nous fourvoyions avant de toucher au but.

3Peutre est-ce à une de ces errances infécondes que je vais consacrer ces pages, bien que les résultats acquis, si modestes soient-ils, me convainquent du contraire. En effet il ne s’agit pas d’archéologie ni de méthode proprement archéologique, si tant est que les méthodes d’interprétation des données s’en tiennent au découpage des disciplines, mais d’ une discipline marginale par rapport à cette spécialité : l’ethnologie et ce qu’elle a à dire en archéologie. Nous nous sommes d’abord posé la question de savoir quels sont les lieux du dialogue archéologie-ethnologie. On sait que de façon implicite ou explicite, les analogies entre les faits sociaux observables ou vécus et les mises à jour des fouilles archéologiques s’offrent au chercheur comme sa tentation et qu’il lui faut prendre garde aux pièges qu’elles recèlent. De vieux débats en font foi, d’importants ouvrages soit prônent le dialogue à outrance, soit soutiennent le droit à l’isolationisme en contre-coup des excès de l’autre camp. Pour ne pas tomber dans un affrontement abstrait et quelque peu stérile d’arguments contraires, il nous a semblé utile d’apporter un début de démonstration concrète sur lequel réfléchir ; voilà la raison d’être de ce document qui sera soumis aux critiques et aux suggestions sur sa fiabilité et son utilité générale d’une part, sur son apport dans le cadre d’une recherche interdisciplinaire d’autre part. Peut-être ainsi pourrons-nous déterminer un des lieux privilégiés du dialogue entre archéologues et anthropologues, et sinon savoir au moins Ce qu’il ne faut pas refaire.

4Ayant retenu une tactique, une nouvelle question s’élevait : quel genre de documents ethnologiques offrir à des archéologues aux prises avec des problèmes d’interprétation d’art rupestre ? Dans la grande variété des études possibles, notre choix fut arbitraire à un double titre : il s’est proposé d’étudier, dans la pensée contemporaine des ethnies amazoniennes, la fonction sémantique tenue par un animal ; et de prendre comme thème le cervidé plutôt qu’un autre représentant de la faune amazonienne. En fait l’arbitraire est moins grand qu’il n’y paraît. L’art rupestre dessine des signes et des figures qui sont, sinon parlants car leur déchiffrement en ce cas serait plus aisé, du moins sensés à travers le codage et les techniques de la peinture et de la gravure ; qu’ils soient discours, allégories, témoignages religieux ou sociaux, ou affiches, on peut soumettre ces signes et ces figures aux divers procédés de l’analyse sémantique. S’assigner d’emblée une problématique voisine, devrait, non pas noyer le poisson ou se faire la part belle, mais faciliter la confrontation des méthodes et de leurs résultats là où ils convergent, permettre le dialogue là où apparemment il devrait avoir à se développer. Quant au thème du cervidé, amplement représenté dans l’art rupestre, il était parmi ceux qui s’imposaient de ce fait à notre choix, influencé à un titre égal par mon expérience du terrain et son importance actuelle dans de nombreuses cultures.

5Pour répondre au but ainsi tracé, j’ai entrepris l’étude du cervidé sous plusieurs aspects : 1a chasse, la consommation, l’utilisation qu’en font certains rites et certains mythes. Là encore c’est pour soutenir la comparaison, s’il y a lieu, et aussi dangereuse soit-elle, avec le matériel mis à jour par les fouilles, que j’ai mis l’accent sur l’univers cynégétique qu’une étude du cervidé, de toute manière, ne pouvait pas ignorer. De ce fait j’ai sans doute traité trop rapidement la mythologie si riche d’enseignements mais nos discussions permettront par la suite de mieux équilibrer l’étude des données en fonction des besoins.

6C’est en effet à la suite d’exposés partiels et des questions soulevées que cette orientation s’est précisée, de même que la nécessité d’une étude zoologique et d’une mise au point paléontologique devenait pressante. Faute dans l’immédiat de compétences disponibles, j’ai donc entrepris les recherches bibliographiques permettant de rassembler et de résumer les données paléontologiques et zoologiques qui servent de longue introduction au thème initialement retenu et pour lesquelles je demande l’indulgence : les paléontologues manquent encore de matériel et de dates fiables pour combler des lacunes importantes et l’on comprendra la difficulté de leur entreprise si l’on ajoute que les zoologues n’ont pas encore fait l’unanimité entre eux dans la classification de diverses espèces de la faune sud-américaine. Il m’a fallu rendre compte des divergences, rien ne m’autorisant à trancher, ou taire les sujets trop embrouillés ou trop aléatoires, notamment en paléontologie qui fera figure de parente pauvre. L’étude zoologique et ethnozoologique fut mieux servie car elle s’occupe des éléments naturels dont s’empare également la pensée mythologique.

7A vrai dire, que l’étude zoologique des cervidés amazoniens ne soit pas complètement achevée ne nous a guère génés au niveau d’interprétation où nous nous sommes maintenus.

8Dans cet ouvrage propédeutique, nous avons abordé ce qu’on pourrait appeler une macro-analyse dans laquelle souvent seul le genre du cervidé, et non les espèces, apparaît. Devant les peintures rupestres l’archéologue hésite à indentifier le cervidé comme tel dans le pire des cas, ou le genre du cervidé, dans les autres, heureusement plus nombreux ; devant des textes imprécis, l’ethnologue rencontre les mêmes difficultés : de qui parle-t-on, d’un cerf, d’un daguet ? Toutefois ces imprécisions fort nuisibles à qui se livrerait à une micro-analyse, dans une culture donnée, de la position sémantique des cervidés amazoniens, ont moins d’importance ici puisque je me propose de dégager à travers les inversions dont joue la pensée amazonienne, le sens commun et général de la figure du cervidé, dans la mesure où il y en a un et qu’il se manifeste. C’est pourquoi dans la partie proprement ethnologique, un petit nombre d’exemples seulement est examiné afin de ne pas congestionner le lecteur et l’ouvrage ; le traitement de ces exemples se fonde sur l’analyse structurale, dont les acquis ne sont plus à démontrer en ce domaine, pour mettre à jour à travers des oppositions et des corrélations ce que veut dire le cervidé : un sens minimum mais qu’il répèterait d’un bout à l’autre de l’Amazonie. Il s’agit, redisons-le, de trouver le dénominateur commun aux cervidés, en deçà des différences génériques et spécifiques d’une part, des cultures et de l’inversion des thèmes d’autre part.

9Une fois achevé ce parcours au sein de la faune, de l’univers cynégétiques, rituel et culturel des ethnies amazoniennes des siècles post-conquêtes, nous découvrirons le refrain du cervidé. Mais admettant nos résultats acquis, nous ne serons pas au bout de nos peines pour autant. Y a t-il un rapport entre ce refrain lancinant et ce que donnent à voir — et à entendre — les figures d’autrefois peintes et gravées sur la roche ? Si oui comment nous en assurer et jusqu’où le mener ? Comment passer de la parole d’aujourd’hui aux glyphes d’hier ? Comment, dépassant le temps advenu, les coupures et les bouleversements, établir un lien solide entre des sociétés disparues dont nous ignorons beaucoup de choses, et les groupes survivant mal et cependant évolués d’aujourd’hui, riches d’expériences millénaires ? Comment même prétendre à l’existence possible d’un tel lien interprétatif ? Et n’est-ce pas tenter le diable que d’offrir des points de comparaison tout en se méfiant au possible des comparaisons à travers les âges et les lieux ? Autant de questions que nous soulevons et dont les réponses partielles viendront à « pas de tortue » soit pour éviter les analogies et assimilations non fondées et indéfendables, soit parce qu’elles sont encore balbutiantes. Autant de questions qu’il faut d’abord situer à leur véritable niveau si l’on veut y répondre un jour : niveau général sans doute, à l’exclusion de tout autre quand tout devenir culturel est perdu et impossible à reconstituer, niveau particulier relevant d’analyses plus fines dès lors qu’on est assuré d’un lien de filiation avec des cultures disparues récemment ou comtemporaines.

10Quant à nous c’est à un niveau général que nous voulons parvenir pour pouvoir fournir un ensemble concret à tester en fonction de chaque-question. Par niveau général, nous entendons justement cette signification commune à de nombreuses ethnies éloignées dans le temps et l’espace en sorte qu’on puisse lui accorder, comme forte hypothèse, une grande antiquité.

11Avant de clore cette introduction, je voudrais remercier ceux qui ont orienté et aidé cette recherche. Madame A. Laming-Emperaire et son équipe d’une part. Madame J. Bolens-Duvernay qui a eu l’obligeance de me traduire avec la plus grande précision les termes importants de mythes et de textes en allemand.

1 - Cervides : Histoire Et Ethnozoologie

I Bref Regard sur la Paléontologie

1Pour comprendre la composition actuelle de la forme sud-américaine et, en ce qui nous occupe, évoquer l’origine des cervidés sud-américains, nous rappellerons brièvement deux traits capitaux de l’histoire paléontologique de l’Améque du Sud.

2Pendant la plus grande partie du tertiaire1, du Paléocène moyen « jusqu’au Pliocène moyen » pour Paula Couto (1952. p. 5) et même jusqu’au Pliocène supérieur pour Fittkau (in B.E. S-A. 1969. 2. p. 627) et d’autres auteurs, l’Amérique du Sud est un continent isolé. C’est pourquoi les faunes du Paléocène et de l’Eocène sont plus limitées que dans les autres contients. Elles comprennent seulement trois groupes principaux : marsupiaux, édentés et ongulés mais « elles ne sont pas pauvres pour autant car elles ont donné, à partir de ce stock limité, un grand nombre de genres et d’espèces évoluant sur place » (Simpson G-G. in B.E. S-A. 1969. 2. p. 892-93). A la fin du tertiaire, la faune sud-américaine était donc, à un degré extrème, endémique et autochtone selon les définitions de P. Hershkovitz2 grâce à cette longue période insulaire.

3« Avec la formation d’un pont terrestre à la fin du Pliocène » (Fittkau. Ibid.) entre l’Amérique du Sud et l’Amérique Centrale, la faune sud-américaine allait subir de profonds bouleversements et, selon les termes de G-G Simpson, un accroissement énorme.

4Des échanges de faunes intervenaient entre les deux continents américains et tandis que des ordres et des familles sud-américains3 bien diversifiés (Litopterna, Notoungulés...)4 s’éteignaient progressivement, des représentants de la faune nord-américaine s’installaient et progressaient à travers toute l’Amérique du Sud appelée encore, avec l’Amérique Centrale, région néotropicale. Ces échanges expliquent la composition actuelle des faunes néotropicale et holarctique (cf. 4 et la carte 1) : sur les 32 familles de mammifères terrestres actuellement représentées et jadis endémiques dans l’un ou l’autre des continents américains, 18 familles (56 %) aujourd’hui sont cosmopolites et ont des représentants implantés au nord comme au sud (cf. Simpson G-G. op. cit). Il faut d’ailleurs noter que ces échanges de faune furent presqu’unidirectionnels quant qu succès de leur extension : les familles qui passèrent du nord au sud réussirent, dans leur majorité, à s’implanter dans la région néotropicale5 alors que celles qui se dirigèrent du sud vers le nord se sont éteintes pour la plupart assez rapidement. En revanche une fois installés dans le continent sud-américain les mammifères immigrés, par des phénomènes d’évolution et d’adaptation régionales sous l’action du « principe de distinction par niche écologique », devenaient autochtones (cf. Simpson et Hershkovitz. op. cit.).

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Carte 1
d’après Hershkovitz - (op. cit. p. 587). Frontière Néarctique (Holarctique) - Néotropicale (a-a’) - et zone de transition.

5Pour les paléontologues, le succès de l’invasion des mammifères néarctiques dans la région néotropicale tient d’une part à leur plus grand degré d’évolution, d’autre part au fait que leur incursion disposait, avec les Andes, d’un milieu favorable à une adaptation progressive, à l’inverse de ce qui se passait pour « les formes hautement tropicales » (Fittkau. op. cit. p. 626) des mammifères sud-américains qui s’implantèrent en force en Amérique Centrale mais guère plus au nord (cf. plus loin p. 12 le Mazama dont l’ancêtre générique serait brésilien).

6Ainsi parmi les familles de mammifères, les rongeurs non caviomorphes, les carnivores, les procyonidés,les équidés éteints depuis, les tapirs, les pecaris, les camélidés et les cervidés ont une origine nord-américaine6 alors que deux familles d’origine néotropicale seulement ont actuellement des représentants dans la région néarctique : les Didelphidés (opossum) et les Dasypodidés (tabou). Il semble que c’est au cours du Pleistocène moyen et supérieur que les échanges de faune furent les plus intenses, en même temps que se développaient les formes locales propres aux niches écologiques. Mais dès la fin du Pleistocène, ces échanges sont considérablement ralentis. Quant à la faune, elle présente déjà la plupart des genres et des espèces actuelles.

7Pour l’époque récente, plusieurs zoologues ont établi la frontière écologique des mammifères néotropicaux, dressée comme « une barrière empêchant les allées et venues de la faune » (Hershkovitz op. cit. p. 585). Connue avec précision, cette frontière entre les régions holarctique et néotropicale (Cf. carte 1) court au nord du « Tamaulipas oriental vers le sud à travers l’Oaxaca oriental » (sur la carte a-a’) et d’ouest en est, approximativement le long du 23e parallèle de latitude nord, en s’infléchissant au nord à travers le golfe du Mexique et le détroit de Floride (Hershkovitz ibid.).