Virus de l'Indifférence Humaine

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Un étrange et vicieux virus frappe Monsieur Durmont, chef d'entreprise bien sous tous rapport (d'argent)...

Publié le : lundi 7 avril 2003
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EAN13 : 9782748129564
Nombre de pages : 109
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Virus de l’Indifférence
HumainePatrick Bidou
Virus de l’Indifférence
Humaine
VIH
ACTUALITÉ© Éditions Le Manuscrit, 2003
ISBN : 2-7481-2957-1 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-2956-3 (livre imprimé)



























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CHAPITRE I:L E VOL
Un éclatant ciel bleu sur fond de cimes enneigées,
inonde de sa lumière azurée le noble cirque blanc.
Au chœur de ce chapiteau ouvert aux quatre vents,
de cette divine attraction terrestre, frétillent des
centaines de petits points multicolores semblables à
des électrons autour de leur noyau. En s’approchant,
on distingue mieux maintenant ce petit monde
grouillant et bigarré qui s’agite sur la virginale
couleur. Dés lors, un cantique, des sons deviennent
perceptibles, des bruits, des cris, des braillements :
-"Aaahhh…vavooiiirtamère!!! Oooops…eeeh
merdeeeeee… quel con ce type !!! Es un hijo de
puta !…"
Et autres expressions collectives qui créent
comme une harmonie dans la dissonance un "brin"
dégénérée.
Tout en haut de la piste, au milieu de cette fré-
nésie générale, un individu engoncé dans sa com-
binaison "dernière-collection-automne-hiver" paraît
gérer habilement sa grande célérité au sein de ses
semblables. Le rythme de son déhanché, sa majesté
dans les courbes, sa dextérité à éviter mamie et son
petit-fils, ses lunettes"thermonucléaires" aux reflets
"acier - orange" impriment les rétines, à l’amour
propre quelque peu heurté. La planche personnali-
sée de François Bourdouin plaît beaucoup aux jeunes
qui, avisés, en informent les moins initiés.
7Virus de l’Indifférence Humaine
Il est clair que l’on peut difficilement dénier les
qualités stylistique du personnage. Des années de
pratique assidue, parfois même, l’été sur les glaciers,
lui ont permis d’acquérir un très honorable niveau,
et, à quarante ans, c’est un fringuant sportif au teint
hâlé, presque aussi brun que le chocolat chaud qu’il
ira ingurgiter tout à l’heure au bas des pistes. Fran-
çois ski seul, car rares sont les personnes qui par-
viennent à le suivre ; en général les deux parties
se lassent vite. Plus bas, Lionel et Stéphane, ses
deux fils, respectivement dix et quinze ans, font"les
coqs", l’expérience en moins(defaire les coqs, cela
s’entend…).
La mère de famille, elle, blonde, "aspartamée",
"chouchou" noir dans les cheveux, lunettes noires,
noires, sirote un jus de pamplemousse, allongée sur
un transat rayé bleu et blanc, au pied de son appar-
tement, le bronzage cache"pré-fripe" de la quaran-
taine à deux pas.
Son homme, dans un ample travers, vient atterrir
à ses côtés, droit sur son surf tout essoufflé par l’ef-
fort, et la lutte contre les éléments. Aussi, celle-ci lui
renvoie-t-elle un évaporé sourire approbateur, d’une
femme sûre et confiante sur les aptitudes de son com-
pagnon.
Le soir venant, la fatigue se fait doucement pe-
sante et ouatée pour les gens de la plaine. Il fait
bon se retrouver tous les quatre au coin du radiateur,
"lové" dans de doux et magnifiques pulls en alpaga,
ramenés du voyage au Pérou, il y a seize ans, avant
la naissance de Stéphane.
Cela fait une semaine que les Bourdouin ont in-
vesti leur T2 de montagne, avec l’intention d’en pro-
fiter allègrement, d’emmagasiner un maximum d’air
pur, de faire une réserve d’oxygène, que plus tard
dans la vallée, au coeur de la cité, ils dilapideront
avec une toute mystique parcimonie.
8Patrick Bidou
C’est aujourd’hui le jour dernier. Stéphane, le
plus vaillant, s’est retrouvé le premier sur les pistes,
certes, quelque peu défraîchi par sa sortie au Pal-
mier Rose la veille au soir, mais invariablement mo-
tivé. François se hisse deuxième sur le podium du
dynamisme ; son surf sous le bras, avec l’enthou-
siasme d’un adolescent, il s’installe prêt à rejoindre
son "Spot" préféré, avec encore du cacao à la com-
missure des lèvres.
Anne, elle, se lèvera vers les dix heures et mettra
un peu d’ordre dans les chambres, avant le départ
prévu en fin d’après-midi, alors que Lionel optera
pour le flipper du café d’en face (...).
L’astre souple et rougeoyant roule le long de
l’arête rocheuse, vient, sans bruit, s’alanguir, s’al-
longer, et se dissoudre entre deux pics rocheux
illustrant un berceau divin.
La famille s’affaire ; le départ est imminent. La
coutumière amertume, teintée d’angoisse, est au
fond des coeurs. La mère presse sa progéniture, Lio-
nel a coincé la valise entre les portes de l’ascenseur,
le père fait chauffer le moteur.
Chacun embrasse, mord du regard le cadre idyl-
lique, comme pour l’emporter avec soi avant de cla-
quer la portière et de se cloîtrer dans l’auto.
La route sinueuse chamboule l’estomac du plus
jeune et l’on doit stopper pour évacuer le goûter,
avec des morceaux de galette encore épargnés par
l’acide…
En quatre heures de route et une voiture confor-
table, la famille se retrouve déjà à l’entrée du domi-
cile avec toujours, de l’air pur dans l’habitacle(par-
fum pêche). Stéphane a coincé la manche de son
blouson dans la charnière du portillon. Chacun re-
trouve sa place, les automatismes d’une vie citadine
qui va recommencer demain, dés l’aube.
Les jeunes sont priés de ne pas trop tarder devant
la télévision, alors qu’Anne met la dernière touche à
9Virus de l’Indifférence Humaine
sa crème de nuit. Lui, un peu éreinté par les heures
de route et son overdose de poudreuse, se glisse dans
le frais et"lavandé"litconjugalenn’omettantpasde
vérifier l’alarme du radio réveil.
Six heures trente, le lancinant "jingle" de la radio
d’informations résonne à l’oreille gauche de Fran-
çois, avec le rappel des titres usuels : telle grève
larvée dans tel corps, tel homme politique nommé
à la présidence de tel parti, telle catastrophe aé-
rienne dans tel pays, tel sans abri victime du froid la
nuit dernière dans la capitale, tel classement de pre-
mière division, telle conjoncture économique macro-
phage… puis… et… encore… perpétuellement… :
-"Onadelachancelesoleilnousasuivijusqu’ici
pour aujourd’hui".
Méthodiquement on prend le chemin de la salle
de bain, puis escale dans la cuisine pour le petit dé-
jeuner, où l’on se délecte de la confiture de myrtilles
ramenée des sommets. Les biscottes sont plus cas-
santes qu’à l’accoutumée et le lait trop chaud plus
longtemps. Salle d’eau pour douche, chambre pour
"chemise - cravate", bise à la dulcinée, aux enfants
à la bouche luisante et poisseuse de beurre. François
s’empare du trousseau suspendu dans le hall et prend
la direction du garage.
La famille Bourdouin est ce que l’on pourrait ap-
peler une famille"confortable", ni"moyenne", ni do-
tée d’un pouvoir d’achat surdimensionné, mais avec
suffisamment d’aisance pour ne pas se soucier, outre
mesure, de l’intendance, sauf de se faire conseiller
sur les meilleurs placements et autres assurances, qui
étanchent tout risque d’imprévu et cimentent l’ave-
nir.
Les enfants travaillent correctement à l’école, ni
moyens, ni premiers, ils ont leur trousse accordée à
la marque de leur blouson.
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