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White Flower, Tome II

De
353 pages
Suie à la rencontre de ses nouveaux amis, White n'est pas arrivée à la fin de ses découvertes. Le Tome II vous fera voyager à la découverte d'une jeune femme vive d'esprit dont la soif de connaissance la poussera vers des expériences plus sublimes les unes que les autres. White Flower finira-t-elle par vous subjuguer? Sans aucun doute. Notre jeune White se dirigera doucement vers une aventure tout à fait inattendue, celle de donner la vie mais... qui dit que cela se vit de la même façon pour toutes? Des expériences vives en couleurs et en ressentis attendent notre petite White.
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2 Titre
White Flower

3Titre
Josée Papineau
White Flower
Tome II
Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01130-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304011302 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01131-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304011319 (livre numérique)

6 8
ELLE EST JOLIE LA DEMOISELLE
La tête pleine de questions et d’images, oui,
mais un sourire content d’avoir passé une si
belle soirée à discuter avec ses amis. Des amis
qui savent plein de choses et avec qui, elle se
sent rayonner, chouchoutée. Des amis qui ne la
jugent pas et lui font découvrir un monde mer-
veilleux.
– Alors demoiselle multicolore, tu viens faire
dodo sous les draps, questionna-t-elle pour
s’amuser. Sois gentille, tu veux ? Laisse-moi un
peu de place pour faire dodo.

9
LE BEL APOLLON
L’été battit son plein et elle n’en gaspilla pas
une minute. Son horaire étant réglé à l’heure
près, surtout depuis qu’elle avait demandé à
monsieur Karlos de lui donner plus d’heures de
travail.
Suite à la réception de ses premières factures,
White se rendit compte qu’il ne lui resterait pas
beaucoup de sous pour s’offrir de quoi se faire
plaisir. Elle avait alors demandé à travailler trois
soirs semaine, en plus de son horaire habituel.
Au début, le patron avait refusé mais il compris
rapidement le sérieux de sa demande. Lorsqu’il
sut qu’elle travaillait pour son compétiteur les
soirs de weekend, il changea d’idée.
Cinq jours semaine, elle se levait à cinq heu-
res trente et travaillait jusqu’à dix-sept heures.
Le vendredi et le weekend, elle terminait à qua-
torze heures, retournait chez elle prendre son
vélo pour aller s’étendre sur le matelas pneuma-
tique dans la piscine de ses parents. Ensuite, elle
revenait à l'appartement pour une sieste de
11 White Flower
trente minutes, se préparait et retournait au
boulot pour le reste de la soirée.
Ses deux jours de congé étant maintenant le
lundi et le mardi, elle les passait à se balader,
faire des courses… et aller au gym.
Elle s’était inscrite au centre de condition-
nement physique tout près de chez elle. Pas
qu’elle en ait vraiment besoin, ce furent plutôt
les circonstances qui l’y forcèrent. Lorsqu’elle se
rendit au centre commercial afin de s’acheter un
nouveau jeans, elle passa devant le centre de
conditionnement se trouvant dans le même bâ-
timent et y vit Apollon. Un dieu grec se tenait
au comptoir de la réception et discutait avec
une cliente. Un grand blondinet tout bronzé
aux muscles d’acier. Sans savoir pourquoi ni
comment, elle se retrouva à ses côtés à exami-
ner les tarifs des abonnements.
– Salut ! Je peux t’aider ?
– Tu ne peux pas imaginer à quel point ! pensa-t-
elle en commençant à sentir la transpiration lui
picotter les aisselles.
– Heu… Ou… oueu… oui, je voulais v…
ve… voir quels sont les ta… tarr… tarifs.
– Espèce de tarée, tu vas arrêter de bégayer !
– J’ai chaud… ah non… J’ai rougi !
– Tu désires faire une remise en forme ?
avait-il dit en faisant le tour de son anatomie
d’un regard faussement professionnel.
12 Le bel apollon
Anatomie qu’elle eut peine à tenir éloignée de
la sienne…
– Je souffre, je souffre ! ! ! ! ! Mon cœur veut sortir de
ma tête… Boum, bang, boum, boboum…
– Oui, c’est cela, une remise en forme, par-
vint-elle à lui répondre, d’une voix éraillée.
– Viens dans mon bureau, on sera plus tran-
quille pour discuter. Je vais m’occuper de toi
dans un instant, lui avait-il dit en faisant le kit
du parfait macho ; le sourire en coin, le pouce
levé et le clin d’œil.
Une demi-heure plus tard, elle en ressortit
avec un abonnement de trois mois en poche,
son numéro de téléphone et une demi-cervelle
en moins.
Si les journées avaient pu être un peu plus
longues, elle y serait allée tous les jours mais
puisque certains soirs il lui laissait une petite
place dans son lit…
Elle travaillait et bougeait comme une gi-
rouette et pourtant, elle ne semblait jamais res-
sentir la fatigue. Cependant, lorsqu’elle posait la
tête sur l’oreiller, cela aurait été peine perdue de
compter les moutons. Le matin, c’était toujours
la grande forme qui l’attendait et elle était
contente d’aller travailler.
Anna et elle se rencontraient moins souvent
en dehors du travail depuis son nouvel horaire,
mais son amie était toujours là. Lorsqu’elle lui
raconta que l’après midi elle faisait une petite
13 White Flower
sieste, Anna lui avait offert une copie de la cas-
sette de Patrick qu’elle faisait jouer lorsqu’elle
s’étendait sur le canapé du salon. Les petites
siestes se transformèrent rapidement en petites
séances de connexions et chose étrange, elle eut
encore plus d’énergie qu’auparavant. Pourtant,
elle ne dormait pas une seule seconde durant
ces courts moments. Elle commença à voir des
tourbillons de couleur semblant danser et se je-
ter sur elle lors de ces petites pauses du midi et
en devint accroc. Elle anticipa même ces mo-
ments, privilégiant sa rencontre avec ces tour-
billons de couleurs fluorescentes… pur ravis-
sement.
Un jour, Jonathan, son Apollon, lui demanda
pourquoi elle avait peint des petites étoiles dans
la chambre du milieu. Des dizaines d’étoiles ar-
gent recouvrant la totalité des murs de couleur
bleu ciel. Le soir, lorsqu’elle y allumait une pe-
tite lampe et s’installait sur le dos, elle avait
l’impression de se retrouver quelque part entre
la terre et les autres galaxies.
– Bof… je ne savais pas trop quoi faire avec
cette chambre et je trouve cela joli, pas toi ?
– Je trouve que cela fait sorcière sur les
bords ! Tu ne t’adonnes pas à ces stupides mer-
des de magie, au moins ?
– Voyons donc ! Où vas-tu chercher des
choses pareilles, tu n’es pas sérieux lorsque tu
me demandes cela, n’est-ce pas ? avait-elle de-
14 Le bel apollon
mandé, surprise. Je n’ai pas du tout l’air d’une
magicienne et encore moins d’une sorcière !
– On ne sait jamais ! J’ai un cousin qui a ren-
contré une fille qui semblait bien normale à
première vue et tu sais quoi ? Elle faisait brûler
de l’encens, citait des incantations bizarres et
parlait aux esprits. Une fille vraiment dérangée,
je te dis ! racontait-il avec mépris. Elle passait
son temps à cueillir des plantes et des fleurs
dans les champs pour se faire des tisanes, des
potions contre la toux, des mixtures pour soi-
gner les corps au pied… tout le baratin, quoi !
– Mais voyons ! Une fille ne peut pas être dé-
rangée si elle dit parler avec des esprits, dit-elle
sur la défensive. Bien des gens ont raconté tou-
tes sortes d’histoires sur le sujet et cela n’en fait
pas des gens bizarres pour autant ! Encore
moins s’ils confectionnent des tisanes ou des
remèdes, voyons ! La médecine par les plantes
n’a rien de nouveau et beaucoup de gens s’y in-
téressent à nouveau.
– Moi, je te dis que ces gens-là, ils ne sont
pas normaux. Soit, ils ont besoin d’attention et
racontent des histoires qui ne tiennent pas de-
bout, soit ils sont tout justes bons pour l’hôpital
psychiatrique, répondit-il d’un ton dédaigneux.
– Si c’est ce que tu en penses, c’est ton droit !
répondit White, se rappelant une phrase
qu’Anna lui avait dite un jour. Tu n’as pas à
tout dire, tu sais ! Fais attention car certaines
15 White Flower
personnes pourraient te juger avec incompré-
hension et cela pourrait te blesser. Au lieu de te
voir comme tu es réellement, ils te colleront
une étiquette par peur de leur ignorance. Ça
leur fait peur parce qu’ils ne connaissent pas,
c’est tout.
– J’ai justement un ignare devant moi, vaut mieux
tenir ma langue.
– Comme je te disais, j’ai peint des étoiles
pour m’amuser car je ne sais pas encore ce que
je ferai de cette pièce.
– Pas question que tu ouvres le placard et qu’il y voit
les bâtons d’encens et les lampions sur les tablettes !
– Pourquoi est-ce que je ne suis pas arrivée à lui te-
nir tête et lui raconter que moi aussi, je vois des choses ?
Pourtant, j’ai des preuves moi !…
– Non, il n’y a que toi qui aies vu et ressenti.
– Comment peut-on faire croire à quelqu’un qui est
déjà fermé à toute idée différente de la sienne ?
– De toute façon, comment est-ce que tu lui explique-
rais tout cela ?
Valait mieux pour l’instant continuer à lui
dire qu’elle faisait brûler de l’encens tous les
jours parce qu’elle en appréciait le parfum.
– Mon beau Jonathan, si je ne peux te raconter tout
ce que je suis, qu’aimes-tu en moi ? se demanda-t-
elle, se sentant bien triste tout à coup.
– Tiens, tu avais remarqué toi qu’il a des poils dans
les oreilles… Yerk !… Un mutan !
16 Le bel apollon
Le mardi soir, c’est la soirée spéciale ailes de
poulet chez O’Tooles, un bar terrasse un peu
plus loin sur le boulevard. Il se trouve si près
qu’elle pourrait s’y rendre à pied. Il n’y a qu’à
traverser un pâté de maisons pour se rendre au
boulevard et le O’Tooles est à deux feux de cir-
culation, à gauche. White aime bien s’y retrou-
ver le mardi puisque sortir le weekend lui est
presque impossible et encore moins raisonna-
ble. Jonathan l’y accompagne, lui qui y connaît
beaucoup de gens… surtout des demoiselles.
Mais cela lui importe peu. Tant qu’il reste près
d’elle et la fait danser collée contre lui sur la
piste, elle y trouve son bonheur. Ils n’y font ja-
mais la queue pour entrer car John, le portier,
est l’un des gros bras s’entraînant au centre et il
leur fait un traitement de faveur.
Il y a foule ce soir et le volume de la musique
lui sembla plus fort que de coutume. Des gens,
des hommes en majorité, sont accoudés au bar
tandis que d’autres sont installés aux tables à
l’avant. Le mardi, on y voyait des gens un peu
plus vieux, mais vers vingt-deux heures, les ta-
bles se videraient et le bar se transformerait en
boîte à picotte-à-bulle. Le genre d’endroit enva-
hi par des jeunes tétant une bière en faisant des
balounes, s’ils en prenaient plus de trois. White
n’en prenait que deux, sachant d’avance quel
effet l’alcool a sur elle, ne la supportant pas très
17 White Flower
bien. Raison de plus, elle se levait tôt le lende-
main, alors valait mieux se montrer raisonnable.
La serveuse leur apporta les ailes de poulet
qu’ils avaient commandées mais Monsieur avait
disparu. Il devait sûrement discuter avec John à
l’extérieur et profiter des regards admirateurs
des petites minettes qui font la queue. Cela
l’énervait qu’il ait besoin d’autant d’attention
pour son ego. Il revenait toujours lui faire des
bisous mais elle se disait qu’il aurait bien pu s’en
passer lorsqu’elle était avec lui… le mardi, du
moins.
– Tu sens bon, lui dit un jeune homme aux
yeux vitreux qui s’était arrêté près d’elle, pour
humer les effluves de son parfum.
– Merci, lui répondit-elle en souriant distrai-
tement, cherchant son matou du regard.
– Moi c’est Pat, et toi ? Il s’approcha et se
prit une chaise qu’il plaça près d’elle et s’y ins-
talla face au dossier, le menton posé sur le dos
de ses mains.
– White.
– White ? Juste White ?
– C’est cela, juste White.
– Salut Juste White, tu es seule ?
– Non, mon copain est dehors en train de
discuter avec le portier, un pote à lui. Il revien-
dra sous peu.
– Qui ça ? Tu parles de Jonathan ?
– Tu le connais ?
18 Le bel apollon
– Ici, tout le monde connaît Jonathan,
voyons ! Mais pour ton information, je crois
qu’il est parti.
– Tu dois sûrement te tromper, nous som-
mes venus ensemble. Il ne peut pas être parti
sans m’avertir ! Tu dois l’avoir confondu avec
quelqu’un d’autre…
– Je t’assure que non, c’était bien lui. Il a pris
un taxi avec une fille et ils sont partis…
– Mais voyons ! dit-elle, sans même écouter
la fin de sa phrase pour se lancer vers John.
– John, as-tu vu Jonathan, par hasard ?
– Parti.
– Comment, parti ?
– Parti.
– Non mais, il sait dire autre chose ou son gonflage
de muscles a fait sécher son pruneau !
– Arrête, ce n’est pas drôle !
– Parti. Jonathan est parti, White. Puis, de-
vant son air ahuri, il lui dit, d’un ton faussement
tonton : Tu n’es pas la première à qui il file un
lapin ! Puis il éclata de rire.
– Arrête de te moquer de moi !
– Il ne m’aurait quand même pas fait cela !
– Jonathan… parti !… Hop ! fit-il avec un
jeu de mains comme les magiciens.
– Hé Pat ! Tu as faim ? demanda-t-elle en
s’approchant de lui comme une automate. Sa
question étant inutile, la moitié des ailes de pou-
let étant déjà dans son estomac. Ne te gêne pas,
19 White Flower
de toute façon il faut que j’y aille. Je les ai déjà
payées, alors bon appétit.
– Tu pars déjà ? dit-il d’un air déçu.
– Oui, Jonathan m’a fait demander de le re-
joindre chez lui, quelque chose est arrivé et il a
dû partir sur-le-champ alors, je le rejoins
comme convenu.
S’il lui dit salut ou ne dit rien, elle ne
l’entendit pas, ses oreilles venant de se boucher
et sa moitié de cervelle en reste la faisant souf-
frir le martyr.
– Le salaud ! Comment a-t-il pu me faire cela ? ne
cessa-t-elle de se répéter en pleurant à chaudes
larmes.
– Qu’ai-je bien pu lui faire ou qu’ai-je négligé de lui
démontrer pour ainsi provoquer sa fuite ? Ai-je dit
quelque chose de travers, ce soir ? Pourtant, il semblait
content d’être avec moi et fier de me présenter à ses
amis ! Je n’y comprends rien, ce doit être un malentendu,
tenta-t-elle de se convaincre.
Sa tête lui fit mal et chaque sanglot la fit
souffrir atrocement, comme si chaque batte-
ment de son cœur lançait à plein élan un coup
de poing à son cerveau. Ses yeux lui firent mal
et elle se sentit vide, son énergie l’ayant quittée
et elle n’eut qu’une envie, aller se cacher de tous
ces automobilistes curieux qui ralentissent afin
de la regarder.
– Laissez-moi tranquille !
20 Le bel apollon
Elle eut l’impression de marcher depuis une
heure sans avoir encore atteint le premier feu de
circulation.
– J’aimerais tant savoir voler ! Je pourrais m’envoler
au-dessus de ce monde trop curieux, éviter leurs regards
et m’enfuir dans un lieu, loin de tous ces monstres cruels
qui blessent par stupidité. Pourquoi ai-je si mal ? Oh…
petits anges… faites-moi voler jusqu’à chez moi, prenez-
moi dans vos bras… Prêtez-moi vos grandes ailes toutes
douces pour que j’y pose ma tête qui me fait si mal…
Arrivée chez elle, elle se jeta sur le répondeur
qui n’eut rien de nouveau à lui raconter. Elle
téléphona chez Jonathan, mais personne ne ré-
pondit.
– Où peut-il bien être ?
La colère fit place à sa peine et ses membres
se mirent à trembler.
– Comment as-tu pu me faire cela à moi, moi qui
t’ai laissé décider du quand, du comment, t’ai laissé
prendre toute la place afin de combler tes désirs ? Com-
ment peux-tu me manquer de respect à ce point, moi qui
ne voulais que te voir sourire, te faire plaisir ?
– C’est un être ingrat, méchant, égoïste… Il ne pense
qu’à lui !
Elle sentit son corps trembler de plus en plus
et se mit à marcher comme une lionne prise en
cage. Son incapacité à se retrouver face à lui et
lui jeter ses éclairs de colère, lui poser ces ques-
tions qui pour l’instant demeuraient sans répon-
ses, firent naître une rage effrayante jusqu’au fin
21 White Flower
fond de ses tripes. Son sang se mit à bouillon-
ner de colère, la rage la faisant trembler encore
plus, elle se retint de hurler.
– White, calme-toi, reprends-toi…
– Non, il m’a fait mal, il s’est foutu de moi…
– Il y a sûrement une explication, reprends-toi…
– Je ne méritais pas cela !…
– Qui parle de mérite, cela n’a rien à y voir, c’est lui
qui a agit sans tenir compte de tes émotions, ne te fâche
pas…
– Il est parti sans se soucier de moi qui l’attendais…
– Calme-toi, tu sais ce que ta colère peut provo-
quer…
– On s’en fout, il lui a fait mal !…
– Non, on ne s’en fout pas comme tu dis, elle est seu-
lement sensible, calme-toi White…
– Silence ! ! Si j’ai envie de me fâcher c’est mon af-
faire compris !
– Tu as raison c’est ton affaire, alors reprends-toi,
choisi de te contrôler…
– Il ne mérite qu’une chose pour m’avoir humilié de
la sorte…
– Non, tu n’es pas celle qui peut décider de ce qu’il
mérite ou non et il ne t’a pas humiliée. .
– Oh que si je le peux ! Il mérite, il mérite, il mé-
rite…
– White, non…
– Ses orteils, ses orteils…
– Il mérite…
– White non…
22 Le bel apollon
– Oui il ne mérite qu’une punition, une vraie !
– Il mérite…
– Non !…
– Juste un petit, pour le punir…
– Tu n’es pas celle qui décide des punitions !…
– Il mérite de se réveiller avec les orteils gelés
et que cela le fasse souffrir atrocement, cria-t-
elle au milieu de son appartement, noir et vide.

23
LA SORCIÈRE
– Pas facile de se contrôler lorsque l’on est
en colère, hein ? lui demanda Anna suite à son
exposé de la veille. En remarquant son air gro-
gnon et ses yeux bouffis, celle-ci s’était inquié-
tée de son état.
– Je n’ai pas réussi à me ressaisir, tu as rai-
son.
– Pourtant tu savais que tu pouvais trans-
former cette colère !
– Et comment ? Justement, je ne le sais pas
et je n’en avais aucune envie !
– C’est beaucoup plus facile de se fâcher et
d’en vouloir aux autres de ne pas nous porter
l’intérêt que nous souhaiterions susciter. Ne
vois-tu pas que c’est plus facile de projeter des
énergies haineuses que de pardonner ? la gron-
da-t-elle. Tu aurais pu te ressaisir ou du moins,
attendre ses explications mais au lieu de cela, tu
as agis comme une enfant gâtée !
– Je ne suis pas une enfant gâtée ! lança-t-elle
sur la défensive.
25 White Flower
– Si ! Tu as agi comme une gamine, et pour-
quoi ? Parce que tu juges qu’il n’a pas su appré-
cier ta bienveillance à son égard ? Mais pour qui
te prends-tu, White ? Tu crois que juste parce
que tu lui donnes de l’amour ou que tu es aux
petits soins pour lui faire plaisir, qu’il devrait te
faire des courbettes et t’en être reconnaissant !
Alors, tu aimes en espérant quelque chose en
retour ?
– Ce n’est pas vrai !
– Oh que si, c’est vrai ! Si tu aimes en espé-
rant être aimée en retour, si tu aimes au point
de t’en oublier et ensuite en vouloir pour l’avoir
fait, c’est que tu n’as rien compris à l’amour in-
conditionnel.
– Amour conditionnel ?
– Non, inconditionnel. Si tu aimes vraiment,
tu aimes pour aimer et non pour recevoir en re-
tour.
– De quoi parles-tu ?
– White, tu es allée trop loin. Souhaiter du
mal à autrui équivaut à faire de la magie noire,
de la projection d’intentions d’énergies som-
bres. Surtout si elles sont accompagnées
d’énergie de colère.
– Je ne suis pas une sorcière et je ne fais pas
de magie noire !
– Sais-tu ce qui fait la différence entre de la
magie blanche et de la magie noire, espèce de
gamine gâtée ?
26 La sorcière
– Je devine que tu ne vas pas tarder à me le
dire ! dit-elle en la défiant du regard.
– Tes intentions ! La différence ne tient qu’à
un fil, un simple fil à peine plus gros qu’un che-
veu. Énergie d’amour et intentions positives
sont de la magie blanche. Colère, énergie néga-
tive et paroles haineuses sont du ressort de la
magie noire.
– C’est toi qui es stupide, Anna. Je ne prati-
que pas de magie du tout !
– Et que crois-tu que soit la magie, ma belle ?
dit-elle alors d’un ton qui s’était radouci.
– …
– Des intentions, des paroles et des gestes.
Des idées et des intentions projetées. Tout ce
que tu dis, tout ce que tu envoies comme éner-
gie et ce que tu fais, peut être considéré comme
de la magie car tout crée, tu te souviens ? Toute
pensée, tout désir et tout ce que tu imagines se
crée quelque part, tu te souviens ? C’est magi-
que !
– Pour m’en rappeler, ça oui que je me le
rappelle. Nous en avons discuté et je suis déso-
lée, répondit White, radoucie. Je me souviens
des incidents que Danny a évités de justesse
après mes colères, et heureusement, rien de
grave ne lui est arrivé. Je sais… J’aurais dû
m’écouter et lâcher prise mais, rien ne dit que
Jonathan aura des problèmes par ma faute ! Je
27 White Flower
ne lui ai pas souhaité de périr, juste une petite
punition !
– Qui es-tu pour imposer ou même, souhai-
ter qu’un être soit puni par toi ? Que te doit-il
au juste ?
– Tu as raison, il ne me doit rien. C’est moi
qui m’attendais à de l’affection en retour de la
mienne, admit-elle, repentante. Que dois-je faire
maintenant pour corriger la situation ?
– Ton attitude fera une différence mais
n’oublie jamais que les mots que tu projettes
deviennent réalité quelque part et tôt ou tard, ils
risquent de devenir réalité dans le matériel.
– Alors j’en subirai les conséquences ?
– Pas nécessairement toi, mais c’est possible
que ce soit quelqu’un d’autre, tout bonnement
parce que tu auras créé cette émotion qui le
touchera peut-être. C’est comme créer des pe-
tits monstres en état latent, tu te souviens ?
– Je ne veux pas créer de petits monstres…
non, je ne le veux pas, se lamenta-t-elle en
pleurnichant. Je n’avais pas le droit de me fâ-
cher ainsi ni de lui souhaiter quelque chose
d’aussi stupide.
– Oh là ! Je t’arrête tout de suite. Rien ne dit
que tu n’aies pas le droit de faire quoi que ce
soit, au contraire ! Tu peux faire tout ce que tu
veux. Tu peux créer toutes les choses que tu
veux, rien ne t’en empêche ni te châtiera pour
cela.
28 La sorcière
– Je ne comprends pas où tu veux en venir.
Comment peux-tu dire que je peux faire tout ce
que je veux ?
– Tu peux faire tout ce que tu veux, rien ni
personne ne t’en empêchera sauf… le choix
que toi, tu feras. Tu décides de créer ce genre
de choses ? Cela implique que tu as décidé du
chemin que dorénavant tu fouleras et de tous
les événements qui seront dessus. Tu décides
d’agir autrement, alors le chemin sur lequel tu
marcheras aura une autre destinée à t’offrir,
d’autres options. C’est toujours toi qui choisis.
– Alors je risque de subir plusieurs épreu-
ves ?
– White, que tu empruntes un chemin ou
l’autre, il y aura toujours des épreuves et tu le
sais. Sans elles tu ne peux cheminer ni espérer
évoluer. Cependant, tu décides de les subir ou
de les transformer pour changer ta vie. Tu sta-
gnes ou tu te libères. Tu restes dans les plans
inférieurs ou tu touches aux merveilles des
plans supérieurs.
– Y a-t-il un moyen de me racheter, Anna ?
– Tu trouveras bien toute seule comment tu
peux y parvenir, lui dit-elle.
– S’il te plait… dis-moi !
– Tu ne crois tout de même pas que je vais te
tenir la main !
De retour chez elle après une journée qui
sembla ne plus vouloir se terminer, elle prit son
29 White Flower
sac et ses souliers de courses et courut vers le
gym. Peut-être Jonathan avait-il réellement une
explication à lui donner pour les événements de
la veille mais, un simple regard dans la salle de
musculation lui permit de réaliser qu’il n’était
pas sur les lieux. Elle se dirigea alors vers le bu-
reau du gérant et lui demanda si Jonathan tra-
vaillait aujourd’hui. Sa réponse la figea.
– Jonathan ne travaille plus ici White, je suis
désolé.
– Ah bon…
– Il ne prend pas son travail au sérieux et
moi, j’ai besoin d’entraîneurs fiables. Encore ce
matin, il a téléphoné pour me dire qu’il ne se
sentait pas bien, une histoire d’orteils gelés.
C’est n’importe quoi ! dit-il en en refermant
bruyamment le tiroir d’un classeur.
– …
– Est-ce que ça va, toi ? lui demanda-t-il, l’air
inquiet. On dirait que les yeux vont te sortir de
la tête !
– … Je dois y aller, dit-elle en quittant à
toute vitesse, comme si elle eut le feu au der-
rière.
De retour chez elle, elle sauta sur le télé-
phone pour prendre des nouvelles de Jonathan,
en espérant, priant presque, que tout soit rentré
dans l’ordre.
– Pourvu qu’il ne souffre pas trop à cause de moi !
30 La sorcière
Jonathan répondit et au timbre de sa voix,
elle comprit rapidement que sa voix plaintive et
agonisante avait un quelque chose qui sonnait
faux. On aurait dit un mourant en sursis.
– Oh… Salut ma petite princesse, comment
vas-tu ? eut-elle du mal à entendre, même en
enfonçant son oreille dans le combiné.
– Moi, ça va… Et toi ?
– Oh, ça ne va pas très fort… je ne vais pas
bien aujourd’hui.
Elle crut entendre un éternuement et un
bruit précipité, aussitôt étouffé, comme s’il avait
recouvert rapidement le combiné pour couvrir
une furtive conversation.
– Tu as de la compagnie ? le questionna-t-
elle, soupçonneuse.
– Non, je suis seul et me repose.
– Je me demandais… Jonathan, pourquoi as-
tu quitté sans m’avertir ?
– Justement, je désirais te téléphoner pour
m’en excuser. Je me suis subitement senti mal
et ma première réaction fut de prendre le pre-
mier taxi pour me réfugier ici. Je n’aime pas me
montrer quand je suis dans cet état.
– Menteur…
– Je comprends tout à fait, ne t’en fais pas.
– Tu es gentille, ma petite princesse.
– Je suis allée au gym tout à l’heure et le gé-
rant m’a dit que tu avais eu des malaises ce ma-
31 White Flower
tin… dit-elle, espérant en savoir un peu plus sur
l’état de ses orteils.
– Oh ! Ce matin je me suis senti assez bi-
zarre, j’avais les orteils gelés comme si je m’étais
trouvé dehors en plein hiver sans chaussures…
c’est étrange, non ?
– Ça oui ! répondit-elle, intéressée. Et c’est
encore comme cela ou…
– C’est terminé depuis longtemps ! Je n’ai eu
qu’à faire quelques pas et tout est rentré dans
l’ordre.
– Tant mieux, répliqua-t-elle avec soulage-
ment. Au fait Jonathan… j’ai à te faire part de
quelques changements.
– Je t’écoute, dit-il d’une voix traînante.
– Mon patron m’a donné encore plus
d’heures à travailler et j’ai moins de temps li-
bres, mentit-elle.
– Tu n’es pas sérieuse !
– Malheureusement, oui. Ça ne fait pas mon
affaire mais il dit que ce n’est que pour la pé-
riode estivale. Il me faut remplacer les filles qui
prennent des vacances.
– Mais… est-ce qu’on pourra au moins se
voir de temps en temps ? demanda-t-il, comme
s’il était catastrophé, ce qui la fit ricaner en si-
lence.
– Alors, tu comprendras qu’il vaut mieux que
tu cesses de m’attendre tout de suite et passes à
32 La sorcière
autre chose. Ça me chagrine énormément mais,
cela vaut mieux pour toi.
– Tu ne peux tout de même pas mettre un
terme à notre relation ainsi, voyons ! Tu sais
que je t’adore, tu ne peux me quitter comme
une vieille guenille !
– Je suis désolée, ça me chagrine énormé-
ment mais je crois que c’est la seule solution,
Jonathan.
Derrière son silence, lui parvint un ronron-
nement féminin qu’il tenta sûrement vainement
de faire taire mais, elle eut le temps d’en enten-
dre assez pour lui dire rapidement au revoir et
raccrocher le combiné, ne lui laissant pas le
temps de lui répondre par un autre mensonge.
Cela, en n’omettant pas d’émettre à son tour un
faux sanglot, bien entendu !
– Voulez-vous bien me dire pourquoi je ne
rencontre que des salauds ?

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LE CHINOIS
– Une vedette… c’est moi la vedette de la
piscine !
S’installer sur le matelas pneumatique, se lais-
ser flotter doucement sur l’eau, sentir le contact
sublime de sa douce fraîcheur sur sa peau par
cette chaleur étouffante est un pur délice. En-
core plus, de fermer les yeux et d’écouter le
bruit de l’eau qui glisse doucement entre ses
doigts pour lui chuchoter les notes d’une musi-
que céleste.
Son père est dans son garage à faire la vi-
dange d’huile de son camion et sa mère regarde
la télé en mangeant un sandwiche au fromage
avec son éternel verre de Pepsi, sa boisson pré-
férée. Personne ne la dérangerait, sauf pour
l’avertir lorsqu’il sera 3 h 30, au cas où elle
s’endormirait. Elle sait qu’elle peut compter sur
sa mère pour veiller à ce qu’elle ne passe pas
tout droit et n’arrive en retard au boulot.
White s’amusa à regarder le soleil pendant
quelques minutes pour ensuite fermer les yeux.
Du faible écran que forment ses paupières entre
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