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Titi, Toto et Bobo

De
143 pages
Chacun d'entre eux représente une des fonctions fondamentales et existentielles de l'individu. Titi est en perpétuelle quête de connaissances, Toto est obsédé par le besoin de se laver et Bobo est atteint de boulimie. S'interrogeant sur l'essentiel et sur la condition humaine, ils forgent un clan où chacun admet les obsessions de l'autre. Les aléas de l'existence leur offrent la possibilité de s'extraire de l'univers de la rue. À chaque réviviscence, confrontés à la société, ils opposent un bloc sans fissure. Refusant de renier leur conviction et les liens qui les unissent, ils finissent toujours par revenir à leur point de départ.
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2 Titre
Titi, Toto et Bobo

3



Titre
Pierre Laur
Titi, Toto et Bobo

Contes et Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit
























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01748-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304017489 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01749-6 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304017496 (livre numérique)

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8 Titi, Toto et Bobo






Cherchant, trouvant, ne trouvant plus,
cherchant encore, ne retrouvant plus, cherchant
toujours, ne trouvant jamais, lui c’est Titi.
Se lavant, décrassé, se lavant encore, récuré,
se lavant toujours, répugnant de propreté, lui
c’est Toto.
Mangeant, rassasié, mangeant encore, affamé,
mangeant toujours, boulimique, lui c’est Bobo.
Ils ont élu domicile dans un baraquement
d’un bidonville. Dans un coin, une horloge à
balancier égrène les minutes. Dans un autre
coin, un immense haut-parleur somnole. Au
plafond, une ampoule, accrochée à un fil
électrique, distille un pâle flot de lumière.
Titi est assis sur la plus haute marche d’un
petit escabeau. Toto flotte dans une baignoire
sabot remplie d’eau croupie. Bobo est affalé
dans une cuve encombrée d’aliments multiples
et variés.
« Nous vivons dans une société décadente,
déclame Toto.
– Ça, c’est bien vrai, répond Bobo, la bouche
pleine.
– Qu’est-ce qu’une société décadente ? »
s’interroge Titi.
9 Titi, Toto et Bobo
Les trois hommes se concentrent. L’intensité
de la réflexion fripe leurs fronts. Le premier à
recouvrer ses esprits est Toto :
« C’est une société identique à celle dans
laquelle nous stagnons.
– Tu ne démontres rien, conteste Titi. Pour
affirmer que notre société est décadente, il est
nécessaire d’appréhender ce qu’elle était
auparavant. La décadence implique une notion
de dégradation. »
Bobo se rince la bouche avec une lampée
d’absinthe.
« Tu as raison, affirme-t-il. Personnellement,
je pense qu’il faudrait remonter très loin pour
trouver une ère dans laquelle les hommes
évoluaient en parfaite harmonie.
– Les livres d’histoire racontent des périodes
plus sinistres les unes que les autres, remarque
Toto. L’homme, assoiffé de puissance, n’a cessé
de conquérir des territoires. Les guerres, les
famines, les épidémies se sont enchaînées sans
discontinuer.
– Tu oublies le début de l’humanité, observe
Titi. Les premiers hommes étaient contraints de
s’entraider pour survivre. Leurs seules
préoccupations étaient de trouver de la
nourriture, de se protéger des intempéries et de
copuler pour se procréer. Ils ignoraient la
notion de territoire. C’étaient des nomades.
Leurs destinations étaient régies par la
10 Titi, Toto et Bobo
promesse de trouver de l’eau, du gibier et des
terres fertiles. Les premiers dysfonctionnements
sont survenus lorsque l’homme a conçu le puits
pour construire des réserves d’eau. C’est devenu
le premier objet de convoitises. Inévitablement,
la nature de l’homme a subi sa première
mutation. Plus tard, lorsque l’homme façonna
des outils pour se protéger et cultiver la terre, la
conscience de la propriété apparut. L’homme
tranquillisé avait besoin de plus. Bénéficiant
d’un confort matériel rudimentaire, il se mit à
rêver. Rêvant, il comprit qu’il était un être doué
d’intelligence et qu’il lui était nécessaire
d’acquérir un bien-être spirituel. Il inventa le
mythe des divinités. La naissance des êtres
immatériels, que les hommes se mirent à
vénérer, fut le point de rupture. »


Toto pose l’éponge avec laquelle il vient de
se rincer et intervient :
« Là, je te rejoins. Ce sont les religions qui
ont forgé l’homme d’aujourd’hui. Ce sont elles
qui ont inventé la notion du bien, du mal et de
la pénitence. Leurs besoins insatiables de
puissance ont semé le désordre. Quand je pense
que les évangélistes essayent de nous faire
croire qu’il existe un dieu capable de voler, de
marcher sur l’eau et de se transformer en esprit
baladeur.
11 Titi, Toto et Bobo
– Sans oublier cette fabulation de l’âme qui
représente la conscience de l’homme, renchérit
Bobo. Qui plus est, elle serait immortelle ! Les
futurologues s’alarment de la progression
constante du nombre d’habitants et affirment
que nous serons bientôt trop nombreux sur
notre planète. Vous imaginez, s’il fallait
compter les âmes ! »
Un court silence s’établit avant que Toto ne
reprenne la parole :
« Il paraît que, lorsque l’homme meurt, son
âme s’envole vers le cosmos pour rejoindre le
Saint Esprit. Pourquoi les étoiles ne seraient-
elles pas des amoncellements d’âmes ?
– Tu divagues Toto, reproche Titi. Les
étoiles sont des astres qui naissent et meurent
après avoir vécu, pour certaines, des milliards
d’années. Je crois que notre sujet de
conversation est stupide. Nous ne proférons
que des clichés ridicules. Que savons-nous
vraiment de la naissance du monde ? Les
affirmations des hommes de sciences ne cessent
d’être contredites au fil du temps. Souvenez-
vous de Thalès et des autres, tels Anaxagore,
Démocrite, Anaximène, qui affirmaient que la
terre était un disque plat qui reposait sur l’eau.
Ils allaient jusqu’à expliquer que les
mouvements de l’eau étaient la cause des
tremblements de terre. »
Toto est admiratif :
12 Titi, Toto et Bobo
« Titi, comment fais-tu pour connaître tous
ces noms et toutes ces choses ? Je veux bien
admettre que tu aies étudié. De là à accumuler
toute cette érudition ! Vraiment, Bobo et moi,
nous avons beaucoup de chance de t’avoir pour
ami.
– Laisse tomber, répond Titi. Ça me fait une
belle jambe d’être érudit ! Je crois que nous
ferions mieux d’aborder un autre sujet de
conversation. »
Toto se crispe. Sa main gauche se glisse dans
l’eau de la baignoire et palpe la prothèse qui
remplace son genou gauche. Il trouve que Titi
manque de tact. Certes Titi est cultivé, mais il
n’ignore pas que Toto a eu la jambe gauche
broyée. Toto a déjà raconté comment, un jour,
roulant en voiture, le pneu de sa roue arrière
gauche avait crevé. Sa jambe avait servi de cric.
Il avait bien essayé d’utiliser l’appareil à
manivelle pour soulever le véhicule. Le sol était
meuble, l’engin avait ripé. Ayant peur qu’il ne
bascule, il avait glissé sa jambe sous la roue. Le
cric s’était couché. Il entend encore le bruit
horrible de la brisure des os. Les chirurgiens
avaient réussi à sauver sa jambe en lui mettant
une prothèse de genou et en réduisant les
multiples fractures. Moyennant une légère
claudication, il arrivait presque à se mouvoir
normalement.
13 Titi, Toto et Bobo
« Nous pourrions parler de la qualité
gustative des conserves de macédoines de
légumes », suggère Bobo.
Toto se fâche :
« Ecoute Bobo, que tu ne cesses de te gaver
ne me gêne pas. De là, à nous entretenir de tes
festins, il y a une marge à ne pas franchir !
– Cela te va bien de me critiquer ! rétorque
Bobo. Tu passes ton temps à t’arroser la figure
avec de l’eau fétide et corrompue.
– Tu préférerais que j’adjoigne ce que l’on
appelle du bain moussant ? Cette invention
infâme à base de corps gras, et saturée
d’adjuvants toxiques ! Si seulement je pouvais
disposer de l’eau courante et d’un savon de
Marseille ! »
Titi juge qu’il est temps d’intervenir :
« Vous ne croyez pas que vous devriez
arrêter de vous chamailler ? Demandez-vous
pardon et nous pourrons reprendre notre
causerie. »
Toto et Bobo baissent la tête comme des
enfants pris en faute.
« Pardon, murmure Toto.
– Accordé, répond Bobo. À mon tour, je
m’excuse.
– Disculpé, consent Toto.
– Bien, conclut Titi. Souhaitez-vous que
nous abordions le problème de l’information et
des médias ?
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