Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,90 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Tristress

De
197 pages
Un homme mûr, analyse sa vie, et constate que celle-ci se décompose en trois parties, chacune remettant en cause la précédente et prenant, tous les vingt ans, une orientation totalement différente, remettant en cause, non seulement le mode de vie, mais également ses fondements moraux, idéaux et religieux. Malgré cela, ou à cause de cela, sa vie est riche d’enseignement pour affronter objectivement les mutations, de toute nature, s’opérant inexorablement, dans notre société et sur la planète en général, en ce début de vingt et unième siècle.
Voir plus Voir moins

2 Titre
Tristress

3

Titre
Éric Tnérap
Tristress

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8528-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748185287 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8529-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748185294 (livre numérique)
6 PREFACE (sans prolégomènes)

.
PRÉFACE (SANS PROLÉGOMÈNES)
« Façonne ta vie comme tu le peux,
Même si elle ne va pas comme tu le veux ! »
Sigmund FREUD

Heureux, il avait peine à se reconnaître.
Malheureux, il se débattait en vain.
Amoureux, il se sentait l’âme et l’esprit
D’un poète.
Vieux maintenant, il se croit écrivain…
Et réalise
Le dérisoire
De son entreprise

Au sein d’une civilisation décadente, d’un
monde déroutant et incrédule, cette histoire
d’homme trois fois remise en cause, prise dans
les remous d’une inhumanité égoïste, a deux
modestes ambitions :
– Apporter réconfort et espoir aux
désespérés dérivant dans divers courants
d’incompréhension ou de rejet.
– Sans prétention aucune, amener tout
lecteur à s’interroger sur les fondements mêmes
de ses principes moraux.
7 T0 – 20 : L’enfance

PREMIERE PARTIE
0 – 20 ANS : L’ENFANCE
9 TristressCHAPITRE 1

CHAPITRE 1
Né en pleine deuxième guerre mondiale,
l’enfant est le fruit résultant de l’accouplement
de deux êtres aussi différents d’esprit que de
sexe. Appelons-les : Dame Modeste et
Monsieur Paon. Joie pour l’une, déception pour
l’autre, qui souhaitait une fille, il tenait son
prénom de l’un des deux enfants confiés en
pension à ses parents pendant la dite guerre. Le
garçon se prénommait alors Frédéric et sa sœur
Sandra. Episode d’une vie voilée, dont aucun
détail n’a jamais été révélé. Il est probable que
ces enfants ont échappé ainsi au génocide
sévissant dans le pays.
Il est de plus issu d’un milieu modeste et de
cette génération hypocrite où la vie des adultes
était dissociée de celle de leur progéniture, où le
puritanisme ne souffrait aucune transgression,
où une moralité affichée pouvait justifier des
attitudes souvent répréhensibles.
Les parents de Frédéric étaient de « bons
vivants » d’où un physique plutôt plantureux.
Avant la guerre et l’enfantement, la mère très
avant-gardiste pour l’époque, non seulement
11 Tristress
portait des pantalons pour skier, mais fumait
des cigarettes, possédait un singe et conduisait
sa propre automobile. Le père, lui, se déplaçait
en moto. Dans le village de montagne où ils
habitaient et où la civilisation ne parvenait pas à
pénétrer facilement, l’épouse faisait ainsi
scandale. Le mari lui, outre son activité de
facteur distributeur, assumait avec l’instituteur,
un peu comme autrefois, la fonction d’écrivain
et de lecteur public. Au fait de certains secrets
de famille, souvent peu reluisants, ceux-ci
passaient ainsi pour des « hommes biens ».
Mais les événements tragiques qui se
déroulaient dans le reste de l’hexagone servirent
à certains villageois d’alibi pour donner libre
cours à leur rancune ou jalousie. Des
règlements de comptes se manifestèrent,
quelques fois sous des formes violentes. La
présumée noyade du singe fit prendre
conscience, par les parents de Frédéric, de
l’insécurité de la région. C’est ainsi que conçu
en montagne, l’enfant naquit sur la rive
Lémanique. Lors de sa première visite à la
maternité, le père voyant son fils se serait
exclamé : « C’est à moi ce chinois ! »
Le rejeton n’a mémorisé que de rares images
de cette époque troublée : Sa mère faisant du
savon dans des boites carrées en métal, une
sépulture encadrée par des hommes en armes et
les gazogènes s’approvisionnant en bois auprès
12 Tristress
de la scierie, de l’autre coté de la route. Un jour,
derrière cet établissement, il assistera, avec
horreur, à l’abattage d’un porc. Déjà choqué,
quelques temps auparavant, par l’envol d’un
canard décapité, cette scène le marqua
profondément durant de nombreuses années.
Outre les vingt trois ans de réflexion de ses
parents avant de songer à sa création, ce fils
unique souffrit des privations occasionnées par
la guerre. Malingre et chétif, il était souvent
malade pour les fêtes et particulièrement celles
de Pâques. Un jour, il reprit miraculeusement
conscience en présence de deux médecins,
postés à son chevet, perplexes sur l’origine de
son malaise. Cette frêle constitution eut
malheureusement de très sérieuses répercutions
sur son enfance, son développement en général
et sa scolarité en particulier.
Ses premiers jouets, il les devait à une tante,
sœur de sa mère, résidant sur l’autre rive du lac,
en territoire helvétique. Le père parvenait
parfois, avec l’accord des douaniers français et
suisses, à franchir la frontière en uniforme de
postier et se procurer, outre les restes de
paquets adressés chez un particulier par la tante,
un père Noël en pain d’épice, afin de marquer la
fête.
Les cinq premières années de la vie de cet
enfant fragile furent plutôt des années de survie.
Outre les problèmes de santé, il fallait ajouter
13 Tristress
les humiliations infligées par de jeunes
campagnards. En particulier un certain Claude
surnom : Coco, jouait le rôle de meneur. Les
lazzis et quolibets étaient partiellement justifiés
par la coiffure « à longues boucles blondes »
que Frédéric tentait désespérément de
dissimuler sous un béret enfoncé jusqu’aux
oreilles. Dans la commune, certains habitants
iront même jusqu’à prétendre, avec malignité,
qu’un Allemand serait le vrai père de cet enfant
là…
Tout ceci échappait à la compréhension des
parents et du père en particulier. Si ce dernier
avait eu une fille, le prénom aurait bien sûr été
Sandra.
Ces handicaps ont cependant permis, par la
suite, de mieux apprécier certains instants ou
périodes, insignifiants pour d’autres mais d’une
importance vitale pour lui. Il acquit, plus tard,
un sens exacerbé de la camaraderie et surtout de
l’amitié.
A cette époque, il n’avait guère qu’un seul
camarade Jean Pierre, de plusieurs années son
aîné, et surnommé : Jeannot. Avec une bobine
de fil vide, un élastique coupé dans une
chambre à air de vélo et une pièce de monnaie
percée, celui-ci confectionnait des mobiles qui,
dissimulés dans un tas de bois de chauffage,
faisaient la joie de Frédéric lors de leur
découverte. Un accident de voiture lui coûtera
14 Tristress
la vie au début des années 1980. Un autre
camarade de son age se prénommait Roland.
Plus tard, il rencontrera d’autres Roland et tous
auront marqué sa vie par des liens d’amitié.
Comme tout enfant, les sentiments ne lui
étaient perceptibles que par le tangible. Il est
certain qu’avec le temps, naquit une affection
paternelle. Le premier témoignage de ce
sentiment se révéla en 1949 par la satisfaction
d’une « envie » de son fils. Alité et gravement
malade, Frédéric souhaitait jouer avec une
fontaine miniature. Son père s’exécuta sur-le-
champ et dans l’heure l’enfant tenait entre ses
mains une reproduction en bois, avec dispositif
d’écoulement d’eau, du bassin situé devant
l’habitation. Il faut préciser qu’à cette époque
l’eau courante dans les habitations n’existait que
peu ou pas et l’approvisionnement se réalisait
en plein air, sous une énorme pompe à bras, en
fonte, surmontant, en général, un massif bassin
de pierre. Il ne fait aucun doute que cette
promptitude à satisfaire ce désir était liée à
l’inquiétude. Systématiquement, les années se
terminant par un neuf furent des périodes
tourmentées.
Bien que supportant difficilement l’attitude
de son mari, la mère, très croyante et pieuse,
intelligente mais sans instruction ni ressources
personnelles, fut, jusqu’au dernier jour de sa vie,
une femme exemplaire. Cette opinion était
15 Tristress
partagée par toute personne l’ayant connue
intimement. Plus tard, elle admit cependant
avoir envisagé le divorce et à l’époque
contemporaine, cette intention se serait
certainement concrétisée. Elle prit ainsi le parti
de fermer les yeux sur les fredaines de son
époux caractériel, orgueilleux, prétentieux et
rhéteur.
16 CHAPITRE 2

CHAPITRE 2
Un jeudi matin, Frédéric vit sa mère en
larmes, venir le chercher sous le lilas ou il jouait.
Emmené rapidement chez des voisins, il eut à
peine le temps d’apercevoir le visage
ensanglanté de son père, à l’arrière d’une petite
voiture le conduisant dans une clinique de la
ville. Inconscient de la tragédie, il joua toute
cette sombre journée avec les enfants du
menuisier et leur locomobile modèle réduit
fonctionnant à l’alcool à brûler. Ce n’est que le
soir, au retour de sa mère au domicile, que
Frédéric apprit l’accident survenu lors de la
distribution du courrier chez le châtelain du
village, sur le chemin d’accès au château. Au
cours des jours suivants, il eut l’autorisation
d’accompagner sa mère au chevet de son père
souffrant d’un traumatisme crânien. Le
personnel de la clinique, pensant éviter à
l’enfant d’être trop perturbé par la vision de cet
homme blessé, s’occupèrent bien de lui. Un
jour, ils lui firent cadeau d’un animal en matière
plastique contenant des bonbons. Longtemps il
17 Tristress
regretta de l’avoir égaré, même vidé de son
contenu.
Le père prit alors sa retraite par anticipation.
La petite famille déménagea pour habiter un
appartement contigu, dans le même immeuble.
Les deux fils du préposé des P.T.T. remplaçant
devinrent des compagnons de jeux. Venant de
la ville, leur état d’esprit était très différent de ce
qu’il était accoutumé de supporter.
Les parents de Frédéric préféraient se passer
de pain plutôt que de demander au boulanger
de leur faire crédit. Cette honnêteté contrastait
avec certains enrichissements générés par la
guerre. Nous ne saurons jamais combien de
fugitifs ont confié leur vie à des individus sans
scrupules et n’ont jamais foulé l’autre rive du
lac. Par lâcheté ou pour préserver leur
tranquillité, « ceux qui savaient » se taisaient.
Mais le père ne pouvait s’empêcher de faire
ouvertement certaines allusions. C’est ainsi
qu’un soir, le jeune Frédéric, revenant de l’autre
bout du village, une timbale de lait à la main, vit
sa mère lui crier par la fenêtre, d’où elle le
guettait, de ne pas rentrer mais d’aller chercher
le garde-champêtre. Puis celle-ci se ravisa avant
que l’enfant ne s’éloigne. En fait, un homme,
père du « Coco » pré cité, certainement sous
l’emprise de la boisson et probablement par
représailles envers ses occupants, attaquait la
porte d’entrée de l’appartement à coups de
18 Tristress

hache. Entendant certainement l’injonction de
la femme, celui-ci abandonna son agression.
Une sensation d’insécurité s’instaura alors.
Celle-ci ne pouvait se dissiper qu’en quittant
définitivement la commune.
Cette maudite guerre maintenant
pratiquement archivée dans les classeurs de la
postérité, les fêtes reprenaient progressivement
l’importance d’autrefois. Les restrictions
alimentaires supprimées, il y avait désormais
gigot ou poulet le week-end, gâteaux le
dimanche, gros oeuf en chocolat à Pâques et
jouets pour Noël.
Une fête cependant, devait marquer à jamais
le petit Frédéric. Ce matin-là, l’enfant se
précipite vers le cadeau qu’il avait tant désiré :
Un rouleau compresseur ! (Quelque temps
auparavant, la réfection du bitume avait été
réalisée devant la maison). Son père regardait
par la fenêtre de la cuisine, buvant lentement
son café matinal. Entendant l’enfant, il se
retourna et, en guise de souhait de joyeux Noël,
lui lança d’une voix sévère cette phrase
cinglante, faisant allusion aux résultats
scolaires : « Tu as ce que tu désirais, mais sache
que tu ne l’as pas mérité » Abstraction faite de
l’aspect religieux et festif de la commémoration,
ces instants de joie étaient vécus comme
préservés de toute autre considération. Ces
mots le blessèrent plus que les gifles habituelles.
19