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Un chef-d'oeuvre des arts d'Afrique

De
292 pages
Dans cet ouvrage, l'auteur a tenté de mener une enquête sur un plateau de divination provenant des côtes de Guinée, importé il y a 350 ans à destination du cabinet de curiosités d'un marchand d'Ulm, Christoph Weickmann. Il s'agit d'abord de replacer cet objet dans son contexte historique et culturel et de retrouver les conditions de son arrivée en Europe. L'auteur entreprend également une analyse plastique précise ouvrant des perspectives sur les modalités de représentations utilisées et l'accès à une mythologie foisonnante.
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Marlène-Michèle Biton
Un chef-d’œuvre des arts d’Afrique
Le plateau deFa(golfe du Bénin) collection Christoph Weickmann Ulm, 1659
Un chef-d’œuvre des arts d’AfriqueLe plateau deFa, collection Christoph Weickmann Ulm, 1659
Ethnoesthétique Collection dirigée par Nadine Martinez Cette collection s'adresse à tous ceux qui souhaitent approcher les œuvres d'art selon une double lecture : la philosophie de l'art enrichie par les données de l'ethnologie (dans son sens large d'étude d'un contexte de production et d'utilisation). Les écrits, de différents formats, dynamisent une jeune science : l'ethnoesthétique. Auteurs et lecteurs se rencontrent autour de la recherche du sens de l'œuvre d'art. Déjà paru Erick Cakpo,Emergence de l’art d’inspiration chrétienne au Bénin e e (XVII -XX siècles), Missions chrétiennes et arts locaux, 2012. Nadine Martinez,Des œuvres d’art dogon ou tellem ?,2011. Nadine Martinez,Ecritures africaines. Esthétique et fonction des écritures Dogon, Bamana et Sénoufo, 2010. Marlène-Michèle Biton,Arts, politiques et pouvoirs. Les productions artistiques du Dahomey : fonctions et devenirs, 2010. Nadine Martinez,la réception des arts dits premiers ou archaïques en France,2010. Nadine Martinez, art contemporain/art traditionnel. Aller-retour Mali-Mali,2009.
Marlène-Michèle Biton
UN CHEF-DŒUVRE DES ARTS D’AFRIQUELe plateau deFa, collection Christoph Weickmann Ulm, 1659
Du même auteurL’art des bas-reliefs d’Abomey, Bénin/ex-Dahomey, L’Harmattan, Paris, 2000.* Les astérisques renvoient à la bibliographie. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04282-4 EAN : 9782343042824
UN CHEF-D’ŒUVRE DES ARTS D’AFRIQUE Le plateau deFa,collection Christoph Weickmann, Ulm, 1659
Un objet africain entré voici plusieurs siècles dans une col-lection européenne est au cœur de cet ouvrage. Il l’a inspiré, guidé, aimanté et conduit. Il s'agit d'un plateau de bois sculpté servant à 1 la divination, un plateau deFa, fateen, fongbe provenance de en l’ancien royaume d'Allada (actuel Bénin). La planète commençait à être au XVIIème siècle, de moins en moins inconnue à l’Occident et les objets familiers ou étranges provenant d’endroits proches ou récemment découverts, venaient nourrir des cabinets dits « de curiosités ». Christoph Weickmann, 2 notable d’Ulm, ville libre d’Empire , en avait constitué un. L’im-portance de sa collection s’exprimait tant par le volume que par la qualité. Après sa mort, elle fut mise en vente et au cours du XIXème siècle, le reliquat, dont le plateau, trouva asile au Musée municipal d’Ulm. Faire parler le plateau, ou tenter de le faire parler, si possi-ble à plusieurs voix, est un exercice peu aisé. Le travail présenté ici se veut plutôt rapport d’étape que bilan définitif : sorte de retour vers le passé ou contribution à la découverte de l’environnement d’une pièce à bien des égards unique et forme d’appréhension de son histoire, de ses fonctions, de sa création, de ses significations, vraies ou supposées, des conditions connues ou inconnues ou pré-sumées de son arrivée en Allemagne et de sa conservation. Rap-port en forme d’enquête qui comporte d’autres volets en complé-ment de ces aspects dont une analyse esthétique tentant de faire une synthèse entre les approches, formelle, d’usage et symbolique de ses composantes. Je tiens à remercier les personnes de mon entourage, et en particulier Philippe R.-R., qui par leurs conseils et relectures multi-ples ont amélioré ce travail, ainsi que les institutions qui lui ont té-moigné quelque compréhension:la Direction des Musées, Monu-ments et Sites du Bénin, les conservateurs et personnels du Musée
1Fonoufongbe, langue de l’ancien royaume du Dahomey (Danxome), une des deux langues officielles de la République du Bénin. 2 Une ville libre d'Empire est subordonnée à l’Empereur et non pas à un Etat.
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Historique d’Abomey ainsi que Jean-Roger Ahoyo, politicien et géographe, Nondichao Bacharou historien traditionnel, Isaac Fandohan guide averti, le personnel de l'Institut de formation scientifique et technique du CNRS à Nancy, les services de la Bibliothèque Nationale de France, ceux du Musée africain de Lyon, celui de la bibliothèque du Linden-Museum à Stuttgart, en particulier Günter Darcis et le Musée municipal d'Ulm et ses directeurs, Erwin Treu et Brigitte Reinhardt.D’autre part, je rends hommage aux personnes qui par leurs recherches antérieures ont facilité la mienne, me permettant de contourner bien des obstacles. En se fondant sur leurs travaux, il a été possible de dégager des éléments d’interprétation et de pré-senter des analyses qui se veulent cohérentes avec l’état de nos connaissances dans les domaines auxquels cet objet se réfère. Parmi les chercheurs qui ont fait avancer la compréhension des populations du Golfe du Bénin, je n'en citerai que quatre, faute de place. Bernard Maupoil, un des martyrs de la seconde guerre mon-diale, qui a laissé sur une société qu'il saisissait par ses multiples facettes, un ouvrage toujours considéré comme une somme dans le domaine de la géomancie dahoméenne. Pierre Verger, qui a pu-blié des travaux imposants sur les cultes du Dahomey et leurs rela-tions avec le Brésil. Christian Merlo qui a donné à l'art dahoméen ses lettres de noblesse en faisant paraître les premières analyses esthétiques fondées. Enfin, Ezio Bassani, spécialiste des arts africains anciens dans les collections européennes, qui a suscité chez moi, par ses travaux rigoureux et multiples, l'envie et le goût de lier l'histoire à la connaissance de cette pièce remarquable.
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LE PLATEAU,SON CONTEXTE HISTORIQUELe développement des cabinets de curiosités en Occident fut suscité très tôt par l'engouement pour des objets étranges ou étrangers, que l’extension des voyages et la découverte de nou-3 veaux territoires avait éveillé. Jean Laude soutenait que : « Dès le premier tiers du XVème siècle, princes et marchands se cons-tituent des cabinets de curiosités où voisinent des merveilles naturelles et celles que l’homme a produites ».Il affirme également que la plus ancienne référence européenne portant sur un objet africain est attestée en avril 1470. Il s'agit d'un achat dont Charles le Téméraire, duc de 4 Bourgogne (1433-1477) s’acquitte signant un billet à :« Alvare de Verre, serviteur de messire Jehan d’Aulvekerque, chevalier portugais…21 livres…quant naguaires il luy a présenté une espée et aucuns personnages de bois comme ydoilles ».Tout au long du XVIème siècle, personnalités et hommes de pouvoir ne dédaignent pas de s’adonner à cette inclinaison et amassent des objets dont certains réunis en collections subsistent de nos jours. C'est ainsi que Ferdinand Ier de Habsbourg, archi-duc d’Autriche (1503-1564), roi de Hongrie et de Bohême et son fils Ferdinand II, archiduc du Tyrol (1529-1595), remplirent grâce 5 à de nombreux rabatteurs , dix-huit armoires au Château d’Am-bras à Innsbruck. Dans cette collection se côtoyaient chefs-d’œu-vre de la Renaissance et objets divers : porcelaines de Chine, bé-6 zoards , pièces d'ivoire afro-portugaises et également la fameuse corde avec laquelle se serait pendu Judas ! Aujourd'hui, de nom-breux musées possèdent des collections anciennes, dont des piè-ces africaines, provenant de cabinets de curiosités, comme les musées de Dresde, Londres, Leyden, Madrid, Paris, Vienne, Berlin, Rome, Ulm, ou celui du Vatican, etc.
4 Célèbre africaniste. Jean Laude (*1966 : 9). Rekenkamer, N. : 1925, f. 348, in Olbrechts, F. M., « Bijdrage tot de kennis van de chronologie der afrikaansche plastieck », inMem. I.R.C.B., Bruxelles, sct. Sc. Morales et Politiques, 1941 : 8. Précisions trouvées dans Ezio Bassani (1983 : 582-3). 5 Pierre Julien (*1968 : 28). 6 Bézoard, pierre animale atteignant des prix inouïs que l’on pouvait utiliser comme antidote. Antoine Schnapper (*1988 : 32).
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