Une exploration du futur

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Entre 2181 et 2380, une exploration de six systèmes stellaires proches du Soleil est entreprise. À bord du vaisseau géant L'Aigle du cosmos, plusieurs générations d'hommes et de femmes se succèdent ainsi, inclus dans une infrastructure gérant leurs besoins et leurs aspirations. La découverte de traces de vie dans les planètes visitées constitue le but principal de la mission. Basé sur des connaissances scientifiques actuelles et prospectives, ce rapport romancé relate, à travers une égale description de l'universel, du contextuel et de l'individuel, le périple de ces milliers d'humains. À chaque période, le récit se déroule, à l'image de l'activité au sein du vaisseau, suivant différents secteurs fonctionnels.
Publié le : lundi 20 juin 2011
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EAN13 : 9782304015843
Nombre de pages : 437
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2 Titre
Une exploration du futur

3Titre
Aurélien Roudier
Une exploration du futur

Roman de science-fiction
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01584-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304015843 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01585-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304015850 (livre numérique)

6 .
8 Une exploration du futur
TABLE DES MATIÈRES
Préambule ............................................................ 11
La mission au départ de la Terre ...................... 27
1) Au-delà du système solaire : Les deux
premiers mois ...................................................... 47
2) Des deux premiers mois à la vingtième année
............................................................................. 115
3) Vers Alpha du Centaure : de la vingtième à la
quarantième année............................................ 157
4) De la quarantième à la soixantième année 209
5) Vers Sirius : de la soixantième à la quatre-
vingtième année................................................. 261
6) Vers Luyten 726-8 et Procyon : De la quatre-
vingtième à la centième année ........................ 309
7) Vers Wolf 359 et Lalande 21 185 : de la
centième à la cent soixantième année ............ 361
9 Une exploration du futur
8) Le retour : de la cent soixantième à la deux
centième année.................................................. 407
Épilogue ............................................................. 429
10 Une exploration du futur
PRÉAMBULE
Formation et évolution des étoiles
Les étoiles se forment dans des régions de
dissociations nommées : « Cold Neutral Me-
dium » (CNM). Ce sont des milieux relative-
ment denses (de masse volumique de l’ordre de
330 g/c m ) et froids (de température inférieure à
100 K, soit moins de -173°C ; une température en
Kelvin correspond à celle mesurée en degré Celsius en
ajoutant 273,15 ; le zéro absolu, caractérisant l’absence
d’agitation des particules, correspond à 0 K soit -
273,15°C). La création, l’évolution et
l’extinction des étoiles est fortement dépen-
dante de leur masse. Ainsi, les étoiles massives
de plus de 3 masses solaires ont une durée de
vie bien moindre que celle du Soleil (moins
d’une centaine de millions d’années contre
9,3 milliards d’années). Grâce à l’intensité éner-
gétique qui règne en leur cœur, ces étoiles, en
particulier celles de plusieurs dizaines de masses
solaires, synthétisent dans des réactions ther-
monucléaires à partir des éléments légers de
11 Une exploration du futur
l’Univers (hydrogène et hélium principalement)
des éléments plus lourds, tels que le béryllium,
le carbone, l’oxygène, le néon, le magnésium, le
silicium et le fer. Chacune de ces transforma-
tions exothermiques successives nécessite une
température, dite d’ignition, toujours plus éle-
vée pour que la combustion s’opère. Ayant le
noyau le plus stable, le fer est le dernier à pou-
voir être créé (à partir du silicium). « Arrivées »
ainsi au niveau du fer et ayant épuisé toutes les
réactions possibles, les grosses étoiles devraient
se comprimer et s’échauffer. Mais, du fait d’un
rayonnement gamma puissant, une réaction en-
dothermique à des températures de l’ordre de
six milliards de degrés peut avoir lieu en produi-
sant treize atomes d’hélium et quatre neutrons à
partir d’un atome de fer. Il se forme ainsi, dans
le centre de l’étoile, un amas de neutrons (nu-
cléons en contact sans distances interatomi-
ques) dont la densité est de l’ordre de dix mil-
liards de tonnes par centimètre cube. Celle-ci
induit des courbures locales de l’espace si gran-
des qu’un trou noir de quelques kilomètres de
rayon se forme en emprisonnant le cœur de
l’étoile. La formation de ces trous noirs est
conditionnée par le rayon de Schwarzchild,
fonction uniquement de la masse de l’astre ini-
tial. Un corps de taille inférieure à ce rayon in-
duit un « horizon » sphérique d’où rien ne peut
s’échapper, alors que tout corps suffisamment
12 Préambule
proche peut être avalé en ne laissant plus
comme information que sa masse. Des réac-
tions exothermiques, entre des neutrons libérés
et les éléments synthétisés des couches extérieu-
res de l’étoile, peuvent générer tous les éléments
chimiques existants dans la nature. Cela provo-
que une augmentation de l’onde de choc qui
entraîne, à son tour, l’expulsion des couches ex-
térieures. Appelé « supernova », ce phénomène,
à la base de la présence dans l’espace des élé-
ments chimiques plus lourds que l’hydrogène
ou l’hélium, peut atteindre brièvement la lumi-
nosité absolue de plusieurs dizaines de galaxies.
Les étoiles plus légères de l’ordre de plusieurs
masses solaires deviennent, après quelques di-
zaines de millions d’années, des géantes rouges
(telles que Bételgeuse), qui brûlent en leur cen-
tre l’hélium, produit au cours de leur existence,
en créant des éléments à partir des réactions
thermonucléaires indiquées précédemment, tels
que le carbone, l’oxygène, etc. Elles ont une
structure « en pelure d’oignon ». Les réactions
thermonucléaires sont en effet initiées par des
températures d’ignition échelonnées de plus en
plus élevées en se rapprochant du cœur (com-
bustion de l’hydrogène pour la couche exté-
rieure, puis celle de l’hélium, celle du carbone,
celle du néon, celle de l’oxygène, celle du sili-
cium et enfin au cœur celle du fer). Ne pouvant
atteindre la température d’ignition du fer, elles
13 Une exploration du futur
implosent et produisent une onde de choc qui
rebondit, générant, elles aussi, une supernova.
Leur partie centrale, n’atteignant pas les condi-
tions d’évolution en un trou noir, devient une
étoile à neutron d’une densité de quelques mil-
liards de tonnes par centimètre cube. Doté d’un
champ magnétique ne coïncidant pas exacte-
ment avec leur axe de rotation, ces astres nom-
més dès lors « pulsars », sont comparables à des
phares depuis la Terre.
Les étoiles plus petites – entre une moitié et
quatre masses solaires – sont, elles aussi desti-
nées à devenir – après une existence de quel-
ques centaines de millions d’années pour les
plus massives et jusqu’à plusieurs milliards
d’années pour les plus légères – des géantes
rouges. Le vent stellaire réduit l’environnement
turbulent de ces dernières, générant des nébu-
leuses planétaires. Ne pouvant atteindre, en leur
centre, des températures d’ignition (du carbone
notamment), ces étoiles, au sein des nébuleuses
planétaires qui se dissipent peu à peu, devien-
nent des naines blanches, légèrement moins
massives et beaucoup moins lumineuses qu’à
l’origine.
Enfin, les étoiles les plus légères, subsistant
théoriquement des centaines de milliards
d’années, sont juste assez chaudes en leur cœur
(là où la température est la plus élevée) pour ini-
tier la combustion de l’hydrogène en hélium.
14 Préambule
Formation des planètes
Le système planétaire naît d’un nuage qui
s’effondre globalement vers son centre de gravi-
té. Sa partie centrale, qui est aussi la plus dense,
soumise à une vitesse de rotation initiale – due
peut-être aux turbulences du gaz initial – ne
s’effondre pas exactement vers le même point.
De par la conservation du moment angulaire, le
disque qui se forme tourne de plus en plus vite
en contractant la partie centrale qui se stabilise
en une étoile dont la température augmente. Le
disque, constitué essentiellement de gaz et
d’une petite quantité de poussières glacées,
s’aplatit à mesure que les poussières sont atti-
rées gravitationnellement puis amorties par le
gaz dans le plan équatorial en formation. La
turbulence du gaz, responsable de
l’échauffement dans le disque, diminue et la sé-
dimentation des poussières s’annule peu à peu.
Alors, le phénomène d’accrétion génère des
grains puis des amas de plus en plus gros à des
températures d’environ 1000 °C (d’où l’absence
d’eau et de matières volatiles). Des corps d’une
taille de quelques kilomètres apparaissent au
bout de 10 000 ans, ceux de plus de
500 kilomètres après 100 000 ans. Les proto-
planètes se développent ainsi, peu à peu, à par-
tir de cette matière agglomérée.
15 Une exploration du futur
Les planètes telluriques des systèmes stellai-
res représentent les milieux où l’eau peut se
trouver et se maintenir durablement.
L’hydrogène constitue 70 % de la masse visible
de l’Univers. Mais, l’oxygène, l’autre élément de
l’eau, ne dépasse pas 1 % de cette masse. De
plus, la molécule d’eau ne résiste pas à des tem-
pératures supérieures à un millier de degrés. À
l’inverse, un milieu trop froid ralentit sa forma-
tion. Enfin le milieu doit être isolé de tout
rayonnement ultraviolet qui est très présent
dans l’Univers. Ainsi, de par ces restrictions,
l’eau ne représente qu’un millionième de la
masse visible. Par ailleurs, à quelques exceptions
près, le vivant, sa création, son évolution propre
et générationnelle, semble dépendre de cette
molécule triatomique : H 2 O. La détection sé-
lective moderne a permis d’observer les planè-
tes telluriques, de tailles comparables à la Terre,
en éliminant l’intensité lumineuse de leur étoile.
De nombreuses données ont pu être collectées
sur les caractères physicochimiques des plus pe-
tites planètes et de leur atmosphère. Ainsi ont
été répertoriés une grande quantité de planètes
contenant en particulier de la vapeur d’eau dans
leur atmosphère. Cette présence implique, pres-
que certainement, celle de l’eau liquide en sur-
face. Avec des traces de carbone, il devient
alors probable qu’une vie carbonatée aquatique
ait résidé ou réside sur de tels astres. En outre,
16 Préambule
si de l’oxygène est aussi détecté, il devient alors
possible qu’une biosphère développée par pho-
tosynthèse y est présente. Un facteur important
de détermination d’un milieu favorable au vi-
vant est aussi la stabilité de l’écosystème qu’il
représente. Ainsi, le cycle du dioxyde de car-
bone a permis de maintenir un effet de serre
préservant un domaine de températures tolérées
par les espèces apparues sur Terre. Le filtrage
par l’atmosphère des rayonnements nocifs pro-
venant de notre étoile, ainsi que la protection
contre le vent solaire grâce au champ magnéti-
que terrestre, ont été également des facteurs
appréciables au développement de la vie sur
tout le globe. Autant d’éléments qui prouvent
que le vivant peut naître et évoluer partout où
certaines conditions fondamentales sont respec-
tées. L’expérience a montré que les milieux gé-
nérateurs ou protecteurs du vivant ne peuvent
pas comporter n’importe quel assemblage de
molécules, sous des phases quelconques et avec
des conditions physiques aléatoires. Ainsi, les
êtres évolués qui peuplent l’Univers ne doivent
pas être tellement différents de ceux qui ont oc-
cupé, ou qui occupe, un temps notre planète.
Leur caractérisation universelle et macroscopi-
que peut comporter des notions telles que : re-
production génétique, autonomie, pérennité
énergétique et matérielle, adaptation, utilisation
de l’environnement, …
17 Une exploration du futur
Quelques centaines de milliers de planètes
extrasolaires ont été découvertes depuis 1990.
Les observatoires terrestres, satellitaires ou lu-
naires ont permis, après calculs, de déterminer
la distance à leur étoile, leur masse, leur atmos-
phère, leurs propriétés géophysiques et leur
composition chimique. Les planètes de masse
élevée génèrent, elles mêmes, une action sur
l’orbite de leur étoile. C’est à partir de cet effet
indirect que les premières sont apparues aux as-
trophysiciens. Celles de type tellurique (comme
la Terre) requirent une observation bien plus
fine. La station lunaire permit dans les années
2130 d’en détecter plusieurs dizaines de milliers.
Depuis, quelques centaines furent découvertes
au sein de la Voie lactée, notre galaxie.
En 2180, année précédant le début de ce ré-
cit, le catalogue astronomique recensait, dans un
rayon de deux cents années-lumière de la Terre,
plus de cinq milles planètes telluriques assez
éloignées de leur étoile et comprises entre 0,1 et
50 masses terrestres. Seuls de tels astres pou-
vaient générer, ou en tous cas recueillir et
conserver, le vivant.
Problématique de la mission en 2181
L’humanité est entrée dans une ère scientifi-
que depuis seulement deux siècles. La connais-
sance, la recherche rigoureuse et exhaustive
18 Préambule
permettent d’explorer utilement de nouveaux
champs. Mais ces deux siècles, par rapport aux
années de la présence du vivant sur Terre, nous
rappellent ipso facto que la découverte d’êtres
extra-terrestres d’un même niveau scientifique
est très incertaine.

Qu’y a-t-il après l’ère scientifique ? Pourra-t-
on un jour dire : « nous comprenons tout de
l’Univers » ? Chercher est-ce la condition hu-
maine absolue ?
À partir de ces interrogations universelles,
l’homme décida d’une mission d’exploration à
la recherche d’autres êtres vivants sur ces planè-
tes distantes de deux cents années-lumière au
plus. « Décida » certes, mais les progrès techni-
eques au cours du XXII siècle, notamment dans
la maîtrise de l’énergie de l’antimatière, la résis-
tance aux collisions particulaires et aux rayon-
nements cosmiques, ont bien contribué à
l’implication dans ce projet. La production d’un
stock de cent tonnes d’antimatière était néces-
saire. Il fut obtenu en près de cinq années.
Depuis l’an deux mille, les techniques et les
contraintes du voyage spatial habité avaient été
considérablement améliorées. Les problèmes
physiologiques et psychologiques de l’homme
dans l’espace avaient été cernés. De nombreu-
ses études permirent d’envisager des voyages de
19 Une exploration du futur
très longues durées (supérieures à cinquante
années).

Ayant pu obtenir depuis trente ans des vites-
ses de 20 % celle de la lumière sur des très
grandes distances grâce à l’antimatière, le projet
d’un vaisseau géant, appelé « Aigle du cosmos »,
allant explorer l’espace et les systèmes stellaires
voisins, naquit. À de telles vitesses, la pérennité
des engins et la sécurité des êtres humains
avaient été l’objet d’études scientifiques pous-
sées. Des tests de résistance sur les matériaux et
sur les êtres vivants eurent lieu dans des labora-
toires de simulation d’accélération ou de
contraintes matérielles sur Terre. La conception
du vaisseau se basa avant tout sur les modélisa-
tions théoriques et expérimentales issues des
travaux s’appuyant sur les bases de données
egéantes de l’environnement spatial. Au XXII
siècle, dix-neuf engins spatiaux furent envoyés
– en prévision de la mission – dans le système
solaire et au-delà. L’un d’eux servit à renseigner,
avec une immense quantité d’informations pour
l’époque, les réseaux d’ordinateurs de calculs
répertoriant les objets pouvant constituer un
danger pour la Terre. Il détermina avec une
précision de l’ordre du kilomètre les trajectoires
des météorites, astéroïdes ou comètes, et ainsi,
établit les routes dynamiques les plus sûres à
l’intérieur, voire un peu au delà du système so-
20 Préambule
laire. D’autres missions, essentiellement réali-
sées d’après les connaissances modernes en
théorie des ondes, eurent pour fonction de fina-
liser les préparatifs et les conditions de
l’évolution de l’Aigle du cosmos, de la résis-
tance de ses appareils comme de ses infrastruc-
tures embarqués. Quelques recherches permi-
rent également de vérifier les aspects physiolo-
giques et les comportements psychologiques
inhérents à un voyage dans l’espace sur une
longue durée. Deux entreprises scientifiques fu-
rent dévolues à la résistance des matériaux ex-
posés au milieu interstellaire à des vitesses de
quelques dixièmes de celle de la lumière. Des
améliorations sensibles purent ainsi être réali-
sées dans la protection contre les rayonne-
ments, les champs magnétiques, et les grains de
matière peuplant l’espace. Enfin, une mission
fut consacrée à jalonner des relais sur une dis-
tance de trois années lumière depuis la Terre
afin d’assurer au début les communications
avec l’Aigle du cosmos ; lequel avait été conçu
en considérant toutes les informations recueil-
lies lors de ces missions et grâce aux connais-
sances de plusieurs siècles en aérospatiale. Une
carapace grisâtre, d’où rayonnaient sur une di-
zaine de niveaux des alignements faits d’une
multitude de baies vitrées – qui étaient autant
d’habitations –, reposait tel un navire monu-
mental et difforme chargé de containers mas-
21 Une exploration du futur
sifs, réelles excroissances latérales qui étaient
néanmoins intégrées sous une coque localement
concave. À l’été 2181, ce vaisseau, véritable ville
de trois mille habitants, était destiné à quitter la
Terre pour ne plus y revenir avant deux siècles.
Les résultats de la mission et les journaux
d’activité du vaisseau seraient transmis à la
Terre par les séries de relais précédemment ci-
tés, constitués de puces « récepteurs – émet-
teurs » dans les ondes radio positionné tous les
dixièmes d’année lumière. Plusieurs générations
de ces pionniers, passagers de l’Aigle du cos-
mos, allaient se succéder. Le principal objectif
était d’explorer un nombre suffisant de planètes
pouvant comporter des éléments de vie. La du-
rée théorique de cette mission étant de deux
cents ans (soit environ huit générations), on
pouvait espérer une analyse d’une dizaine de
systèmes planétaires. Le vaisseau conserverait sa
vitesse de 0,2 c en envoyant des sondes, et des
bases habitées ou non, sur les planètes cibles. Il
changerait alors de direction, et irait vers une
nouvelle étoile, en se servant le plus possible de
la gravitation des corps massifs de ces systèmes
(étoile ou planète géante). Enfin, par économie
et pour préparer des missions ultérieures, il ten-
terait à l’approche de chacune des étoiles visi-
tées, de récupérer l’énergie du rayonnement (vi-
sible, ultraviolet, X, alpha, gamma, ou magnéti-
que) émise par celles-ci.
22 Préambule
La technologie en 2181
eÀ la fin du XXI siècle, la transmutation de
matière entre deux points distants de quelques
mètres fut accomplie dans plusieurs laboratoi-
res. Ces derniers préparèrent les applications
dans de nombreux domaines. Suivant les instal-
lations existantes, la maîtrise de l’antimatière fut
d’abord obtenue laborieusement à quelques re-
prises. Ensuite, elle s’étendit progressivement à
toute la planète.
L’autocontrôle de l’état du physique et du
physiologique de chacun ou de problèmes envi-
ronnementaux, la maintenance, la sécurité à
tous les niveaux, l’espérance, la qualité de vie
(de par la domotique, la totalité du savoir acces-
sible à tous et la régulation des contraintes),
tout alla en progressant plus encore que les pré-
evisions ne l’avaient indiqué au début du XXI
siècle. Chaque problème était plus vite et mieux
pris en compte, que ce soit pour un individu ou
pour la communauté. Dans tous les domaines
hormis les sciences, la technique suffisait large-
ment aux besoins de l’être humain. Elle s’était
effacée depuis des décennies, et les passagers de
l’Aigle du cosmos, comme une grande majorité
de Terriens, ne se préoccupaient plus que des
applications. Les langages machines étaient de-
venus adaptatifs et autonomes. Seuls quelques
techniciens étaient nécessaires afin d’assurer
23 Une exploration du futur
l’alimentation, les réseaux et les structures maté-
rielles des ordinateurs électroniques ou quanti-
ques.
Le terme de technologie « DXD » contenait
tous les médias individuels de mémorisation ré-
duits intégrés en général dans un logement de
quelques grammes. La miniaturisation et les
performances du domaine de l’informatique
électronique ou quantique permettaient à tout
individu de posséder, où qu’il se trouve, la tota-
lité des connaissances de l’humanité ainsi que
tous types de fonctionnalités pratiques.
La visualisation se faisait désormais le plus
souvent en 3 D. Le principe reposait sur la di-
mension de profondeur. Une couleur et une
profondeur étaient attribuées à chaque particule
(correspondante aux pixels des anciennes télés
2 D). L’ordinateur intégré individuel se connec-
tait par ondes à n’importe quel écran 3 D ou
utilisait des films imperceptibles devant les
yeux, qui, eux, reproduisaient encore moins par-
faitement l’image. Ainsi, tout être humain pou-
vait se distraire, se cultiver, consulter les infor-
mations existantes et les actualités grâce à la
technologie « DXD » avec une reproduction
réaliste. Le domaine de l’audio 3 D existait de-
epuis la fin du XX siècle. La représentation des
sons dans l’espace fut néanmoins bien amélio-
rée depuis. Couplé à un écran 3 D, tous les ty-
pes de spectacles culturels ou sportifs pouvaient
24 Préambule
être appréciés de la même manière qu’en étant
présent dans une salle de concert ou un stade.
eTous les documents vidéo importants du XX
eau XXI siècle furent convertis pendant des dé-
cennies dans ce format grâce à des scanneurs
performants et au travail d’équipes internationa-
les d’archivistes coordonnateurs,
d’informaticiens, de graphistes, …
25 Une exploration du futur
LA MISSION AU DÉPART DE LA TERRE
Texte complet de la brochure d’information sur la
mission « Aigle du cosmos »
Les objectifs
Plusieurs visées scientifiques s’intégreront au
périple. En premier, l’étude physico-chimique
sur Pluton et Charron grâce à l’envoi de sondes.
Puis, de nombreuses expériences de biologie, de
physique ou de chimie seront menées. Elles
concerneront notamment la détection de corps
ou de phénomènes localisés, ainsi que des étu-
des sur le vide, les singularités spatiotemporelles
et les incohérences des sciences modernes. En-
fin, et surtout, le vaisseau ira visiter 6 étoiles
pour un trajet d’environ 40 années-lumière (a.
l.). Il enverra des sondes et des bases habitées
ou non sur leurs planètes. Ces étoiles, toutes
voisines du Soleil, seront elles aussi analysées.
Le but est de découvrir des traces de vie, mieux
connaître les étoiles et les systèmes planétaires
de l’Univers. Enfin, ce voyage servira de base
27 Une exploration du futur
de données pour des missions plus ambitieuses
vers des étoiles situées dans un rayon de 100 a.
l, voire extragalactique (vers Andromède par
exemple).

Le parcours s’effectuera dans cet ordre :

à 4,3 a.l.de la Terre, Proxima et Alpha du
Centaure
à 9,3 a.l.d’Alpha du Centaure, Sirius, constel-
lation du Grand Chien
à 5,8 a.l.de Sirius, Luyten 726-8, constellation
de la Baleine
à 1,2 a.l.de Luyten 726-8, Procyon
à 8,6 a.l.de Procyon, Wolf 359, constellation
du Lion
à 4,1 a.l.de Wolf 359, Lalande 21 185, cons-
tellation de la Grande Ourse
à 13,0 a.l.de Lalande 21 185, le système so-
laire
Le vaisseau
Treize années (de mars 2139 à janvier 2152)
furent nécessaires à l’élaboration d’un cahier des
charges complet. Ensuite, l’Aigle du cosmos fut
construit durant dix-neuf années aux chantiers
spatiaux internationaux. Il impliqua une coopé-
ration avec des entreprises de tous les conti-
nents. Sept mille ouvriers, techniciens, ingé-
28 La mission au départ de la Terre
nieurs en tout travaillèrent en se relayant pour
réaliser ce bâtiment. Sa livraison eut lieu au dé-
but de l’année 2177 après une période de tests
de toutes natures.

Une fois achevé, il fut doté de 12 containers
3de près de 10 000 m chacun. Quant au vaisseau
principal, il atteint finalement plus de
300 mètres de longueur, 300 mètres de largeur,
et entre 60 et 150 mètres de hauteur. Sa
masse en charge totale avoisine, elle,
100 000 tonnes.

Les fonctions de cet astronef géant seront
délimitées suivant ces différents emplacements :

Navigation : l’équipage contrôlera la bonne
marche du vaisseau vers ses objectifs. Le pilo-
tage sera programmé et exécuté par un réseau
de calculateurs. Un autre réseau fournira tous
les renseignements sur le vaisseau en lui-même.
Toute avarie interne ou externe entraînera une
alerte et des procédures seront alors mises en
œuvre. Ce secteur occupe l’avant du vaisseau.
Ressources d’énergie : destinées à la propul-
sion et à la génération électrique.
Ressources de secours : locaux techniques
accessibles à tout moment et répartis dans la
totalité du bâtiment principal et les containers.
29 Une exploration du futur
Capteurs : de photons et du champ magnéti-
que externe.
Réservoirs d’hydrogène et d’oxygène liqui-
des : isolés dans deux containers sécurisés.
Réseaux de conduits : déplacements des hu-
mains, transports des produits et des ressour-
ces.
Entrepôts : contenant les denrées alimentai-
res, l’eau, le matériel technique et électronique,
le bois, le compost, les vers de terre, les engrais,

Propulseurs : dont les manœuvres et les tests
sont réalisés à distance.
Administration : police, justice, maintenance,
hôpital, dentistes, entretien, nettoyage, sécurité,
gestion administrative, …
Déchetterie et recyclage : les métaux, les plas-
tiques, le papier y seront reconditionnés. L’eau
sera récupérée des urines, de la condensation,
ou des eaux usagées.
Entreprises agricoles : céréales, viande, pois-
sons, légumes et fruits. Une partie de l’énergie
électrique servira à la lumière artificielle néces-
saire à la photosynthèse pour recréer les condi-
tions d’une ferme et de vergers terrestres.
Régénération de l’oxygène : plantes sélec-
tionnées en serre éclairées par le même type
d’éclairage que ci-dessus.
Salles de culte religieux : couvrant effective-
ment ou potentiellement toutes les croyances.
30 La mission au départ de la Terre
Zones de loisirs : parc, lac, restaurant, bars,
salles de sport, cinémas, discothèque, jeux, bi-
bliothèque, espaces culturels, etc.
Zones de commerce : un hypermarché vir-
tuel au centre du bâtiment et des petits com-
merces.
Bureaux, ateliers, fabriques, laboratoires : au
centre du bâtiment et contigus à la zone de
commerces.
Zones d’éducation : école, université, salles
informatiques
Zones d’habitation : sur cinq étages, tout en
verre de haute résistance, en haut du vaisseau.
2Studios de 20 m pour les célibataires (chambre,
cuisine, salle de bains, bureau), appartements de
240 m pour les couples (grande chambre, cui-
sine, salle de bains, bureau, salon), enfin appar-
2tements d’au moins 80 m pour les familles
(grande chambre, chambres, cuisine, salle de
bains, bureau, salon, salle de jeux ou de sports).

À partir des documents techniques, des ar-
chitectes spécialisés ont conçu les espaces de
circulation, les lieux de loisirs et de restauration.
Aujourd’hui, ces lieux de vie possèdent des cloi-
sons de couleurs et des composants graphiques
pouvant varier suivant l’horaire. Ils sont tous
équipés de la technologie magnétique permet-
tant un déplacement aisé et une position verti-
cale bien adaptée au corps humain. La disco-
31 Une exploration du futur
thèque dispose, elle, d’effets lumineux agressifs
et entraînants en harmonie avec l’ambiance so-
nore. Afin d’assurer une circulation dense, les
ouvertures et les sas, tout en restant parfaite-
ment silencieux, sont spécialement adaptés. Les
couloirs sont suffisants pour le croisement de
plusieurs individus. Faits de verres résistants, ils
sont éclairés sobrement et les cloisons sont dé-
ecorées par des artistes réputés du XXII siècle.
Un fond sonore apaisant mène les passagers
d’un lieu à un autre. Les discrets conduits de
locomotion sont placés aux extrémités des cou-
loirs. Au nombre de quatre, ils permettent le
déplacement des cabines entre différents ni-
veaux. Deux d’entre eux servent à la circulation
des humains, un autre, caché et plus étroit, est
destiné aux transports des ressources ou des
déchets, enfin un dernier, plus large, est voué au
transport des marchandises. Le mobilier aux
teintes neutres du restaurant est fonctionnel et
configurable. Sur les murs, des oeuvres rappel-
lent la culture et les arts de différentes régions
du monde. Les lieux publics disposent égale-
ment des modèles très larges de télé3 D. Ainsi,
une ambiance de fête pourra se concrétiser lors
d’évènements importants. Toutes ces réalisa-
tions auront en partie pour but de stimuler po-
sitivement les passagers du vaisseau. Les accoin-
tances ou bien l’isolement seront également fa-
cilités au sein de l’Aigle du cosmos.
32 La mission au départ de la Terre
Un cabinet prestigieux de designers a réalisé
l’aménagement des habitations. En général, dé-
corées très sobrement, celles-ci disposent fina-
lement de nombreux éléments évolutifs. Le sol,
tout comme les fauteuils et les lits, sont magné-
tisés. Une cabine dans chaque habitation est ré-
servée aux exercices physiques et à la détente
avec, notamment, des fonctionnalités de thalas-
sothérapie. Des rayons ultraviolets non nocifs
peuvent être diffusés dans tout l’appartement
afin de réguler l’équilibre nerveux et de créer de
la vitamine D. Enfin, toutes les habitations, à
travers une multitude de modules électroniques
couplés à des écrans anthracite, sont équipées
de la technologie multimédia la plus moderne.

Tout sera fait pour consommer le moins
possible d’énergie ou de denrées. Les lampes
n’auront, par exemple, besoin que de 2 Watt
2pour éclairer une pièce de 20 m , seuls 10 % des
déchets seront abandonnés dans l’espace, des
capteurs, très performants de lumière et de
champ magnétiques, fourniront un plus en
énergie, …
Le vaisseau est conçu pour ne laisser passer
que très peu de radiations. Seules d’improbables
réparations extérieures pourront exposer tem-
porairement quelques techniciens spécialisés.
Quelques journées de soins adaptés leur seront
alors suffisantes pour se rétablir. Au début de la
33 Une exploration du futur
mission, les ceintures de Van Allen, le vent et
les éruptions solaires produiront des radiations
parfois dangereuses. Quant au rayonnement
cosmique, il consiste en des flux de particules
(constituées à 90 % de protons et à 9 % de
noyaux d’hélium) provenant des supernovae, et
donc, restera potentiellement présent tout au
long du voyage.

Les habitants du vaisseau et la vie sociale à
bord

Tous les titulaires d’un poste à bord de
l’Aigle du cosmos ont été sélectionnés parmi
près de 150 000 candidatures (dont
2000 provenant des stations lunaires et mar-
tiennes) dans leur domaine de compétences.
Les examens les plus poussés concernèrent les
candidats aux postes d’état major, à la naviga-
tion, aux experts de l’antimatière et à
l’administration. Pour tous, la motivation et
l’intégrité devaient être parfaites. Personne ne
devait être porteur de gène malade (pour ré-
duire le risque d’une progéniture atteinte à son
tour). Tous devaient être potentiellement résis-
tants aux problèmes physiologiques et psycho-
logiques d’un voyage spatial de longue durée.
Les générations successives auront de plus en
plus de chance d’avoir les mêmes ancêtres. Cela
réduira statistiquement leur défense à certaines
34 La mission au départ de la Terre
affections. Enfin, pour assurer une descendance
suffisante, des couples jeunes et des familles en-
tières ont été favorisées par rapport aux céliba-
taires. Dans un espace confiné, si grand soit-il,
la vie sociale demeurera fragile. L’ambiance de-
vra être soutenue ; toute déviance mettrait en
péril la mission. C’est pourquoi les concepteurs
du vaisseau ont privilégié les lieux de détente et
de distractions. Les appartements bénéficient de
la domotique la plus récente, du calme et du
respect de l’intimité. À l’aide d’un badge élec-
tronique ou via le poste central, les personnes
pourront contrôler les fonctions disponibles
dans leur logement. En plus d’être auto évolutif
(par l’apprentissage), l’ordinateur domestique
permettra d’établir la liaison avec les proches
sur la Terre ou avec les individus du vaisseau.
La vie pour ces hommes et ces femmes sera
comparable à celle d’une ville moderne d’un
peu plus de trois mille habitants avec des com-
merces, des espaces de loisirs, … Les commu-
nications personnelles et les médias pourront
profiter du système de puces à ondes radio. Un
retard entre l’émission et la réception sur Terre
augmentera inéluctablement avec la distance.
Lors des premières années, le vaisseau et la pla-
nète bleue seront à peu près en phase. Les en-
fants y suivront sensiblement le même cursus
scolaire. Ils devront exercer une profession
après l’université. Tous les domaines
35 Une exploration du futur
d’éducation et de culture, stockés optiquement
dans les ordinateurs, leur seront ouverts. En ef-
fet, l’université consistera en cours et exercices
interactifs. Le savoir dans tous les domaines,
son renouvellement, son optimisation par des
programmes informatiques sera accessible à
tous. Le chômage proscrit, les habitants devront
être soudés, solidaires entre eux, permettant que
chacun s’exprime et évolue à son rythme. Cet
esprit d’équipe constituera le leitmotiv des mé-
dias du vaisseau. La télé3 D, elle-même, émettra
continuellement en mode interactif. Concernant
la chaîne officielle, les informations pratiques,
les actualités internes et terrestres occuperont,
initialement, la majorité de son temps
d’antenne.
L’accélération de l’Aigle du cosmos
s’effectuera progressivement les deux premières
années d’abord à 1 g (ce qui correspond à
l’accélération au sol due à l’attraction terrestre,
et qui vaut environ 10 ms-2, soit une augmenta-
tion de la vitesse de 36 km/h toutes les se-
condes), puis diminuera jusqu’à zéro g (apesan-
teur) lorsque le vaisseau aura atteint 20 % de la
vitesse de la lumière. Initialement, les salles du
vaisseau seront orientées de telle sorte que
l’accélération sera ressentie par les occupants
comme étant verticale. Cela permettra une
adaptation plus facile à l’absence de forces.
L’atrophie de certains muscles sera combattue
36 La mission au départ de la Terre
par des exercices physiques obligatoires pour
tous. Ensuite, tous devront suivre d’autres exer-
cices et une diététique adaptée (protéines, gluci-
des, lipides, fibres, vitamines et oligo-éléments)
leur permettant de rester en forme. En grande
majorité, les hommes et les femmes de l’Aigle
du cosmos s’adapteront après quelques jours au
mal de l’espace lié à l’apesanteur (et dû à un dé-
règlement de l’oreille interne). Les autres sui-
vront des exercices pour prévenir et diminuer
les maux de tête, les nausées ou la désorienta-
tion spatiale. En apesanteur, les os perdent leur
calcium et leur phosphore (élimination par
l’urine). Des calculs rénaux peuvent s’en suivre.
Seule la chirurgie sera efficace pour les cas les
plus graves. L’alimentation devra, elle, pallier
aux carences minérales. De plus, des capteurs
sur les hommes et les femmes permettront
d’analyser, de corriger éventuellement le volume
sanguin, le taux de globules rouges et blancs, ou
la présence de corps étrangers. Les défenses
immunitaires de chacun devront être pleine-
ment effectives, d’autant qu’en apesanteur les
bactéries et les virus circulent librement dans
l’air. Le nettoyage, l’aération des salles seront
systématiques. Tous seront également tenus à
une hygiène suffisante pour pouvoir circuler
dans le vaisseau.
37 Une exploration du futur
Les directions
Chaque direction comprendra un directeur et
un secrétaire général. Ce dernier sera chargé de
rédiger un rapport quotidien. Tous les dix ans,
les personnes majeures éliront le bureau de
l’« Administration », composé de
l’Administrateur et de dix subordonnés. En plus
des secteurs techniques, celui-ci supervisera les
directions ayant en charge l’éducation, le travail,
la santé, le commerce, l’alimentation, la jeu-
nesse, les sports, la culture, la vie sociale, la jus-
tice, le nettoyage, l’entretien, les deux déchette-
ries, etc.
Un conseil de surveillance de dix membres,
élus à vie, contrôlera les directions dans leur
fonctionnement et dans leurs décisions. Ce der-
nier fera également un rapport d’analyse synthé-
tique tous les cinq cents « jours ».

Les secteurs techniques, en plus de leur di-
rection et du conseil de surveillance, seront sur-
veillés par un collège de sécurité, qui dépendra
lui-même du bureau de l’« Administration ».
Ce collège aura à sa tête un état major com-
posé de vingt membres (officiers, officiers de
liaison, élèves officiers, expert techniques,
contrôleurs). Réuni régulièrement ou en cas de
crise majeure, il gèrera les dysfonctionnements
et les incidents dans les domaines de la naviga-
38 La mission au départ de la Terre
tion, des ressources, de la maintenance techni-
que, de la sécurité, des liaisons avec la Terre, de
l’analyse des données environnementales, etc.
Enfin, en plus de ses attributions, le bureau
de l’« Administration » conduira directement la
direction administrative.

Initialement, les effectifs par secteur se répar-
tiront ainsi :

– Navigation : 50 à l’état-major, 50 employés
navigants, 30 informaticiens
– Administration : 30 au bureau,
100 officiers, techniciens et employés à la sécu-
rité, 100 professionnels de santé (médecins, in-
firmiers, assistants et techniciens d’appareils),
100 employés d’hygiène et de nettoyage,
50 policiers, éducateurs, magistrats, assistants
sociaux et psychologues, 20 informaticiens
– Techniques : 150 ingénieurs et techniciens
en ressources énergétiques (dont 50 spécialistes
en antimatière), 100 techniciens et ouvriers
d’entretien du réseau des ressources,
50 techniciens et ouvriers au contrôle des pro-
pulseurs, 50 techniciens et ouvriers aux entre-
pôts et ressources de secours, 50 techniciens et
ouvriers au contrôle des conduits, des cabines
et des sas, 50 techniciens et ouvriers en mainte-
nance des locaux, 20 informaticiens
39 Une exploration du futur
– Industrie : 50 cadres, 50 assistants,
90 ouvriers, 10 contremaîtres, 50 employés en
agroalimentaires, 20 agronomes, 40 ouvriers
agricoles, 10 chefs agricoles, 10 diététiciens,
50 techniciens et ouvriers en recyclage,
30 informaticiens
– Culture, éducation : 800 écoliers et étu-
diants, 100 professeurs – experts, 100 dans les
médias, 50 à la culture, 50 dans les sciences –
humaines, 30 informaticiens
– Sciences : 300 physiciens, 10 chimistes,
50 mathématiciens – informaticiens,
60 biologistes, 60 planétologues et géologues,
120 techniciens en engins, sondes, stations,
50 informaticiens
– Retraités et inactifs : à terme, environ 300
La propulsion
Ayant la même masse que leur particule as-
sociée, les antiparticules se caractérisent par une
charge électrique opposée. Juste après le big
bang, les théories actuelles assurent que les
proportions en matière et en antimatière étaient
égales. Le phénomène d’annihilation aurait dû
faire disparaître les particules et leurs antiparti-
cules en faisant naître une énergie photonique
(rayonnement gamma). Alors, soit l’Univers
contient des « régions » de matière et
d’antimatière isolées, soit il existait, lors du big
40 La mission au départ de la Terre
bang, une dissymétrie de l’ordre de un milliar-
dième entre elles, qui se déduirait de la violation
CP de l’interaction électrofaible, et qui aurait été
e« fatale » à l’antimatière. Depuis la fin du XX
siècle, la fabrication d’antiprotons par collision
était tangible et celle d’antiélectrons (positrons)
pouvait provenir aisément, par exemple, de la
radioactivité du sodium 22. Mais la fabrication
en grand nombre d’antiatomes, puis
d’antimolécules ne fut au point techniquement
equ’à partir du milieu du XXI siècle.
Cette forme d’énergie (annihilation matière –
antimatière) s’avère être la plus productive dans
la nature, loin devant la fission (un millième de
la masse d’uranium seulement fournit de
l’énergie dans les centrales nucléaires), ou même
par rapport à la fusion, etc.
La fabrication des antiparticules est obtenue
par piégeage à partir de collisions de grande
énergie dans un anneau, ou bien en favorisant
celles ayant lieu à l’intérieur de nucléons (pro-
ton, neutron). Dans chaque nucléon trois
quarks s’agitent. De la matière quark – anti-
quark (méson) peut naître de l’énergie de colli-
sion quark – quark. Inversement, une collision
quark – anti-quark induit exclusivement une
énergie photonique (c’est l’annihilation). Pour
produire de l’antimatière, il faut donc privilégier
la création de mésons et diminuer la probabilité
de collision quark – anti-quark. La « fission »
41 Une exploration du futur
des mésons a été réalisée expérimentalement en
2039. La maîtrise du stockage de l’antimatière
est bien établie, elle, depuis 2075. Le vaisseau
emportera, dans des caissons « gigognes » dy-
namiques, adaptés à l’isolation matière – anti-
matière, une centaine de tonnes d’antiprotons et
de positrons. L’énergie créée servira à produire
une poussée de gaz, tels que l’hydrogène, le
dioxyde de carbone rejeté par les humains, le
monoxyde de carbone ou le méthane. Cela de-
vra suffire pour atteindre en un an une vitesse
stabilisée à près de 20 % de la vitesse de la lu-
mière. Le stock d’antimatière permettra une au-
tonomie largement supérieure à 400 années :
deux fois la durée prévue de cette mission. Il est
à noter que la technologie actuelle aurait pu
rendre possible un vaisseau, même aussi impo-
sant, se déplaçant à des vitesses encore plus éle-
vées, mais cela aurait été au détriment d’une sé-
curité, d’un confort suffisant et surtout de ré-
serves d’énergie raisonnables.
Les ressources et denrées
Des stocks renouvelables pourvoiront aux
besoins des trois mille hommes et femmes en
eau, en nourriture, en air et en énergie. Dix huit
opérations effectuées de 2175 à 2180 ont per-
mis de disséminer sur le trajet calculé de l’Aigle
du cosmos des modules contenant quelques
42 La mission au départ de la Terre
milliers de tonnes de ressources d’appoint. Ces
plus (en oxygène, eau et nourriture principale-
ment) serviront à pallier les difficultés éventuel-
les de production pendant toute la durée de la
mission. Le vaisseau n’aura qu’à se rendre à
proximité de ces réservoirs. Leur positionne-
ment et leur vitesse adaptée (une fois à l’endroit
souhaité) furent réalisés entièrement depuis la
Terre.
En moyenne, la consommation d’air sera de
3 3500 m par heure. Il sera stocké 600 m d’azote
et d’oxygène liquides (l’oxygène liquide à -
183°C et à une atmosphère occupe, à masse
égale, huit cents fois moins de place qu’à l’état
gazeux). La régénération de l’oxygène se fera
grâce aux serres de plantes. Soumises au rayon-
nement ultraviolet et à un arrosage optimal, el-
les fabriqueront ce gaz par photosynthèse à par-
tir des rejets de dioxyde de carbone des hom-
mes et des bêtes. En outre, elles ont été sélec-
tionnées pour émettre peu de CO2 quand elles
ne sont plus éclairées. Le parc participera lui
aussi à une bonne qualité de l’air.
3Les réservoirs d’eau occuperont 200 000 m .
L’eau sera récupérée au mieux car il n’est pas
possible d’en fabriquer facilement. Dans les
lieux d’habitation, de travail, de commerce, et
de loisirs, l’humidité de l’air restera très faible.
Principal gaz d’éjection des tuyères,
l’hydrogène sera stocké à l’état liquide (tenant
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