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BULLETINDELASOCIÉTÉ

THÉOPHILEGAUTIER

N° 29

ANNÉE 2007

« La maladie du bleu »: art de voyager et art d'écrire chez Théophile Gautier

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Table des matières

Introduction

PREMIÈRE PARTIE

« la maladie du bleu » : art de voyager et art d’écrire chez Théophile Gautier

Avant-propos

Le Voyage en Algérie de Théophile Gautier : une approche stylistique

Explorateurs d’espaces :  Heine et Gautier au miroir

La thématique raciale dans le Voyage en Russie

Gautier et les guides de voyage : l’exemple de Constantinople

Les premiers récits de voyage de Gautier : une évolution majeure

L’atelier journalistique du récit de voyage  chez Gautier : l’effet-feuilleton

Gautier promeneur : humour et fantaisie dans le récit de voyage

Gautier en voyage :  la description et la poétique piranésienne

Gautier rhyparographe ou de l’horreur en voyage

Trois degrés d’étrangeté  dans le Voyage en Espagne et España

Le jeu des références dans le Voyage en Russie de Théophile Gautier

Voyages autour de ma prison : Tableaux de siège et le tourisme obsidional

ANNEXE

Table des matieres

De la publication en volume

Deuxième partie

Varia

Paris détruit en 1870-1871 :

TABLEAUX DE SIÈGE (1871)

Un voyage à travers les ruines impromptues de Paris : l’art à l’épreuve de la catastrophe

Un récit de voyage, de redécouverte, d’exploration

Tableaux de siège et la photographie

« Sept contre Paris » : tragédie en deux actes Une lecture de Tableaux de siège

Rencontres barbares

Fortunio et Lancelot

Dialogue romanesque, dialogue dramatique, soliloque: figures de l’ambiguïté dans Mademoiselle de Maupin

Comptes rendus

Informations

 

COMITÉDELECTURE

Patrick BERTHIER, François BRUNET, Françoise COURT-PÉREZ, Anne GEISLER, Marie-Hélène GIRARD, Alain GUYOT, Claudine LACOSTE, Martine LAVAUD, Alain MONTANDON, Marie-Claude SCHAPIRA, Paolo TORTONESE, Peter WHYTE

En couverture : Tournemine, Café à Adalia en Turquie, Musée d’Orsay (détail), 1856.

Théophile Gautier, portrait par Nadar (détail), 1855, BNF

© Société Théophile Gautier

Université Paul Valéry, Route de Mende

34199 Montpellier cedex 5

Président d’Honneur : Pierre LAUBRIET

Présidente : Claudine LACOSTE

Vice-Présidents : Alain MONTANDON et Marie-Claude SCHAPIRA

Secrétaire général : François BRUNET

Secrétaire générale adjointe : Martine LAVAUD

COMITÉDHONNEUR

Wolfgang DROST, Ilse LIPSCHUTZ †, Cecilia RIZZA,

Claude-Marie SENNINGER, Marcel VOISIN, Peter WHYTE

CONSEILDADMINISTRATION

Robert BAUDRY, François BRUNET, Françoise COURT-PEREZ,

Peter EDWARDS, Jean-Claude FIZAINE, Anne GEISLER-SZMULEWICZ,

Claudine LACOSTE, Hélène LAPLACE-CLAVERIE, Martine LAVAUD,

Sylvain LEDDA, Alain MONTANDON, Sarga MOUSSA, Paul NICIER,

Marie-Claude SCHAPIRA, Paolo TORTONESE

Siège social : Université Paul Valéry, Route de Mende

34199 Montpellier Cedex 5 – France

Compte courant postal : 2003. 96T – Centre de Montpellier

Toute correspondance (abonnement, informations, articles, etc.)

est à adresser à :

SOCIÉTÉTHÉOPHILEGAUTIER, Université Paul Valéry,

Route de Mende, 34199 Montpellier Cedex 5

Site internet : http://www.llsh.univ-savoie.fr/gautier/index.html

Introduction

Martine LAVAUD

Assurément, si l’on en juge par la fréquence des journées d’études et colloques organisés autour de la figure de Théophile Gautier, l’écrivain est largement sorti du purgatoire où il resta longtemps. Sans doute, la richesse des recherches suscitées par le chantier de publication des œuvres complètes chez Champion ainsi que l’édition de l’œuvre narrative en collection « Pléiade », ne sont pas étrangères à cette recrudescence des recherches gautiéristes qui trouvent un gîte dans cette revue de la Société Théophile Gautier, présidée par Claudine Veysseyre-Lacoste, et constituent l’un des programmes de recherches du centre montpelliérain dirigé par Pierre Citti, le « RIRRA 21 », que nous remercions ici.

Ce numéro, étant en majeure partie constitué par les actes du colloque organisé par Alain Guyot à l’université Grenoble III, est placé sous le signe du récit de voyage : qu’il soit également remercié pour la qualité de son travail, au même titre que l’équipe Traverses 19-21, et que le Centre d’études stendhaliennes et romantiques, dont l’aide nous a permis de mieux saisir « l’art de voyager et l’art d’écrire » d’un Gautier qui, saisi par la « maladie du bleu », traversa l’Espagne, l’Italie, l’Algérie, la Turquie, l’Égypte, la Grèce, mais aussi l’Allemagne ou la Russie…

Deux études, l’une consacrée à Fortunio et Lancelot, l’autre à Mademoiselle de Maupin, légitiment in extremis l’appellation « varia » de la seconde section du recueil. Car pour le reste on a choisi de faire suivre les actes du colloque grenoblois des communications données à l’occasion de la dernière journée d’études organisée à la Maison Balzac le 24 novembre 2006, et consacrée à l’un des derniers textes de Gautier : Tableaux de siège (1871)… Étant donnée l’insertion générique de ces Tableaux de siège dans la catégorie des récits de voyage, même à titre d’« hapax », ce classement suit en somme une relation de continuité. Ces Tableaux, encore assez peu connus, constituent pourtant un document remarquable : d’une part, parce que Gautier acquiert ici, plus que jamais, une fonction de « témoin » de la guerre franco-prussienne et de la Commune ; d’autre part, parce que la guerre fait ressortir l’horrible vérité des choses, et qu’alors nul ne saurait oser tout à fait le discours du second degré, si bien que la pression des bouleversements historiques et politiques permet de dégager pleinement les ambiguïtés du regard artiste de la gangue du discours critique ordinaire, qui en estompe les enjeux éthiques. La lecture de Tableaux de siège repose donc, avec une acuité particulière, une question essentielle : celle de la responsabilité de l’écrivain esthète face au monde, celle de son implication et de son « étrangeté », tant il est probable que la posture du voyageur constitue l’une des propriétés les plus irréductibles de Théophile Gautier.

PREMIÈRE PARTIE

« la maladie du bleu » : art de voyager et art d’écrire chez Théophile Gautier

Avant-propos

Alain GUYOT

Les récits de voyage représenteront un volet important des Œuvres complètes de Gautier, actuellement en cours de publication aux éditions Champion, en proportion du « déplorable prurit » dont Gautier se plaignait à Bergerat{1} et qui l’entraîna de La Haye à Gibraltar, du Mont-Saint-Michel à Constantinople, sans oublier l’Algérie et l’Égypte. La journée d’étude consacrée à ces textes, en janvier 2006, à l’Université Stendhal de Grenoble, par le Centre d’études stendhaliennes et romantiques et la Société Théophile Gautier, a été l’occasion de renouer avec une tradition critique bien établie depuis plus de quarante ans maintenant, en croisant les approches et en redécouvrant des ouvrages que l’on pensait connaître par cœur.

Si certains de ces récits – le Voyage en Espagne, entre autres – ont fait l’objet de recherches approfondies, il est en effet loin d’en être de même pour beaucoup d’autres, moins connus, mais tout aussi passionnants : Ce qu’on peut voir en six jours, qui raconte une brève expédition à travers la Suisse, l’Allemagne et la Hollande, peut ainsi être lu comme un art de voyager, doublé d’un art poétique – une sorte de récit de voyage au second degré, comme François Brunet l’a bien montré{2}. De même, Véronique Magri-Mourgues met à profit le Voyage pittoresque en Algérie, texte parfois négligé en raison de son caractère composite, pour caractériser l’écriture du voyageur, notamment au travers des séquences descriptives, et voir comment se retrouvent dans le récit certaines constantes linguistiques susceptibles de définir le genre même du « récit de voyage ».

De même, si l’abondante production de Gautier en matière viatique est désormais bien cernée du point de vue de l’histoire littéraire, il reste encore beaucoup à dire sur les sources, la réception ou l’esthétique de ces récits de voyage. Massimo Scotti se propose ainsi d’explorer l’influence des Reisebilder de Heine sur Un tour en Belgique ou Italia en matière de perception de l’espace. Serge Zenkine cherche pour sa part à mesurer la part des idéologies de son époque dans la confrontation avec les différences raciales qu’il rencontre au cours de son voyage en Russie. Sarga Moussa met enfin en relation Constantinople avec les guides touristiques qui ont pu influencer le regard du voyageur et ceux qu’il a inspirés, en montrant comment celui-ci se trouve en quelque sorte « à la croisée des chemins ».

Mais c’est surtout l’apport de Gautier à la poétique du voyage et de son récit que les contributeurs ont tenté de comprendre, à travers des approches très différentes. Françoise Court-Perez s’intéresse dans ce cadre aux tout premiers récits viatiques (Un tour en Belgique, Voyage hors barrières), pour souligner l’évolution de la démarche de Gautier et de son approche, qui passent d’abord par la subversion du genre, avant que l’écrivain ne s’y soumette, dans son Voyage en Espagne… à moins qu’il ne fasse semblant, en feignant d’accepter les contraintes, internes et externes, de la publication journalistique pour mieux en jouer, comme Marie-Ève Thérenty le met en lumière en confrontant la prépublication des récits de voyage dans la presse et les remaniements auxquels procède parfois Gautier avant leur édition en volume. Cette subversion du genre inscrit sa démarche dans une histoire : celle de « l’anti-voyage » où, Philippe Antoine le montre bien, la fantaisie prend vite le pas sur la mission d’information et où l’intérêt pour le réel diminue au profit d’un intérêt pour le regard qu’on porte sur lui et la manière dont il est restitué. Un regard qui reste le plus souvent canalisé par l’œuvre d’art, au point de produire des paysages et des descriptions qui « excèdent », à tous les sens du terme, en un véritable « cauchemar architectural » de type piranésien (Yvon Le Scanff) ou en une quête esthétique de spectacles hideux (Alain Guyot).

On a ainsi le sentiment que Gautier contribue à inventer une nouvelle poétique viatique qui se tourne davantage vers l’expérience intérieure du voyageur, comme l’illustre Michel Viegnes à propos du périple espagnol, ou vers sa mémoire, au point que le récit du voyage en Russie peut finir par en reconstruire un autre, comme le laisse entendre Anne Geisler-Smulewicz. La voie est alors ouverte pour un genre nouveau – une forme d’« itéro-fiction » ? – où, en tout cas, le voyageur n’éprouve même plus le besoin de se déplacer, contraint qu’il est de tourner en rond « autour de sa prison », dans Paris assiégé, à la manière d’un lion en cage : c’est la lecture que Martine Lavaud propose des Tableaux de siège.

Ce recueil n’a aucune prétention à épuiser un sujet aussi vaste, et bien des aspects des récits de voyage de Gautier restent à explorer, de leur interaction avec les autres formes littéraires qu’il fréquente (poésie, fiction narrative, théâtre, critique dramatique ou esthétique) à son rapport problématique au savoir livresque et à la nécessaire dimension didactique du récit viatique, en passant par la dimension humoristique ou l’étonnante discrétion de la présence humaine dans l’ensemble de cette production. Comment analyser en effet ce curieux goût du narrateur à effacer toute trace de son énonciation, sa répugnance à raconter ses aventures ou à prendre parti, sa propension à décrire monuments et paysages à la place des habitants, qui lui fut souvent reprochée ? Il faudra aussi se pencher un jour, dans le prolongement des travaux de Martine Lavaud{3}, sur les ambiguïtés du rapport de Gautier à la modernité : ses déclarations bien connues en faveur du pittoresque et de la « couleur locale », ou contre l’uniformisation à l’œuvre dans le monde moderne, ne doivent pas cacher l’évolution de ses positions à l’égard du progrès technique dans ses aspects les plus divers (chemin de fer, industrie, voyages organisés, etc.)

On espère en tout cas avoir par là contribué à éclairer un pan essentiel de cette œuvre gigantesque et, peut-être, à répondre, au moins partiellement, à ces questions encore brûlantes : qu’est-ce que voyager et, surtout, qu’est-ce qu’un récit de voyage au XIXe siècle ?

L’organisation de cette journée d’étude et sa publication doivent beaucoup au précieux et généreux concours de Chantal Massol, directrice de l’équipe d’accueil Traverses 19-21, de Marie-Rose Corredor, directrice du Centre d’études stendhaliennes et romantiques, et de Martine Lavaud, secrétaire générale adjointe de la Société Théophile Gautier. Qu’elles en soient ici remerciées.

Le Voyage en Algérie de Théophile Gautier : une approche stylistique

Véronique MAGRI-MOURGUES

Gautier voyage en Algérie au moment dit de la « conquête totale » (1841-1847), alors que le territoire n’est pas encore pacifié. C’est à un monde « neuf » qu’il a affaire, comme il le dit lui-même, où il va chercher le dépaysement, aux portes de la France.

De ce voyage qui dure environ deux mois, il nous reste un ouvrage inachevé, embryon de ce qui devait s’appeler Voyage pittoresque en Algérie : Alger, Oran, Constantine, la Kabylie, annoncé pour janvier 1846. Il ne verra jamais le jour : seuls sont publiés des fragments sous le titre « Scènes d’Afrique, Alger, 1845 » dans La Revue de Paris d’avril-juin 1853. En 1865, c’est Michel Lévy qui réunit dans les six premiers chapitres du recueil Loin de Paris, sous le titre « En Afrique », le texte de 1845, son complément de 1853 et des articles parus dans des revues, « Les Aïssaoua » et « La Danse des Djinns{4} ».

L’analyse du texte de Gautier que je propose se concentre sur les réalisations syntaxiques de paramètres qui peuvent être donnés comme définitoires du genre « récit de voyage ». Après avoir défini comment se met en place le scénario du voyage, je verrai comment sont exacerbées les traces de la fabrique du récit, avant d’expliciter le glissement du descriptif au poïétique.

Le scenario du voyage

Le dispositif énonciatif 

Le dispositif énonciatif qui croise le système des personnes et celui des tiroirs verbaux s’organise sur un système spécifique.

Le « je » du voyageur s’efface au profit de la personne amplifiée « nous » ou en faveur du pronom « on » générique. Quantitativement{5}, les formes de « nous » (236 occurrences) et celles de « on » (161 occurrences) dominent largement le pronom de rang 1, « je » (52 occurrences) et sa forme élidée « j’ » (26 occurrences). La comparaison du récit de voyage à la base de données Frantext choisie comme norme de référence accorde la primauté aux mêmes pronoms, exprimée cette fois en termes d’écarts réduits{6} : « nous » (+ 12,65) et « on » (+ 3 ,85) tandis que le « je » est en déficit : « je » (- 13,52) et « j’ » (-7,74).

La dilution du « je » dans le « nous »  ou le « on » permet un geste de connivence{7} avec le lecteur par la possibilité qui est offerte à ce dernier de s’inclure dans ces pronoms accueillants et de faire comme s’il vivait l’aventure avec le voyageur-narrateur. Le pronom « on » commute avec le pronom plus direct qu’est le « vous », en position sujet, et se réalise forcément sous la forme du « vous » en position d’objet :

Quel admirable horizon que la mer vue de haut ! – La peinture n’en a jamais donné l’idée. C’est trop grand et trop simple. On reste là dans une muette contemplation, et les heures coulent sans qu’on s’en aperçoive. Une mélancolie sereine s’empare de votre âme ; vous sentez un détachement infini, et vos regards ne se tournent plus qu’à regret vers la terre immobile et morte. (p. 222 – c’est moi qui souligne)

Dans ce rêve de reconstitution proche de l’hypotypose, le lecteur devient comme un compagnon de voyage du narrateur. Ce jeu sur les personnes illustre la dynamique du récit de voyage qui fait osciller entre la particularité d’une expérience individuelle et la généralisation à l’échelle universelle.

Le système des temps révèle le même processus en jouant notamment sur les différentes valeurs du présent de l’indicatif, tiroir atemporel qui peut servir aussi bien l’expression de l’actuel que de l’intemporel : tiroirs verbaux du passé et présent s’enchaînent sans brisure dans le texte, en assurant le passage du contingent à l’intemporel, de l’aventure singulière à la leçon de choses qui s’en dégage. Ainsi à l’approche des côtes de l’Afrique :

Les bandes de terre, estompées par un brouillard lumineux, prenaient des formes de plus en plus nettes ; les parties éclairées laissaient déjà démêler quelques détails ; le reste nageait dans cette ombre azurée particulière aux pays chauds. Des barques à voiles posées en ciseaux allaient et venaient comme des colombes qui quittent ou regagnent le colombier. La pointe Pescade et le cap Matifou, l’une à droite et l’autre à gauche (en venant de France), figurent les deux cornes de la baie en forme d’arc au fond de laquelle se trouve Alger. […] On approche ; autour du trapèze, deux ravins aux tons d’ocre entaillent le flanc de la colline, et ruissellent d’une lumière si vive, qu’on dirait qu’ils servent de lit à deux torrents de soleil. […]

Alger est bâtie en amphithéâtre sur un versant escarpé. (p. 179-180)

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