L'art rupestre amérindien de Guyane - Le site de la Carapa

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?Le site des roches gravées de La Carapa à Kourou est un ensemble exceptionnel en Guyane française d’art rupestre amérindien. Il invite à la découverte des figurations, principalement anthropomorphes, gravées sur les bancs rocheux, témoignages d’une expression artistique d’une grande unité stylistique. Connu depuis le début du xxe siècle et redécouvert en 1992, il a été étudié par Norbert Aujoulat, spécialiste de l’art pariétal paléolithique.

Publié le : lundi 1 octobre 2012
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EAN13 : 9782844509253
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Le peuplement de l’Amérique
L’origine des premiers habitants du continent améri-cain est depuis longtemps sujette à débats. La discussion principale concerne la date, le chemin, les moyens empruntés par les premiers hommes pour conquérir les Amériques. La majeure partie des scientifiques penche pour une arrivée par la terre, alors qu’une minorité évoque une colonisation par voie maritime. Il est à peu près admis que le groupe principal des hommes qui peuplaient l’Amérique à l’arrivée des euro-péens soit des descendants de chasseurs nomades venus de la Sibérie orientale à partir de la première glaciation du Pléistocène*. A compter de – 70 000 ans, l’abaisse-ment du niveau de la mer aux confins de l’Asie et de l’Amérique entraîne l’émergence de l’isthme de la Bérin-gie*, qui demeure exhaussé jusque vers – 10 000 ans. Le cheminement se serait ensuite effectué par l’intérieur des terres, le long du versant oriental des montagnes rocheuses. Migration lente, au rythme irrégulier, aux détours nombreux et qui dut commencer, la logique le suggère, il y a au moins une trentaine de milliers d’années (D. Lavallée, 1995). Actuellement, plusieurs autres théo-ries de migration humaine sont proposées, notamment, par le cabotage le long du détroit de Béring, la traversée de l’Atlantique ou encore celle du Pacifique. Cette der-nière serait basée sur la similitude de certains caractères observée sur des fossiles d’Amérique du sud et les abori-gènes australiens. Toutes ces théories ne sont pour l’heure pas suffisam-ment étayées pour que l’une d’elles puisse être acceptée par l’ensemble des chercheurs. Cependant celle qui utilise
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le détroit de Béring reste la plus communément admise. Par ailleurs, les preuves que les hommes de l’époque maî-trisaient la construction de bateaux et la navigation n’ont pas encore été fournies. Le contexte amazonien
L’Amazonie est un ensemble géographique qui dépasse les strictes limites du bassin de drainage de l’Amazone et de ses affluents pour englober une partie du bassin de l’Orénoque, les Guyanes et le nord du bouclier brésilien : une région de six millions de km² que couvre la forêt tro-picale humide. A la fois « enfer vert » et « eldorado », l’Amazonie fut le lieu de tous les fantasmes de l’imagi-naire occidental depuis sa découverte par les européens e auXVIsiècle. Le peuplement préhistorique de l’Amazonie reste peu connu, en dépit des travaux menés par les naturalistes et e les voyageurs qui explorèrent le Brésil auXIXsiècle et des recherches systématiques entreprises par le Musée Goeldi de Belém, institution pionnière dans la recherche scienti-fique en Amazonie. Depuis les années 1980, les recherches archéologiques se sont développées et de nombreuses fouilles et études ont été réalisées. Les données archéologiques recueillies à ce jour révè-lent que, bien avant l’arrivée des Européens, des groupes de cultures différentes parcourent l’Amazonie après l’avoir atteinte par des voies diverses.
La région des Guyanes d’après Maggy Seurin. Sources : Boris Choubert, 1974 et cartes géologique de Venezuela (1970) – Atlas de l’ORSTOM, 1978.
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Le milieu est réputé hostile pour l’homme, les recherches y sont difficiles et l’inventaire des vestiges connus ne saurait fournir qu’une idée approximative de la réalité préhistorique. C’est avec la domestication du manioc amer et de la patate douce, suivie par l’introduction du maïs, que les zones fertiles de la plaine alluviale de l’Amazone commen-cent à être réellement peuplées vers 3000 ans avant notre ère. Dans ce contexte, le département de la Guyane, avec e ses 84 000 km² recouverts pour les 9/10 par la sylve ama-zonienne, représente 6% d’une entité géographique et géologique beaucoup plus vaste :le bouclier guyanais, constitué essentiellement de roches précambriennes* et stabilisé depuis plus de 400 millions d’années, entre l’océan Atlantique, la dépression de l’Amazone et la grande boucle de l’Orénoque. Il couvre une partie du Venezuela, le Guyana, le Surinam, la Guyane française et l’Amapa brésilienne. Le terme «bouclier» indique une forme générale aplanie et légèrement bombée résultant d’une érosion importante qui s’applique depuis plusieurs milliards d’années. La Guyane est formée de plusieurs espaces distincts : les terres basses, savanes arborées ou noyées qui longent les 320 km d’une côte basse, envasée, bordée de palétu-viers et au tracé périodiquement changeant, les collines et chaînons de la chaîne septentrionale, la bande médiane ou « massif central » qui se présente comme la seule véri-table chaîne de hauteurs d’allure montagneuse culminant à plus de 800 m, puis à l’extrême sud du territoire, une pénéplaine parsemée de reliefs insolites par leur isolement dans le paysage et par le fait que la roche y apparaît à nu, ce qui contraste avec la couverture forestière, ce sont les inselbergs* et les savanes-roches*. Le réseau hydrographique, caractérisé par son extrême densité due à l’importance des pluies annuelles et aux fai-bles pentes des terrains, offre un exceptionnel foisonne-ment d’affluents et sous-affluents de tous ordres qui sou-lignent le cloisonnement topographique typique d’un pays forestier chaud et fortement arrosé. Cet important réseau hydrographique parsemé de nombreuses barres rocheuses (les sauts) qui affectent une grande partie de ses cours, donne toute sa vitalité à la forêt guyanaise.
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Le peuplement de la Guyane
Après la découverte des côtes guyanaises par les Espa-e gnols à l’aube duXVIsiècle, c’est le mythe de l’Eldorado qui, pendant une centaine d’années va attirer les Euro-péens sur ces rivages de la « terre ferme d’Amérique » et susciter l’exploration progressive de l’intérieur. Avant l’arrivée des Européens, le territoire semble avoir été peuplé de façon continue et homogène. Les nom-breux sites archéologiques que l’on découvre peu à peu le confirment. e « Vers la fin duXVsiècle, on distingue quatre groupes de tribus en Guyane : les Paléo-indiens, qui seraient les des-cendants des premiers habitants du pays et dont les Maye et les Kalana survivaient à l’arrivée des Européens ; les Arawak, composés de nombreuses tribus, mais formant néanmoins une unité culturelle, dont les principales étaient les Arawaks proprement dits, les Palikur, les Maraon et les Arua ; les Karib, moins homogènes, malgré leur parenté linguistique, se divisaient alors en trois groupes très diffé-rents : les Proto-Galibi, nommés ainsi d’un terme géné-rique pour éviter toute confusion entre le groupe ancien et la tribu actuellement survivante, formés des Galibi, et probablement des Itutan, et des Kusali, les Proto-Tirio for-més des Aramiso, des Taripi, des Aramakoto et des Oko-mayana et les Proto-Wayana formés alors des Upului, des Opagwana, des Kukuyana et des Apalai ; enfin, les Tupi, représentés par les Proto-Emerillon, composés des Piriu, Norak, Akokwa, Warakupi, Emerillon, Way et Kaikus-hiana. » (P. Grenand, 1978). Grâce aux données fournies par les études paléoclima-tiques, zoologiques, archéologiques, ethnohistoriques mais aussi linguistiques et plus particulièrement par l’éty-mologie, les archéologues sont parvenus à dater assez pré-cisément les étapes successives et plus récentes du peuple-ment amérindien ainsi que l’arrivée des principaux groupes dont sont issues les ethnies amérindiennes pré-sentes aujourd’hui sur le territoire guyanais. On peut dater du 1er siècle de notre ère l’installation des Arawak venant d’Amazonie centrale, quelque part du côté du Rio Negro, arrivant à la fois par l’est et par l’ouest en contournant le bouclier guyanais, alors que l’important de la migration des karib semble être arrivé en Guyane vers l’an 900 après J.-C., venant du bas Amazone selon des axes de migration traversant le bouclier du sud au nord (P. Grenand, 1978). Culturellement, la Guyane française appartient donc à « l’aire amazonienne » et l’étude de son passé avant la
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conquête, ne peut être dissociée de celle des régions voi-sines – du delta de l’Orénoque à celui de l’Amazone.
Aujourd’hui, six ethnies amérindiennes sont présentes sur le territoire guyanais : – Les Galibi ou Kali’na, installés sur le littoral, entre Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni, – Les Palikur, présents également sur le littoral mais surtout sur le Bas-Oyapock, notamment à Saint-Georges-de-l’Oyapock, – Les Arawak sont peu nombreux à Saint-Laurent-du-Maroni et Roura, – Les Wayana occupent le haut-Maroni (le Lawa), – Les Wayampi se trouvent uniquement sur le moyen et haut Oyapock (Camopi et Trois-Sauts), – Les Emerillons sont sur la rivière Tampok (affluent du Lawa) et aussi sur le moyen Oyapock (Camopi) avec les Wayampi.
Localisation des ethnies Indiens de Guyane, J.-M. Hurault, F. et P. Grenand, Autrement, 1998
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La recherche archéologique en Guyane
L’intérêt des spécialistes pour l’archéologie de la zone amazonienne est relativement récent. L’absence, parmi les vestiges découverts, de constructions en pierre, d’objets manufacturés (à l’exception de la céramique) et d’orne-ments élaborés en métal, en tissu, en bois ou en os, explique sans doute ce désintérêt et ce retard. Mais c’est bien sûr – et peut-être avant tout – la difficulté d’accès au milieu qui est la principale cause de ce retard.
De la colonisation à l’étude scientifique e C’est au cours duXVIIsiècle qu’apparaissent les pre-mières descriptions de la Guyane dans certains récits de voyageurs et explorateurs, mais ils font plus souvent réfé-rence à l’ethnologie qu’à l’archéologie. La cartographie historique de la Guyane est intimement liée à l’histoire de son exploration et à celle des tentatives de colonisation et e de pénétration par les Européens depuis leXVIIsiècle. Des cartes sont ainsi dressées, souvent avec une précision éton-nante pour les moyens de l’époque ; ce sont en majorité des dessins faits à la plume, au lavis ou à la plume aqua-e rellée. A partir de la seconde moitié duXIXsiècle, on commence à trouver la description de quelques vestiges relevant de l’archéologie (polissoirs, pétroglyphes…), puis e auXXsiècle les naturalistes, géographes et autres cher-cheurs, signaleront progressivement les vestiges des civi-lisations amérindiennes de Guyane.
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P. DU VAL géographe du Roy, 1664.
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