L'autorité sans fessées

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Comment exercer son autorité sans fessées et sans violences verbales ?
Un petit livre incontournable et pratique !










En novembre 2009, la pédiatre et députée Edwige Antier annonçait sa volonté d'engager une action concrète auprès de l'assemblée nationale pour mettre au ban de notre société l'usage de la fessée dans nos pratiques éducatives quotidiennes. Aujourd'hui, dix-huit pays européens ont déjà choisi de légiférer contre la fessée, mais pas la France bien qu'elle ait ratifié la convention internationale sur les Droits de l'Enfant. Banalisée de longue date dans les familles, la fessée paraît souvent difficilement évitable pour les parents. Se nourrissant de son expérience quotidienne auprès des enfants et des parents qu'elle reçoit dans son cabinet, constatant que la main levée endurcit l'enfant plus qu'elle ne l'éduque, Edwige Antier détaille les recours possibles au regard des besoins, en fonction des situations et des caractères.
Sa méthode est fondée sur quatre principes et quatre mots clés, tous illustrés par des cas concrets au fil des pages
• votre enfant a besoin que vous lui disiez les codes de ce qu'il explore. Mettez du sens sur ses découvertes. C'est le : " Tu as vu... ";
• Faites diversion au moment d'un interdit. C'est le : " Non, pas ça, mais ça " ;
• Isolez-le un court moment lorsqu'il transgresse. C'est le " time out "; l'enfant est isolé sans être humilié ;
• Anticiper votre propre fatigue d'adulte pour ne pas vous sentir acculé... : vous avez le droit d'être épuisé. C'est le : " À l'aide ! Merci ! ";
Au fil des situations et des personnalités d'enfants et de parents rencontrés, les parents comprennent comment établir clairement les limites en amont, et comment partager les émotions en mettant des mots sur les humeurs (chagrin, colère, peur, frustration...).

Chaque enfant a son caractère, mais il y a toujours une solution pour lui permettre
de s'épanouir et de se sociabiliser sans lever la main.













SOMMAIRE








I. Etat des lieux
Donnez-vous des fessées ?
En avez-vous reçu ?
Les pratiques actuelles des parents en France
Les résistances à inscrire "l'abolition des châtiments corporels" dans la loi
Mais alors comment exercer l'autorité nécessaire dans l'éducation d'un enfant ?







II. Les "châtiments corporels", c'est aussi la fessée ?
Définition des châtiments corporels
La visée éducative
La violence par panique
Le besoin de mettre des limites







III. La première année : vous n'imaginez même pas
Le bébé est une personne
Expliquer la non-violence à son grand frère
Vous savez qu'il ne faut pas le secouer







IV. 1 à 2 ans, le bébé touche à tout
Les parents sont-ils des esclaves
Comment dire "non" sans une petite tape
Quand il se met en danger
Quand il vous mord







V. 2 à 3 ans : colères et caprices
Pourquoi tant de crises
Une petite fessée sur la couche
Comment favoriser son autonomie ?
C'est lui qui tape !
"Dis pardon !" De quoi ?







VI. 3 ans : la première adolescence
Il faut qu'il apprenne à se défendre
Comment le calmer à la maison ?
Des repas infernaux
Il ne veut pas ranger sa chambre
Ne pas déranger sa mère au téléphone







VII. 5 à 8 ans : ils se battent
Pourquoi se cherchent-ils pour se frapper ?
Comment les séparer sans lever la main ?
Comment leur faire comprendre qu'ils se font mal ?







VIII. 8 à 11 ans : télé, console...
Sujet principal de conflits : les devoirs du soir
L'école ne veut plus de Kévin : il y a d'autres solutions que les taloches







IX. L'adolescence : insolence et désobéissance
Télé, jeux vidéo... comprendre qu'il faut savoir s'arrêter
Quelle impertinence !
Maquillage et piercing







X. Est-ce qu'il y a des caractères plus difficiles que d'autres ?







Conclusion : ceux qui parviennent à l'âge adulte sans fessées sont les mieux élevés !






Publié le : jeudi 28 octobre 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221116708
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« RÉPONSES »
Collection créée par Joëlle de Gravelaine, dirigée par Nathalie Le Breton

DU MÊME AUTEUR

Chez le même éditeur

Le Courage des femmes, 2009.

Attendre mon enfant aujourd'hui, nouvelle édition, 2006.

Élever mon enfant aujourd'hui, nouvelle édition, 2006.

Dolto en héritage II, collection « Réponses », 2006.

Dolto en héritage I, collection « Réponses », 2005.

J'aide mon enfant à s'épanouir, collection « Réponses », 2005.

J'aide mon enfant à se concentrer, collection « Réponses », nouvelle édition, 2005.

Vive l'éducation !, collection « Réponses », 2003.

L'Enfant de l'Autre, collection « Réponses », nouvelle édition, 2003.

Éloge des mères, collection « Réponses », nouvelle édition, 2003.

Confidences de parents, collection « Réponses », 2002.

EDWIGE ANTIER

L'AUTORITÉ SANS FESSÉES

ROBERT LAFFONT

images








© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2010

Dépôt légal : mai 2010

ISBN numérique : 978-2-221-11670-8

Le livre a été imprimé sous les références :
ISBN : 978-2-221-11600-5

N° d'édition : 50625/01

Ce volume a été composé et converti par Étianne composition à Montrouge.

« La fessée donnée aux enfants est une pratique ancestrale dont on pourrait se libérer... Lorsque vous avez un problème avec votre femme, vous pensez qu'une fessée soit un électrochoc salutaire ? Les mauvais traitements ne sont en aucune façon une solution. Au contraire ! On enseigne aux enfants que la violence est un moyen de régler un problème. On ne doit pas tolérer sur les plus jeunes ce qu'il est interdit de faire avec des adultes. »

Jean Zermatten, vice-président des droits de l'enfant à l'ONU, met en garde contre ces méthodes d'éducation qui laissent des séquelles psychologiques1.

1 Interview par Joël Cerutti, Le Matin, 24 février 2010.

Introduction

Vous aimez vos enfants, votre vœu le plus cher est de bien les élever, mais il vous est difficile de concevoir que l'autorité puisse s'exercer sans châtiments corporels, « petites tapes » et autres « bonnes fessées ». Selon vous, c'est l'un des moyens dont on dispose, en tant qu'adulte, pour imposer le respect à l'enfant. Peut-être vous-même, avez-vous des souvenirs de « bonnes fessées » reçues dans votre enfance, convaincu au fond que c'était incontournable et nécessaire pour mettre un terme à l'énergie parfois désordonnée de l'enfant que vous étiez alors. Car, il en va de la fessée comme de la madeleine de Proust : elle représente la nostalgie de notre enfance, avec l'envie de ne pas contredire ceux qui nous ont élevés et imprégnés de leur philosophie. Une petite voix raisonne : « Tu l'as bien méritée », et vous l'avez crue. Le geste s'est inscrit dans vos représentations mentales et revient « presque naturellement » quand un besoin d'exercer son autorité se fait pressant.


Pourtant, les études scientifiques se multiplient qui concourent à démontrer l'effet néfaste des punitions corporelles en tout genre sur le devenir comportemental à moyen et long terme des jeunes qui les reçoivent2.

Nous verrons quelle empreinte la main levée laisse sur le psychisme humain.

Certes nous sommes d'accord, il faut mettre une limite à l'énergie des enfants pour leur montrer le chemin et les amener à une activité positive. Mais fessées, tapes, gifles et claques, même rares, sont loin d'être efficaces pour mettre des limites, alors qu'élever vos enfants dans un respect mutuel, nous le verrons, a beaucoup plus de chance de les rendre « bien élevés ».

Ma proposition de loi ne tend pas à faire condamner des parents qui donnent des gifles, bien sûr. Dans tous les pays européens où elle a été votée, elle n'a jamais eu de conséquences négatives pour un parent. Elle édicte les bonnes pratiques et vise à permettre que des émissions de télévision, des publicités, des stages, tous les supports d'information expliquent les conséquences graves et nocives d'une éducation avec claques et fessées. Mais cela suppose aussi d'expliquer comment élever son enfant autrement, sans pour autant le laisser faire ce qu'il veut, et sans faire preuve ainsi de ce que d'aucuns appellent « laxisme ».

2http://www.decennie.org/article.php?sid=145

1

L'autorité sans fessées : la méthode

Donnez-vous des « fessées » ?

Vous reconnaissez très souvent, dans mon cabinet médical, que vous vous trouvez « obligé » de recourir aux fessées, mais vous ajoutez aussitôt : « Pas souvent, juste une petite tape ! » Pas souvent... sauf que, dès lors que vous vous l'autorisez, cela signifie que vous dites régulièrement : « Si tu continues, tu vas t'en prendre une ! » L'enfant vit donc sous cette menace et d'ailleurs, lorsque je vous le fais remarquer, sa petite tête opine du bonnet. Il vous a déjà probablement entendu dire en fin de journée : « Tu sais, si tu continues, ça va tomber ! » ; et comme me dit un papa : « On compte : 1, 2, 3 et il sait qu'à 3, ce sera la fessée... » Bien sûr, en général, vous ne la donnez pas. Mais l'enfant, lui, ne sait pas pourquoi aujourd'hui la menace ne s'est pas transformée, alors qu'hier il en a reçu une pour une bêtise qui lui paraissait moindre. En fait, c'est le règne de l'absurde : un jour, vous êtes très fatigué, un jour vous l'êtes moins... Votre enfant s'imprègne ainsi de l'idée que les adultes, et surtout ses référents, à savoir ses parents, ne sont pas cohérents.

Et remarquez ce qu'est la pratique de la fessée : on attaque par-derrière, là où vous exigez qu'il soit propre.

Les fesses sont un endroit émotionnellement chargé dès la naissance. Au moment du change, il faut être attentif pour bien les nettoyer. Quand les enfants apprennent l'usage du pot, cela devient le centre de vos préoccupations. Et ils le savent bien puisque lorsqu'ils vont mal, leur derniers recours, leur ultime protestation consiste justement à faire de la résistance de ce côté-là et à ne pas devenir propres ! C'est donc une partie du corps qui devient stratégique ; force est de reconnaître qu'il n'est pas vraiment noble ni loyal de frapper à cet endroit les enfants, les êtres les plus faibles et les plus dépendants qui soient.

Je suis tout à fait consciente que, disant cela, je déclenche un sentiment de culpabilité profond : se dire que l'on a fait du mal à un jeune enfant, son enfant, est insupportable. Donc vous ne pouvez pas le supporter et vous vous rangez vite dans le camp de ceux qui nient l'impact de la main levée : « Mais juste une petite fessée ce n'est rien et, en plus, pas sur le visage... »

Je vous encourage vivement à prendre du recul : si vous levez la main, c'est parce que votre cerveau vous le commande, sous le poids d'images qui s'y sont inscrites depuis votre enfance ! Vous répétez ce que vous avez subi, ou vu subir.



En avez-vous reçu ?

Oui, comme la plupart des parents d'aujourd'hui.

Les trois générations ont (toutes) reçu des fessées : 95 % des grands-parents, 95 % des parents et 96 % des enfants. À toutes les générations, les garçons ont plus de fessées que les filles3.

Il vous est dès lors très difficile de vous démarquer de vos propres parents. Ils vous ont tellement dit : « Tu l'as bien méritée ! » Contester l'intérêt des fessées reçues serait en quelque sorte être infidèle à ses parents en reniant leur éducation, en reconnaissant que ces fessées n'étaient pas bénéfiques. Aussi revendiquez-vous souvent l'idée que la main levée vous a fait du bien. « J'ai reçu des fessées, cela ne m'a pas tué... » Encore heureux ! Alors, vous reproduisez. Comme disait Alice Miller : « Tout comme pour nos parents, cette idée nous a été inculquée très tôt dans notre enfance. Elle aidait l'enfant battu à minimiser sa souffrance et, par là, à la supporter. Mais sa nocivité se révèle précisément par cette large acceptation : puisque cela était supposé “ne pas faire de mal”, à chaque génération des enfants ont subi ces humiliants traitements, et, de plus, ont jugé juste et normal de recevoir des coups. Paradoxalement, dans leur effort d'empêcher leurs enfants de devenir délinquants, les parents leur ont enseigné la délinquance en leur livrant des modèles violents4. »

Votre enfance n'avait pas besoin de ces fessées pour être peuplée de grands moments, et ne pensez pas que si vous êtes une bonne personne aujourd'hui, c'est grâce à ce genre de procédé. Au contraire, nous allons voir comment la violence ou la menace de la main levée ont pu faire des dégâts sur votre personnalité, devenue soit trop soumise, n'osant pas demander un changement de poste, ni une augmentation, ni revendiquer quelque chose dont vous avez pourtant besoin dans la vie ; soit au contraire rebelle, avec un fond de colère, pouvant vous rendre violent vous-même. Ceux qui ont été élevés dans la violence sont souvent ceux qui pratiqueront ensuite la violence conjugale.

Je montrerai d'ailleurs que les « corrections » reçues par votre frère ou votre sœur vous ont encore plus imprégné que celles que vous avez reçues vous-même. Dès lors que vous prenez conscience d'être mû par l'histoire refoulée de votre propre éducation et par la transmission familiale, vous pouvez cesser de frapper votre enfant quel que soit son âge. Vous êtes devenu libre de ne pas répéter.

Voilà pourquoi il est indispensable d'interdire l'usage des punitions corporelles envers les enfants : la loi soutient les parents et les éducateurs, pour qu'ils ne s'abandonnent pas à répéter impulsivement les violences qu'ils ont eux-mêmes subies, et qui se sont inscrites dans leur cerveau. C'est ce qui s'est passé dans les pays qui l'ont édictée. Mais la force des schémas mentaux inscrits dès la petite enfance par les claques et fessées entraîne bien des résistances, même si, consciemment, vous préférez ne pas vous souvenir des corrections reçues, souvenir si désagréable et si humiliant qu'on peut en arriver à les effacer complètement. Les conversations parents-enfants autour de la table familiale sur le sujet de la fessée sont édifiantes.

Ils ne se souviennent absolument pas des mêmes choses. Les enfants parlent presque toujours de la peur qu'ils ont eue et de l'impression qu'ils avaient que cela tombait souvent ou que la menace était fréquente. Alors que les parents essaient de justifier au rabais en disant : « je ne t'en ai pas donné souvent » ou « oui, j'en parlais, mais je ne les donnais pas » ou « tu n'en as pas eu beaucoup »... Ils ne se souviennent absolument pas des mêmes choses, et c'est simplement le climat qui prévaut ; les parents sont souvent stupéfaits de voir combien ils ont pu blesser, humilier ; et combien leurs enfants en sont marqués. Certains enfants ne se souviendront que d'une fameuse fessée symbolique qui, disent-ils, leur a fait comprendre les choses, remis les idées en place, mais c'est souvent une fessée qui est entrée dans la mythologie familiale, et celle-là mettra tout le monde d'accord sans que l'on sache vraiment si elle a bien existé. Mais la plupart des enfants se souviennent de fessées totalement « oubliées » par les parents, fessées données ou fessées reçues dans leur propre enfance. C'est « l'amnésie sélective »5.



Les pratiques actuelles des parents en France

Claire Brisset, première défenseure des enfants en France, s'étonnait avec moi des réactions des Français à l'idée d'abolir dans le code civil les châtiments corporels. Reviendrait-on au Moyen Âge ? En effet, la France reste, en Europe, l'un des derniers pays dont les parents soient adeptes de la main levée. Pourtant, ils constatent que la méthode ne marche pas : 87 % des grands-parents et 85 % des parents trouvent que les enfants sont mal élevés. Le martinet ne reste pratiqué « que » par 10 % des parents, dit cette enquête de l'Union des familles en Europe de 2007. Principalement des pères (17 % des pères contre 3 % des mères déclarent qu'ils en usent). Les parents d'enfant unique sont plus nombreux à y avoir recours (17 %) et les plus de 55 ans se démarquent nettement (35 % l'utilisent). Les martinets sont toujours en vente dans les drogueries, et pas uniquement pour les jeux sadomasochistes entre adultes. Les pères revendiquent leur droit à lever la main, comme un pouvoir naturel et immuable du pater familias, estimant que ce droit soutient leur autorité.

Les mères fessent, giflent et claquent, mais avec moins de conviction. Elles aimeraient pouvoir faire autrement.

Oui, les Français sont adeptes du châtiment corporel. Les pédiatres l'entendent dans le secret de leur cabinet, et les professeurs d'école le constatent dans leur classe. L'un d'entre eux dit : « Dans ma classe, ils sont 15 à se dire battus. Mais s'il n'y a pas 15 “enfants battus” (au sens de la maltraitance), je suis intimement convaincu que 7 le sont vraiment, étant donné leurs difficultés scolaires et leur comportement en classe. »

Comment s'étonner dans ces conditions que nombre de nos concitoyens soient contre l'idée d'une loi abolissant les châtiments corporels ? Encore faut-il remarquer que 39 % des grands-parents, 47 % des parents et 71 % des enfants ne sont pas contre l'interdiction. Un bon tiers de la population, toutes tranches d'âge confondues, est pour l'abolition par la loi surtout lorsqu'ils sont jeunes (« parce que ça fait mal »).

C'est déjà un meilleur point de départ que la Suède, dont seuls 30 % des citoyens n'étaient pas contre il y a trente ans. Ils démontrent que les bonnes pratiques font évoluer les opinions. Les effets se font déjà sentir : 90 % des Suédois sont aujourd'hui favorables à la loi. Et l'on constate son influence très positive sur la socialisation des jeunes6.



Les résistances à inscrire « l'abolition des châtiments corporels » dans la loi

Dix-huit pays européens ont légiféré et j'ai moi-même, en tant que députée à l'Assemblée nationale et pédiatre vouée à la protection des enfants, déposé en France le 22 janvier 2010 une proposition de loi pour abolir les châtiments corporels. Nous avons fêté en novembre 2009 les vingt ans de la Convention internationale des droits de l'enfant. Dans son article 19, la convention stipule en effet que « les États parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales (...), de mauvais traitements ou d'exploitation, pendant qu'il est sous la garde de ses parents (...) ou de toute autre personne à qui il est confié7 ». Le Conseil de l'Europe demande à la France d'inscrire dans sa loi l'abolition des châtiments corporels, comme l'ont fait la Suède, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne...

J'ai donc déposé ma proposition de loi, et le débat s'est ouvert avec passion. Voici les principaux arguments auxquels il faut répondre :

Comment ! Une loi contre la fessée ! Mais alors, où serait l'autorité des parents ?

La main levée ne donne pas d'autorité. Au contraire, l'enfant s'endurcit et vous dit bientôt : « Même pas mal ! »

• Vous me répliquez encore : « Bon, d'accord pour abolir les gifles, les claques ou pire, le martinet... mais il faut sortir la fessée de la loi. Une fessée n'a jamais tué personne... »

La sacro-sainte fessée, qu'est-ce que c'est, en fait ? Attaquer un enfant par-derrière, sur la partie de son anatomie chargée d'émotions archaïques, par laquelle vous lui avez demandé d'être propre.

• Vous me répondez : « Mais ! docteur ! Juste sur la couche... »

Vous donnez des fessées à des bébés ?

« Tout de même, une petite tape sur la main, quand il touche à tout... »

Faites-le ! Vous verrez l'enfant vous regarder droit dans les yeux et recommencer. Vous lui apprenez à vous braver.

« Il faut distinguer la “bonne fessée” donnée avec amour, et la maltraitance... »

Négocier entre les coups répétés ou la fessée isolée, entre les châtiments acceptables et ceux qui relèvent vraiment de la maltraitance, ne peut pas être retenu. Essayer de ne pas confondre fessée isolée et coups répétés laisse souvent les éducateurs très démunis dans l'appréciation. Dès lors que l'on considère une tape comme bénigne, impossible de dire à quel moment lever la main devient nocif. La peur du coup a déjà des effets négatifs sur le développement psychique. C'est l'affirmation qu'on n'en donne pas, une fois pour toute, qui libère la pensée de l'enfant et lui rend la confiance qu'il doit avoir en ses protecteurs et guides, ses parents. En Suède, l'abolition des châtiments corporels a fait diminuer la maltraitance, dans le même temps où elle augmente chaque année en France.

« Moi, j'ai reçu des fessées, et je l'avais mérité ! »

Chacun évoque sa fessée donnée ou sa fessée reçue... C'est le souvenir de l'enfance, la « madeleine de Proust ». Vous êtes forcément convaincu que c'était nécessaire, puisque le parent se justifie : « Tu l'as bien cherché ! »

« Mais la violence psychologique, les cris, c'est pire ! » me dites-vous encore.

Mais ce n'est pas parce qu'il y a d'autres formes de violence plus sournoises qu'il ne faut pas commencer par abolir les châtiments corporels. J'entendais les mêmes arguments lorsqu'on a voulu clarifier la signalétique des émissions de télévision dangereuses pour les enfants et, en particulier, de la pornographie. On me disait : mais ils trouveront toute la pornographie sur Internet ! Est-ce que c'était une raison pour ne pas protéger les enfants qui regardent la télévision ? Non ! Il fallait simplement, dans le même temps, renforcer le contrôle parental sur Internet. De la même façon, ce n'est pas parce qu'il y a des violences psychologiques graves exercées à l'encontre des enfants qu'il ne faut pas commencer par supprimer les châtiments corporels.

• Vous espérez résoudre la paresse par les claques : « Quand ils mentent sur leurs devoirs scolaires, sur leurs notes, il faut bien marquer son autorité ! »

Vous aggravez alors la situation. Les gifles, claques, tapes, fessées et coups de ceinture... rendent les enfants sournois, menteurs, agressifs ; ces procédés entament leur confiance en eux et favorisent l'échec scolaire.

Les petits Suédois réussissent mieux à l'école, et ils ne sont pas plus mal élevés que les enfants français.

• Les partisans de « la fessée » font peur aux parents : « Avec la loi, vos enfants pourraient porter plainte contre vous ! »

Pas du tout ! Un enfant, un mineur, ne peut pas porter plainte contre ses parents. Ma proposition de loi édicte l'« abolition » (non l'interdiction) des châtiments corporels, en l'inscrivant dans le code civil, non dans le code pénal. Elle ne les assortit pas de sanctions, mais s'accompagne d'une aide pour les parents. C'est un engagement de la société pour une éducation dans le respect de l'enfant ; pour lui apprendre dès ses premières années que l'on ne résout pas les conflits par la violence.

• On prétexte encore, ultime résistance, que « la loi ne doit pas se mêler du domaine familial, qui est privé ». C'est le comble de la mauvaise foi : la loi interdisant la violence faite aux femmes relève aussi du domaine privé, comme la loi qui rend la scolarisation obligatoire, alors que certains parents pourraient choisir d'éduquer leur enfant comme ils le veulent. Or on a créé l'Éducation nationale et l'obligation de la scolarité dès 6 ans, est-ce pour autant se mêler de la vie privée ? Non, c'est se mêler du devenir de nos concitoyens, de leur bon développement pour en faire des êtres responsables et bien doués.

« Pourquoi encore une loi ? » demandent certains.

Parce que seule l'inscription de l'abolition des châtiments corporels dans le code civil dira à toute la société l'importance du respect de l'enfant. L'une des blogueuses du Monde.fr exprime bien cette nécessité : « Pour moi la loi est nécessaire, car, sans elle, les mentalités et habitudes ne changeront pas ; et peut-être que dans vingt ans presque tout le monde pensera que finalement c'est très bien d'éduquer son enfant autrement. »

C'est exactement ce qui s'est passé en Suède, où 70 % des parents étaient contre la loi et où 90 % des parents aujourd'hui sont pour.

Ma proposition est déposée à l'Assemblée nationale. Elle est soutenue par d'autres députés, hommes et femmes, que je remercie. Nous allons maintenant revenir vers le Conseil de l'Europe, pour continuer la campagne d'information qui s'impose en France. Je remercie aussi tous les parents qui me disent combien ils ressentent que, oui, il faut mettre des limites à l'énergie de l'enfant, mais que lever la main n'est pas la solution.



Mais alors comment exercer l'autorité nécessaire dans l'éducation d'un enfant ?

Il faut faire la différence entre ne pas donner de fessées... et laisser son enfant faire ce qu'il veut ! Éduquer les enfants dans une société qui n'a plus rien à voir avec celle de votre enfance n'est pas facile, et les parents sont souvent débordés. Un soutien est nécessaire pour le plus difficile métier qui soit, « l'aide à la parentalité », selon le concept initié par mon maître, le professeur en psychiatrie de l'enfant, Serge Lebovici.

Nous allons voir au fil de cet ouvrage toutes les solutions qui sont à votre portée pour que votre enfant se construise de façon positive. La méthode repose sur quatre principes et quatre clés pratiques.


— Comprendre votre enfant. L'enfant est comme un extraterrestre qui arrive sur une planète nouvelle. Il a besoin de découvrir son environnement, d'en connaître les codes. En permanence. Ne vous imaginez pas qu'en répondant vous-même par la contrainte et la violence, vous pourrez le cadrer et empêcher son énergie de déborder. En fait, cette énergie est au service de la découverte, elle est vitale pour lui.

— Éviter de l'endurcir. Il faut savoir que plus vous tapez, plus il s'endurcit et plus il dissimule. Puis il recommencera à transgresser si vous ne répondez pas à son formidable appétit de découverte. Comprendre comment marche le monde qui l'entoure est son travail. Il doit explorer son environnement, du plus petit objet au plus grand, du plus fragile au plus dangereux, pour ajuster son comportement. Ce travail est aussi vital pour lui que l'oxygène qu'il respire. Vouloir brider ce touche-à-tout par des coups, c'est l'exercer à vous contrer.

— Mettre du sens sur ses découvertes. Le tout-petit explore sans arrêt et sans limites, et il attend que vous lui donniez les codes de ce qu'il explore. Si vous mettez des mots sur ses observations, parce que vous les accompagnez, il sera toujours en attente de vous, comme d'un guide, et vous n'aurez pas besoin de mettre les limites de façon brutale. Ne vous étonnez pas si votre vie semble entièrement tournée vers votre enfant, en plus de votre travail et de votre couple. C'est un honneur que d'avoir la responsabilité d'un enfant. S'il est « roi » pendant ses trois premières années, il ne sera pas tyran plus tard. Soyez entièrement au service de ses recherches. Si vous n'avez pas de temps à consacrer à votre enfant, si vous rentrez du travail épuisé en espérant qu'il jouera tout seul, il va vite avoir fait le tour des quelques jouets que vous mettrez à sa disposition, et il ira vers les objets nouveaux, les objets les plus intéressants, votre télécommande, votre sac à main qu'il videra, parce qu'il faut qu'il découvre.

— Connaître vos limites : vous avez le droit d'être épuisé. C'est incroyable, l'énergie que peut déployer un enfant ! Deux cellules se sont rencontrées, et, à peine un an plus tard, l'enfant commence à jeter les jouets, vouloir tout attraper, puis à se déplacer, toucher des objets interdits et, bientôt, faire des colères ou désobéir. La force d'un tout-petit est souvent très impressionnante. Au lieu de vous énerver, sachez vous faire aider et déléguer à un tiers.


Nous allons voir comment vous allez pouvoir être un guide et non pas un chef. Fort de ces principes, vous pourrez appliquer la méthode. Elle utilise quatre mots-clés :

— Le « tu as vu ? » : alimenter sa curiosité.

— Le « non, mais ça oui... » : faire diversion.

— Le « à l'aide ! merci ! » : savoir se faire aider.

— Le « time out » : l'exclusion.


— Le « tu as vu ? » : toujours chercher ce qui peut étonner votre enfant, lui apprendre une notion nouvelle, éviter l'ennui. Le cerveau d'un enfant doit être nourri de mots, d'actions, d'expérimentations. Il doit travailler. C'est l'ennui qui le conduit à de nouvelles explorations vers des objets interdits, ce que vous appellerez des « bêtises »...

— Le « non, mais ça oui... ». Il ne doit pas toucher à un objet ? Vous lui dites : « Non, pas ça (et vous l'enlevez)... mais ça... » et vous montrez quelque chose de passionnant. Le renoncement passe par la diversion : proposez un autre centre d'intérêt quand l'enfant commence à transgresser.

— Le « à l'aide ! merci ! » vous encourage à savoir vous faire aider, aider par d'autres adultes, le papa, les mamies, la nounou, la marraine, la garderie, etc. Attention à ne pas créer le vide autour de vous. Un proverbe africain dit : « Il faut tout un village pour élever un enfant. »

— Le « time out » des Anglo-Saxons : lorsque vous êtes épuisé et que la colère ne trouve pas de solution, sachez couper le courant, exclure calmement et tranquillement : « Toi, dans ton lit avec un jouet ; moi, dans le mien avec un magazine », chacun chez soi. Et c'est à vous de décider quand on revient ensemble. Mais ce n'est pas le « au coin » de nos grands-parents, qui pouvait être humiliant : le coin de la pièce est au vu et au su de tous, en général en présentant son postérieur, la partie la plus obscure et vulnérable de soi. Non, le « time out », c'est le repos pour chacun, simplement. Le lit ne doit pas être un lieu de punition mais de repos, pour lui avec ses jouets ; comme pour maman avec son magazine.

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