Parents futés, bébé ravi

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Dans les sociétés occidentales, le mode de vie tribal, en clan ou en grande famille, a été progressivement abandonné. Le tissu des traditions et des obligations de toutes sortes s’est relâché, laissant a priori à l’individu un plus large champ d’initiatives et d’autonomie. Mais, en même temps, les solidarités et les rituels qui accompagnaient les différentes étapes de la vie, dont la naissance, se sont effilochés et n’ont pas encore été efficacement remplacés malgré quelques initiatives excellentes en ce sens.

Profitant du vide social et de l’anxiété qui en découle, de vieux modèles reviennent en force ou de nouveaux conformismes se développent, comme la surconsommation commerciale ou médicale. Malheureusement, ceux-ci poussent l’individu à adopter des attitudes passives et des réponses toutes faites, extérieures à lui.

Or, devenir parent, c’est un processus vivant et créateur, une improvisation qui mobilise toutes les ressources intérieures pour rencontrer l’enfant et s’adapter à une nouvelle vie. Comme toute aventure humaine, la parentalité comporte ses bons moments et ses difficultés. Autant d’occasions de se connaître et d’élaborer ses propres solutions, au besoin hors des sentiers battus.

Ce livre souhaite alimenter la réflexion et encourager la créativité de ceux ou celles qui veulent être à leur manière les parents de cet enfant-là, à nul autre pareil.


Ingrid Bayot a suivi une formation d’infirmière et de sage-femme, complétée par des formations touchant à la préparation prénatale aquatique, le chant prénatal, la psychologie, la pédagogie et la communication. Après avoir elle-même exercé dans tous les domaines de la périnatalité, elle se consacre depuis plus de 10 ans à la formation et à l’animation.

Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 2862140538
Nombre de pages : non-communiqué
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TRODUCTIO
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Depuis la nuit des temps, les humains s’apparient et font de nou-veaux humains. Devant ce grand mystère, chaque société, chaque époque a développé dessystèmes de transmission des connaissances enrapportaveclanaissanceetlematernag,edesrituels de conjura-tionruopmideunialrpeur,de l’accompagnementpour s’entre aider, et desmodalités d’accueildu nouveau venu afin de l’inscrire dans sa famille, dans le groupe, dans la vie. En donnant la vie à un nou-vel élément du groupe, chaque parent était automatiquement enrôlé dans un vaste ensemble de solidarités, de gestes, de croyances et de valeurs propres à sa communauté. En retour, l’ad-hésion de la famille et du nouveau venu renforçait la cohésion du groupe. Force est de constater que les parents occidentaux de l’ère post-industrielle sont dans une situation assez différente. L’élément central n’est plus le groupe, mais l’individu ; nous nous percevons d’abord comme une personne originale et unique, et imaginons volontiers que la société doit protéger chacun de ses ressortissants et non l’inverse… A priori, cette individuation nous permet plus de liberté et de créativité, puisque nous n’avons plus à nous conformer aux tradi-tions autrefois imposées. Les mères et les pères ont un champ d’initiative bien plus large que par le passé. Le désir d’enfant, la grossesse, la naissance, l’accueil du bébé pourraient être investis et vécus d’une manière propre à chacun, avec toute son énergie et son originalité. Et certains couples le vivent ainsi.
Mais, dans l’ensemble, l’état des lieux est moins réjouissant. D’abord, lessystèmes de transmissionentredes connaissances,
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générations et entre femmes, semblent s’être désagrégés et souvent limités au récit de l’expérience de quelques-unes. La transmission passe essentiellement par le personnel médical et paramédical, ce qui biaise le regard porté sur la périnatalité. Ensuite, lesrituels de conjurationetl’accompagnementsont eux aussi médicalisés. À croire les statistiques, les interventions répara-trices sont efficaces. Malgré cela, la peur reste omniprésente. Toutes les parties concernées paraissent d’accord sur ce point : l’enfante-ment, la grossesse et l’accouchement, les premiers moments du bébé et l’allaitementprésentent des risques intolérablesqui justifient une inflation de moyens technologiques ou pharmaceutiques. Mais ceux-ci semblent entretenir les peurs plutôt que les conjurer… Enfin, lesmodalités d’accueildu nouveau-né se réduisent chez beaucoup à une accumulation d’objets qui servent entre autres à maintenirlenfantéloignédesesparent.sLalistedematérieljugé nécessaire au tout petit est tellement importante que certains parents proposent à leurs proches des « Listes de naissance ». Les magasins spécialisés en matériel de puériculture se sont multipliés etproposentunefouledegadgetsattaryant,colorésetchers.Le bébé est un marché juteux ! Quant aux fête,selles semblent avoir pratiquement disparu. Tout au plus subsiste-t-il ce succédané qu’est l’envahissement de la chambre de la jeune accouchée par le personnel de l’hôpital ou les membres de la famill.e
Les surconsommations : les nouveaux conformismes
Les surconsommations médicale et matérielle ne sont pas sans rap-port. Elles sont les manifestations des «valeurs » et des croyances d’un monde où tout devient marchandise et, si leur manière de peser sur l’individu est plus subtile que les dogmatismes tradition-nels, la pression exercée n’est pas moins forte. Les parents qui veulent rester créateurs de leur propre vie auront donc intérêt à res-ter lucides devant ces conformismes d’un genre nouveau. Dans une société dominée par la productivité et la performanc,e la grossesse, la naissance constituent des parenthèses qui ne corres-pondent à aucun critère habituel de prévisibilité ou de rentabilité. La date et l’heure de l’accouchement ne sontmême pasfixées et le résultat n’estmême pasgaranti à cent pour cent. Donc, cela fait
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peur, donc il faut à tout prix gérer, endiguer, contrôler… Certaines pratiques médicales ont considérablement amélioré le confort et la sécurité maternelle et infantile, mais leur augmenta-tion et leur systématisation actuelles aboutissent à l’inverse du résultat recherché : l’abus d’interventions déclenche des problèmes qu’une utilisation raisonnable aurait évités. On a déjà inventé le déclenchement sur rendez-vous pour pla-nifier le boulot durant les heures de bureau, la multiplication des appareils de surveillance, l’anesthésie quasi obligatoire… Mais les humains sont-ils plus heureux… ?
Quant aux premières semaines de vie commune avec un tout petit bébé, c’est le chaos des éveils imprévisibles et des appels impérieux, c’est l’improvisation totale où l’on oublie tout ce qu’on alupourfairecequelonpeut,etpuiscesontlesjoiesgratuites, l’émerveillement du premier sourire, la béatitude des deux heures de sommeil de suite… Le mode de vie des parents débutants va complètement àl’en-contre du fonctionnement habituel de l’Occidental «normal ». L’accumulation d’objets n’est-elle pas dès lors une manière de conjurer l’inquiétude ? De cerner un tant soit peu le phénomène bébé ? Certains accessoires facilitent sans aucun doute la vie des parents ; certains jouets favorisent l’éveil des petits enfants et leur autonomie. À petite dose et bien utilisés, des outils comme le baby-phone, le parc ou le siège pour bébé permettent aux parents de souffler. Mais la surenchère de matériel encombre les maisons et, utilisé sans discernement, le matériel sépare toujours davantage les bébés de leurs parents ou de leurs proches tout en banalisant cet éloignement. On a déjà inventé le hamac autoberçant, la vidéosur-veillance, le nounours émettant un battement cardiaque « qui rassure le bébé »… Mais les humains sont-ils plus heureux… ?
Des questions universelles, des réponses individualisées
L’inquiétude face à l’inconnu est normale et même stimulante, puisquellepousseàchercherdessolutions,doncàêtrecréatifetà
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évoluer. Mais la désagrégation du tissu social et familial, l’insuffi-sance des transmissions des connaissances et la déconnexion d’avec le corps laissent un grand vide, que la médecine et le commerce s’empressent de remplir. Beaucoup de futurs et nouveaux parents y souscrivent avec docilité ou enthousiasme car…ils ne connaissent rien d’autre, car ils n’ont rien d’autre.surmédicalisation et laOr, la commercialisation de la naissance ne sont que des réponses tech-niques à des questions et besoins profondément humains. Là où il faudrait des réponses individuelles, elles proposent (voire impo-sent) des solutions standardisées et standardisantes
Ces questions essentielles sont : • Qu’en est-il de mon désir d’enfant ? • Serai-je une bonne mère ? Un bon père ? • Quels sont mes modèles? • Ai-je envie de l’allaiter au sein ? • Comment vais-je accoucher ? Comment aider ma conjointe ? Commentmeprépareràcetévénement? • Comment l’accueillir au mieux ? Fêter sa naissance ? Le présenter à sa famille? • Pourrai-je aimer mon bébé tel qu’il est ? Sera-t-il normal ? • Serai-je capable de comprendre de ses besoins, de le soigner, de le nourrir ? • Comment pourrais-je faire face à la fatigue des premiers temps ?
Si ces questions se retrouvent pratiquement chez tout le mond,e les réponses ne peuvent être qu’individuelles, originales, « sur mesure »… ce qui appelleeamut-eréflexionetdtniliavdrueirératun ration. La grossesse et le « devenir parent » sont des moments opportuns pour faire le tri entre ce qui fut inculqué et ce qui appar-tient en propre. Encore faut-il s’en donner les moyens.
Les moyens d’un cheminement créatif
En premier, il y a l’attention à soi, seul (e) ou avec une personne de confiance. Il y a le partage et le dialogue du couple, si impor-tant dans un processus qui va modifier tous les équilibres interpersonnels.
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1 Certaines personnes ressources sont d’une grande utilité : une femme proche plus expérimentée, une sœur, une amie ; ou des pro-fessionnel (le)s de la santé. Leurs noms changent en fonction des diplômes ou des pays, mais la fonction d’accompagnement com-porte des constantes : écouter, contenir, confirmer, informer quand la demande se précise. La surveillance médicale d’une grossesse normale est très 2 simple et, dans de nombreux pays, assurée par une sage-femme ou le médecin de famille. Les futurs et nouveaux pères n’ont pas – pas encore – beaucoup de lieux de parole, ni d’opportunités spécifiques pour répondre à leurs besoins et leur réalité. Verra-t-on dans les années qui viennent l’apparition « d’accompagnants paternels » ou l’épanouissement des groupes d’hommes ? Plusieurs organismes privés ou publics proposent des séances d’informations pré et postnatales où des futurs et nouveaux parents se rencontrent ; des associations de bénévoles offrent d’entourer les nouveaux parents. Ces initiatives recréent ainsi le tissu social des solidarités. 3 Enfin, il y a quelques bons livres qui s’adressent aux parents comme à des adultes responsables et créateurs.
Cet ouvrage souhaite apporter sa contribution au bien-être familial, un atout de plus pour parents futés qui ne s’en laissent pas conter. Son objectif est de leur apporter des informations et réflexions propres à alimenter les leurs et à faire les choix qui leur conviendront.
1.Voir annexe, en fin d’ouvrage. 2. Dans son livreUne naissance heureuse, Montréal, éditions Saint-Martin, la sage-femme québécoise Isabelle Brabant passe en revue les différents examens et donne des informations pour en examiner la pertinence. 3. Voir annexe, en fin d’ouvrage.
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