Le grillage

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Le grillage, c’est l’histoire de deux familles voisines qui aménagent
ensemble, partagent leurs espérances, leurs joies et leurs
peines jusqu’à ce que l’une des deux familles, qui vient de marier
sa fille unique avec un riche notable de la ville, décide d’installer
un grillage entre les deux habitations pour s’isoler du
malheur et se cacher des regards de l’autre famille. L’installation
du grillage est vécue comme un rejet cinglant par les voisins qui
viennent, eux, de perdre un de leurs fils jumeaux dans un accident
de voiture.

Tout ce qui les unissait semble se désagréger, tous les souvenirs
se travestissent en faux-semblants et c’est alors que commence
la montée d’une haine qui mettra des années à se résoudre,
donnant place à une histoire parfois incompréhensible à ses
propres acteurs, une espèce de règlement de comptes où toutes
les frustrations accumulées seront déballées comme un sac de
linge sale.

Pierre, le jumeau survivant, sera à son insu celui par qui tout
peut arriver. Après avoir essayé de fuir le noeud familial entretenu
par sa mère, devenue une femme amère et desséchée, pourra-t-il
échapper à son destin ?

Le grillage, c’est aussi la limite imperceptible qui existe entre
le bonheur et le malheur, le bien et le mal. Une limite qui peut
nous faire glisser à tout moment du côté des meurtriers ou des
hommes de coeur.


Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 167
EAN13 : 9789999995795
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L’album photos Première photo : l’arrivée, août 1963 Quelle belle journée ! Le soleil était juste assez chaud, le ciel juste assez bleu, l’herbe juste assez verte… Une sensa-tion paradisiaque qui lui donnait à penser qu’il avait enfin trouvé le secret du bonheur ! Mais oui, c’était bien ça !… il y avait dans ce moment et dans cet endroit, le secret de la joie. Depuis le temps qu’ils en parlaient, depuis le temps qu’ils économisaient, ils y étaient enfin dans la maison de ses rêves ! Tout ça n’avait pas été si simple, car Robert Lhomme n’était pas riche et les revenus de son travail ne lui permet-taient pas de s’endetter outre mesure… Mais quelle satisfaction aujourd’hui devant ce bout de jardin de deux cents mètres carrés qu’il lui restait à bêcher. Il s’y voyait déjà ! Ici, il y aurait des fraisiers, peut-être un pêcher… là des plants de tomates… Les enfants, qui allaient grandir ici, mangeraient les bons fruits du jardin, et ils pourraient jouer au grand air plutôt que de courir sans but dans les rues. Il mettrait une balançoire
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pour la petite Anne-Marie qui venait d’avoir quatre ans. Oui, décidément, ils avaient fait le bon choix. Bien sûr, cela leur demanderait de faire encore des sacri-fices, mais à quoi bon travailler, si ça n’était pas pour se donner un but à atteindre ? Il avait eu les renseignements par un collègue de boulot. Un lotissement allait sortir de terre dans quelques mois. Il s’était inscrit sur la liste et voilà, aujourd’hui, c’était fait. D’une certaine façon, il n’en revenait pas. Christiane venait de sortir avec un verre à la main. Elle lui souriait. Elle ne voulait pas gâcher la joie de Robert, même si elle ne pouvait pas complètement masquer son inquié-tude. « On y arrivera, tu verras… » lui dit Robert en lui caressant les épaules. « Tu te fais toujours du souci, mais après tout, ça n’est pas la mer à boire… Dans vingt ans, on ne paiera presque plus rien… On a fait le plus dur, tu sais… toutes ces nuits à pas dormir… je ne voulais pas t’en parler, mais maintenant que c’est fait… moi aussi j’ai eu peur qu’on n’y arrive pas… » Christiane se pelotonna contre lui. Elle était fière. Il en avait du courage, son homme ! S’il le fallait, elle se mettrait à travailler, elle aussi. Elle n’était pas fainéante. Ce petit bout de jardin, elle en avait rêvé toute sa vie, et aujourd’hui, elle se sentait riche, elle était propriétaire, et la réalité était plus belle que ce qu’elle avait imaginé… C’est vrai que ses rêves n’étaient pas très grands, comme ceux de son mari d’ailleurs, mais ils lui remplissaient le cœur. Sa joie de se retrouver là, avec ses trois enfants, sur ce petit bout de terre qui leur appartenait, était immense. Jamais, non jamais,
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on ne pourrait plus les en déloger ! Elle se battrait pour ça. C’était décidé. Patrick et Pierre, les jumeaux, sortirent à leur tour de la maison en criant : — Papa… papa… on a un grand placard pour deux, et Pierre a pris toute la place… — Non c’est pas vrai, c’est lui… — Calmez-vous les enfants, vous aurez tout ce qu’il vous faut, mais d’abord, il me faut le temps de tout installer… Paris ne s’est pas fait en un jour… Patrick et Pierre avaient neuf ans. On était en 1963. Au mois d’août 1963. Le même jour, sur le terrain mitoyen, s’installaient M. et Mme Dufour et leur fille Françoise. Ils étaient un peu plus aisés que la famille Lhomme, mais leur origine modeste les rendait très proches de leurs voisins. Et il y eut très vite entre eux un côté « bonne franquette » dans l’air du temps, une entraide, et puis une sympathie qui ne fit que grandir avec les années. À l’époque, on parlait encore beaucoup de la guerre d’Algérie. On se faisait du souci. Mais en même temps, on se donnait un coup de main pour l’installation. Et puis surtout, il fai-sait si beau ! Oui, tout le monde se souvenait bien de cet été-là comme l’été du bonheur. Il restait quelques photos. Il y en avait une où tout le monde était assis sur la terrasse, avec le petit chat blanc que madame Dufour avait trouvé quelques jours plus tôt. C’était flagrant, tous les visages rayonnaient. Une image… ça n’était rien qu’une image, mais elle correspondait si bien à la sensation de plénitude qu’il gardait de ces moments là, que Pierre eut envie de pleurer.
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