Les Contes du Grand Veneur

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Les bois du Grand Veneur passent pour un lieu hanté, entouré de sombres légendes et de phénomènes étranges… Cet endroit terrorise autant qu’il fascine les enfants du village de Malcombe qui n’hésiteront pas à visiter le sinistre manoir des Von Strasser, l’inquiétante masure de Lady Crowley, la Source aux fées ainsi que les ruines qui jalonnent cette forêt pleine de spectres et de créatures monstrueuses…

Les Contes du Grand Veneur ont été rédigés entre 2005 et 2007. Il s’agit d’un recueil d’histoires fantastiques inspirées de l’enfance de l’auteur passée entre les monts noirs du Morvan et les terres volcaniques du Cantal. Il s’adresse à tous les sales mômes à l’imagination débordante et aux amoureux du surnaturel…

Publié le : lundi 22 avril 2013
Lecture(s) : 14
EAN13 : 9782368920121
Nombre de pages : 64
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Les Contes du Grand Veneur
Romain Billot Recueil de Nouvelles Jimmy Kerast (Illustration) Editions L’ivre-Book
KIDNAPPING La famille Skelton venait de s’installer à Malcombe, petit village perdu dans une région boisée au milieu de nulle part. Leur fils Jack, un garçon solitaire, préférait se réfugier dans les romans fantastiques pendant les récréations plutôt que de s’adonner aux jeux de son âge. Ses bizarreries et son excentricité en faisaient la risée de sa classe qui se moquait de ce garçon à la peau pâle et aux cheveux hirsutes surnommél’Épouvantail. Puisqu’ils ne le comprenaient pas, ses camarades l’avaient mis à l’écart, mais Jack s’en fichait éperdument. Cela l’arrangeait même en fin de compte... Il avait pour plus fidèle compagnon un chat efflanqué du nom de Keats. Hormis le greffier, Jack s’était fait un seul ami depuis son arrivée : Eliot, un enfant un peu plus jeune qui habitait la maison à côté de la sienne. Il pouvait compter sur lui en cas de coup dur. Les deux gamins se retrouvaient tous les jours pour jouer après les cours. Ensemble, ils faisaient les quatre cents coups, semant le trouble dans l’esprit des villageois avec des blagues pas toujours de très bon goût. Leurs balades au clair de lune à l’heure où les braves gens dormaient leur avaient valu une mauvaise réputation. Ils aimaient traîner dans le petit cimetière pour se raconter des histoires macabres et faire tourner leur imagination à plein régime. En fait, Jack n’avait qu’un seul problème dans la vie : Tommy, une brute épaisse baptisée Boule de suifraison de l’aspect peu ragoutant que sa personne dégageait avec sa peau en crasseuse qui semblait suinter en permanence. Ce morveux peu fréquentable faisait régner la terreur à l’école. Jack l’avait en horreur parce qu’il était devenu son souffre-douleur. La plupart du temps, il subissait les moqueries, les coups et les insultes sans rien dire. Tommy pouvait être dangereux. Malgré son intelligence limitée, il faisait preuve de beaucoup d’ingéniosité lorsqu’il s’agissait de torturer les êtres vivants qui avaient le malheur de tomber entre ses griffes. Cet après-midi-là, le vieux Keats suivit Jack jusqu’à l’école. Mais cette fois, le chat s’étendit de tout son long sur le muret de l’école pour lézarder au soleil au lieu d’aller chasser dans les champs alentour comme à son habitude. Il ronronnait, profitant de l’une de ses neuf vies, tandis que les élèves étouffaient de chaleur à l’intérieur. Keats attendit l’heure où la myriade d’affreux jojos turbulents allait s’abattre sur le soir comme une nuée de sauterelles... Boule de suifque la maîtresse, la sévère mademoiselle Remugle, avait changé de place à cause de ses ricanements avec son camarade Edmond ditLangue de pute, vit le matou en jetant un coup d’œil par la fenêtre. Jack s’en aperçut car il regardait dans la même direction. Les yeux de Tommy brillèrent d’une lueur malsaine. Son sourire en coin ne pouvait tromper personne. Il en bavait presque d’envie. Il savait à qui appartenait la bête et la vision de celle-ci venait de réveiller en lui quelques pulsions inavouables… À partir de cet instant, Jack ne quitta plus des yeux la pendule fixée au-dessus du tableau noir. Il fallait à tout prix qu’il sorte avant ce sadique pour mettre Keats à l’abri. Il savait que Boule de suifétait responsable d’un grand nombre de disparitions d’animaux de compagnie dans le village... Le temps semblait s’être figé. Jack sentit une sueur glacée couler le long de son dos. Tommy épiait le chat en trépignant. Un rictus effrayant déformait ses traits. Concentré sur sa
future proie, il ne faisait plus attention à personne dans la salle de classe. De son côté, Jack rassembla ses affaires pour être le premier dehors. Alors que la sonnerie allait retentir, l’infâme tromblon leur servant de professeur, qui n’attendait que ça parce qu’elle avait gardé le meilleur pour la fin, décida de déchaîner la fureur contenue durant tout l’après-midi sur le jeune Jack assez fou pour avoir déjà plié bagage ! Durant le mauvais quart d’heure qui s’ensuivit, le garçon eut l’impression d’être dans un cauchemar où l’on se retrouve paralysé, incapable de fuir ou de hurler, comme si la scène se déroulait au ralenti. Il voyait sortir un par un les écoliers tandis qu’il subissait les attaques verbales et odorantes de cette sorcière acariâtre. Mademoiselle Remugle vomissait la haine et la frustration de sa journée sur cet étrange enfant qui semblait se moquer de son autorité. Elle le tenait par les épaules, le secouant sans ménagement, lui crachant ses viscosités au visage. Cependant, Jack essayait tant bien que mal de faire abstraction de cette haleine de cerbère qui lui chatouillait les narines pour se concentrer sur le sort de Keats. Il se rendit compte avec horreur que Tommy s’apprêtait à prendre le large lui aussi. Jack voulut se lever pour partir à la poursuite de l’horribleBoule de suifqui avait déjà fait quelques pas dehors. C’était peine perdue, la vieille chouette aux serres de harpie resserra son étreinte et le cloua sur place en l’empêchant de voir ce qui se passait dehors. Il eut beau se débattre comme un beau diable, les jeux étaient faits, mademoiselle Remugle retint Jack après le cours. Lorsqu’il regarda enfin par la fenêtre, son chat avait disparu et aucune trace deBoule de suif dansles parages. Le garçon fut pris de panique mais se rassura. Keats avait dû fuir à l’approche de ce gros plein de soupe et rentrer à la maison. L’heure suivante s’écoula avec ennui au milieu de ce mélange lourd d'odeur de craie, de vieille encre et de papiers jaunis qui flottait dans la salle déserte. Jack retourna chez lui la tête basse, le cœur gros et l’esprit préoccupé. Une fois arrivé, il chercha son chat, inspectant la maison de la cave au grenier puis les alentours. Il s’époumona en vain. Il n’y avait plus de doute à avoir. Keats était dans de sales draps. D’autant que la rumeur courait queBoule de suiftransformé l’entrepôt désaffecté situé dans le bois du Grand avait Veneur en salle de torture. EdmondLangue de pute racontaità qui voulait l’entendre que Tommy séquestrait les animaux un temps avant de les mettre à mort. Tout espoir n’était donc pas perdu... Mais il fallait faire vite. Jack savait aussi que Boulede suif traînaitavec les frères Dupré. Il mangea avec ses parents comme si de rien n’était. Son père trouva étrange que son fichu chat ne soit pas à côté de la table à quémander. Jack ne répondit pas. Il fut tenté de leur en parler, pourtant il sentait qu’il devait résoudre le problème à sa façon. Le garçon fila ensuite dans sa chambre et attendit que la nuit tombe. Il patienta, une boule glacée se formant au creux de son estomac. Puis quand il fit noir et que ses parents se couchèrent, Jack se faufila dehors pour lancer des petits cailloux sur les volets de la chambre d’Eliot. Ce dernier ouvrit les volets et se laissa glisser le long de la gouttière. Quand son ami entendit la voix de Jack, il comprit que quelque chose n’allait pas. – Qu’est-ce qui se passe Jack ? lui demanda-t-il. Boule de suifa kidnappé Keats cet après-midi ! répondit Jack. Il faut que tu m’aides… Ce taré va le tuer ! Eliot accepta sans hésiter. Ils se rendirent au pas de course à l’étang du père Bru. Il fallait le traverser car c’était le chemin le plus court pour parvenir à l’entrepôt. Les enfants prirent place dans une vieille
barque vermoulue et commencèrent à ramer en cadence sous la pleine lune. Ils restèrent silencieux. On n’entendait que le bruit sourd des rames frappant l’eau ainsi que le coassement rocailleux des crapauds tapis sur les berges. Jack espérait que Keats n’était pas trop amoché. Ils atteignirent l’autre rive, attachèrent la frêle embarcation et s’enfoncèrent avec précaution dans les sinistres bois du Grand Veneur. Après un bon moment passé à se débattre dans les ronces et les branches pleines de toiles d'araignée, Jack et Eliot arrivèrent. Ils se dissimulèrent derrière un buisson pour pouvoir observer la situation. Le bâtiment abandonné se dressait lugubrement devant eux. Des chaînes à moitié rouillées pendaient aux poutres de l'édifice, captant les reflets blafards de la lune. Ils entendirent des rires enfantins et sadiques. Eliot et Jack reconnurentBoule de suif, et comme prévu, il parlait à deux sales mômes vêtus de haillons, les Dupré : Willy Lafouine etFifi ditTête de pioche. Et faites confiance à votre humble narrateur leurs surnoms n'étaient pas choisis au hasard... Le premier à cause de son profil peu avantageux, de son regard de vicelard, le second à cause de la forme de son crâne et de son nez. Ces deux-là formaient la garde rapprochée de Tommy, sa troupe d’élite… Jack sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Les hurlements de Keats résonnèrent dans le silence. Il fallait rester calme, réfléchir sans céder à la panique. Jack comprit d’où venait le bruit. Un antique placard en fer se dressait à quelques pas de là. Edmond disait donc vrai. Cette boîte était située à l’extérieur de telle façon que les rayons du soleil puissent l'atteindre à n'importe quelle heure de la journée. En plein jour, la température à l'intérieur devenait vite insoutenable, un vrai supplice digne des pires tourments de l’enfer. Il imagina le pauvre Keats épuisé après cinq heures passées à griffer les parois de ce cercueil rouillé. La chaleur le tuerait et si ce n’était pas le cas, Tommy s’en chargerait avec son petit canif. Jack préféra ne pas y penser... Les deux amis se rapprochèrent le plus possible de l’endroit où le vieux Keats soufflait, sifflait et enrageait. Les autres garçons se remirent à rire en cognant sur le placard pour exciter l’animal. Jack serra les dents et faillit s’élancer sans réfléchir mais Eliot le retint par la manche. – Attends Jack ! lui murmura-t-il. J’ai une idée. Reste ici et tiens-toi prêt à agir… Eliot le laissa pour faire le tour du bâtiment. Dissimulé dans les bois, il apostropha et insulta le trio jusqu’à ce que la bande se lance à sa poursuite en laissant le placard sans surveillance. Jack savait qu’il n'avait que quelques secondes pour agir. Il courut jusqu'à la prison métallique, s'agenouilla pour ouvrir la porte mais se mordit la lèvre jusqu’au sang en constatant qu’elle était fermée par un lourd cadenas. Jack resta un moment prostré là, sans trouver de solution. Il sursauta quand une voix cruelle et amusée retentit dans son dos : – C’est ça que tu cherches ? Tu crois quand même pas que je suis assez con pour m’en séparer ? Jack se retourna pour constater que Tommy tenait un lacet au bout duquel pendait la clef. Il la remit autour de son cou en ricanant. – Ta foutue bestiole va rejoindre ma petite collection… Il désigna l’entrepôt où devaient se trouver les restes de toutes ses victimes. Son sourire fit froid dans le dos à Jack. Le garçon chercha Eliot des yeux. La panique commençait à l’envahir. Il fallait qu’il réagisse… Vite. Trouver quelque chose. Les secondes lui parurent durer une éternité.Boule de suifse contentait de le toiser.
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