SYNTHESE ET RECOMMANDATIONS

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Chapitre 10


SYNTHESE ET RECOMMANDATIONS




Dans chaque chapitre du rapport, des recommandations et suggestions (elles
apparaissent souvent en italiques) ont été proposées suite aux travaux des experts. Ce
chapitre 10 n’a pas pour but de toutes les reprendre mais de faire apparaître les
recommandations communes et générales.

Lorsque nous avons interrogé nos collègues opticiens, une grande partie nous a fait part d’un
certain désarroi et de sentiments contradictoires :

- d’une part une inquiétude pour l’avenir, suite aux transformations industrielles
(réduction des personnels, disparition de certains secteurs d’activité en France et parfois en
Europe) et peut être aussi le sentiment que l’optique n’est pas reconnue en France (en qualité
d’une branche spécifique de la physique) comme dans les autre pays industrialisés. Les
craintes portent aussi sur l’emploi des étudiants formés et sur l’avenir de la recherche.

- d’autre part la certitude des immenses possibilités offertes à l’avenir par l’optique
malgré la crise actuelle compte tenu des bases existantes en formation et en recherche
publique ou industrielle et de la dynamique entretenue par la communauté des opticiens.

10.1 Reconnaître l’optique

Un des problèmes important est la non prise en considération de l’optique en tant que telle.
Elle est toujours intégrée dans l’électronique ou à la mécanique et n’apparaît pas clairement
alors qu’elle représente une entité forte ...
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Chapitre 10
SYNTHESE ET RECOMMANDATIONS
Dans chaque chapitre du rapport, des recommandations et suggestions (elles
apparaissent souvent en italiques) ont été proposées suite aux travaux des experts.
Ce
chapitre 10 n’a pas pour but de toutes les reprendre mais de faire apparaître les
recommandations communes et générales.
Lorsque nous avons interrogé nos collègues opticiens, une grande partie nous a fait part d’un
certain désarroi et de sentiments contradictoires :
- d’une part une inquiétude pour l’avenir, suite aux transformations industrielles
(réduction des personnels, disparition de certains secteurs d’activité en France et parfois en
Europe) et peut être aussi le sentiment que l’optique n’est pas reconnue en France (en qualité
d’une branche spécifique de la physique) comme dans les autre pays industrialisés. Les
craintes portent aussi sur l’emploi des étudiants formés et sur l’avenir de la recherche.
- d’autre part la certitude des immenses possibilités offertes à l’avenir par l’optique
malgré la crise actuelle compte tenu des bases existantes en formation et en recherche
publique ou industrielle et de la dynamique entretenue par la communauté des opticiens.
10.1 Reconnaître l’optique
Un des problèmes important est la non prise en considération de l’optique en tant que telle.
Elle est toujours intégrée dans l’électronique ou à la mécanique et n’apparaît pas clairement
alors qu’elle représente une entité forte et une communauté structurée. Ceci est notable en
particulier si on recherche un enseignement ou un cursus d’enseignement en formation
continue ou initiale, ou un emploi. Ceci est probablement du au fait que c’est une technologie
diffusante et que son essor est récent. C’est un état de fait auquel il convient de remédier. La
communauté a donc du mal à se faire entendre. Le Comité National d’Optique et de
Photonique, nouvellement créé, devra jouer un rôle décisif pour affirmer cette identité.
Plusieurs suggestions peuvent être faites afin de faire émerger le concept de « label optique » :
1) - Reconnaissance des métiers liés à l’optique. Il est important que l’optique soit
identifiée à ce niveau.
2) - Etablissement d’un plan de développement industriel et de recherche sur quelques
années avec une ligne budgétaire propre. Il sera justifié en fin de chapitre.
3) -Mise en place d’un réseau d’écoles d’ingénieurs spécifiques regroupant les
quelques écoles qui ont une filière identifiée en optique avec pour tête de file l’Ecole
Supérieure d’Optique (ESO).
4) – Renforcement du syndicat industriel afin d’avoir une structure représentative
unique et forte.
10.2 Conforter les formations
Les forces
.
On observe pour l’enseignement de l’optique dans l’enseignement supérieur :
.
une bonne répartition géographique des formations
,
.
un nombre suffisant de centres de formation,
.
un choix satisfaisant de cursus.
Cet ensemble permet de former les techniciens, les ingénieurs, les chercheurs et les
enseignants dont les entreprises et les organismes ont besoin.
Ces observations ne masquent pas le fait que des améliorations notables peuvent être
apportées localement.
Les faiblesses
Il y a peu d’enseignements d’optique dans l’enseignement secondaire. Il est nécessaire de
maintenir un niveau suffisant d’enseignement de l’optique dans ce cursus et en particulier
dans les filières technologiques, les opérateurs ayant de plus en plus à utiliser des moyens
optiques pour mesurer et contrôler des processus industriels ou d’intégrer cet outil dans la
conception de systèmes.
Une tendance à réduire l’enseignement de l’optique générale dans certaines filières où cette
discipline est considérée comme secondaire est néfaste compte tenu du caractère diffusant de
l’optique.
Les enseignements sur les aspects technologiques ne sont pas assez mis en valeurs dans les
écoles d’ingénieurs (par exemple sur les procédés d’usinage ou de traitement des matériaux
par voie laser ainsi que sur l’environnement industriel qui s’y rattache, ou encore sur les
technologies de salles blanches de l’optoélectronique ).
Par ailleurs, un réel problème existe au niveau de la formation des opérateurs devant acquérir
une spécialité sur le façonnage (polissage) et également pour le montage d’éléments optiques
(sous-ensembles optiques et équipements).
Recommandations
-
Introduction de l’enseignement de l’optique dans des cursus où elle est absente
comme les formations de mécanique et de chimie dans les Ecoles et dans les BTS classiques
de vibrations acoustiques et d’analyse vibratoire ou de cursus d’électronique. En effet les
moyens de contrôle et de mesure dans ces disciplines sont souvent optiques.
- Enseignement dans les filières de techniciens opticiens des bases de mécanique et
d’électronique. En effet l’industrie actuelle a besoin de techniciens opticiens qui possèdent
non seulement de fortes connaissances en optique mais qui soient plus généralistes.
- Création de nouvelles formations : formation de personnels techniques pour la
réalisation de pièces optiques ou d’ensemble instrumentaux - d’une part pour la formation
des opérateurs de polissage (le nombre d’élève à former est toutefois restreint voir
proposition au chapitre 7 ) – d’autre part pour la formation des monteurs en créant un cycle
court adapté ou en renforçant un cursus existant.
- Renforcement de certains enseignements : soit dans de nouveaux secteurs (bio
photonique) soit dans des domaines peu enseignés : les technologies, la photochimie, la
physico
-
chimie, le contrôle industriel, la télédétection, la colorimétrie et la représentation
des couleurs ainsi que l’optique physiologique.
- Participation accrue dans ces enseignements de personnels venant de l’industrie sur
des problèmes relevant de leur compétence.
10.3 Développer la recherche en optique
Les forces
Dans l’ensemble la recherche française en optique est de bon niveau avec des équipes
reconnues internationalement dans les recherches fondamentales allant des atomes refroidis
par voie laser à la réalisation de nouveaux matériaux, et dans certains créneaux
technologiques où la position est parmi les leader mondiaux. Il est très important de maintenir
ce niveau.
Dans la recherche publique on assiste à des regroupement de laboratoires et de centres afin de
mutualiser les moyens et les outils lourds rendant par la même de telles structures
incontournables au niveau européen. C’est une tendance à renforcer.
Une partie des laboratoires universitaires travaillent sur des sujets en liaison étroite avec le
monde industriel.
On assiste à des travaux multidisciplinaires dans certains secteurs ( par exemple dans les
télécommunications, les sciences du vivant….), c’est une tendance à encourager.
Les faiblesses
Compte tenu de la crise un certain nombre de secteurs de recherche industrielle (et appliquée)
sont en perte de vitesse car non relayés par les laboratoires publics.
La recherche technologique n’est pas toujours valorisée par rapport à ce qu’elle est au niveau
de la recherche fondamentale.
Le manque de lien entre recherche et industrie. La recherche universitaire, qui est importante
en optique, reste beaucoup trop concentrée sur la performance pure et peu ouverte aux
véritables besoins de l’industrie ou du marché. Encore faut-il que les besoins soient
clairement exprimés et les conditions d’utilisation bien définies afin d’appréhender les
contraintes d’emploi.
On constate que malgré une activité dynamique, avec un très bon niveau de recherche
comparé à celui qui caractérise le niveau international et parfois avec un bonne appréhension
de la phase développement, ce potentiel manque de crédibilité pour alimenter et pour
engendrer une production industrielle.
Les laboratoires manquent de moyens compte tenu des coûts élevés attachés à la mise
en oeuvre d’une technologie élaborée et fine et à ceux liés à l’entretien des outils.
Recommandations
Les chercheurs ont besoin d’équipements performants. Compte tenu des coûts élevés
des centrales de technologie il est nécessaire de renforcer celles existantes, d’éviter une
dispersion des moyens et de veiller à ce que soit respectée une répartition équitable selon les
thématiques. Il est nécessaire de ne pas multiplier ces centrales mais de bien les équiper, de
leur affecter un personnel permanent qualifié et de gérer leur accessibilités aux laboratoires
et aux entreprises concernés. Parmi les domaines où ces centrales sont une nécessité nous
pouvons citer :
- les télécommunications optiques ( liées à la réalisation des préformes et de fibres
spéciales, à la réalisation de composants actifs semi-conducteur et à la réalisation de
composants passifs)
- la visualisation
- l’élaboration de matériaux
- les lasers
- les procédés de fabrication
……
Un certain nombre de secteurs de recherche sont à développer car ils représentent des
enjeux pour l’ avenir ( voir chapitres 3 à 9):
- . les matériaux pour l’optique (y compris les matériaux sols-gels),
- . la visualisation,
- . les télécommunications,
.- les recherches sur les applications de l’optique dans le domaine des sciences du
vivant qui sont effectuées dans un certain nombre de petites équipes avec quelques
succès . Il faut joindre à ce thème les recherches liées au handicap.
. les domaines où il y a peu d’équipes: le transport d’énergie, le solaire…par
rapport aux enjeux économiques.
. les secteurs ou il est nécessaire de maintenir un savoir faire compte tenu de la
disparition de centres industriels en vue d’un rebond : les composants
Il faut aussi :
. renforcer les collaborations multidisciplinaires et les partenariats
. coupler davantage la recherche publique avec le secteur industriel
. faciliter le développement de la recherche appliquée ( voir §2.6).
Il faut enfin ouvrir des possibilités d’initiation de thèmes de recherche par l’industrie.
Le développement des applications de la recherche et des technologies pour passer du
domaine du laboratoire aux produits industrialisés est le maillon faible. Il manque souvent les
phases de pré-développement et de développement
avec la diversification des métiers de
l’optique et les investissements nécessaires qui deviennent de plus en plus lourds car cela
n’est pas du ressort de la recherche universitaire. Ces phases ne sont parfois pas possibles
pour des TPE
( Très Petites Entreprises) si elles ne sont adossées à de grands groupes .
10.4 Faciliter les relations recherche-industrie et les transferts de technologie
Les forces.
Récemment un certain nombre d’initiatives ont vue le jour pour renforcer les collaborations
entre équipes de recherche et industrie et pour aider au transfert de compétences - soit dans
les régions ( pôles) - soit par discipline (centres lasers, …) - soit créés par les organismes ou le
ministère. Il est important de les accompagner et d’aller plus loin dans le soutien aux activités
de prédéveloppement.
Les faiblesses.
De manière générale la collaboration entre universitaires et demande industrielle n’est pas
toujours simple à développer. Le chercheur doit tenir compte de ses propres programmes dans
le cadre des contrats passés entre les organismes et le Ministère de tutelle. Même si ces
derniers ont assoupli leur position et incitent ouvertement au transfert, l’avancement des
chercheurs se fait encore essentiellement au niveau de certaines commissions uniquement sur
les publications scientifiques et sur leurs propres thèmes de recherche. Or les besoins
industriels ne coïncident pas toujours avec ces thèmes et avec les objectifs des chercheurs.
Ceci conduit à affaiblir la reconnaissance d’une recherche appliquée qui présente un impact
sur le développement de composants critiques au niveau des branches industrielles.
Il est souhaitable que la recherche appliquée soit mieux prise en compte dans certaines
commissions d’avancement des personnels chercheurs.
Recommandations
La création d’équipes mixtes industrie et laboratoire public ainsi que d’équipes
multidisciplinaires autour de l’optique sont des moyens privilégiés permettant d’acquérir et
de développer l’esprit de collaboration tout en adressant les vrais problèmes.
Pour aider à la bonne marche des programmes de transfert (dans le cadre de création
d’entreprise ou de nouveaux produits ou de fonctionnement d équipements lourds communs)
il serait bon de créer des postes d’ingénieurs de développement dont la vocation serait d’être
une interface entre les outils technologiques qui alimentent la recherche de base et qui
adressent également la conception de démonstrateurs. Ces personnels travailleraient avec le
créateur d’entreprise pendant une durée limitée pour l’aider dans la partie technique et sur la
manipulation des équipements lourds pendant la phase de développement du programme.
10.5 Conforter l’industrie de l’optique
Les forces.
La France dispose d’un certain nombre de secteurs industriels forts impliquant de l’optique
avec des entreprises leaders européens ou mondiaux dans leur domaine :
l’optique ophtalmique et la lunetterie,
l’optronique,
les télécommunications optiques
le spatial et l’avionique
la visualisation,
Les faiblesses.
Dans certains secteurs le potentiel d’entreprises présentes n’est pas assez grand par rapport au
marché et les grands leaders sont étrangers c’est le cas des lasers, de l’éclairage, des
composants, des dépôts sols-gels et des écrans plats. Dans d’autres domaines on ne note la
présence que d’une seule entreprise : disques optiques ou encore le photovoltaique.
Dans certains secteurs la France est peu présente : les matériaux passifs, la photographie, le
cinéma, la biophotonique, le contrôle et l’instrumentation.
L’industrie de l’optique a autrefois ( jusqu’en 1990) été soutenue par la Défense, par des
aides publiques ou par l’existence d’opérateurs étatiques (en télécommunications par
exemple) ce qui lui a permis d’acquérir un savoir faire important. La diminution de ces
financements liée à une réduction des budgets a mis une partie de cette industrie en difficulté.
Elle a du faire l’exercice du passage d’un marché captif (couvrant les besoins de la nation) à
celui plus concurrentiel et compétitif ouvert sur le monde. Certains pans industriels n’ont pas
survécus. En revanche, cette ouverture a permis à de grandes entreprises de se bâtir une
réputation dans leurs secteurs. Cependant, l’actualité a montré qu’en situation de crise les
industriels de l’optique, en particulier ceux liés aux télécommunications, sont devenus
vulnérables et entraînent avec eux, dans leur stratégie de repli, la disparition de nombreuses
PME et de PMI.
Il en va de même sur l’actualité du sujet qui présente un fort impact au niveau de la recherche
académique, ce qui impose aux laboratoires de définir de nouvelles orientations ou au
contraire une nouvelle stratégie.
Enfin, les délocalisations et les ventes d’une partie des unités de fabrication des composants
vont créer à l’avenir un risque important de rupture d’approvisionnement. Cet aspect est
particulièrement important en optronique qui conserve un caractère stratégique.
Recommandations.
Tous les experts s‘accordent pour dire qu’il faut conserver une activité de production forte
sur le territoire national pour maintenir les débouchés de nos étudiants, une recherche de
haut niveau et une certaine indépendance ( tout ceci doit être étendu au niveau européen).
Comme on l’a déjà signalé afin d’aider au développement des entreprises, il est nécessaire de
renforcer les collaborations industrie recherche et d’accompagner les centres de technologie
et/ou de transfert qui se mettent en place.
Certains secteurs doivent impérativement être soutenus car ce sont des secteurs clés ou des
secteurs en développement. En particulier les industries :
- de l’optronique (défense)
- des nouvelles techniques de visualisation
- des composants et des couches minces ( y compris en télécommunications) et
l’instrumentation optique
- de la biophotonique
- des lasers et de leurs applications
- des matériaux plastiques
Comme il est souhaité à plusieurs endroits dans les chapitres de ce
rapport un plan
de développement
doit être mis sur pied sur plusieurs années. Les raisons sont les suivantes :
On constate que malgré une recherche et parfois un développement important et de
niveau international, les investissements et la production sont délocalisés en Asie. La
recherche ne se sépare que rarement des lieux de production et il y a fort à craindre que la
recherche dans un certain nombre de domaine ne se fasse plus en France. Dans le domaine
de la microélectronique où les investissements nécessaires sont équivalents, un plan de
développement a permis de maintenir en France une activité de production de circuits
intégrés. Un plan analogue pourrait permettre de maintenir une production dans les secteurs
de l’optique.
Une autonomie minimum sur des composants de base est nécessaire pour éviter de
dépendre d’une situation de monopole particulièrement critique pour l’industrie de la défense
mais aussi pour le domaine du grand public mais elle risque de disparaître dans les années à
venir. Un certain nombre d’industriels se plaignent déjà des difficultés d’approvisionnement
en composants à l’étranger.
Les industries fortes actuellement vont être à l’avenir fortement concurrencées du fait
de la diffusion internationale des technologies. Seule l’anticipation des évolutions techniques
permettra de maintenir leur positionnement au niveau des équipements et des systèmes.
Un tel plan permettrait à partir des plate-formes existantes de mettre en place un
réseau national concerté de plate-formes technologiques à la disposition de la recherche et de
l’industrie.
Ce plan aurait aussi pour objectif de réaliser un meilleur couplage recherche-
industrie dans le domaine de l’optique en lui donnant une meilleure visibilité grâce à une
identification de son apport spécifique aux composants, équipements et systèmes.
Afin de préciser les thèmes prioritaires à retenir dans le cadre de ce plan une
commission pourrait être créée à l’issue de la journée de présentation du livre blanc le
30 mars 2004.
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