Biographie universelle ancienne et moderne/WILLAUMEZ (Jean-Baptiste-Philibert)

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Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843Tome 44 page 626 à 629WILLAUMEZ (Jean-Baptiste-Philibert)WILLAUMEZ (Jean-Baptiste-Philibert), vice-amiral français, naquit à Belle-Ile-en-Mer le 7 août 1763 ; son père était officierd’artillerie : à l’âge de quatorze ans, il était embarqué; il fut d’abord mousse, mais sa capacité le fit bientôt distinguer de ses chefs; laguerre entre la France et l’Angleterre, à l’occasion de l’indépendance des Américains, lui servit d’apprentissage. En 1782, il étaitsecond pilote à bord de la frégate l’Amazone, que commandait alors le célèbre la Pérouse et il assista aux batailles des 9 et 12 avril;le 29 juillet l'Amazone, attaquée par des forces supérieures, fut forcée de se rendre aprés une défense opiniâtre qui coûta la vie àson nouveau capitaine, M. de Montguyot, et à plusieurs officiers, mais elle fut reprise le lendemain par une escadre française;Willaumez obtint, en récompense de sa conduite, le grade, alors fort important, de premier pilote; il avait que dix-neuf ans, et il y avaitpeu d’exemples d’un avancement aussi rapide. En 1791, la révolution ayant procuré aux roturiers l’accès à des emplois jusqu’alorsréservés à la noblesse, Willaumez passa comme enseigne sur le vaisseau le Patriote commandé par d’Entrecasteaux. Cet officiersupérieur ayant été mis à la tête d’une expédition envoyée à la recherche de la Pérouse, Willaumez partit avec lui, et le commandantétait autorisé à lui remettre le brevet de ...
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Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843 Tome 44 page 626 à 629
WILLAUMEZ (Jean-Baptiste-Philibert)
WILLAUMEZ (Jean-Baptiste-Philibert), vice-amiral français, naquit à Belle-Ile-en-Mer le 7 août 1763 ; son père était officier d’artillerie : à l’âge de quatorze ans, il était embarqué; il fut d’abord mousse, mais sa capacité le fit bientôt distinguer de ses chefs; la guerre entre la France et l’Angleterre, à l’occasion de l’indépendance des Américains, lui servit d’apprentissage. En 1782, il était second pilote à bord de la frégate l’Amazone, que commandait alors le célèbre la Pérouse et il assista aux batailles des 9 et 12 avril; le 29 juillet l'Amazone, attaquée par des forces supérieures, fut forcée de se rendre aprés une défense opiniâtre qui coûta la vie à son nouveau capitaine, M. de Montguyot, et à plusieurs officiers, mais elle fut reprise le lendemain par une escadre française; Willaumez obtint, en récompense de sa conduite, le grade, alors fort important, de premier pilote; il avait que dix-neuf ans, et il y avait peu d’exemples d’un avancement aussi rapide. En 1791, la révolution ayant procuré aux roturiers l’accès à des emplois jusqu’alors réservés à la noblesse, Willaumez passa comme enseigne sur le vaisseaule Patriotecommandé par d’Entrecasteaux. Cet officier supérieur ayant été mis à la tête d’une expédition envoyée à la recherche de la Pérouse, Willaumez partit avec lui, et le commandant était autorisé à lui remettre le brevet de lieutenant et la croix de St-Louis. Le voyage fut pénible et périlleux : le nouvel officier rendit de grands services; son activité ne se démentit pas un instant : d’Entrecasteaux mourut, et les frégates, opérant leur retour en Europe, vinrent toucher à Batavia : elles y apprirent les grands événements qui s’étaient accomplis, la mort de Louis XVI, la destruction de la royauté, la guerre de la France avec les contrées voisines. Les Hollandais voulurent séquestrer les frégates, et le chef de l’expédition, d’Auribeau, très opposé à la révolution, ne leur résista pas. Les marins qui restèrent fidèles à la cause républicaine furent en butte à bien des mauvais traitements ; Willaumez était du nombre, mais il finit par être relaché et il arriva à l’Ile de France. Cette colonie était alors bloquée par une division anglaise ; on craignait la famine ; il y avait à Port-Louis deux frégates,la Prudenteetla Cybèle: on se décide au parti le plus courageux, elles sortent et vont livrer combat à deux vaisseaux anglais,Centurion etDiomède. Willaumez commandait en secondla Prudente; l’affaire fut des plus vives et elle fit le plus grand honneur aux Français, qui, malgré l’énorme infériorité des forces, infligèrent aux vaisseaux anglais des dommages tels qu’ils les contraignirent à aller chercher au loin quelque port où ils pussent réparer leurs avaries. L’Ile de France se trouva ainsi délivrée. Après ce brillant succès, le jeune officier reçut le commandement du brickle Léger etrevint en France, rapportant quelques débris de l’expédition de d’Entrecasteaux. Il fut assez habile et assez heureux pour échapper aux croisières anglaises ; et bientôt il revint dans les mers qu’il avait quittées ; il était capitaine dela Régénérée, frégate qui faisait partie de l’escadre commandée par le contre-amiral Sercey et dont la mission spéciale était de faire au commerce britannique tout le mal possible. Willaumez s’acquitta fort bien de ce dont il était chargé ; ses prises furent nombreuses ; il se distingua dans le beau combat que les six frégates soutinrent dans le détroit de Malacca contre deux vaisseaux anglais qui se virent contraints de plier devant de faibles adversaires qu’ils s’étaient d’abord flattés de l’idée d’écraser facilement. Aprés avoir désolé le commerce britannique dans les mers de l’Indo-Chine et avoir répandu partout la terreur tout en échappant aux nombreux croiseurs lancés à sa poursuite,la Régénérée, ayant besoin de grandes réparations, fut renvoyée en France et, prés des Canaries, elle rencontra une frégate anglaise qu’elle poursuivit et qu’elle aurait capturée sans doute, sans la perte d’un de ses mâts qui fut brisé par le vent.Arrivée en France, Willaumez fut apprécié comme il devait l’être par le premier consul : il fut désigné comme appelé au commandement d’une escadre de frégates en armement à St-Malo et sur laquelle on comptait beaucoup pour frapper de la façon la plus rude sur le commerce anglais. Ce projet se trouva abandonné par suite de la paix d’Amiens, mais une expédition pour reconquérir l’île de St-Domingue, alors au pouvoir des noirs, ayant été décidée, Willaumez y prit part, comme capitaine du vaisseau le Duguay-Trouin. Il donna dans cette campagne pénible, ou l’épidémie fit mourir tant de braves soldats, des preuves de sa fermeté et de sa sagesse habituelles; mis à la tête d’une station importante, il sut maintenir longtemps les noirs dans le respect, et il s’honora en refusant d’exécuter l’ordre de faire mettre à mort les captifs; un système barbare d’extermination et de représailles s’était introduit dans cette guerre funeste, Willaumez ne voulut pas jouer un rôle de bourreau. Il était passé sur la frégatela Poursuivantelorsqu’à la reprise des hostilités avec l’Angleterre, il fut attaqué par une escadre ennemie au moment où après une croisière il allait rentrer dans la rade du môle de St-Nicolas. Le vaisseaul’Herculearriva à portée de la frégate dont le sort paraissait désespéré, car elle n’avait qu’un très faible équipage et son adversaire possédait une artillerie quadruple. Bien résolu cependant à ne point se rendre, Willaumez serra la côte de très près, mit habilement à profit une saute de vent, réussit à lancer au vaisseau anglais une bordée d’enfilade qui produisit de graves dommages et entra en rade au milieu des acclamations de la garnison accourue sur les remparts, tandis quel’Hercules’éloignait humilié et maltraité. Willaumez revint en France sur cette même frégate, et il rencontra en route un vaisseau anglais dont il réussit à déjouer la poursuite grâce à d’habiles manoeuvres. L’empereur s’empressa de le nommer contre-amiral, et il l’envoya à Brest prendre le commandement de l’escadre légère qui formait l’avant-garde de la flotte réunie dans ce port sous les ordres de Ganteaume; cette armée navale faisant touours mine de sortir et attendant une occasion favorable qui ne se présenta point, retenait devant elle de nombreux vaisseaux anglais obligés de faire sur les côtes dangereuses de la Bretagne un très périlleux service. Dans une des feintes sorties qui se multiplièrent, Willaumez mena un jour son vaisseaul’Alexandresi près de la flotte anglaise qu’il fut en butte au feu de plusieurs vaisseaux à la fois, notamment à celui du trois-pontsl’Hiberniaportant le pavillon de l’amiral Cornwallis. A la suite des revers éprouvés sur d’autres points par les flottes françaises, Napoléon, renonçant à ses projets de débarquement enAngleterre et attaqué enAllemagne par une coalition nouvelle, donna à la flotte de Brest une autre organisation; Il ne fut plus question de forcer le passage et de se porter dans la Manche; les vaisseaux les mieux installés durent former deux divisions destinées à prendre la mer et à agir au loin. Willaumez mit à la voile le 14 décembre 1803; il montaitle Foudroyantde 80 canons et il avait avec lui cinq vaisseaux de 74, et deux frégates, le tout approvisionné pour six mois. Ses instructions lui enjoignaient de se rendre au Cap de Bonne-Espérance, de s’y ravitailler et de se diriger ensuite vers les parages ou il pourrait faire le plus de mal à l’ennemi, en s’emparant de ses convois, en attaquant ses possessions coloniales. Une grande latitude était laissée à l'amiral pour l'exécution de ce plan, en même temps il se trouvait placé dans une situation délicate par la présence à bord de son escadre d'un des frères de l'empereur Jérôme Bonaparte, alors destiné à la marine, avait reçu le commandement du vaisseaule Vétéran; il y avait des ordres formels de Napoléon de le traiter sans aucun égard pour sa naissance, ordres difficiles à concilier avec les prétentions d'un jeune prince qui était d'ailleurs fort contrarié de se voir éloigné de France pour plus d'une année. Sans rien sacrifier de son autorité, Willaumez agit avec tact et avec sagesse vis-à-vis du capitaine qui lui était imposé. Il se dirigea vers le cap de Bonne-Espérance, mais il apprit, presqu'au moment d'y toucher que les Anglais avaient enlevé à la Hollande cette position
importante ; il croisa, sans rencontrer les convois qu'il cherchait entre l'Afrique et l'Amérique, et se porta ensuite dans les parages de Cayenne ; il fit quelques prises de peu d'importance, puis il se dirigea vers le Nord, avec l'espoir d'intercepter un riche convoi allant de la Jamaïque enAngleterre ; il voulait ensuite se rendre à Terre-Neuve et détruire les établissements de pêche. Une tempête effroyable vint fondre sur l'escadre dans la nuit du 19 au 20 août 1806 ; elle la dispersa, la plupart des vaisseaux furent démâtés et éprouvèrent des avaries très considérables. Un des vaisseaux de l'escadre,l'Impétueux, périt sur les côtes des Etats-Unis ;l'Eoleet une frégate se réfugièrent dans la Chesapeake n'en sortirent plus et y furent démolis. Le prince Jérôme revint vers la France et fut assez heureux pour échapper aux croiseurs anglais et pour gagner, par une manoeuvre audacieuse, un petit port de la Bretagne.Le Foudroyantse dirigea vers la Havane, et le 15 septembre étant fort près de ce port, il eut un engagement avec la frégate de 44 canons,l'Anson, qui cessa bientôt une lutte inégale. Aaprés avoir réparé ses avaries, il retourna en France, déjoua, par des manoeuvres habiles, les poursuites de quelques vaisseaux anglais et regagna la rade de Brest. Pendant les années 1807 et 1808, Willaumez commanda la flotte réunie à Brest, mais que les circonstances condamnaient à l'immobilité. Toutefois, au commencement de 1809, elle put croire qu'elle aurait enfin l'occasion de rendre d'importants services. Napoléon malgré les soucis que lui causaient l'Espagne et l'Autriche, voulut voir si la fortune, juque-là si rigoureuse sur les mers à l'égard de Français, se montrerait enfin plus secourable: il donna à Willaumez l'instruction de sortir brusquement de Brest, de se porter devant Lorient et devant Rochefort, de détruire ou de disperser les stations anglaises chargées d'observer ces deux ports, de rallier à lui les vaisseaux français qui s'y trouvaient et de se diriger ensuite avec ces forces imposantes sur les Antilles, afin de frapper le commerce anglais et de mettre à contribution les colonies britanniques. Le plan était bien conçu ; le début de l'exécution fut heureux; l'amiral effectua avec habileté et bonheur sa sortie du port de Brest; il donna le change à la croisière anglaise et se porta vers Lorient, mais l'escadre ennemie, avertie par ses bâtiments légers du mouvement des Français, avait opéré une retraite précipitée, et les vaisseaux qui étaient à Lorient ne se trouvèrent pas en mesure de sortir. Il en fut de même à Rochefort, et tandis que Willaumez, bouillant d'impatience, perdait quelques jours dans l'attente en dehors de l'île d'Aix, les croisières anglaises eurent le temps de se rallier et elles vinrent en forces supérieures menacer la flotte française qui dut se rapprocher du littoral. Willaumez profita d'un coup de vent qui avait forcé l'ennemi à prendre le large pour regagner Brest et il laissa sur la rade de l'île d'Aix et sous les ordres de l'amiral Allemand plusieurs vaisseaux qui, peu de temps après, furent l'objet d'une attaque de brûlots anglais audacieusement conduits par lord Cochrane, alors capitaine de frégate. Cette tentative vigoureuse infligea à la France une perte sensible. Napoléon reconnut que si les conseils de Willaumez avaient été suivis, cet échec eût été prévenu; il ne laissa pas l'amiral à Brest, où il n'avait plus rien à faire; il lui confia le commandement de la flotte réunie au Zuyderzée, et en vue des côtes britanniques, mais la guerre de 1812 et de 1813 appelèrent toute l'attention du maître, tous les efforts de la France, et il n'y eut pour l'intrépide marin aucune occasion d'agir. Pendant le cours de ses longues campagnes, il n'avait jamais été gravement blessé. La paix ayant été rendue à l'Europe, il ne fut plus employé à la mer, mais le gouvernement de la restauration eut le bon sens de le faire figurer dans diverses commissions chargées de l'administration et du perfectionnement de la marine. Willaumez se consacra avec zèle à des travaux qui avaient pour lui un vif attrait, et il se plut à faire effectuer à ses frais une importante collection de modèles de bâtiments de guerre. Le roi Louis-Philippe manifesta pour ce vétéran la plus sincère estime, et il le chargea en 1834 de l'inspection du matériel général des ports. Mettant à profit les loisirs que lui avait faits la paix, Willaumez avait rédigé unDictionnaire de marinequ'il publia en 1820, en 2 volumes in-8° et qui reparut en 1825 et 1830, avec des additions et des améliorations importantes. C'est un ouvrage classique en son genre et qui jouit d'une réputation bien méritée. Devenu forcément arriéré par suite de la révolution qu'a introduite dans la marine l'application de la vapeur, il a été refondu par M. E. Bouet. Willaumez fut élevé au rang de pair de France et nommé grand-croix de la légion d'honneur. Il est mort à Suresnes près de Paris, le 17 mai 1845. ― Un autre WILLAUMEZ (Etienne-Joseph), parent du précédent, né le 19 mars 1774, embrassa également la profession de marin et, après avoir servi avec honneur pendant les guerres de la république et de l’empire, il mourut le 19 février 1817, en possession du grade de capitaine de vaisseau de première classe. Il est auteur d’un ouvrage fort apprecie dans la marine militaire : Exercice et manoeuvres du canon à bord des vaisseaux du roi, et Règlement sur le mode d’exercice des officiers et des équipages; une quatrième édition a vu le jour en 1830, Cet officier a de plus revu et annoté la seconde édition duTraité élémentaire de la mâture des vaisseauxpar Forfait, publiée en 1815. B―N―T.
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