Afrique, Europe : Quelle place pour la jeunesse et la société civile ?

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Afrique, Europe : Quelle place pour la jeunesse et la société civile ?

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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COMPTE-RENDU/SYNTHÈSE du 2 ème Séminaire France-Afrique   Afrique : liens tissés, regards croisés et perspectives communes » «  Vendredi 26 octobre 2007 8H30-18H30  Château de Vincennes Service Historique de la Défense ( Salle Costa de Beauregard)  Afrique, Europe : Quelle place pour la jeunesse et la société civile ?   Ce séminaire, organisé par l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europ ( IPSE ), l’Observatoire Politique et Stratégique de l’Afrique ( OPSA , Université Paris I Panthéon-Sorbonne, dirigé par Dominique Bangoura), le Centre d’Etude et de Recherche de l’Ecole militaire CEREM  représenté par Colomban LEBAS, Directeur des Etudes du CEREM (ex-CEREMS), ainsi que par l’association Convergence Républicaine , présidée par Stéphane Fillette, par ailleurs Secrétaire général du Comité Afrique de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN) qui encadre notamment les FICA (Forum International du Continent Africain, organisé chaque année en juin, par la DCMD et l’IHEDN) s’est tenu le vendredi 26 octobre 2007 au château de Vincennes à Paris, dans les locaux du Service Historique de la Défense.  
 
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Ce 2 ème  séminaire qui fait suite à un premier (le 29 juin 2007, consacré à la résolution des crises et au maintien de la paix), désormais pérennisé sur une fréquence trimestrielle, a été séquencé en quatre panels de discussion et placé sous le signe de la jeunesse et de la société civile, acteurs devenus incontournables dans le dialogue Nord-Sud.  Le premier panel de discussion s’est intéressé à l’émergence de la société civile et la prise en compte de la jeunesse au plan national et multilatéral (comparaison euro-africaine en matière de gouvernance). Le second panel a concerné les enjeux politiques et géoéconomiques liés à la pression démographique dans le contexte de la mondialisation, des rapports Nord-Sud et des coopérations régionales et internationales. Le troisième panel a porté sur le débat sur la jeunesse dans la "réorientation" de la politique étrangère française en Afrique : nouveaux acteurs, concepts et outils ; du bilatéralisme au multilatéralisme. Enfin, le quatrième panel s’est centré sur la présentation des principaux sujets et objectifs concrets à l’ordre du jour du prochain sommet de la jeunesse organisé en parallèle du 2 ème sommet UE-Afrique (Lisbonne, décembre 2007).  Cette initiative, que les organisateurs avaient voulue prospective et surtout participative, est ainsi à mettre en perspective avec la préparation de la prochaine présidence française de l’UE, à partir du 1 er  juillet 2008, pour laquelle le binôme Sécurité/Développement - dans un contexte de mondialisation économique conjuguée à une « multipolarisation » des relations internationales - devient de plus en prégnant.  Cette initiative visait également à appréhender de manière constructive les actions conduites conjointement par l'UE, les pays sub-sahariens et les pays de transit méditerranéens en matière de migrations (processus de Rabat et de Tripoli) et plus généralement de la compatibilité/complémentarité à assurer avec la politique de Développement conduite en direction de nos partenaires d'Afrique subsaharienne, en particulier dans le cadre de la Stratégie UE pour l'Afrique et de la prochaine Stratégie commune UE-Union Africaine, ceci à quelques semaines du Sommet de Lisbonne de décembre 2007, réunissant pour la première fois, depuis 2000, les Chefs d’Etat et de Gouvernement des 27 Etats de l’UE et ceux du continent africain. Par ailleurs, notre démarche s’inscrit dans la ligne de la journée du 1 er  novembre, décrétée journée africaine de la jeunesse.  Ayant pour vocation première de réunir les participants à « huis clos » afin de discuter le plus ouvertement possible et forts des réalités vécues par les uns et les autres, ce séminaire a permis de rassembler des personnalités de toutes les compétences (universitaires, diplomates, militaires, journalistes, responsables d’ONG, d’associations, de fondations, responsables politiques et acteurs économiques, tous experts et fins connaisseurs de l’Afrique). Le véritable objectif de cette journée, placée sous le signe du retour d’expérience, était le croisement des regards multidisciplinaires entre acteurs de cette relation France-Europe-Afrique afin d’échanger, dialoguer et proposer des pistes à suivre pour bâtir de solides liens entre les continents européen et africain.  A l’aune d’une actualité riche de réunions, forums, sommets multilatéraux, ainsi que d’importantes échéances nationales en Europe, aux Etats-Unis et en Afrique, la réflexion ne pourra être que consolidée confirmant ainsi la prégnance de ce séminaire.   *** Compte-rendu du premier panel de discussion L’émergence de la société civile et la prise en compte de la jeunesse
 
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 Modération : Dominique Bangoura (OPSA)   Dominique Bangoura , Docteur d’Etat en Science politique, Présidente de l’Observatoire Politique et Stratégique de l’Afrique (OPSA) à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, souhaite à toutes et à tous la bienvenue et remercie les participants d’être venus nombreux.  Le premier intervenant est Badère Kaba , un jeune Guinéen, doctorant en Droit. D’emblée, il livre deux chiffres (950 millions d’habitants, le poids démographique de l’Afrique dont 450 millions de jeunes de moins de vingt ans) et pose une question : « Que pense la jeunesse africaine des relations France-Afrique ? ». Selon lui, le jeunesse fait un double constat d’échec  pour la période 1960-2007 : la faillite politique et économique en Afrique. Il n’y a pas d’exemple de démocratie viable sur le continent. L’Afrique est à la traîne économiquement, même si elle a renoué avec la croissance économique. Face à ce constat, que faire ? La jeunesse attend un changement, une rupture de la part de la France : revenir à La Baule et imaginer un nouvel équilibre de la relation France-Afrique. Dès lors, deux questions se posent : la France a-t-elle aujourd’hui les moyens de sa politique africaine (sachant qu’elle a une dette extérieure importante) ? Que va-t-elle faire, face aux mutations silencieuses de la jeunesse africaine qui exprime son souci d’accéder aux affaires publiques, tandis que des Présidents comme celui du Gabon sont au pouvoir depuis plus de trente ans ? Il faut un changement, un relais. Il existe des motifs d’espoir, mais il faut agir.  Ensuite, Jean-Louis Domergue  (CADE) prend la parole. Selon lui, en 1990, il y avait trois fois plus de jeunes de moins de quinze ans en Afrique qu’en Europe. En 2025, il y aura cinq Africains de 15 à 24 ans pour un Européen. Par ailleurs, la jeunesse africaine d’aujourd’hui n’a pas connu la période coloniale ; elle n’est pas focalisée sur le passé . Il convient de voir la jeunesse africaine sous d’autres angles : par exemple, sous l’angle de l’accès à la vie adulte, au mariage (voir ses relations avec les aînés), sous l’angle des migrations internes et externes. Il faut attirer l’attention sur la nécessité de création d’emplois pour les jeunes.  Puis, Jacques Gérard (ancien conseiller auprès d’administrations africaines) intervient : la jeunesse africaine est au courant des ses droits ; elle connaît la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui prévoit que tout citoyen a droit de quitter son pays. La jeunesse appartient au monde, pas seulement à un pays. La jeunesse ne va pas se décourager par les barrières que l’Europe met en place (ex. les tests ADN) ; elle est résolue à chercher ailleurs ce qu’il lui faut. Il faut donner les moyens à cette jeunesse d’évoluer.  Amélie James Kobela  (écrivain, Camerounaise) tient à préciser que les jeunes Africains vivent sur un continent qui est riche . Alors pourquoi émigrer ? Ces jeunes sont chez eux ; il faut leur donner les moyens d’y vivre  et de développer leurs pays. Un autre aspect très important à prendre en compte, c’est l’homme et son environnement, son milieu culturel , ses pratiques ethnoculturelles. Les solutions existent : il faut aider les Africains à se prendre en mains car l’Afrique a des ressources, des potentialités.  Axel Augé (universitaire franco-gabonais) pense qu’il importe de revenir sur une exigence de définition. De quelle jeunesse parlons-nous ? La jeunesse urbaine ? rurale ? militarisée ? sans perspectives ? occidentalisée ? Ne faut-il pas plutôt parler des jeunesses ? Question : par exemple, dans le cadre du débat sur les migrations, quelle jeunesse menace les frontières européennes ?  
 
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Prince Théophile  (philosophe africain) interpelle les participants à ce séminaire. Pourquoi s’occuper de la jeunesse ? Que fait-on des autres ? De quel âge à quel âge s’étend la jeunesse ? Et la jeunesse européenne, française, que peut-on en faire ? Pour résoudre les problèmes, il faut d’abord bien les poser . L’Afrique n’est pas pauvre, elle est appauvrie par les élites. Elle est trois fois plus vaste que l’Europe ; humainement, historiquement parlant, elle est très riche. Donc, si on ne change pas de paradigmes , on ne s’en sortira jamais.  Mireille Raunet  (membre du Conseil économique et social) apporte un témoignage ; elle rentre de Ouagadougou (Burkina Faso) où elle a participé au forum ouest-africain de la jeunesse, préparatoire du prochain Sommet Europe-Afrique à Lisbonne. Plusieurs thèmes ont été débattus au cours des ateliers : les Objectifs du millénaire pour le développement, paix et conflits, bonne gouvernance, développement durable, emploi, coopération, migrations… Elle a rencontré une jeunesse bien formée , éveillée, y compris sur le plan politique, géopolitique, économique. Le maître mot durant ces journées a été emploi et aussi formation.   Mamadou Touré  (jeune militant associatif ivoirien) a également participé à la rencontre de Ouagadougou. Selon lui, les jeunes ont insisté sur la notion de responsabilité . « Quelle est notre part de responsabilité » en tant que jeunes ? Ils ont par ailleurs soulevé le problème de la gouvernance . Il ne sert à rien de se focaliser sur le passé, sur les relations France-Afrique. Il ne faut pas décider pour les jeunes ; c’est à eux de le faire.  Yann Guignon  (jeune entrepreneur spécialisé dans le management interculturel) fait part de son expérience professionnelle dans de grandes entreprises en Afrique. Il relate la perception de l’Afrique par les entreprises privées. Il est clair que dans cette optique, l’Afrique est un marché,  un réservoir de matières premières. Cela suscite beaucoup d’interrogations. Pour surmonter les difficultés, il faut promouvoir d’autres approches  et ouvrir des partenariats entre le public et le privé.  Aliou Barry (Président du Forum mondial pour la paix) présente le forum qu’il organise pour les 18-20 mars 2008 à Conakry (Guinée) sur le thème : la société civile et la paix en Afrique de l’Ouest . Cette initiative est due au fait que le continent africain connaît plusieurs crises ; elle vise à permettre l’échange d’expériences en vue notamment de la prévention. Douze ateliers sont prévus : Femmes et conflits, jeunesse et paix, guerres et VIH-SIDA, etc.  Puis, Mme Dominique Bangoura , prend la parole, au nom de Mohamed Tétémadi Bangoura,  (Dr en Science politique et Président du Collectif pour une Transition Démocratique en Guinée, COTRADEG) retenu en mission à l’étranger. Tous trois, avec Moustapha Diop ont publié un ouvrage en 2006 : Quelle transition politique pour la Guinée ?  qui compare les différentes solutions de sortie de crise proposées en Guinée depuis 2004 par les partis politiques et la société civile, tout en montrant leurs limites et les autres scénarios possibles. C’est l’occasion de souligner ici le rôle de la société civile dans ce pays , notamment des syndicats qui ont organisé trois grandes grèves massivement suivies en février-mars et en juin 2006 puis en janvier 2007 pour revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail pour l’ensemble des populations. Ces mouvements sociaux ont été violemment réprimés dans le sang, touchant surtout les jeunes. La grève s’est radicalisée au fil des mois, lorsque les manifestants, en particulier les jeunes, ont demandé le départ du Président, le Général Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984. La société civile et les syndicats ont alors demandé le changement politique , la nomination d’un Premier Ministre de consensus, Chef du Gouvernement et le respect du principe de séparation des pouvoirs dont celui d’indépendance de la Justice. Ils ont en partie obtenu gain de cause à travers les
 
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Accords tripartites (syndicats, patronat, gouvernement) du 27 janvier 2007. Dès lors, le principal défi, consiste à pouvoir faire appliquer ces accords , alors que le régime autoritaire de Lansana Conté est toujours au pouvoir et qu’il laisse très peu de marge de manœuvre au nouveau Premier Ministre.  Enfin, Jacques Gérard a tenu à conclure en relavant que la jeunesse en Afrique n’est pas un problème, c’est une donnée, une force avec laquelle il faut compter.  ***  Compte-rendu du deuxième panel de discussion Les enjeux géopolitiques et géoéconomiques liés à la pression démographique  Modération : Colomban Lebas (CEREM)    Introduction de Colomban Lebas, Directeur des Études du Centre d’Études et de Recherche de l’École Militaire (CEREM). Colomban Lebas a d’abord introduit le CEREM - autrefois le CEREMS - qui est appelé à jouer un rôle important dans la structure administrative de l’enseignement et de la recherche militaire, dans le cadre de la réforme actuelle du Président. Le CEREM jouit d’une excellente réputation quant à la qualité des synthèses proposées et Colomban Lebas invite les participants à s’y reporter, plus spécialement à celles traitant de l’Afrique; l’ensemble de ces fiches étant disponible sur le site de l’IHEDN. Il a ensuite rappelé que ce panel devait traiter des enjeux géopolitiques et géoéconomiques liés à la pression démographique dans le contexte de la mondialisation, des rapports Nord-Sud et des coopérations régionales et internationales.  Intervention d’Axel Augé, Maître de Conférences, enseignant-chercheur CREC (Centre de Recherche des écoles de Coëtquidan). Axel Augé commence le débat en avertissant que ses analyses concerneront particulièrement la jeunesse militarisée. Pour lui, les trois problèmes les plus importants depuis le milieu du XXIème siècle sont : l’énergie, les défis du changement climatique, la question des migrations. C’est ce dernier problème qu’il va lier à la problématique de la jeunesse, qui se décline à la fois au niveau migratoire et au niveau militaire. Pour illustrer ses propos, il utilise l’exemple des enfants soldats ou encore celui des jeunes patriotes présentés comme des ultra nationalistes. Un scénario de sortie de crise reposerait, selon lui, sur une réinsertion de la jeunesse militarisée via la formation professionnelle. Cette formation pourrait être obtenue en intégrant les jeunes aux forces armées. Cette intégration poursuivrait deux objectifs : une resocialisation pour réintégrer les jeunes en question dans la société, mais aussi une professionnalisation assurée par un service militaire sur le modèle des DOM-TOM. Il y a des initiatives déjà existantes, notamment la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS), dont 60% relève de la formation militaire et 30% de la formation professionnelle. Un autre exemple est celui de Djibouti, où le système militaire est soutenu par l’action complémentaire des forces françaises. Autre postulat : les pays africains sont menacés par l’instabilité et dépendent de l’aide au développement. Il faut donc faire contribuer la jeunesse au développement et élargir les missions de formation des forces armées à travers, par exemple, des écoles de santé ou des écoles de chimie. L’autre dispositif pouvant soutenir ce genre de projet pourrait être une formation basée sur le volontariat et assurée par des militaires. Toutefois, cette question pose
 
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la difficulté du financement pour compléter les dispositifs déjà mis en œuvre, dont on sait qu’ils fonctionnent assez mal.  Le général (c.r) Perin , s’intéressant aux missions de DDR, a fait un retour sur les exemples donnés par Axel Augé. Dans le cas de Djibouti, on s’est aperçu après une année de formation, que l’individu ne réussissait pas à obtenir d’emploi et ce faisant, il était rejeté et retournait à la guérilla. À Madagascar, les financements internationaux et les entreprises y vont donc à petit pas. Donner une vocation militaire à un système de formation professionnel en Afrique n’est pas possible. Il faut un système de formation civil; cependant il ne suffit pas de faire de la formation, il faut pouvoir garantir un emploi par la suite. Dans les pays en proie au chômage, il faut mettre en place des centres de formation qui sont parallèlement des pôles de développement. Cependant, il ne faut pas imaginer que des bénévoles, qui vont prendre en charge des ex-belligérants, peuvent être de simples volontaires, il faut des militaires.  Après l’intervention du général Perin, l’un des intervenants a soulevé la notion de service militaire adapté. Selon lui, il faudrait plutôt donner aux militaires africains une formation solide et laisser la formation des enfants au système civil. Il ajoute à ce sujet que la première chose à faire est de reconstituer la famille disloquée par la guerre, celle-ci étant une base sociale solide et importante pour la jeunesse africaine et dont il faut tenir compte lorsqu’on cherche des solutions.  Les intervenants semblaient plutôt d’accord pour dire que dans certains cas, les centres de services militaires adaptés fonctionnent très bien. Cependant, si les techniques de formation et les méthodes utilisées sont parfaitement valables, le problème repose en grande partie sur le cadre militaire. Sur la question de l’ouverture et du financement de ces centres, un des intervenants a évoqué l’utilisation d’un pourcentage du bénéfice des entreprises comme solution.  Ensuite, on a souligné l’importance de donner une formation professionnelle et civile parallèlement à une formation militaire car cette dernière enseignerait aux jeunes la discipline, le respect de l’autorité, le respect de la parole donnée, ou encore le compromis de l’engagement. Le but d’une telle formation serait de transmettre un certain nombre de valeurs. Considérant que la plupart de ces jeunes ont été désocialisés, il est primordial de les réintégrer à la vie en communauté. La France, qui a opéré une resocialisation par le moyen militaire avec le projet mené dans le département 93, fut citée à titre d’exemple.  Dans la même optique, on a mentionné que dans les pays africains, les organisations les mieux équipées sont généralement les ministères de la défense. La tentation est alors grande pour ces pays de se servir de celles-ci comme structure d’accueil pour les jeunes. À partir de là, on peut envisager de donner un uniforme et de former les jeunes tout en gardant à l’esprit que, pour les resocialiser, il faut essayer de les déconnecter de tout système militaire. La discipline reste importante pour y parvenir.  Après cette discussion sur la formation, un sujet très sensible fut mis en perspective : les enfants soldats et leur milieu. Ainsi, le type de formation proposée n’est pas une priorité lorsqu’il est question d’enfants entraînés à tuer depuis l’âge de 5 ans. La priorité doit être donnée à la scolarisation et il faut penser à procurer à la jeunesse africaine une enfance normale avant même de penser à lui donner une formation professionnelle. Ainsi, puisque ces enfants sont très souvent dans une situation chaotique et sans famille - plus de 60% des enfants soldats sont orphelins - il faut d’abord leur garantir une certaine stabilité. La formation
 
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pour les enfants soldats serait donc du « suicide », du fait notamment de leur jeune âge et de leur dépendance aux drogues. La priorité devrait donc être donnée à leur resocialisation, passant par une éducation civile, par un apprentissage de la citoyenneté, devant être fait dès l’école et non pas après.  Suivant cette logique de resocialisation, la question de la société civile et de la place des jeunes fut soulevée. Il fut d’abord mentionné que les organisations internationales, telles que l’Union européenne, l’ONU et les banques sont prêtes à financer des projets. Il est également primordial d’avoir les capacités procurées par ce financement, dans le cadre des « villages de développement » - sorte de re-fonctionnalisation des villages -. Par conséquent, il faut revoir la notion d’aide au développement dans un sens d’économie sociale et solidaire. Il est essentiel de se concentrer sur des projets qui fonctionnent et les projets d’école, dans un cadre de resocialisation et de réinsertion, sont des projets qui fonctionnent bien. Il faut revoir également la connotation donnée à la société civile; elle ne doit pas se définir par ses institutions, mais par ses citoyens, parce que les gens à la tête de ses institutions sont corrompus - ils s’approprient l’argent des projets -. La société civile doit donc se définir par ses employeurs d’entreprises, par ses individus scolarisés et par les collectivités qui la composent. Tous doivent participer à la société civile dans son ensemble. En d’autres termes, il faut que la société civile soit impliquée dans la formation des nouveaux projets. Pour ce faire, il faut aider les jeunes à créer des nouvelles entreprises et à gérer l’argent de celles-ci puisque, dans le futur, ce sont eux qui feront fonctionner le marché pour encourager le développement.  Axel Augé  a ensuite soulevé, à titre de conclusion pour sa partie, les questions suivantes : face à l’échec des mobilisations, quelles solutions apporter ? Comment intéresser les anciens belligérants à s’intégrer davantage dans une activité sociale, plutôt que d’appartenir à un mouvement armé ? Selon lui, il faut essayer de former civilement la jeunesse fragile à l’aide de ce que peuvent apporter les institutions militaires.  Intervention de Moustapha Diop, Docteur en Socio-Anthropologie du Développement, Enseignant-chercheur au Centre d’Études des Mondes Africains (CEMAF), Université Paris I Panthéon-Sorbonne.  Moustapha Diop intervient sur le thème : « Sécurisation foncière et accès des jeunes à la terre en Afrique ». Sa réflexion se base sur le constat que les femmes et les jeunes vivent dans une situation difficile. En regardant la situation de ces deux catégories qui composent une grande partie de la population, on peut comprendre le fonctionnement et le dysfonctionnement des sociétés. Il faut alors se poser la question suivante : de quelle jeunesse parlons-nous? Il y a véritablement un problème de conflit des générations en Afrique et un problème de responsabilisation de la jeunesse africaine. En Afrique, on ne fonctionne qu’en terme de mort et non pas en terme de vie. C’est aussi quelque part une conception qui s’approche de l’expression suivante : « le roi est mort, vive le roi ». Cette mentalité se retrouve à l’intérieur même des familles car, n’ayant accès que très tardivement aux biens, les jeunes ne rêvent inconsciemment que d’une chose : la mort de leurs parents. Ceci provoque alors un retard dans le développement et engendre des conflits intergénérationnels importants. Globalement, le problème, aux fondements culturels, est celui de la succession. Ainsi, on peut conclure que la jeunesse africaine doit prendre son destin en main, ne pas attendre, mais se lancer. Les termes de partage et de solidarité deviennent alors centraux pour résoudre le problème. Il faut également encourager les jeunes à s’installer dans les milieux ruraux, où il y a des débouchés. Il faut les pousser à s’engager dans la collectivité, à participer à l’effort de société. Pour conclure, il ne faut pas hésiter à bousculer les aînés tout en profitant de leur expérience.
 
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 Intervention de Paul Clairet, Conseiller Politique auprès du Directeur de la D.G. Politique de Développement et Relations Extérieures avec les États A.C.P. de la Commission européenne. Paul Clairet réagit sur la nécessité de prendre en compte l’expérience de terrain, soulignant qu’un résultat cohérent sur le terrain est encore plus important. Il fait part de son impression que l’ensemble des intervenants est trop empreint d’une relation France-Afrique. Pour que les pratiques décentralisées fonctionnent, il faut être dans une relation de gestion partagée, et non pas d’aide. Pour toutes ces raisons, il admet que ce qu’il a entendu jusqu’à présent lui a servi d’introduction pour aborder la dimension géopolitique de la question, ou plutôt des géopolitiques mondiales, en spécifiant qu’il ne s’agit pas de mettre à l’écart la dimension de la jeunesse, mais plutôt de se questionner sur l’avenir d’un ensemble dont les jeunes font partie. L’émergence d’un monde multipolaire doit alors être prise en considération. Si l’Afrique se constituait désormais politiquement en acteur de ce monde, l’Afrique et les africains prendraient le risque d’un nouveau grand jeu (Brésil, Inde, Chine). La Chine, qui vient d’acheter 20% de la plus grande banque sud-africaine, a offert à la République démocratique du Congo des prêts avec absence totale de condition. Dans ce contexte, il faut voir ce que nous, européens - un « nous » qui engage chacun des États membres, des individus, c’est un nous collectif, civilisationnel - devons contribuer au niveau du cadre de pensée, faire face ensemble aux enjeux qui émergent de cette mondialisation. Ces cadres sont l’Union européenne et l’Union africaine. Finalement, quelle est la genèse de cette stratégie? Si l’on effectue un retour en arrière, il s’agissait de faire jouer à l’Afrique un rôle plus responsable, plus pragmatique. Parallèlement, l’UE ne peut pas multiplier les conventions. Il faut avoir une pensée globale de l’Afrique. En 2005, l’UE a finalement adopté une stratégie africaine. Quels sont les éléments de réponse que nous pouvons adopter ? Il est plus qu’évident que ce que nous faisons dans le cadre de la PAC n’est pas légal. Une partie de ces éléments de réflexions reste donc en suspens. Avec l’Union africaine, on a adopté un document stratégique et chacun s’est préparé politiquement, mentalement, à cette réunion. C’est comme cela qu’est née l’idée de stratégie, qui repose sur quatre objectifs : premièrement, un partenariat de continent à continent qui doit se faire à différents niveaux; deuxièmement, un encouragement à l’intégration dans le cadre de l’Union africaine pour prévenir et mieux gérer les crises via la mise en place de toute une série d’instruments pour veiller au respect d’un minimum de règles démocratiques ; troisièmement, une promotion collective pour faire face aux enjeux locaux en demandant, par exemple, que les solutions soient trouvées à un niveau régional ; quatrièmement, la société civile doit être une société civile de terrain (« people to people »), des collectivités locales aux collectivités locales. Cette conditionnalité doit apparaître moins paternaliste et il faut ainsi faire la coupure d’avec l’image des anciens colonisateurs. Toute une série de solutions passent désormais par la possibilité d’agir à tous les niveaux (continental, régional). Ceci se traduit finalement par quatre grandes priorités stratégiques : - La paix et la sécurité ; - La gouvernance et les droits de l’homme ; - Le commerce et l’intégration régionale (ne pas poser l’UE comme modèle, mais faire en sorte que les échanges passent par l’élargissement des zones de libre-échange, pour avoir un effet d’échelle qui aide à résister aux pressions) ; - L’accélération par une série de développements les objectifs du millénaire (dans un esprit de conférence, convergences).   
 
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Suite à l’intervention de Paul Clairet, un autre défi a été soulevé, celui de l’organisation de la paix et de l’État pour aboutir à une socialisation. Pour ce faire, on a besoin d’institutions, c’est pour cette raison que la socialisation est beaucoup plus facile dans l’armée, car des institutions existent. En revanche il est très difficile de socialiser si l’État même n’existe pas, dans la mesure où il y a beaucoup de problèmes pour se faire respecter. Ainsi, les Etats utilisent les moyens qui sont à leur disposition, parfois insuffisants ou inefficaces à cause d’un manque d’infrastructures très important. Il est d’ailleurs surprenant de voir que 50 ans après les indépendances, il n’y a toujours pas de réseaux ferroviaires entre les différents pays de l’Afrique. D’où l’intérêt de faire des partenariats avec des pays comme la Chine - qui a signé dernièrement beaucoup d’accords avec les pays africains, notamment l’Afrique du Sud -. Il faut éviter de prendre une position de crainte face à la Chine, car l’Afrique reste un contient libre.  Dans les réactions des participants, il y a de vives contradictions : on admet qu’il faut avoir un million d’immigrés et, en même temps, on défend chacun une politique d’immigration peu ouverte et parfois même très contraignante. Il y a bien évidemment un niveau de la population qui s’adapte à la mondialisation, qui en fait « son beurre » et cette capacité d’adaptation est intéressante. Pour toutes ces raisons, la priorité doit être donnée à la coordination pour contrôler le problème d’immigration.  Le Docteur Mubana  a fait remarquer que l’on parle de la jeunesse africaine sans faire suffisamment allusion au contexte duquel elle découle, en posant la question suivante : comment peut-on s’intéresser à la jeunesse, sans parler des parents? Dans beaucoup de pays, les parents sont dans la pauvreté, au chômage et il faut se mettre devant l’évidence, personne ne pourra mieux faire que les parents pour cette jeunesse en détresse. Il faut bien déterminer le rôle des parents. Il conclut avec un clin d’œil aux Européens en soulignant que si la Chine a une facilité de pénétration aujourd’hui, c’est parce que l’Occident lui a laissé la place et que, par conséquent, il faut se mettre dans un partenariat nouveau.  La table ronde s’est terminée sur une remarque, soulignant que le débat tournait autour de la minorité africaine, les enfants soldats, alors que la majorité des jeunes n’avait pas accès à l’éducation. L’intervenant a ainsi conclu avec la phrase suivante : j’ai l’impression que lo ’ parle de l’Afrique, on parle d’un pays, alors qu’il s’agit d’un continent . rsqu on   *** Compte-rendu du troisième panel de discussion La place de la jeunesse dans la « réorientation de la politique étrangère » française en Afrique  Modération : Emmanuel Dupuy (IPSE)  Le 6 mai au soir, Nicolas Sarkozy, fraîchement élu exposait, les axes programmatiques de son mandat en matière de politique extérieure, qu’il s’agisse du projet de création d’une Union de la Méditerranée, attendue quoique encore assez floue dans ses contours, ou de bâtir « l’Eurafrique », comme est venu le rappeler le nouveau président de la République au cours d’un discours prononcé à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet dernier.  Si on en croit le contenu des discours prononcés, ce nouveau chapitre des relations françaises et euro-africaines, devrait se traduire par un « développement partagé » entre « nations égales en droits et devoirs ». Il en résulterait donc un appel à la mise en place de nouvelles relations
 
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constructives et décomplexées, sous le sceau d’une stratégie commune entre les continents européen et africain dans le cadre de la mondialisation.  Si l’on considère, en effet, le népotisme, la corruption, la gabegie, le clientélisme, le paternalisme, l’assistanat et son détournement, comme les maux les plus sévères mais hélas chroniques qui touchent le continent africain, alors convient-il, en effet, de trouver un remède au diagnostic parfaitement identifié.  De fait, plusieurs événements récents sont venus corroborer l’intérêt que la France rénove sa politique africaine. Ces derniers, même s’ils placent ainsi d’emblée le nouveau président dans la continuité de ses prédécesseurs n’en demeurent pas moins révélateurs du changement d’équipes et de méthodes attendus.  Il est donc sans doute un peu tôt pour parler d’une réelle rupture dans la relation passionnelle liant la France au continent africain, néanmoins, des inflexions et des ajustements sont en cours. Il suffit pour s’en convaincre de percevoir les signes forts qui ponctuent les premiers cent jours du nouvel exécutif.  Cela s’est notamment traduit par un voyage en Algérie et en Tunisie, un périple africain de Tripoli à Libreville en passant par Dakar, la promesse d’une grande tournée africaine à l’automne, une certaine « remise à plat » - comme l'a rappelé le nouveau ministre de la Défense, Hervé Morin - quant à certaines opérations extérieures (OPEX) où sont engagés de nombreux soldats français, des initiatives concrètes en matière de co-développement, la mise en place d’un Conseil national de sécurité dont les premières missions se sont concentrées sur l’Afrique, ou encore le recours à une diplomatie plus musclée vis-à-vis du drame qui se joue au Darfour, comme est venu le rappeler la conférence de Paris du 25 juin dernier.  Ce « tropisme » pour le continent africain avait déjà vu le ministre de l’Intérieur de l’époque venir au Sénégal en septembre 2006, afin de signer un accord de « gestion concertée » des flux migratoires, premier du genre au sein de l’Union européenne. Depuis un accord similaire a été signé avec le Gabon. Exercice de style difficile à tenir vis-à-vis d’une population africaine en quête de développement équitable et durable, mais qui - dans le cadre de la pression démographique africaine, eu égard aux 900 millions d’Africains, dont plus de la moitié a moins de 30 ans - a pleinement pris conscience des énormes défis devant nous.  Parmi les changements les plus significatifs, il convient de noter une nette tendance à l’externalisation des missions d’assistance et de formation. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la « main tendue » par Bernard Kouchner en direction des humanitaires, souhaitant ainsi élargir en quelques sorte le « tour de table » pour trouver une issue pacifiée au conflit qui touche le Darfour et l’Est du Tchad.  Cette tendance à la contractualisation, sans aller jusqu’à imiter totalement les Etats-Unis, qui n’hésitent plus à privatiser et à sous-traiter des pans entiers de leur action militaire et missions de sécurisation et de reconstruction (à travers le phénomène des sociétés militaires privées) se retrouve, par exemple, dans les missions confiées à des sociétés privées d’ingénierie et de stratégies du développement.  L’autre volet de cette actualité de rénovation de l’action extérieure de la France en Afrique réside incontestablement dans la mutualisation, le souci de fléchage et de « traçabilité » de
 
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l’aide (notamment sous l’impulsion de l’UE, des bailleurs de fonds internationaux, tels que le FMI et la Banque mondiale, et de l’ONU).  Néanmoins, tous ces éléments soulevés par le débat et les échanges qui ont nourri cette table ronde n’enlèvent rien à la réalité d’une présence chinoise ostentatoire, solidement et méthodiquement ancrée sur le continent dont les conséquences positives aux yeux des uns, peuvent également être perçus comme de sérieuses menaces pour l’avenir du continent africain.  En résumé, il est évident que la politique africaine de la France doit savoir tenir compte de toutes ces réalités externes et internes que justifie la multiplication des acteurs sur le continent africain. C’est une chance pour nos deux continents, à condition, bien sûr, de ne pas oublier que pour que cette relation soit équilibrée et profitable pour tous, il convient de tendre vers une reconnaissance partagée des droits et des devoirs que cette relation exigeante implique.  Dès lors, si la France doit infléchir sa manière de concevoir sa relation avec le continent africain, les Etats africains ne doivent également nullement lui fermer la porte et lui porter éternellement grief du passé. Il convient donc, de ce point de vue, de ne pas minorer la part d’ombre et de responsabilité mutuelles, bien évidemment. Nicolas Sarkozy a tenu à le rappeler lui-même lors de son déplacement de juillet à Dakar, en indiquant que « nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier le crime de la traite négrière et de l’esclavage, crimes contre toute l’humanité, perpétré par les générations passés ».  Une relation durable qui s’inscrit dans le long terme s’inscrit avant toute chose dans une histoire partagée, des liens tissés et des regards croisés…   *** Compte-rendu du quatrième panel de discussion Les enjeux et défis du prochain sommet de la jeunesse organisé en parallèle avec le 2 ème sommet UE-Afrique (Lisbonne, décembre 2007)  Modération : Stéphane Fillette (Convergence Républicaine)  Intervention de Dola Zié Traoré , Docteur en Droit, Enseignant- chercheur.  Brève chronologie de l’histoire récente et discours sur différentes périodes historiques des jeunes et du mouvement politique de la Côte d’Ivoire illustrant les propos de Dola Zié Traoré : ·  1946/1956 Lutte anti-colonisatrice (syndicalisation et idéalisation)  École fondamentale ·  1956/1960  Vote pour accepter des bourses d’études en France et dans certains  pays d’Europe Éveil national avec prise de conscience  1960/1986  Région Côte d’ivoire ·  Monopole du parti unique ; pour y accéder seuls les bons éléments  peuvent s’y inscrire. ·  1986 à aujourd’hui  Effritement du parti unique  Ébullition sociale  MEECI (recrutement par l’élite pour être un militant  embrigadé) soutenu par le FPI qui est orienté vers l’ouverture.
 
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