Grossesse, alcool et handicap mental

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Grossesse, alcool et handicap mental

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Grossesse, alcool et handicap mental Introduction Le syndrome d’alcoolisation fœtal (SAF) est une intoxication alcoolique de l’embryon ou du fœtus due à la consommation d’alcool de la mère pendant la grossesse et qui perturbe le développement des organes de ce foetus. Selon les organes affectés, ce syndrome peut se manifester par des malformations, des déficiences intellectuelles, ou d’autres troubles congénitaux. Il entraîne souvent des troubles du comportement. Des données recueillies par la plateforme psychiatrique liégeoise ont montré en 1998 dans une vaste étude épidémiologique que 9 % des femmes présentent à un moment donné de leur existence un trouble lié à l’utilisation de l’alcool. Par ailleurs, on constate une nette augmentation de la consommation d’alcool chez les femmes âgées de 18 à 24 ans alors que leur fertilité est à ce moment là à son maximum. L’alcool est la drogue face à laquelle on réagit avec le plus de tolérance dans le monde. Cela constitue un réel problème car l’absorption d’alcool est nuisible non seulement au tout premier stade de la grossesse mais aussi tout au long de celleci. Il est naturel que beaucoup de femmes aient ignoré ces risques. En effet, il a fallut attendre 1957 (thèse de J. Rouquette, Paris), puis 1968 pour que le pédiatre français Lemoine décrive le syndrome d’alcoolisation fœtale. Il a encore fallut attendre 2004 pour que l’information atteigne l’opinion publique ! En tant qu’Association défendant et représentant les personnes handicapées, il nous semble important de se pencher sur ce phénomène car cela permettrait de responsabiliser et de travailler sur une dimension collective de prise de conscience dont un des objectifs
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serait de diminuer, voir d’éviter, les multiples handicaps générés par ce syndrome. 1 Historique 1957 :Jacqueline Rouquette soutient une thèse de médecine: « influencede la toxicomanie alcoolique parentale sur le développement physique et psychologique des jeunes enfants », dans laquelle l’éthylisme de la mère apparaît comme un facteur très important de prématurité, de débilité congénitale et de retard psychologique avec troubles du développement. 1958 : Paul Lemoine, médecin chef de service de pédiatrie du CHU de Nantes, constate une ressemblance physique étonnante entre certains enfants d’une pouponnière accueillant des nourrissons et jeunes enfants handicapés mentaux. Ses recherches l’amèneront à faire le lien entre, d’une part, l’hypotrophie dès la naissance et le faciès curieux de ces enfants et, d’autre part, l’alcoolisme de leur mère. 1964 :Publication des observations du Docteur Lemoine sur une vingtaine d’enfants à Nantes. 1967 :Publication à partir de 127 cas à la société de pédiatres de l’Ouest. Ces publications ne rencontrent qu’incrédulité de la part des confrères du Docteur Lemoine ainsi que du Ministre de la Santé de l’époque. 1973 :Le Docteur Smith de Seattle reprend les travaux du Docteur Lemoine qu’il découvre dans les archives de pédiatrie et publie une étude qu’il nommera: «Syndrome d’alcoolisme fœtale». Le SAF est enfin reconnu. 1976 :Des auteurs allemands soulignent l’autorité des travaux du Docteur Lemoine, ils approfondissent les recherches et bien d’autres pays vont emboîter le pas. Années 80: Parmi les 127 cas étudiés initialement par le Docteur Lemoine, 105 enfants devenus adultes se retrouvent dans des établissements pour handicapés mentaux. La présence dans ces établissements de certains enfants qui, à l’époque, avaient été considérés comme « normaux » étant donné qu’ils ne portaient pas de dysmorphie faciale, mèneront à l’hypothèse que la préservation apparente des traits physiques n’empêche malheureusement pas l’atteinte du cerveau.
1 www.alcooletgrossesse.be
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Les risques dus à l’alcool L’alcool ingéré par la mère passe très rapidement dans son sang. Chez un être humain adulte, l’alcool est entièrement transformé dans le foie grâce à une enzyme que le foie encore peu développé du fœtus ne contient pas en assez grande quantité. La dose d’alcool dans le sang du fœtus atteint alors dix fois celle présente dans celui de la mère. Dès les premiers jours qui suivent la conception et jusqu’à la fin de la grossesse, l’embryon est vulnérable. L’alcool a un effet tératogène, c’estàdire susceptible de provoquer des malformations congénitales ou de perturber le développement, et neurotoxique qui empoisonne ou détruit le tissu nerveux. Le risque d’atteinte neurologique irréversible est fonction de la dose reçue par le fœtus, de la durée de l’exposition et de la période d’exposition. Les lésions une fois constituées sont définitives.
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Les répercussions pour l’enfant Le SAF est parfois appelé «déficience invisible» parce que, dans les cas les plus légers, ses effets sont subtiles et difficiles à diagnostiquer. En effet, tout les cas sont possibles, allant d’une déficience lourde à des troubles de comportement ou d’apprentissage légers. Pour les cas les plus légers, le diagnostique peut s’avérer difficile. Conséquemment, le SAF peut demeurer non diagnostiqué durant des années pendant lesquelles l’enfant atteint ne reçoit pas les soins qui amélioreraient son développement à long terme. Sous sa forme la plus sévère, le SAF entraîne une déficience mentale lourde et incurable. Les enfants qui souffrent d’effets partiels seraient trois fois plus nombreux que ceux qui sont atteints du syndrome complet. Dans tous les cas, les enfants atteints par l’alcoolisme fœtal auront tout au long de leur vie besoin d’une attention particulière à cause de retard mental, d’un comportement instable et/ou d’un quotient intellectuel plus bas. Ils éprouvent beaucoup de difficultés à être autonomes. La plupart d’entre eux sont incapables d’apprendre à s’occuper d’euxmêmes au même rythme que les autres enfants. Il leur est beaucoup plus difficile de se faire des amis et de s’intégrer dans des groupes. Toutes ces difficultés entraîneront souvent une scolarité difficile. A l’âge adulte, ces personnes conserveront toujours certains problèmes d’autonomie et d’instabilité ainsi que des difficultés à se concentrer, à travailler seules ou à gérer un budget ce qui entraînera des difficultés d’intégration dans la société tant au niveau professionnel qu’au niveau privé. D’autre part, les personnes diagnostiquées tardivement ont des chances beaucoup plus élevées de développer des problèmes de santé mentale car elles n’auront pas bénéficié de l’attention que leur état nécessitait. Les conséquences de la consommation d’alcool après l’accouchement sur la relation mèreenfant Une femme enceinte sur vingt est quotidiennement en difficulté avec l’alcool. Il va s’en dire que cette consommation ne se limite pas à la période de grossesse et qu’elle ne prend pas fin après l’accouchement.
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Les enfants atteints par le syndrome sont alors après la naissance exposés à un autre risque: celui de voir leur relation à leur mère compromise du, à l’alcoolisme de leur mère si celuici est une réalité qui perdure; cela peut alors les amener à vivre des situations telles le placement en institution qui vont aggraver leur capacité déjà réduite d’apprentissage.
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Responsabilisation et rôle des associations Si l’alcoolisme en tant que maladie est généralement réprouvé par la société, la prise d’alcool épisodique « pour faire la fête » est plutôt bien acceptée voire encouragée. Conditionné par les campagnes publicitaires qui nous montrent le côté joyeux de l’alcool, il est de bon ton de prendre un verre avec le groupe. Or, la période de grossesse implique une responsabilité visàvis du bébé à venir. Grâce à une information correcte, la plupart des femmes diminuent fortement ou arrêtent leur consommation. Elles le feront d’autant plus facilement qu’elles ne sont pas dépendantes et qu’elles sont motivées par le désir de préserver la santé de leur bébé. Si les actions de sensibilisations doivent prioritairement cibler la future mère, il est important que l’information touche également l’entourage de celleci afin que l’abstinence soit respectée et encouragée. Dans le cas d’un alcoolisme reconnu, audelà des associations d’aide aux malades alcooliques et d’un suivi psychologique qui sont d’une grande utilité, une consultation spécialisée est nécessaire.
Les groupes de parole peuvent également jouer un rôle important en offrant un espace d’échanges et de partages et en permettant de créer un lien entre les personnes vivant le même problème.
Conclusion Le SAF est la première cause de handicap mental non génétique à la naissance. Les dommages sont 100% irréversibles et cependant 100% évitables ! Il est donc urgent de prendre en charge ce problème de société, surtout lorsqu’on sait que l’absence de consommation d’alcool garantit «un enfant sain» (en ce qui concerne les répercussions possibles de l’alcool sur le fœtus bien évidemment). Faire prendre conscience des dangers de l’alcool pendant la grossesse est primordial et peut dans de nombreux cas être suffisant pour un changement de comportement. Il est cependant important de pouvoir aborder le sujet sans culpabiliser, sans diaboliser, sans susciter des craintes démesurées. En effet, si le corps médical n’a envisagé qu’un seul message, celui de l’abstinence totale, c’est qu’il n’a pas été possible de définir une consommation sans risque faute d’avoir identifié des signes spécifiques
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du syndrome d’alcoolisation fœtale, signes qui auraient permis de discerner les handicaps dus à l’alcool de ceux dus à d’autres causes.
L’objectif poursuivi par l’ASPH est au travers de cette analyse la responsabilisation au travers de l’information, les différentes associations ainsi que le grand public dans le but, entre autres, de susciter la création de groupes de parole afin d’encourager l’expression et la prise de conscience autour de ce phénomène,.
Chargée de l’analyse :Valérie Glaude  EducatriceSpécialisée Responsable de l’analyse :Gisèle Marlière  SecrétaireNationale de l’ASPH Date : 25 novembre 2008 www.alcooletgrossesse.be ; www.esante.be/magazine; Libération.fr, «L’alcoolisation fœtale est la première cause non génétique de handicap mental chez l’enfant », 13/09/2006 ;
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