Deux États dans l'Union européenne : l'Italie et le Royaume-Uni

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Deux États dans l'Union européenne : l'Italie et le Royaume-Uni

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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DeuxÉtatsdans
l’Union européenne : l’Italie et le Royaume-Uni
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Introduction
Chapitre 1> pourtant 4epuissance européenne
Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une adhésion sans faille à la A construction européenne a 4e économique de l’Union européenne s’est développée sur desp ssance BL ui bases originales CDans un contexte européen d’uniformisation, l’Italie garde une certaine origi-nalité culturelle Dl’espace italien dans le cadre de l’Union européenneL’organisation de
ADepuis 1945 une attitude souvent ambiguë vis-à-vis de la construction euro-péenne BL’ancienne première puissance économique mondiale en reconversion totale aujourd’hui seconde puissance économique européenne CBritish » : l’originalité culturelle britannique« So DL’organisation de l’espace britannique dans le cadre de l’Union européenne
Chapitre 2>Le Royaume-Uni : l’ex-première puissance  mondiale en reconversion radicale s’ancre  progressivement dans l’Union européenne150
Sommaire séquence 6-HG11133
ntroduction
L’objectif de cette séquence n’est pas une étude exhaustive des deux pays de l’U.E. choisis parmi les quatre proposés par le programme officiel : l’Italie et le Royaume-Uni. Ce travail doit permettre la comparaison entre les deux pays, comparaison possible car de nombreux indicateurs économiques, démographiques sont proches, mais aussi une mise en perspective par rapport à l’étude de la France qui est le thème central du programme de 1ère(séquences 6 à 10). Etre capable de faire ressortir des critères d’unité, de diversité dans l’U.E. et de les illustrer par des exemples précis tirés de cette séquence, nécessite des savoir-faire qui seront indispensables pour pré-tendre réussir dans cette matière au baccalauréat. On a volontairement limité les statistiques, les indicateurs socio économiques au minimum. Pas de chiffres pour le plaisir des chiffres mais des statistiques ciblées pour mener une démonstration argu-mentée. La problématique d’ensemble, proposée par le programme officiel, est celle dela spécificité de chacun des deux pays au sein de l’U.E. sur les thèmes de la communautéEn effet, la séquence 2 a surtout insisté d’Eta ts. Mais, dans cette union, l’originalité de chaque pays n’a pas disparu, et c’est une des richesses de cette U.E. que l’on retrouve dans la devise choisie le 4 mai 2000, après un concours lancé dans les lycées européens : « unie dans la diversité ». Les deux pays seront traités séparément, chacun avec sa problématique spécifique, mais suivant le même plan d’ensemble.
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L’Italie : un jeune Etat, « toujours en crise », et pourtant 4epuissance européenne
 Querelle de chiffres : l’Italie 3eou 4epuissance ? Si l’Allemagne est sans discussion possible la 1repuissance, le classement est ensuite assez fluctuant d’an-née en année. Si comme habituellement, on prend le PNB de chaque pays pour classer les puissances, les derniers chiffres montrent que le Royaume-Uni est devenu la seconde puissance européenne avec 1 413 milliards de $ (chiffre de la Banque mondiale 2001), la France vient ensuite avec 1 286 milliards de $ et l’Italie avec 1 068 milliards de $. Il y a quelques années, le Royaume-Uni se trouvait derrière la France et l’Italie. Il semble que cette remontée à la seconde place soit due à la fois à une percée économique dans certains secteurs mais aussi à l’avantage procuré par l’évolution négative de l’euro par rapport au $, la livre sterling, par contre, s’est mieux maintenue, favorisant de façon un peu artificielle le R.U. Quoi qu’il en soit, les chiffres montrent des puissances très proches qui permettent des comparaisons tout à fait fondées.
Quelques statistiques
Document 1 1. L’Italie en chiffres (2008) Population 60 000 000 hab. Superficie 301 336 km2 Densité 199 hab./km2 Accroissement naturel annuel –2,6 ‰ Natalité 8,1 ‰ Fécondité 1,3 enfant par femme PIB/hab. 34 745 $ Taux de chômage 7 % Taux d’urbanisation 68 % Source : www.populationdata.net
2. Population des premières aires urbaines italiennes en 2008(en millions d’habitants) Milan 7,1 Rome 4,2 Naples 4,1 Turin 2,1 Palerme 1,6 Source : www.populationdata.net
ADepuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une adhésion sans faille à la construction eur opéenne Le 25 mars 1957, au palais du Capitole, à Rome, est signé le Traité qui scelle l’acte de naissance de la CEE, l’Europe des 6. Voilà bien un symbole de l’intérêt que l’Italie, le seul pays méditerranéen à l’épo-que, porte à cette construction. Dès la Seconde Guerre mondiale et dans les années de l’après-guerre, des hommes politiques italiens ont joué un rôle de précurseurs dans cette tentative. En 1943, Altiero Spinelli, ex-communiste qui avait passé 16 années dans les geôles mussoliniennes est à l’origine d’un Manifeste européen lors de la conférence de la Résistance européenne, et fonde le Mouvement fédé-raliste européen en 1957 :
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Document 2
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Discours d’ A. Spinelli (1957) « Si l’Etat national était la seule forme d’organisation politique pour les Européens, si nous ne savions pas regarder au-delà de lui comme les Grecs ne surent regarder au-delà de la polis, nous n’aurions qu’à constater que nous sommes arrivés à la fin de la civilisation européenne, nous résigner et attendre que notre destin s’accomplisse. Mais la méthode pour sortir de l’impasse où nos Etats nous ont acculés existe. Elle est même facile à formuler. Elle a déjà été expérimentée avec succès par d’autres peuples ; il n’y a qu’à vouloir. La solution est dans le principe selon lequel les problèmes, pour être résolus convenablement, doivent être affrontés au niveau où ils se posent. Si les politiques étrangère et militaire, économique et sociale des Européens ne peuvent plus être menées avec succès par les Etats nationaux, si elles exigent des perspectives, des lois, des actions européennes, il s’ensuit que ces fonctions doivent être soustraites aux Etats nationaux et confiées à un Etat fédéral européen doté d’un gouvernement pour administrer les affaires communes, d’un parlement pour voter les lois et les impôts, d’une cour de justice pour garantir le respect du droit. Un tel transfert de souveraineté ne peut être qu’un acte librement consenti par des nations libres qui renoncent à quelques droits dont elles jouissaient séparément, non pas pour les abandonner à un pouvoir étranger, mais pour continuer à les posséder en commun avec d’autres nations. Ce transfert ne peut donc être accompli que moyennant l’acceptation d’une constitution fédérale écrite, définissant avec précision ce qu’on transfère et à quelles institutions on transfère… » Texte terriblement d’actualité en 2003 au moment où la convention européenne dirigée par Valéry Giscard d’Estaing qui doit réformer les institutions, se pose en fait les mêmes questions de fond. Spinellidevient rapidement le conseiller de l’autre père italien de l’Europe,Alcide de Gasperi (l’équivalent pour les Français de Monnet, pour les Belges de Spaak). (Voir séquence 2) En 1957, à Rome, les espoirs pour l’Italie étaient doubles :l’unification devait empêcher le retour de la guerre en évitant que les pays isolés ne ressassent les idées nationalistes après un choc tel que celui de 1945. De plus, consciente de l’état de faiblesse de l’économie italienne et du délabrement de la société (bien montrés au travers des films du néoréalisme italien dont « le voleur de bicyclette » de Vittorio De Sica est l’archétype) l’Italie ne pouvait que tirer avantage d’une alliance avec les pays du Nord-Ouest de l’Europe (Bénélux, France) dès l’instant où l’un des buts de la CEE était de réduire les inégalités économiques et sociales au niveau des Etats et des régions. Sans passer en revue toutes les étapes de la construction européenne, rappelons que l’Italie ne s’opposa à aucun des élargissements successifs, en particulier à ceux des pays méditerranéens (Grèce en 1981, Espagne et Portugal en 1986) qui s’étaient rapidement aperçu de l’intérêt que l’Italie avait tiré de son entrée précoce dans l’Union européenne. Signataire du Traité de Maastricht, ratifié le 1ernovembre 1993, l’échéance du 1erjanvier 2002 avec la mise en circulation de l’euro n’était pas évidente pour l’Italie. Beaucoup pensaient qu’elle n’atteindraitpas les critères de convergence exigés par Bruxelles pour améliorer les performances économiques de chaque Etat (la dette publique devait être inférieure à 6 % du PIB, le taux d’inflation limité etc.). En fait ce sont les déficits publics que l’Europe voulait combattre, or l’Etat italien en avait beaucoup. Les Italiens ont donc dû payer une sorte d’impôt pour pouvoir rentrer en « Euroland ». « La veille, on en doutait et le jour “ J ”, on y était » racontent de nombreux Italiens même si de nombreux distribu-teurs automatiques de billets délivraient encore des lires le 3 janvier 2002 ! Les Italiens ont découvert l’euro (prononcé éouro » à l’italienne) sans grande nostalgie pour leur lire (imposée par Napoléon, « généralisée en 1862) qui, avec sa faiblesse (une lire = 0,000 52), ne reflétait plus le niveau de déve-loppement de l’économie italienne en 2002, même s’il leur a fallu pratiquer pour la première fois les centimes (d’euro). En 1995 sont signés les accords de SCHENGEN (voir séquence n˚ 2). L’Italie n’en fait pas partie, ses frontières étant déclarées trop perméables par l’U.E. En 1997, après un renforcement de ses contrôles, l’Italie intègre l’espace SCHENGEN.
Document 3Les régions d’Italie et leurs capitales
Document 4Les aides régionales de l’Union européenne
La carte« les aides régionales de l’Union européenne »montre en légende que les régions italiennes sont bénéficiaires d’aide du FEDER dans trois cas de figure : elles sont en retard de développement économique (objectif 1),  elles sont en déclin industriel, donc nécessitant une reconversion (objectif 2), ont des zones rurales défavorisées à développer (objectif 5). elles
Les clivages régionaux, les contre-pouvoirs sont toujours forts.Dans ce contexte, les vingt régions (voir carte) ont lutté plus qu’en France pour que soient reconnus leurs particularismes. Cinq d’entre elles ont un statut spécial (Val d’Aoste, Trentin, Frioul-Vénétie, Sicile, Sardaigne) qui leur donne une autonomie de gestion, surtout dans les domaines de l’agriculture, de l’urbanisme, du tourisme, et des travaux publics. Le 7 octobre 2001, un référendum a donné encore plus de pouvoir aux 20 régions qui sont désormais dirigées par un gouverneur, élu au suffrage universel, et possèdent un certain pouvoir législatif. La prochaine étape sera la création d’un Sénat des régions. Il ne reste en fait à l’Etat central que la politique étrangère, la défense, la monnaie, la justice. Dans ce cadre, ce sont les régions qui, le plus souvent, ont traité avec Bruxelles pour obtenir des subventions par le biais du FEDER. Les régions italiennes récupèrent de cette façon 15 % du total des aides européennes (en deuxième position derrière l’Espagne). L’Italie apparaît donc comme un patchwork d’intérêts parfois opposés. Il y a une carence identitaire à cause des racines locales fortes (les Italiens se sentent avant tout Romains, Napolitains, Florentins, Siciliens.( Voir le C de ce chapitre). Il faut dire que la dernière poussée de nationalisme s’est terminée par le fascisme et son bilan en 1945 est une des raisons qui poussent certains Italiens à se recroqueviller sur des identités plus régionales allant même pour certains jusqu’à des envies de sécession. Exemple : la Ligue du Nord avec à sa tête Umberto Bossi (en 2003, ministre du gouvernement de S. Berlusconi) qui milite pour la création d’une République du Nord, la Padanie.
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Document 5 Nous vaincrons contre Rome, et la PadanieLe Nord ne peut plus et ne veut plus financer à ses pas. dépens un Sud pauvre et assisté. La Padanie peut rejoindra l’Europe de Maastricht sans le Sud. tout à fait entrer en Europe et y rester parce qu’elle a une économie moderne et concurrentielle. Le Sud de l’Italie ne le peut pas ! Les aides financières auDéclaration à la presse des dirigeants Mezzogiorno, aux frais de la Padanie, ne suffisentde la Ligue du Nord - 1996. L’alternative pour ce début duXXIesiècle pourrait être la suivante : ou bien les forces centrifuges font éclater l Italie et chaque région joue la carte européenne de façon personnelle, avec un net avantage à l’Italie du Nord ;  ou bien la multiplication des instances supranationales qui se profile à Bruxelles va renforcer le sentiment national italien en redonnant une nouvelle force au pouvoir central et à l’unité.
B
La 4epuissance économique de l’Union européenne s’est développée sur des bases originales On a souvent parlé de « miracle » pour qualifier le redressement économique des années 60, terme réducteur, à l’emporte-pièce, qui cache en fait la capacité des Italiens à faire face à des situations dif-ficiles très différentes du Nord au Sud, en inventant des solutions qui font la force du « made in Italy». Ce pays affiche un dynamisme commercial avec l’Europe puisque près de 70 % de ses échanges se font avec les 14 pays de l’U.E. Pour être la 4el’Italie s’est appuyée sur 3 piliers :puissance économique européenne, 1. les grandes entreprises multinationales ; 2. l’État ; 3. le dynamisme des PME-PMI, l’aspect le plus original.
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Les multinationales italiennes Elles existent depuis longtemps : toute une série de marques rappelle à l’Europe et au monde le savoir-faire, l’esthétique italiens (les designers italiens sont internationalement connus : ex. Pinin Farina dans le domaine de la carrosserie automobile, entre autres, Alessi dans la création d’objets de cuisine …) Prenons l’exemple de la FIAT ( fabrication italienne d’ automobiles turinoises) symbole incontournable en Italie de ce type d’ entreprises. Fondée en 1899 par Giovanni Agnelli, le premier Italien à avoir fait ensuite le voyage à Détroit pour étudier chez Ford les avantages du taylorisme et qui, de retour à Turin, crée la première usine européenne totale-ment organisée pour le travail à la chaîne, unique au monde avec sa piste d’essai sur le toit : le Lingotto (aujourd’hui siège social et musée). Depuis 1966, Gianni (le petit fils) avait pris la succession et était le symbole de la réussite FIAT : 242 usines, 167 à l’étranger, 200 000 employés. Rachat de nombreuses marques et non des moindres, Ferrari, alfa Roméo, Lancia. On l’avait surnommé le « roi sans couronne » ; il est mort en janvier 2003. La famille Agnelli se trouve à la tête d’une holding qui gère les entreprises automobiles mais qui s’est en plus diversifiée dans l’agroalimentaire, la finance, l’énergie avec EDF, la chimie.
Le rôle économique de l’Etat Déjà important pendant l’entre-deux-guerres, le rôle économique de l’Etat se renforce, après 1945, dans le contexte de la reconstruction. De grandes entreprises comme l’I.R.I. (Institut pour la Reconstruction Industrielle), l’E.N.I. (Office National des Hydrocarbures), la Montedison (chimie) ont employé des cen-taines de milliers de personnes dans des centaines de firmes, et produisaient jusqu’à 20 % du PIB (avec 15 % des salariés italiens). Depuis les années 90, la tendance est aux privatisations, évolution qui se renforce avec l’arrivée au pouvoir, en 2001, de Silvio Berlusconi qui ne cache pas son admiration pour la politique néolibérale de Madame Thatcher, au Royaume-Uni, dans les années 80-90.
Le dynamisme des PME-PMI : l’aspect le plus original
L’originalité de la réussite économique est due à la présence de milliers de PME-PMI familiales déve-loppées à partir de compétences locales autour d’une pratique semi-artisanale , sans beaucoup d’aides de l’Etat mais un peu plus des municipalités qui ont vite compris l’avantage que l’on pouvait tirer de leur développement et de celui de leurs sous-traitants. Cette réussite est souvent due au développement des« districts industriels », espaces où se regroupent de nombreuses entreprises du même secteur de production. On y met en commun des compétences locales dans un réseau de services aux entreprises qui permettent de réduire les coûts de recherche, de commer-cialisation. On aboutit ainsi à des spécialisations régionales. Exemple : le district des Marches pour les chaussures, celui du Prato (Toscane) pour le textile, celui de Belluno (Vénétie) pour les lunettes dans lequel Luxottica (21 000 salariés) produit 100 000 montures de lunettes par jour. Enfin Udine (Frioul) s’est spécialisé dans les chaises et canapés avec 1 200 entreprises qui fabriquent 40 millions de chaises par an. Le problème des PME-PMI est rapidement de savoir si on reste à une échelle raisonnable (« piccolo è bello », équivalent en italien du « small is beautiful ») ou si on passe à l’échelle transnationale avec vision européenne et mondiale de la production et du marché. Bénetton est le bon exemple de l’entreprise qui a sauté le pas : entreprise familiale de Trevise (Vénétie) qui se développe à partir de 1968 sous la houlette de Luciano « le roi du pull-over », présente dans 120 pays avec environ 5 000 magasins mais qui est prise dans une spirale d’investissements de plus en plus éloignés de sa spécialité d’origine : restaurants d’autoroute et d’aéroport, télécommunications…
CONCLUSION Où se situe la bonne taille des entreprises ? « Piccolo è bello » certes mais pas trop longtemps, car beaucoup de PME n’ont pas de stratégie d’entreprise à l’échelle nationale, voire internationale avec de ce fait un avenir incertain dans le cadre de l’élargissement européen. Multinationales certes, mais à l’échelle mondiale on s’expose plus. Benetton subit un revers dans les années 90 quand une campagne de publicité concoctée dans le giron familial avec des idéaux non commerciaux mais humanitaires, choque par ses images la clientèle européenne et fait baisser le chiffre d’affaires, obligeant la marque à un retour vers une image plus conventionnelle. Et la FIAT, symbole national qui est en grosses difficultés en 2002-03 voyant ses parts de marché mondial baisser, obligeant l’entreprise à licencier, à fermer ses usines, même en Sicile là où elles étaient destinées à revitaliser les régions en difficultés. Général Motors qui possède déjà 20 % du capital va-t-il en profiter pour prendre le contrôle total du symbole industriel italien ? ou tout revendre ? Début 2003 la question est posée. En effet, les grands groupes industriels se tournent de plus en plus vers le tertiaire (finances, commu-nications avec la folie du telefonino, téléphone portable à l’italienne). N’y a-t-il pas danger à perdre son âme, c’est-à-dire son activité d’origine, ce qu’on sait faire le mieux ? Cette question n’est pas spécifiquement italienne.
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C
Dans un contexte européen d’uniformisation, l’Italie garde une certaine originalité culturelle « C’est très italien » est une phrase souvent entendue dans les conversations pour évoquer le climat, l’architecture, une ambiance de villes, rues animées, places bondées le soir. Est-elle pertinente pour caractériser l’ancrage culturel de l’Italie dans l’U.E. ?
 En politique  En économie
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Le milieu méditerranéen Il faut opposer une Italie continentale du Nord, à l’Italie péninsulaire et insulaire du Sud. Ce n’est pas la douceur qui caractérise le Nord mais un climat à tendance continentale sur la Plaine du Pô avec des étés chauds et humides, des hivers rudes et brumeux qui servent souvent de parure aux villes historiques, comme Venise par exemple. Au Sud le climat méditerranéen devient de plus en plus marqué au fur et à mesure qu’on s’approche du talon de la botte et de la Sicile : étés chauds et secs (jusqu’à 5 mois secs en été) ; on est à 150 km de la Sicile, dans un cadre marqué par un relief plus accidenté et des plaines fertiles plus rares.
La population : revoir les vieux schémas L’image traditionnelle de la mama entourée d’une ribambelle d’enfants est à mettre aux oubliettes. Si l’Italie détient un record mondial, c’est bien celui du plus faible indice de fécondité, à 1,3 enfants par femme en 2001. L’accroissement naturel est nul, parfois même, certaines années, légèrement négatif. Le renouvellement des générations n’est plus assuré, le vieillissement de la population s’accentue (22 % de la population a plus de 65 ans). Cette évolution n’est pas originale par rapport au reste de l’Europe mais ce qui frappe ici c’est l’ampleur du phénomène dans ce pays où le pape exprime régulièrement son opposition à la limitation des naissances ; certains observateurs parlent même d’une Italie « post-catholique ». Terre d’émigration, l’Italie a vu 30 millions de personnes s’expatrier entre 1875 et 1975 (en particulier aux Etats Unis, où, dans toutes les grandes villes, on trouve une « little Italy », spécialement à New York et Chicago). Ces flux internationaux ont cessé à partir du « miracle économique » des années 60-70. Si l’on quitte encore le Sud, c’est pour la Lombardie, au Nord, et ce n’est pas toujours facile pour un Calabrais de réussir à Milan. D’une façon générale, le pays est devenu une terre d’immigration, résultat du développement économique et social qui provoque une forte attirance pour des populations venant d’Albanie, Croatie, Bosnie, Roumanie mais aussi de Tunisie et, par cette voie, de l’Afrique noire. Dans les toutes dernières années, Kurdes et Afghans choisissent souvent le Mezzogiorno pour mettre un pied dans l’Union européenne, espérant migrer ensuite vers l’Allemagne ou vers le Royaume Uni. En 2000, on compte 1,7 million d’étrangers (3 % de la population). Face à ces « extra-communautaires », la réaction est double : racisme et xénophobie surtout au Nord (le thème de l’étranger qui vient manger le pain de l’Italien est celui de la Ligue lombarde (U. Bossi ) alors qu’en 2002 les statistiques officielles montraient qu’il y avait 300 000 emplois vacants dans le Nord). Dans le Sud, soutien et aide à l’intégration existent plus souvent, les populations des Pouilles et de Calabre étant plus compréhensives par rapport à ces immigrés qui débarquent sur leurs côtes. On cite même l’exemple de ce village de Calabre (Bodolato) quasiment déserté qui revit avec une centaine de Kurdes fixés là.
 crise permanente »« En L’ Italie cultive les situations étonnantes, les retournements soudains. On a souvent parlé de « pays laboratoire » ; il est certain que l’on y a fait beaucoup d’expériences : par exemple où le problème des élites souvent corrompues ne favorise pas une stabilité du pouvoir politique et la crédibilité du pouvoir central ; où le travail au noir est largement pratiqué. Officiellement, il s’appelle travail immergé mais il ressurgit au devant de l’actualité quand le chef du gouvernement lui-même le conseille aux ouvriers en chômage technique chez FIAT en Sicile (voir texte qui suit) ;
Document 6 !Berlusconi aux chômeurs de Fiat : travaillez au noir Rome denotrecoradtneepsno Lundi9décembre,5600salariésdeFiatcon-«Leprésidentduconseildevraitsavoirquelenaissentleurpremierjourdechômage,unchô-travailaunoirestilégal», a commenté sur le ton mage qui risque fort de s’éterniser. Les ouvriers de celui qui n’en revient pas Savino Pezzota, le du site sicilien de Termini Imerese ne croient pas secrétaire général de la CSIL, confédération syndi-au Père Noël, même s’ils ont garni un beau sapin cale catholique. Une des premières lois de sa légis-à l’entrée de l’usine avec leurs lettres de congé- lature n’avait-elle pas pour but d’introduire des diement. A Milan, leurs compagnons de l’établis- mesures pour faciliter sans pénalité – ou presque sement d’Arese ont été fort applaudis pour leur – la sortie au grand jour de ces emplois souterrains, message de protestation lu sur la scène de la Scala. une plaie pour l’économie du pays. Quinze mois Quant à Silvio Berlusconi, il leur donne des con- plus tard, cette loi désormais en vigueur s’avère seils:«Lesplusvolontairestrouverontunsecondassezinopérante:ellenaséduitquunepoignéetravail,peut-êtrenonofesulris.liiltlesroarvearddettnieicdl,ueuqedtesruenerpertn revenusenpluspourleursfamiles», a-t-il sug-géré ce week-end lors d’un entretien sur Rete 4, une chaîne de son empire audiovisuel Mediase.Danielle Rouard Au mépris des lois, le chef du gouvernement faitLoMeednd11mecéebr0220. donc l’éloge de la débrouille.  En contre-pouvoirsla société reste, surtout dans le Sud, sous la menace des mafias diverses. Cosa Nostra sicilienne, Camorra puissantsimposent fermement, souvent par le crime, la loi du silence (omerta) et le racket pournapolitaine, réaliser un chiffre d’affaires estimé à 15 milliards d’grâce au trafic de drogues et à la contrebande de cigarettes. L’Etat lutte contre cette « pieuvre » : beaucoup de mafiosi sont en prison, mais la mafia s’adapte, se reconvertit dans le business en col blanc, maîtrisant parfaitement le blanchiment de l’argent sale dans des entreprises fort respectables.
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Malgré les crises, l’Italie se retrouve toujours autour de piliers incontournables, on en développera ici trois :  le patrimoine culturel et artistique, souvent lié aux villes et aux sites naturels, qui permet le dévelop-pement d’un tourisme international, non négligeable pour la rentrée de devises ; des plus fines du monde, où chaque Italien retrouve ses origines provinciales ; La cuisine italienne, une  Le football, le calcio, appelé ainsi pendant la période mussolinienne, pour renforcer l’identité nationale, en ne parlant qu’italien et surtout pas anglais.
L’organisation de l’espace italien dans le cadre de l’Union européenne Pour terminer, étudions de quelle façon tous les éléments développés dans les § A, B, C s’inscrivent dans l’espace italien pour le différencier suivant un modèle classique en géographie, celui du « centre-périphérie ».
Un « centre » intégré à la dorsale européenne L’Italie du Nord est le cœur économique du pays. Depuis le Moyen Age, les villes se sont développées grâce aux échanges entre la Méditerranée (ports de Gênes, Venise) et l’Europe du Nord, en profitant des percées alpines. L’agriculture intensive, en particulier dans la plaine du Pô, a bien profité de la PAC et a permis le développement d’une industrie agroalimentaire qui s’exporte dans l’Europe entière et même à l’échelle mondiale pour certaines spécialités (pâtes Barilla, crème Nutella). Cependant, ce sont
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l’industrie et la finance depuis le XIXeet surtout le XXe, qui assurent la prospérité de la région. Les villes principales, organisées en triangle (Milan, Turin, Gênes), se partagent les activités. Milan, capitale économique et financière de l’Italie, place boursière de niveau européen, berceau de la mode et du design, est une des métropoles les plus dynamiques de l’Europe (4 millions d’habitants). Turin est le symbole de la réussite industrielle italienne avec de nombreuses usines FIAT et en particulier celle de Mirafiori (65 000 ouvriers). Autour de FIAT tout, une série de sous-traitants développent un tissu industriel très dense. Gênes, le plus gros port italien , est le site de l’industrie lourde sidérurgique. Vers l’Est, Venise, Padoue polarisent une région où fourmillent des entreprises moins transnationales mais très performantes dans le cadre des nombreux « districts industriels ». Le tout forme une région prospère, une des plus riches d’Europe, qui s’arrime à l’Europe du Nord-Ouest à la fois par les régions Rhône-Alpes et P.A.C.A. françaises mais aussi à la Suisse à l’Autriche et par ce biais au sud de l’Allemagne.
r
300 km
dorsale européenne
dorsale méditerranéenne
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