Introduction à la série réactions et réponses à la mondialisation

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Introduction à la série
Réactions et réponses à la mondialisation
Dans les années 1980, consultants et spécialistes des multinationales identifiaient les premiers signes de la mondialisation, c’est-à-dire de l’intégration de plus en plus étroite des marchés nationaux à l’échelle mondiale. D’aucuns annonçaient déjà l’avènement de firmes globales et l’effacement de l’Etat. Dans le même temps, certains responsables poli-tiques craignaient que le processus d’internationalisation ne soit entravé par les tendances néo-protectionnistes qui s’étaient développées depuis les années 1970. Les difficultés rencontrées par le cycle de négociations commerciales multilatérales à la fin des années 1980, comme les conflits commerciaux entre les Etats-Unis, confrontés au « déclin indus-triel »,et le Japon, alors en pleine ascension économique, contribuaient à alimenter ces craintes. Pourtant, ce n’est pas des réactions protection-nistes des gouvernements qu’est venue la remise en cause du processus de mondialisation. A la fin des années 1990, après la création de l’Or-ganisation mondiale du commerce (OMC) et le ralliement de nombreux gouvernements des pays avancés et des pays en développement à l’ou-verture économique, la contestation est montée de la société civile. Contestation qui est d’ailleurs née de l’acceptation même de la mondia-lisation par les gouvernements et des tensions économiques et sociales suscitées par l’intégration croissante des économies nationales.
Les réactions au processus de mondialisation sont très diverses, allant de propositions de réformes des institutions internationales à la remise en cause de l’ouverture des frontières ou à la contestation plus générale de l’économie de marché. Au niveau international, la gouvernance globale et le besoin d’adaptation des institutions existantes, voire de la création d’instances nouvelles, sont devenus des thèmes majeurs de l’agenda politique. Les réformes économiques et sociales internes apparaissent cependant tout aussi importantes et urgentes dans l’élabo-ration de réponses adéquates aux défis de la mondialisation et aux réactions qu’elle provoque.
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Concurrence mondiale et course à l’innovation
La mondialisation est couramment accusée de creuser les inégalités, entre les nations et au sein des nations. Certains affirment même que la mondialisation provoque une «course au moins disant social», qui accroît la pauvreté à l’échelle mondiale. Ces critiques contredisent radicalement l’idée selon laquelle l’abaissement des obstacles aux échanges permettrait une meilleure allocation des ressources entre les économies, constituant un facteur de croissance et de réduction de la pauvreté, notamment dans les pays en développement. Les campagnes des opposants à la «mondialisation libérale» ont permis d’ouvrir le débat sur ces questions fondamentales au-delà des cercles d’experts.
L’analyse des réactions à la mondialisation et l’élaboration de poli-tiques appropriées peuvent s’appuyer sur deux résultats fondamentaux issus des réflexions menées depuis une dizaine d’années. Première-ment, la reconnaissance qu’il existe bien des gagnants et des perdants de la mondialisation, et que les politiques publiques peuvent agir sur la répartition des bénéfices et des coûts entre les groupes sociaux ou entre les nations. Deuxièmement, le fait que le processus de mondialisation interagit étroitement avec d’autres évolutions économiques et sociales contemporaines. Ces résultats contredisent à la fois ceux qui font de la mondialisation la solution aux problèmes du monde, et ceux qui en font un bouc émissaire.
Il serait ainsi illusoire de croire que les réponses aux défis de la mon-dialisation peuvent se limiter à des mesures portant uniquement sur le degré d’ouverture des économies et des sociétés aux échanges. En particulier, toute analyse de la dynamique de la mondialisation souligne les interactions complexes entre l’intégration économique croissante, la vigueur de la concurrence et la rapidité des progrès techniques. Des mesures de ralentissement des échanges pourraient ainsi peser sur la dynamique de l’innovation. Pourtant, de telles mesures n’auraient que des effets limités sur l’ensemble des évolutions couramment attribuées à la mondialisation, puisque certaines dépendent tout autant de la dyna-mique technologique. Les débats sur l’évolution des marchés du travail et des conditions de travail illustrent bien ces interactions entre interna-tionalisation et changement technique. La dégradation de la situation
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des travailleurs les moins qualifiés dans les pays riches – en termes de sécurité de l’emploi, de salaires ou de conditions de travail – s’explique ainsi par la combinaison des deux réponses à la pression concurrentielle accrue, qui sont aussi deux moteurs du processus de mondialisation : la réduction des coûts et la course à l’innovation.
Le paradoxe français
La France a pleinement participé au mouvement de mondialisation. Depuis les années 1980, l’économie française a poursuivi son ouver-ture sur l’espace européen dans le cadre du marché unique, mais aussi sur le reste du monde, des Etats-Unis à l’Asie. Les entreprises fran-çaises ont rattrapé leur retard en matière d’internationalisation à partir de la seconde moitié des années 1980. Certaines se placent parmi les premières multinationales de leur secteur, y compris dans des secteurs de services ou de haute technologie. Les entreprises françaises ont aussi noué des alliances internationales qui renforcent leurs positions stratégiques. Plus généralement, la France est intégrée dans l’ensemble des courants d’échanges culturels et technologiques qui caractérisent l’ère de la mondialisation. Cette participation à la dynamique de la mondialisation a été l’un des moteurs des changements économiques et sociaux engagés en France depuis les années 1980.
La France est ainsi l’un des pays qui a tiré parti de la mondialisation depuis une vingtaine d’années. Pourtant, elle est aussi l’un des hauts lieux de résistance à la «mondialisation libérale». La même constata-tion paradoxale s’applique à l’intégration européenne, dont la France a été l’un des promoteurs historiques et l’un des grands bénéficiaires, politiquement et économiquement.
Cette série de «Notes de l’Ifri» explore ce paradoxe en étudiant les défis de la mondialisation et ce en quoi ils suscitent des réactions spéci-fiques en France. Ces «Notes »abordent différents thèmes fondamen-taux, tels que l’évolution de l’inégalité mondiale, l’ampleur de l’inté-gration de la France et de ses entreprises à l’économie mondiale, l’évolution de l’emploi, la transformation du système financier ou les caractéristiques de l’«antimondialisation »française. Elles s’inscrivent dans le cadre d’un projet international qui compare les réactions et les
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réponses à la mondialisation en France, en Allemagne et aux Etats-1 Unis .La grille de lecture esquissée plus haut permet de comprendre les différences entre ces trois pays. En effet, les réactions induites par les changements économiques et sociaux ne s’expliquent pas uniquement par le degré d’ouverture aux échanges ou par sa rapidité, mais aussi par la capacité des pays à participer à la course à l’innovation.
Les comparaisons internationales soulignent l’influence des institutions et des traditions nationales, à la fois sur l’impact local de la mondialisa-tion et sur la perception de cet impact. Les réponses à la mondialisation doivent donc être en partie dictées par les spécificités nationales, et les politiques publiques doivent chercher à adapter les institutions de l’éco-nomie de marché plutôt que d’adopter un modèle qui serait idéal. Une telle perspective souligne l’existence de marges de manœuvre natio-nales non négligeables. Elle permet ainsi de sortir de l’impasse de la condamnation de la mondialisation au nom de la diversité contre l’im-position du « modèle américain », si souvent dénoncé en France.
Les Etats sont néanmoins confrontés à un paradoxe dans la mesure où, alors que leur action reste nécessaire, leur intervention sur les écono-mies et les sociétés nationales doit prendre des formes nouvelles pour être efficace. En effet, le rôle et la mobilité accrus des entreprises dans la mondialisation, la complexité des enjeux technologiques et les exi-gences de la société civile appellent bien plus de débats et de négocia-tions avant la prise de décision publique. Le défi est particulièrement grand pour l’Etat français, dont le poids dans l’économie et la société explique en partie la spécificité des réactions françaises à la mondia-lisation – et à l’intégration européenne.
Frédérique Sachwald, Responsable des Etudes économiques
1. Ceprojet, mené en collaboration avec la DGAP (Berlin) et l’IIE (Washington, DC), a reçu le soutien du German Marshall Fund of the United States. Une série de séminaires a permis d’aborder divers thèmes importants dans les débats sur la mon-dialisation, tels que l’évolution de l’emploi, la dynamique des inégalités, la conver-gence des systèmes financiers, la diversité culturelle ou les réactions de différentes composantes de la société civile. Voir <www. ifri.org>.
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