La croissance pour ethnocider les Indiens de Guyane. La ...

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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La croissance pour ethnocider les Indiens de
Guyane. La décroissance, c’est la remise en
question de la notion « développement ».
En janvier 1949, le président Truman a inventé la notion de " développement " et de " sous
développement" pour remplacer le mot " colonisation ".
Car comme l’explique un collègue de Gilbert RIST dans " Crédits sans frontières, la religion de la
banque mondiale ", Fabrizio Sabelli, les USA avaient besoin de trouver des débouchés pour
maintenir leur machine industrielle à plein régime, régime fonctionnant à fond du fait de la guerre de
39-45. Il explique que dès 1943, les USA s’inquiétaient de la baisse probable de la demande lorsque
la guerre se terminerait, ils jettèrent alors les bases de la réunion de Bretton Woods (réunion pour
lancer le FMI, le GATT et la Banque Mondiale) de 1944, et eurent l’idée de remplacer les français et
les anglais, en position fragile, en devenant les héritiers de leurs empires coloniaux. Comment inciter
les peuples du Tiers Monde à prendre l’indépendance, puis à devenir les clients des USA ? En clair,
comment recoloniser ces nouveaux Etats indépendants, sans en avoir l’air ?
Réponse :
en inventant la notion de "développement"...
La France, elle, continue à coloniser des peuples, en s’ abritant derrière la
notion de DOM-TOM
inventée en 1946 dans le cadre des lois d’assimilation. Ces peuples sont dans le Pacifique
(Polynésiens, Mélanésiens = les 28 ethnies de Nouvelle Calédonie) et en Amazonie (les 6 peuples
amérindiens qui survivent à 3 siècles de présence européenne compliquée par l’adjonction de main
d’oeuvre amenée d’Afrique, esclaves avant 1848, engagés après. Il viendra aussi des "engagés" de
Chine et d’Inde, mélange qui constituera la population bigarrée dîte "créole" des villes du littoral de
la Guyane.)
Ces 6 peuples colonisés encore par la France en Guyane sont les survivants des 30 qu’il y avait en
1650. 3 vivent sur la côte, où se trouve aussi 90% des 200 000 habitants de ce département grand
comme le Portugal, et couvert à 97 % par la jungle amazonienne. Ces 3 peuples ont perdu leur mode
de vie traditionnel, à l’inverse des 3 autres, Wayampi, Teko et Wayana, qui vivent au fond de
l’immense forêt, dans le tiers sud du département. Ces 3 peuples qui vivent de chasse, pêche,
cueillette et jardinage itinérant sur brûlis ont failli être envahi en 1969 du fait de la suppression du
Territoire de l’Inini, statut qui les protégeait. Tollé en France, vaste campagne de presse, une page
entière dans
Le Monde
, et 11 jours après, l’ Etat réagit en créant le " Pays Indien " le 14 septembre
1970, pays de 30 000 km2, soit tout le tiers sud qui devient interdit à toute pénétration touristique....
C’est ce "pays indien" qui risque d’être supprimé début 2007.
La bourgeoisie coloniale qui a tout pouvoir au sein du Conseil Général et du Conseil Régional a
obtenu à force de multiples blocages , depuis 1992, du projet de création d’ un parc national, que la
loi elle-même sur les parcs soit changée. Ces tenants de la colonisation complète de la Guyane - car
jusque là seul le littoral, et encore, qu’en quelques endroits , est colonisé - ont obtenu en avril 2006
une nouvelle loi sur les parcs nationaux pour que ces parcs ne soient plus de "simples" lieux de
protection de la nature, mais aussi (et surtout !) des "outils de développement".
Cette loi précise que pour les 4 DOM, ce n’est plus l’Etat qui décide, mais le Conseil Régional et son
" Schéma d’ Aménagement Régional, SAR ", et un alinéa spécial Guyane précise que pour ce
département, on facilitera la réalisation de travaux même dans la zone la plus protégée, qu’on
appelait "centrale", et maintenant "coeur". Le S.A.R. prévoit de tracer des routes dans toute la
Guyane.
On sait que les routes sont le fer de lance de la colonisation et de la déforestation !
En guyane ces routes sont demandées aussi par les chercheurs d’or, lesquels viennent d’obtenir une
augmentation de la zone du parc autorisée à l’orpaillage, du côté de Saül. En échange, les Wayana,
jusque là censés être dans une zone libre pour les chercheurs d’or, seraient protégés contre leur
invasion. Mais on sait que l’Etat, depuis 10 ans, n’a jamais su faire reculer les chercheurs d’or. Un
biologiste de Montpellier , François Catzéflis, vient de découvrir que loin en amont de Camopi, au
lieu-dit Oscar, une rivière se jette dans l’Oyapock, bourrée de boues résultant du travail des
orpailleurs. En principe, toute la commune de Camopi est vouée à être dans la futur zone coeur du
parc, donc interdite aux chercheurs d’or.
Mais par contre, l’ensemble du parc sera ouvert à la pénétration touristique, ils seront imposé aux
Indiens : retour des zoos humains ! Et on prévoit de modifier les habitudes de chasse des Indiens : ils
devront obéir à l’arrété ministériel de 1986 sur les espèces protégées qui applique en France la
Convention de la CITES. Les technocrates du Parc voudraient leur apprendre l’agriculture moderne
et l’élevage pour que les Indiens puissent répondre à la demande en nourriture supplémentaire
provoquée par l’afflux de touristes. On veut aussi les inciter à folkloriser leurs savoirs-faire
artisanaux ...
L’Etat vient d’ organiser l’enquête publique, une dépêche de l’AFP du 14 decembre 2006 dit que 74
% des personnes ont donné leur accord pour ce parc, parc qui pourrait être créé début 2007 en lieu et
place du "pays indien".
Comment, dans le cadre de l’enquête publique, les fonctionnaires de l’Etat tentent de convaincre les
Indiens de changer de mode de vie et de se "développer" ?
C’est ce que vous lirez ci dessous grâce à cet incroyable témoignage de quelqu’un qui a tout vu, chez
les Indiens Wayampi des sources de l’Oyapock, à Trois-Sauts, (4 villages) . Ces Indiens vivent
encore complètement en autarcie, à l’inverse des Wayampi de la bourgade de Camopi, à 2 jours de
pirogue à moteur en aval...
Il nous reste quelques semaines pour empêcher cet ethnocide et cette brusque accélération de la
colonisation de la Guyane, au nom du "développement", obsession des concepteurs de ce parc,
comme vous le verrez en lisant le descriptif sur www.parc-guyane.gf
Thierry Sallantin, tsallantin <@> hotmail.com, lui-même en Guyane de 1986 à 2000, dont à Trois-
sauts en 1989
Un observateur à Trois-Sauts par Palakasiwa
Le 19 octobre 2006 a eu lieu à Trois-Sauts la réunion décisive dans le cadre de l’enquête
publique pour la création du parc amazonien de Guyane. A cette occasion, la mission Parc est
venue avec le commissaire enquêteur pour recueillir l’avis de la population avant décret de
création.
Les gens de Trois-Sauts sont vraiment saturés de réunions en tout genre : en général, les "missions"
demandent à faire la messe (euh.. pardon tenir réunion) au carbet cachiri de l’élu local qui est
conseiller au maire de Camopi. L’élu en question en a pris son parti, il continue d’accueillir bien
poliment tout ce petit monde qui défile... mais seulement quand il est là : il passe régulièrement de
longs mois sur son abattis en pleine forêt.
Les thèmes des réunions sont aussi variées que les gens qui les organisent : ça va de "Arrêtez de
manger des poissons carnassiers quand vous êtes enceinte" à "Arrêtez de jeter vos ordures partout ce
n’est pas assez joli pour nous", en passant par "Qu’est-ce que vous savez faire comme jolis objets il
faudrait vous développer ?" (on ne parle pas encore de développement personnel, pour l’instant on
en reste au sacro-saint développement économique vieux fond de boutique et véritable arlésienne de
ce département).
Les plus ubuesques que j’ai vus sont sûrement les marchands de formation qui ont passé deux heures
à expliquer à l’aide de graphiques et camemberts complexes le budget du Conseil général. Et après
on n’avait plus qu’à signer pour un avenir brillant dans la société de consommation grâce à une
formation "sur mesure". Tout ça pendant les vacances scolaires pour être sûrs que les instituteurs ne
sont pas là, comme ça ils peuvent squatter leurs logements et surtout on ne risque pas de mélanger
formation pour adultes et enseignement !
Les plus énervants sont de loin les hommes politiques ou les hauts fonctionnaires. Je n’ai même pas
besoin de vous expliquer pourquoi ni comment ils sont énervants, tout le monde comprendra très
bien et on risquerait de se faire du mal.
Une fois, une personne qui faisait un "stage" (il ne faut pas confondre les stages, les études, les
mémoires et les enquêtes !) proposait de recycler les bouteilles de rhum en les habillant de
vannerie... Malgré toute la lassitude qui quand même peut apparaître chez les docteurs ès patience
que sont les Amérindiens, ils savaient que cette réunion-là serait décisive pour leur avenir. On leur
avait bien dit que depuis le temps qu’on en parlait on risquait bien de le faire, le parc, et que c’était
la dernière fois qu’on leur demanderait leur avis (et qu’après leur avis serait des voix au conseil
d’administration). Alors ils ont tenu à l’exprimer leur avis et ils étaient là : quelques chefs de famille,
les capitaines, chefs coutumiers, les élus et aussi les anciens élus évincés sans commentaire par les
instances du parti (un jour en début de campagne une liste de candidats arrive au village et on
constate que certains noms n’y figurent plus et que d’autres y sont apparus), ceux qui ont un travail,
tous ceux qui parlent français et qui n’avaient rien de plus important à faire.
La mission pour la création a commencé par montrer un film qui présentait des expériences très
réussies d’écotourisme : plein de gens qui travaillaient pour le parc en faisant guides de forêt,
layonneurs, piroguiers ou restaurateurs et qui touchaient de l’argent et qui avaient l’air très
contents... Forcément, comme son nom l’indique, c’est la mission POUR le parc et non pas
CONTRE le parc.
Ce film était traduit en amérindien par les relais parc de Camopi et là, pour la première fois, certains
ont un peu compris de quoi il s’agissait (un peu car personne ne peut encore savoir vraiment).
Dommage que la mission Parc n’avait pas eu ce genre d’initiative plus tôt, d’habitude l’information
reste le capital des francophones qui perçoivent plus ou moins la nécessité de donner l’information
au plus grand nombre. L’information c’est du pouvoir, c’est une donnée aussi ancienne que la
parole, tout le monde sait ça et le pouvoir ça ne se donne pas au premier venu. La réaction a été
unanime et très forte : PAS de TOURISTES !!! Comment seront effectués les "contrôles" pour éviter
que les touristes n’arrivent ? etc.. Les gens avaient fort bien compris que le parc devait avoir une
mission de protection et ils lui ont demandé de les protéger : préserver la forêt contre l’orpaillage
mais aussi contre les étrangers, touristes et promeneurs de tout poil. Certains notables nous
demandent de consigner leur demande par écrit pour figurer au registre d’enquête et ils se mettent
carrément à constituer une liste des fonctions acceptées (médecins personnels soignants ; certains y
ajoutent enseignants mais pas tous !) et des noms des personnes qu’ils veulent bien accueillir dans
leur village (ethnologues amis de longue date), les autres n’étant pas les bienvenus.
Il faut bien comprendre que l’espace n’est pas du tout conçu pour accueillir des étrangers. Les
Amérindiens vivent "dehors", il n’y a pas d’espace construit pour cacher, préserver l’intimité du
passage. Comme le fait justement remarquer le commissaire enquêteur : quand on arrive sur la place
du village, on arrive dans leur salon. Un village est comme une famille.
Le mission pour la création est un peu déconfite par cette réaction anti-écotourisme (officiellement
écotourisme en-dehors des villages mais c’est bel et bien de l’ethnotourisme qui est envisagé, sinon
pourquoi se donner tellement de mal pour venir en territoire amérindien aussi isolé alors que la
nature est si belle partout). Selon elle, les habitants de Camopi sont demandeurs en tout cas les
entrepreneurs, actuels commerçants, entreprises de transport, ceux qui ont déjà réussi et qui ont déjà
des intérêts en jeu, des possibilités d’investissement. En matière de politique de développement du
tourisme, cela reste une prérogative des communes du parc (en zone d’adhésion).
Le commissaire enquêteur essaie de creuser un peu : pour la mission de protection d’accord, mais le
développement local alors ? Qu’attend la population en terme de développement local ? Une fois de
plus on leur demande d’imaginer un scénario de développement économique. Evidemment ce n’est
pas gagné, puisque les plus grands économistes de ce pays y échouent également.
Cette réunion a fait ressortir la cassure de fait qu’il y a entre les gens de Camopi, depuis très
longtemps au contact des étrangers et ceux de Trois-Sauts, plutôt "tranquilles" au coeur de la forêt,
qui continuent de vivre de la forêt. Ils ne se sentent pas du tout représentés par la commune de
Camopi malgré qu’il y ait une proportion plutôt conforme à la démographie d’élus de Trois-Sauts.
Les gens de Trois-Sauts demandent même au parc de les aider à mettre en place les principaux
services publics complètement absents ou très déficients (lutte contre l’orpaillage, eau, électricité,
communications, éducation). L’eau distribuée à Trois-Sauts (quand ça marche) est dangereuse à la
consommation, actuellement la pompe chargée de remplir le château d’eau communal est placée
dans le fleuve juste en face des dégrads où tout le monde fait ses besoins. Le château d’eau est très
difficile à nettoyer, alors il contient d’importants dépôts de germes. Le village est un cimetière
d’installations payées à prix d’or par l’argent public national et européen qui tombent en ruines parce
que personne n’est capable de prendre en charge la maintenance en sachant que la rentabilité des
installations est nulle et que la commune est totalement incompétence en matière de gestion,
d’anticipation. En ce moment, une centrale hydroélectrique sur le saut est en projet. Qui acceptera
d’en assumer la maintenance en sachant qu’on demande à EDF de viser la rentabilité et de se
décharger de sa fonction de service public ?
La commune n’a pas su mettre en place une liaison fluviale régulière pour désenclaver le site
(courrier, transport de personnes et de marchandises, approvisionnement).
Les enseignants sont obligés de faire du stop avec leur fret de nourriture alors qu’une nouvelle école
très coûteuse (notamment à cause des transports) vient d’être construite sur fonds européens. Pour
être conforme aux normes européennes, cette école est dotée de huit toilettes dont deux pour
handicapés, le tout sur dalle en béton recouverte de carrelage. Evidemment comme la commune est
incapable de mettre de l’eau courante, les toilettes vont pourrir sur place, le carrelage ne peut pas
être nettoyé. La rampe d’accès pour handicapé donne sur la forêt, tous les chiens galeux, les poules,
s’empressent de pénétrer sur la dalle en béton de plein pied, laissant les traces nauséabondes de leur
passage...
Voilà encore un résumé de plus de ce qui se fait dans ce département : gaspillage phénoménal de
moyens, accumulation de cadavres d’installations inadaptées, fabrication institutionnalisée de
problèmes...
Alors pourquoi les élus de Trois-Sauts n’arrivent-ils pas à défendre les intérêts de leurs administrés ?
Un membre de la mission parc s’excuse de le dire mais "il faudrait peut-être que les élus arrêtent de
signer des feuilles blanches en conseil municipal"... La politique c’est gérer, anticiper, solutionner et
pas seulement acheter les électeurs (emplois sinécures, distribution d’essence communale sans tenir
compte des besoins réels et sans mettre les priorités, cadeaux de noël qui arrivent en hélicoptères)
pour garder le pouvoir le plus longtemps possible pour détourner le maximum de fonds publics.
Dans ces endroits, où on pourrait avoir le sentiment que tout commence, on se rend compte que tout
ne fait que continuer : la démocratie comme ailleurs en France n’est qu’un spectacle de marionnettes
caricaturales dont les fils sont tirés par des gens "sérieux" qui font beaucoup d’argent. Le
commissaire enquêteur a du mal à cacher ses sourires en coin car quand même ça ressort rarement
aussi franchement.
Les Amérindiens de Trois-Sauts continuent de vivre dans et par leur environnement, ils sont
prédateurs, chasseurs cueilleurs et cultivateurs itinérants. C’est un peuple "sauvage", naturel. La
nature n’est pas pour eux un parc dans lequel on vient se promener et dans lequel on ne doit rien
toucher. Les animaux ne sont pas là pour leur offrir un spectacle. Ils sont en interaction permanente,
harmonieuse. L’agriculture qu’ils pratiquent de manière ancestrale permet au monde sauvage de
reprendre ses droits. Quand ils laissent un endroit après leur passage, il est "intact", il continue de
vivre.
Faire du Haut Oyapock (réputé pour ne pas receler d’or dans son sol) un espace de promenade pour
surconsommateurs pollueurs soi disant "écologistes" parce que le reste de la Guyane est
définitivement condamné par le "développement", bradé aux extracteurs légaux ou illégaux, c’est ça
le projet ?
On ne peut plus se promener sur la Mana, sur l’Approuage, sur la Camopi sur le Haut Maroni et ses
confluents, sur tous les cours d’eau exploités par l’orpaillage parce que tous ces endroits sont
devenus insalubres, alors il ne reste plus que le Haut Oyapock ? Si vous voulez aimer cet endroit,
une seule chose à faire : ne pas y aller !
On parle encore de "diversification" alimentaire quand on demande aux Amérindiens de manger du
riz, des haricots ou des boîtes de cassoulet à la place du produit de leur chasse et de leur pêche (des
centaines d’espèces différentes). Quand va-t-on enfin valoriser leurs savoir-faire basés sur une
connaissance adaptée à leurs besoins naturels et à leur environnement ? Ils n’ont pas le droit de
vendre les produits de leur chasse, de leur pêche et de leur cueillette en zone coeur. Ca veut dire que
ce qu’ils sont capables de produire ne peut pas être reconnu par l’économie moderne. On reconnaît
juste ce que la culture des consommateurs bouffis est capable d’apprécier : artisanat folklorisé et
services pour touristes.
Bref on attend d’eux qu’ils accompagnent nos promenades et qu’ils se nourrissent des produits de
l’agriculture, de l’élevage intensif, destructeurs de leur environnement...
Palakasiwa Un observateur présent le 19 octobre 2006 à Trois-Sauts mapuitu-parc <@> yahoo.fr
Décembre 2006
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