Le racisme au quotidien et mon identité hybride Mai 2007 Par ...

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Le racisme au quotidien et mon identité hybride
Mai 2007
Par Sabrina Yoong
L’an dernier, j’ai suivi un cours sur les femmes, le racisme et le pouvoir qui avait
pour but de faire comprendre l’oppression étroite entre le genre, la race et les
dynamiques du pouvoir des différentes structures sociales. C’est durant ce cours
que j’ai pour la première fois entendu parler du concept de l’identité hybride.
On entend par identité culturelle hybride le fait d’appartenir simultanément à deux ou
plusieurs groupes culturels distincts. C’est un concept axé sur les conflits qu’une telle
identité peut créer, des conflits notamment entre la culture ancestrale et la culture
canadienne dominante; par exemple, hésiter entre porter des vêtements occidentaux ou
propres à sa culture, comme un sari ou le hidjab. Choisir entre son patrimoine culturel et
la culture canadienne dominante est une question d’identité complexe. Décider de
conserver ses origines culturelles ou de se fondre à la culture dominante, c’est risquer
d’être exclus par l’autre groupe alors qu’en réalité, on appartient aux deux groupes.
J’ai compris instantanément le concept de l’identité hybride, ma propre identité étant
doublement ethnique. Mon père est né en Asie du Sud-Est et a immigré au Canada à l’âge
de 18 ans pour faire des études universitaires. Ma mère, une blonde aux yeux bleus, a
grandi dans une petite ville de l’Ontario. Je suis donc à moitié blanche et à moitié
chinoise, mais entièrement canadienne. Cette identité me pose des défis complexes. Très
souvent, les gens ont à mon égard une attitude qui n’est pas volontairement raciste.
Avoir une identité ethnique ambiguë, c’est devoir s’expliquer souvent. Par exemple,
après quinze minutes de conversation avec une personne rencontrée pour la première fois,
celle-ci vous regarde et vous demande : « Euh, qu’est-ce que tu es exactement ? »
Perplexe, je me demande si la personne prêtait attention à ce que nous disions avant que
je lui réponde : « Un être humain ». Il est rare qu’une personne que l’on associe
facilement à un groupe ethnique se voit demander de s’identifier verbalement. Mais je
comprends. Notre esprit est constamment en train d’organiser et de catégoriser et c’est
pourquoi les personnes qui n’entrent pas dans une catégorie ou un groupe particulier
piquent notre curiosité. Souvent, après leur avoir expliqué mes origines mixtes, les gens
répliquent : « Je ne savais pas que tu n’étais pas blanche, c’est à peine si tu as l’air d’une
Chinoise » ou « Je savais que tu n’étais pas entièrement de race blanche ».
Je ne sais jamais quoi répondre à de tels commentaires. Habituellement, je souris ou ris
nerveusement et espère changer de sujet rapidement. Il est déjà assez difficile de savoir
qui je suis et ce que je veux faire dans la vie. Être constamment marginalisé dans de
multiples cercles culturels ne fait que compliquer les choses. Un commentaire du genre «
c’est à peine si tu as l’air d’une Chinoise » sous-entend qu’avoir l’air chinois est mal ou
que je suis chanceuse de « passer » pour une personne entièrement blanche. Ou que je ne
suis pas suffisamment chinoise et que je devrais faire quelque chose pour faire ressortir
ces origines. Si je ne fais rien, on croit que j’ai honte de mes origines chinoises et que
j’essaie d’amener les autres à croire que je suis entièrement blanche et à me voir ainsi.
À mon avis, l’une des plus grandes difficultés liées à l’identité hybride est dûe à la
croyance que les différences raciales sont nettes et que certaines ethnies sont supérieures
à d’autres. Même s’il existe des différences évidentes entre les cultures, les religions et
l’apparence des personnes partout dans le monde, j’estime qu’il est impossible
d’examiner ces différences sans tenir compte du contexte. Certaines personnes vivant
dans des communautés à prédominance occidentale ont honte de leurs origines non
blanches, mais il est important de comprendre le lien historique entre les différentes
cultures et la manière dont le pouvoir et l’impérialisme ont teinté la façon dont on les
compare et les perçoit.
Depuis toujours, les relations entre les groupes culturels sont tendues. Les lois et les
pratiques sociales favorisent souvent une culture au détriment d’une autre. Au Canada,
les Autochtones ont été mis de côté au profit des Européens. Ils ont été confinés à des
réserves puis à des pensionnats (même au 20
e
siècle) où on leur « enseignait » à devenir
semblables aux Européens chrétiens blancs. Le but des pensionnats était d’assimiler les
Autochtones à la société canadienne et reposait sur la croyance discriminatoire que la
culture européenne était supérieure (ministère des Affaires indiennes et du Nord
canadien). Les administrateurs scolaires avaient la tâche de faire disparaître la culture de
leurs élèves en leur interdisant de parler leur langue maternelle et en les forçant à se
convertir au christianisme. On reconnaissait qu’il y avait un lien profond entre la langue
et la culture et c’est pourquoi le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien
disait ceci des enfants autochtones dans un rapport en 1895 : « Tant qu'ils conserveront
leur langue natale, ils constitueront un peuple à part » (
Radio-Canada
). La croyance que
la culture européenne chrétienne était supérieure à la culture autochtone justifiait les
tentatives de faire disparaître l’identité autochtone.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, peu après les attaques du Japon contre Pearl
Harbour, le gouvernement du Canada a succombé aux pressions racistes et interné des
citoyens de descendance japonaise dans des camps de détention au pays. Soixante-quinze
pour cent de ces personnes étaient nées au Canada. En 1949, quatre ans après la fin de la
Deuxième Guerre mondiale, la majorité des canadiens-japonais internés étaient autorisés
à retourner en Colombie-Britannique, mais leurs propriétés et leurs biens avaient depuis
longtemps été vendus par le gouvernement sans qu’ils puissent en toucher le moindre
sou. De plus, parce qu’ils n’étaient pas considérés prisonniers de guerre, ils ont été forcés
de payer leur propre
internement
. Ce n’est qu’en 1988 que le gouvernement du Canada a
présenté des excuses officielles aux citoyens canadiens-japonais pour les injustices
commises, reconnaissant la discrimination qu’ils avaient subie 40 ans plus tôt.
Qu’est-ce que cela signifie pour mon identité ethnique, composée de la culture dominante
et d’une culture minoritaire? Je me retrouve souvent en conflit interne entre le racisme
qui a favorisé dans le passé la moitié de mes ancêtres et oppressé les autres. Comprendre
l’oppression et le racisme tels que pratiqués dans le passé m’évite de perpétuer la
discrimination et me porte à respecter ceux qui ont été victimes d’intolérance. Parfois,
lorsque je pense aux catégories raciales rigides qui distinguent les ethnies et les cultures,
je me sens comme si je n’avais ma place nulle part. D’autres fois, je perçois mon identité
hybride comme un symbole d’harmonie raciale, un témoignage vivant que les gens sont
capables de voir au-delà des différences ethniques, culturelles et religieuses.
Personne ne devrait avoir à cacher ses origines ethniques, culturelles ou religieuses. Ce
n’est qu’après avoir compris ce qu’a été la discrimination dans le passé que nous
pourrons en venir à bout; les initiatives favorisant la diversité et le multiculturalisme sont
un bon départ. Mais il incombe à chacun de nous de faire disparaître l’idée que certaines
ethnies ou cultures sont intrinsèquement supérieures à d’autres et de reconnaître qu’il
existe des personnes, comme moi, qui ne correspondent pas vraiment à une seule
catégorie. Soyons fiers de nos origines et respectons la diversité en nous et dans notre
communauté.
Liens
Citoyenneté et immigration Canada
Archives de Radio-Canada
Intermix: All the News and Views of the Mixed Race
(en anglais seulement)
Japanese Canadian History
(en anglais seulement)
Site Web du gouvernement : Historique du droit de vote
(en anglais seulement)
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