Magazine de la communication de crise et sensible n°14

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Magazine de la communication de crise et sensible n°14

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Ma azine de la communication de crise et sensible
 
                                     Magazine de la Communication de crise et sensible -Vol. 14 -Supplément estival– juillet 2007  www.communication-sensible.com  Editeur : Observatoire International des Crises (OIC) - Dépôt légal : juin 2007    
 
Supplément   estival
« Jonathan Livin stone » fractale et timbre collé
    Vol. 14 - Supplément - Juillet 2007 – p 2/49         up  A lheure où nosplément ? pensées vagabondent, nous avions envie de nous reposer dans des ailleurs, loin des problématiques de crise.  Malheureusement pour nous, nos auteurs désintéressés des dommages collatéraux sur nos insouciances nous ont envoyé en guise de carte postale dimpressionnants articles entre mai et juin. La tentation de les abandonner avec nos pullovers en attendant des désirs dhivers fut grande, croyez moi. Cest aussi parce que ces articles sont de fond que nous avons décidé de ne pas attendre et de créer ce numéro spécial nommé « 2 » afin de marquer son territoire.  aNuet esuar ludoen s trodiso nacr ticplaess  Tqhuiie rrdye vPraoirteanl, t  www.fantasyfestivals.comButterfly love – Fantasy -vous passionner. Notons quà lheure de la société hypermoderne, Thierry Portal ouvre ce numéro avec un point de vue historique et philosophique des crises dans un surprenant article consacré à Marc Aurèle. Lextrême fragilité des entreprises est superbement abordée parCatherine Ma-lavaletRobert Zaraderqui décryptent laffaire Lu avec acuité. Vous lisez ces li-gnes en entrainant vos doigts de pied à parfaire leur éventail ?Sébastien Jar-dinnous met en garde : oui, les crises sont prévisibles, linsouciance séloigne un peu plus de nous... Malgré quelques réclames et conseils mercantiles dusage, nous ne vous abandonnerons pas sans une note de lecture prodiguée par le lecteur attentif questThierry Libaert nous avons décidé de ne pas être. Enfin, les seuls stakhanovistes estivaux et de vous appeler à vos plumes pour notre prochain numéro consacré à la perception. Nhésitez donc pas à nous faire parvenir vos articles.  Bonnes lecture et découverte du    
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 Vol. 14- Supplément de juillet 2007 – p 3/49
           Du pouvoir en situation extrême. Lexemple de Marc Aurèle Par Thierry PORTAL  Laffaire LU : autopsie dune crise dun nouveau type Par Catherine MALAVAL et Robert ZARADER  Affaires, scandales et grandes causes. De Socrate à Pinochet - Livre Note de lecture de Thierry Libaert  Prévenir les crises dimage et de réputation de lentreprise : les alliances de po-sitionnement stratégique Par Sylvianne VILLAUDIERE et Thierry PORTAL  Vision business globale et équation importance-urgence : une méthode pour mieux diffuser les signaux dalerte Par Sébastien Jardin  La construction du risque dopinion Par Thierry Portal  En bref, Par Didier Heiderich           !"  Supplément estival – Juillet 2007  www.communication-sensible.com © 2007 - Tous droits réservés – – juillet 2007MCCS n°14    Edité par lObservatoire International des Crises (OIC) Association loi 1901 - 11, rue Jean-Baptiste Guillot - 19460 Naves (France)  Directeur de la publication et rédacteur en chef Didier Heiderich  Comité de rédaction : .Thierry Libaert, éditorialiste et directeur scientifique de lOIC .Christophe Roux-Dufort, directeur des relations internationales de lOIC  ISBN 2-916429-10-7 EAN 9782916429106 Dépôt légal juin 2007    Téléchargez gratuitement les 13 numéros du magazine de la communication de crise et sensible depuis :  http://www.communication-sensible.com/CCCnewsletter/ 
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 Vol. 14- Supplément de juillet 2007 – p 4/49
      #   $% &$ #   '  ParThierry Portal   
aint AUGUSTIN, GIBBON, TOYNBEE et tous les auteurs qui ont une vision apocalyptique de lhistoire font correspondre la décadence et la chute de lEmpire romain avec le règne du plus magnanime de ses gouvernants. Marc Aurèle était en effet à la tête dun territoire qui, sétendant des Carpates au Sahara, de lÉcosse à la Perse, vit apparaître les premiers symptômes dune crise qui fera vaciller lEurope sur plus de trois siècles : cest le début du passage dun empire se voulant universel et parvenant jusquici à maintenir en paix son immense territoire à un univers qui implose, prémices du monde médiéval. Cette période de délite-ment sachèvera par létablissement des royaumes germaniques en Occident, et la genèse de lempire byzantin en Orient.  Cette immense mutation se fit, non par une crise unique, mais à travers une succession de crises, depuis celle (entre 166 et 180) qui, à la surprise de tous, ré-véla sous Marc Aurèle la faiblesse de lEmpire face aux premières menaces barbares sur le Danube. Son règne fut donc marqué par la recrudescence des guerres sur tous les fronts : l'empereur philosophe, converti au stoïcisme, passera son temps à tenter de colmater les brèches qui s'ouvraient dans les frontières d'un Empire immense et attaqué de toutes parts. Or, loin de nêtre que le spec-tateur impuissant du déclin et de la chute de lunivers antique classique, Marc Aurèle (et certains de ses successeurs) sut, grâce à dénergiques réactions et à des mutations qui étaient de judicieuses réponses à la crise, assumer la gesta-tion difficile mais féconde dun monde nouveau.
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 Vol. 14- Supplément de juillet 2007 – p 5/49  Marc Aurèle a su transmettre à la posté- Pour résumer, le stoïcisme veut aboutir rité, dans ses « Pensées pour moi-même à nous faire éprouver du dedans ce », les hésitations dun homme, parvenu principe selon lequel la loi du monde au sommet dun pouvoir absurde et à est en même temps notre propre loi. la veille de senfoncer dans la catastro- Cest une loi que nous devons vouloir phe (au sens de René THOM), sur lequel nous mêmes pour trouver notre plein la plupart des historiens sentendent équilibre intérieur. Cest la première fois pour louer la grande rigueur morale. La que cette définition de la liberté était fascination quexerce dailleurs encore ainsi proposée dans lhistoire de ce grand personnage historique sur la lhumanité, celle-ci permettant de faire pensée occidentale tient en effet non coïncider la volonté subjective avec la seulement de sa sagesse mais aussi du nécessité de lexistence de lhonnête contexte cataclysmique qui la vu naî- homme, prince ou esclave. tre. De fait, lauteur propose de dé- nouer les tous premiers fils – du moins les liberté ne consiste donc pas« La plus visibles - dune étroite relation quià introduire dans le réel des va-unit depuis bien longtemps, dans linconscient collectif (et particulière-riantes qui nous soient propres ment dans celui des décideurs),ma, ise  niaerrseminve à fent,ér ud e loi llae ndforo p lempereur philosophe romain Marc Au-e neouf qoesstrètement rèle au gouvernement des hommes en la dansde compl situation extrême.loi de notre volonté. »  Il sagira donc ici de tirer quelques en-seignements philosophiques majeurs en plusieurs étapes : en partant du rap- La liberté ne consiste donc pas à intro-pel des principes de la pensée stoï- duire dans le réel des variantes qui nous cienne en général et aurélienne en par- soient propres mais, inversement, à faire ticulier (I), lauteur propose de survoler en sorte que la loi profonde du réel se certains précieux apprentissages en fonde complètement dans la loi de no-matière de gestion de crise, tirés des tre volonté. Cette liberté suppose donc écrits même de lempereur philosophe lintelligence du cosmos, la compré-(II). hension de la loi qui gouverne le  monde. Elle est à la fois explication sur  Les questionnements fondamentauxle plan intellectuel, transformation de dans le stoïcisme de Marc Aurèlesur le plan moral, éducation de lasoi volonté. A partir du moment où vous  Lintérêt du propos est ici de compren- avez compris que ce qui arrive ne peut dre la nature du stoïcisme au travers pas ne pas arriver, il nest plus question des éléments philosophiques le consti- pour vous de choix ni doption. Marc tuant pour aborder, ensuite, la pensée cAuersètl eà  pdiarrele rda e luci-etmteê mpeo ssdibihlitaér monaide-, particulière de Marc Aurèle. d' joindre aux manifestations incertaines  Du stoïcisme en général : Le stoïcisme de l'existence individuelle ou collective est principalement une morale, ou lest un équilibre menant à une part relative devenu au fil du temps. A sa fondation de stabilité, nous laissant alors la possibi-par Zénon de Cittium (-322/-264), il est lité de comprendre la nature et de ré-déjà un système philosophique conçu fléchir sur notre conduite. dans une période de crise politique sans précédent dans le monde grec, Quanord mléesm setnoït ciàe lnas  naaptpurelel e»n, t ilsà  l«a isvsievrnet  bâti sur li'dée qui'l faut opposer à l'hété-conf ronomie politique l'autonomie d'une vie leénteénnderem enquil vouflaoiur.t  Maisa lcac ecpotmer- morale équilibrée, et donc substituer à v t et le la question du politique celle de la mo- préhension dun finalisme cosmique ou rale et de l'action droite. dune volonté de destin supposent linterprétation de lhomme et Magazine de la Communication de Crise et Sensible / www.communication-sensible.com   © 2007 Editeur : Observatoire International des Crises -
 Vol. 14- Supplément de juillet 2007 – p 6/49 le dépouillant de toute vanité, de toute passion qui lécarterait de la droite rai-son (…) de tout mécontentement contre la part que ta attribuée le sort ».  Dune manière plus globale, Marc Au-rèle sefforça de se remémorer le but fondamental de la vie : laccord avec la nature, cest-à-dire la Raison sous ses trois modes : la raison intérieure au cosmos, la raison intérieure à la nature humaine, la raison intérieure à lindividu humain. À la suite dÉpictète, Marc Au-rèle définit à plusieurs reprises (par ex. VII, 54) ces trois aspects de la vie philo-sophique : critiquer nos propres repré-sentations pour ne juger que confor-mément à la raison qui est en nous ; agir avec justice à légard des autres hommes conformément à la raison im-manente au corps social ; et accepter avec amour les événements que nous impose le destin, en nous conformant à la raison immanente au cosmos.  Si la philosophie stoïcienne de Marc Au-rèle exprime une certaine forme de ré-signation face à la marche du monde (à laquelle, à lévidence, elle ne peut être réduite), elle est aussi une philoso-phie du volontarisme et de laction : « Tant que tu vis, tant que cela test per-mis, améliore-toi ».
 lexercice de sa volonté. Lévénement nest pas seulement figure de destin : cest la liberté qui se porte au-devant de ce qui menaçait de la contraindre et cest en cela que consiste la coopé-ration avec le destin. Contre toute fata-lité absolue, la reconnaissance de laction de lhomme saffirme dans sa manière duser de la providence.  Du stoïcisme de Marc Aurèle en parti-culier : Ce qui fit le succès spécifique de lœuvre de Marc Aurèle à travers les âges fut, précisément, son universalité : il sagit dun effort sans cesse renouvelé pour se libérer des préjugés courants, du point de vue égoïste et individuel, et pour se replacer dans la perspective du cosmos et de la raison universelle. À travers des phrases courtes et des rai-sonnements simples qui font appel à notre bon sens, Marc Aurèle nous inter-pelle directement et nous fait réfléchir sur nous-mêmes, nous donne un guide de conduite pour faire face aux évé-nements de la vie. Sa hauteur de vue est telle que les problèmes ne sont pas résolus, mais transcendés.  Pris dans les tourmentes de lexercice du pouvoir, lempereur se livra à un examen de conscience quotidien, au cours duquel il dégagera une artillerie de maximes qui sont autant de règles de conduite inspirées par la philosophie stoïcienne : détachement par rapport à la mort, acceptation du sort comme lexpression dune nécessité, refus de la démesure dans le comportement quo-tidien. Car la morale stoïcienne est aussi un système de protection. Elle ressem-ble beaucoup à ce que nos psychiatres appelleraient aujourdhui un ensemble de mécanismes de défense du moi. Cest du moins sous cette forme un peu caricaturale que le stoïcisme fut sou-vent trop brièvement représenté, luttant contre lanxiété intérieure, langoisse diffuse et linstabilité permanente, fruits inévitables de lincertitude de lexistence. A tout homme qui souhaite être heureux et pieux, Marc Aurèle ré-pond : « faire œuvre dhomme ». Quil soit esclave ou empereur : « Tu y arrive-ras si tu fais chacun de tes actesMarc Aurèle (121-180) comme si cétait le dernier de ta vie, en Magazine de la Communication de Crise et Sensible / www.communication-sensible.com   © 2007 -Editeur : Observatoire International des Crises
 Vol. 14- Supplément de juillet 2007 – p 7/49  De lapport de Marc Aurèle à lagné. Un moment, grâce à lui, le monde a été gouverné par lhomme le meilleur gestion de crise : une sagesse de laction (Marcet le plus grand de son siècle. » Aurèle ou la fin du monde antique).  Certes, il y a eu dautres philosophes  cou ui ont rencontré Si Marc Aurèle tourne et retourne sans diffircoulntnéés sdqans le gouverne mleesn t pidreess  fin dans sa tête lénigme de lêtre, er-hommes et des évènements : Alfred le rant dans le labyrinthe de la vie, on Grand, Frédéric II, Saint Louis, ou Frédé- trouve aussi dans son œuvre dautres ric le Grand. Mais, soit leurs pouvoirs pépites toutes aussi intéressantes pour étaient limités et leur royaume livré à la celui qui sinterroge sur lexercice du it leur oso pouvoir en situation extrême, à savoir spaeurnviacigeeurisee;.  sMoarc Aurèplhei lest lpeh isee ulé tqauiti  lexamen de conscience et la prépara-sut exercer lautorité su r tion intérieure aux difficultés : « Ai-je civilisation simultanémenptêémpae nsouuri eu neet  gardé mon calme, aujourdhui? - Ai-je  en crise tout en dévelo ant un résisté au désespoir? - Ai-je accepté sée philosophique de ppportée eu npiveenr--l Lorad rme odrtu  ejot ulre  qmuael hmeeu r dimcet afito lnat- irlsé raleitcéu?- selle. Quels enseignements modernes -peut-on tirer de sa sagesse antique sur ler ? ». le registre du pouvoir en situation ex-trême ? Loin des premiers stoïciens comme Epic-tète, Marc Aurèle lutte contre lui-même  Du principe de laction et de la néces- pour réaliser cette introspection dans saire humilité : si les conflits qui maintin-upneeu t sapgareasîstree  eaffrreocgtiavet.  eAtu tbaonutf fiÉ pdiec tsèotne  rent Marc Aurèle longtemps loin de n Rome entravèrent considérablement savoir, autant Marc Aurèle est touchant son œuvre de politique intérieure, il d humilité lorsquil sefforce de recon-nen fut pas de même de ses réflexions rnaanîtcree  seds élcah edcosc. trDinereri èsrteo ïlcai emnnâlee  àa sslua--récurrentes et de son observation des e êtres humains et des situations auxquel-qguese lldee  Mfidarécli téA, usreè led isdsiomnunlee  utonues  altetsit ugdae- les ils se trouvent confrontés. différente face à la vie, une attitude  Un homme daction a souvent du mal à plus recueillie, proche de prendre du recul lorsque les responsabi- l existentialisme, dans ses formes les plus lités et les soucis accaparent lesprit. Le angoissées. sage, quant à lui, a tendance à être à Car M Aurèle souligne tout au long lécart de la vie et peut devenir un de ses aérccrits les plus hautevaleurs de animal 'métaphysique. Marc Aurèle ne l'être humain : sagesse, juss tice, f fut ni lun ni lautre, ou peut-être les morale et teménce. L'originalitéo rdcee  deux à la fois. Son statut dempereur p ra donna à son style un ton humain qui son œuvre réside dans le ton personnel apporte une dimension extraordinaire à qui témoigne d'une attention aiguë à son œuvre, et que lon retrouve dans là'u-rdgireen cviev red ed i"gvinverem epnotu rd laen sb iuen", cn'edste- peu douvrages dautres grands pen- n mo seurs. Cest pourquoi Gustave THIBON pcloeimn plidr es otnr oruôbllee s,d 'hà l'urgences edss'aecur- écrivit que Marc Aurèle était un « maître omme pos à vivre, non à penser ».  Ainsi, la philo-gde'unnc e" gpéoniuer  siitnuteérri leau rr"a is: ofno remt éel edvie'nr tselli-sophie de Marc Aurèle fut mise à on lépreuve et lempereur resta un pen-jguegre. mLean t,p rséurctaoruitt é end esi tul'aetxiiostne ndce e dahnu--seur alors que son devoir de gouverner eût pu len détourner. On peut même lma aimneé, mlao ifrue gaqcuii tée dnug ltoeutmispsse ncto tmomuse  ldees  penser que cette philosophie lui servit de guide et quelle le fit régner sur son ehto lmames, t;g rlaa npdse tioteu sspee tditse,  ld'haonms ml'oeu belti  empire. RENAN écrivit dailleurs qu « de la  tmeorrre dans li'nfini del'univers : tels avec Marc Aurèle, la philosophie a ré- sont les grands thèmes de la philoso-Magazine de la Communication de Crise et Sensible / www.communication-sensible.com   © 2007 -Editeur : Observatoire International des Crises
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