UN CERTAIN ANTI-AMÉRICANISME : UN RACISME CERTAIN

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UN CERTAIN ANTI-AMÉRICANISME : UN RACISME CERTAIN

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Un certain anti-américanisme :
un racisme certain
Guy Dhoquois et Régine Dhoquois-Cohen
Quand nous faisons le plus difficile, avons-nous encore
accès au plus simple ? Quand nous argumentons de façon
justifiée contre les Etats-Unis d’Amérique, ne faisons-
nous pas le jeu d’un racisme nouveau, l’anti-américa-
nisme, qui étale des préjugés et se passe de tout raisonne-
ment digne de ce nom ?
I
nnovation sémantique, l’expression anti-américanisme est
devenue un mot commun, le seul racisme communément admis.
Les Américains étaient de «grands enfants». Aujourd’hui ils nous
dicteraient de plus notre comportement, nous imposeraient leur
«malbouffe», inonderaient le monde de leur culture audiovisuelle,
«bombarderaient des peuples sans défense». La conclusion est
logique : le 11 septembre 2001, ils ont eu «ce qu’ils méritaient».
Tout racisme s’enracine dans le biologique. Les Allemands étaient
d’infects mangeurs de choucroute, les Italiens des macaronis. Les
Américains nous imposent leurs hamburgers et leur coca-cola.
N’oublions pourtant pas que nul n’est tenu à ce genre de consomma-
tion.
Les Etats-Unis sont le leader actuel de cette «civilisation occiden-
tale» qui a maltraité et brutalisé les peuples de ce qu’on appelle le
Tiers-Monde, les a privés de leur avenir autonome au nom d’un
universalisme qui ne serait jamais que celui de l’Extrême-Occident.
Depuis la disparition sans gloire de l’Union Soviétique en 1991, les
Etats-Unis sont la seule «super-puissance». D’eux viendrait tout le
mal, principalement et symboliquement en conséquence de leur
soutien inconditionnel à Israël, y compris dans son expansionnisme,
en négation de toute loi internationale. Beaucoup de personnes en
France, dans toutes les couches de la population et plus particulière-
ment à l’extrême gauche, font objectivement des Etats-Unis le grand
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Satan.
La raison est critique. On a le droit de critiquer les Etats-Unis. Vers
1970 ce fut même un devoir. Le général de Gaulle avait déclaré qu’il
est «
inadmissible qu’une grande nation en bombarde une petite
». Les Etats-
Unis se livraient à une agression mille fois condamnable contre le
Vietnam, pays qui cherchait selon ses moyens à assurer son indépen-
dance. C’est la seule guerre qu’ils aient perdue de fait. Ils soutenaient
en Amérique Latine des dictatures plus atroces les unes que les autres.
Les Etats-Unis ont souvent mené une politique dangereuse, voire
criminelle. Mais une recette inusable du racisme est l’amalgame. On
met sur le même plan tous les bombardements américains. Etait-il
répréhensible de bombarder l’Allemagne nazie ? Tout est discutable.
Est-il incompréhensible que des frappes techniques sur la Serbie aient
rendue possible la liberté du Kossovo, pays musulman ? Ajoutons que
ce sont les Yougoslaves qui se sont débarrassés de Milosévic et que
Saddam Hussein est toujours au pouvoir à Bagdad.
Les Etats-Unis, même limitant leur force, sont si puissants qu’ils en
sont pesants. Ils jouent à l’éléphant dans le magasin de porcelaine.
Quand les Etats-Unis éternuent, le monde s’enrhume. Faut-il pour
autant remplacer la saine critique rationnelle par un anti américa-
nisme a priori qui devient, faute d’être réflexif, réflexe, stéréotype,
préjugé ?
Tout est question de méthode. Certaines conclusions peuvent être
semblables, mais il y a un abîme entre l’analyse critique des contra-
dictions, l’histoire argumentée des raisons, des contextes, et la
condamnation a priori, sans appel, sans discussion, d’un peuple,
d’une nation, de ses citoyens.
Toute condamnation a priori d’êtres humains est un racisme, au
moindre mal une xénophobie. Un grand nombre de personnes qui se
croient de gauche utilisent pour les Etats-Unis des termes d’une rare
goujaterie qui sont construits structuralement sur le modèle trop faci-
lement oublié de la «ploutocratie anglo-saxonne» des nazis.
Dans le brouhaha actuel on n’entend guère d’analyses à la fois scien-
tifiques et militantes du type de celles de Lénine. Tirons une définition
simple de l’impérialisme des ouvrages de Boukharine,
L’Economie
mondiale et l’impérialisme
(I916) et de Lénine,
L’Impérialisme, stade
suprême du capitalisme
(1917) : l’impérialisme, apogée et dernier stade
du capitalisme, est fondé sur la prééminence du capital financier et
des multinationales. Ce système est mondial.
Face à une telle ampleur, inébranlable depuis près de cent ans, il est
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anecdotique et vain de se contenter de condamner tel ou tel pays
suivant les circonstances. Il est même inutile de s’en prendre aux
riches comme s’il suffisait de prendre leur place. N’oublions jamais
que les opprimés d’aujourd’hui sont les oppresseurs de demain, peut-
être pires, si le système inégalitaire n’est pas renversé. Ne sombrons
pas dans l’angélisme.
Est-il besoin de rappeler que les pays riches, dits du «Nord»,
comportent de nombreux pauvres et que les pays pauvres du «Sud»
ne manquent pas de riches ? L’opposition fondamentale passe entre la
bourgeoisie et le prolétariat à l’échelle mondiale, mais beaucoup de
prolétaires se contentent des «miettes» de l’impérialisme et beaucoup
de bourgeoisies dites «nationales» ne sont pas rassurantes pour
l’avenir de leur propre pays.
L’impérialisme est un adversaire particulièrement redoutable. Il est
peut-être le stade final du capitalisme, stade qui a de grandes chances
de durer un certain temps. Il ne suffit pas de diagnostiquer une
maladie pour faire disparaître celle-ci. Il ne suffit pas de piaffer sur
place en criant «A bas le grand capital !» pour ébranler celui-ci.
Historiquement les vraies, les grandes révolutions sont rares. Le
plus souvent on s’accommode d’un système social que l’on hait, parce
qu’il est irremplaçable. Il n’est particulièrement pas remplaçable par
une société meilleure. A la suite de Lénine, l’
URSS
a essayé de mettre en
place un système différent. Hélas ! il a suscité des monstruosités, a
connu une fin piteuse. Il est nécessaire de ne pas reproduire les mêmes
erreurs, ce dont certains militants, faute de changer leurs schémas de
pensée, ne sont pas capables. Trop rares sont les conséquences intel-
lectuellement positives de l’autodestruction de l’Union Soviétique.
La critique est aisée, ce serait bête de s’en priver. Critiquons la
superpuissance des Etats-Unis, fer de lance, clef de voûte de l’impé-
rialisme. Mais la critique a ses règles et ne doit pas s’arrêter à sa faci-
lité. La critique doit même être d’abord critique de soi-même. Elle doit
ensuite se reconnaître insuffisante tant qu’elle ne propose pas les
moyens fiables, réalistes de la guérison.
En quelque sorte, il s’agit de guérir la maladie sans tuer le malade,
du moins sans aggraver son état général. Par une curieuse aberration,
on a vu de charmants camarades, des âmes plaisantes, soutenir
l’Argentine des militaires, effroyable tyrannie, contre la Grande-
Bretagne dans l’affaire des Falklands. On en a vu d’autres ou les
mêmes être gaillardement favorables à l’Irak de Saddam Hussein au
moment où celui-ci était le fauteur de pas moins de deux guerres
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considérables, l’une contre l’Iran, l’autre ensuite contre le Koweït.
Par excès non contrôlé d’anti-américanisme et plus largement
d’anti-occidentalisme, de bonnes âmes s’accommodent volontiers de
régimes de type fasciste qui sont surtout éprouvants, il est vrai, pour
les populations qui les subissent. Le problème est certes ancien. Les
Egyptiens Nasser et Sadate ont fait partie un temps des «chemises
vertes» par haine de l’occupant britannique. Certains membres du
FLN
algérien de 1954 avaient eu des sympathies pour l’Allemagne pendant
la guerre mondiale. Saddam Hussein a fait publier en Suisse un livre
en allemand intitulé
Unserer Kampf
. Le problème est complexe. Le pire
est de ne pas voir de problème.
L’impérialisme mondial suscite des contradictions multiples, dont
des sub-impérialismes locaux. Par amour de la paix, par refus des
fausses solutions et des mauvaises causes, il n’est pas mauvais de se
souvenir de principes simples, par exemple qu’à la suite lointaine de
Kant, la charte des Nations Unies interdit à un Etat membre d’en
annexer un autre. Souvent une mauvaise paix vaut mieux qu’une
bonne guerre qui de plus détourne de l’essentiel, la lente constitution
de l’humanité.
Certaines belles âmes en France, chrétiennes ou d’origine chré-
tienne, ont échangé un paternalisme de droite pour un paternalisme
de gauche. Elles se penchent avec commisération sur le Tiers Monde,
mais méprisent toujours ces pauvres gens condamnés au crétinisme
politique et à des régimes débiles. Friandes de droits pour elles-
mêmes, elles en excluent des peuples entiers. Férues d’affirmations
péremptoires, elles ne discutent qu’à l’intérieur de présupposés qui
eux ne sont pas discutés.
On devine chez certains un anti-sémitisme pour le moins rampant
ou un amour exagéré de la force et de la violence, plus proche de
Machiavel que de Marx. Même si tout est rapport de forces, beaucoup
de ces rapports de forces se présentent de façon pacifique.
Aucune attitude humaine n’est pure. Le pire est que la pureté soit
érigée en principe par transfert de l’impureté sur un bouc émissaire.
Ce vieux procédé est toujours efficace et toujours condamnable. Les
Etats-Unis n’ont pas le monopole de l’impureté. Trop de gens soi-
disant de gauche sont racistes par anti-racisme. L’essentiel est de ne
pas être raciste du tout.
Rousseau disait que l’histoire humaine est celle de l’inégalité crois-
sante entre les hommes. Pour l’instant rien n’a bloqué ce processus. Il
est la cause primordiale des maux principaux qui affectent
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l’humanité. Il crée et recrée des pôles de richesse éhontée d’un côté, de
pauvreté terrifiante de l’autre. Sous sa forme contemporaine de l’im-
périalisme, il doit être notre obsession.
La situation est si grave que nous sommes tous potentiellement des
impérialistes. Nous ne pouvons pas manger une banane ou acheter
une paire de chaussures sans être complices du réseau mondial de la
marchandise. La lutte contre la «globalisation» ne peut être que
mondiale, constitutive de l’humanité en elle-même. Il est nuisible de
s’appuyer pour des raisons fumeuses sur un fanatisme religieux ou
un fascisme local.
Il y a des contradictions au sein des peuples et entre les peuples. Il
ne s’agit pas de rajouter a priori de la haine à la haine. Notre but doit
être la paix et non la guerre pour laisser toute sa place au seul combat
qui vaille, celui de l’humain. Mais il n’est pas question pour autant
d’être des moutons tendant leur cou au couteau des bouchers. Nous
sommes pacifiques, nous ne sommes pas pacifistes à tout crin. La lutte
est inexpiable contre les fanatismes divers. Notre objectif est la civili-
sation et non la barbarie, même si elle offre un visage humain.
Les Etats-Unis sont La superpuissance dans tous les domaines, ce
que l’Union Soviétique n’a jamais été. Il est vain de le leur reprocher
à moins de vouloir rejoindre la horde sans fin des envieux, des grin-
cheux, des frustrés, bref, des esprits négatifs. La coalition des
médiocres ne souhaite qu’une liberté, celle de la médiocrité.
Il est toujours bon de revenir à Marx. Celui-ci disait que «
la nation
la plus industrialisée montre leur avenir aux autres
». C’est ce que font les
Etats-Unis, pour le meilleur et pour le pire. C’est à nous tous de trier
et d’avertir. L’anti-américain moyen, étendant ses facultés de mépris,
ne pense pas que le bon peuple en soit capable. Etalant ses incohé-
rences, il ne rejettera pas pour autant son micro-ordinateur.
Evitons que certains d’entre nous par confort intellectuel se fassent
les fourriers d’un totalitarisme quelconque, éventuellement gluant,
visqueux et hypocrite. Tel a été souvent le cas. Ce qu’il y a de positif
dans cette misère, c’est que même les anti-américains ont du mal à
accuser les Etats-Unis de totalitarisme à moins de se cantonner dans
la marchandise qui malheureusement pour eux est universelle, plané-
taire. Les meilleurs opposants aux Etats-Unis se trouvent aux Etats-
Unis eux-mêmes. Certains des pires aussi. Ils s’expriment librement.
Quand on est anti-américain, il vaut mieux se boucher les yeux et les
oreilles, refuser les musiques, les films, les livres qui viennent
d’Amérique et qui sont pour une bonne part ceux de notre temps. Les
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anti-américains ont le droit de ne pas écouter de jazz ou de ne jamais
voir un film du cinéma indépendant des Etats-Unis. Tout n’est pas à
rejeter dans Hollywood ou la musique dite de variétés. Et de quel
droit s’ériger en censeur des goûts des autres ?
Nombre d’anti-américains se plaignent hypocritement de ce que les
Etats-Unis ne soient pas un grand leader spirituel. Ceci montre
d’abord qu’ils ressentent le besoin d’un tel leader. Pourquoi pas d’un
gourou ? Ceci montre ensuite qu’ils veulent ignorer que le monde
entier s’est en définitive coalisé pour construire les Etats-Unis
d’Amérique.
Ils commencent par oublier que les Etats-Unis sont issus de l’ère des
révolutions qui a commencé de métamorphoser l’Europe aux XVIIe et
XVIIIe siècles. Leurs libertés sont d’origine britannique. Elles provien-
nent aussi des Lumières européennes. Nous ne sommes malheureu-
sement pas sortis des Lumières. Elles sont insuffisantes. Pour le
moment nous ne sommes pas près de dépasser ce stade historique.
Les Etats-Unis sont une grande Nation, la seule à s’être bâtie et à se
perpétuer autour de sa Constitution. Leur démocratie est tragique-
ment insuffisante. C’est un moindre mal, qualitativement supérieur à
toute tyrannie, à tout despotisme. Marx, soutenant l’action du prési-
dent Lincoln, le savait bien.
Comme le proposait Lénine, il faut savoir «
analyser concrètement une
situation concrète
». Ceci signifie ne pas confondre les phénomènes et
les épiphénomènes, l’essentiel et l’accessoire, les structures et les
conjonctures. Ce qu’il y a de commun entre Bush et Ben Laden, c’est
l’argent. Notre adversaire ultime est l’argent sous la forme de la
marchandise. Le monstre est gigantesque, d’autant plus qu’il
comporte des rationalités et des aspects positifs. Ce n’est pas une
raison pour ne rien faire, encore moins pour se tromper de combat.
Issus des Lumières, les droits de l’homme ne sont pas un obstacle au
développement, au mieux une utopie lointaine. Ils sont la condition
du développement, ce que beaucoup d’anti-américains piétinent allé-
grement. Ils sont le seul rempart à ce jour contre les abus que le capi-
talisme comporte en lui-même. Ils sont l’antidote dont le capitalisme
en lui-même a besoin : Etat de droit, sûreté des personnes et des biens,
liberté d’opinion, même religieuse. De jeunes pays hyper-capitalistes
méprisent la liberté d’expression, par exemple la Malaisie musul-
mane, le Singapour chinois. Ils montrent ainsi les limites de leur crois-
sance.
Les droits de l’homme, de l’être humain, donc de la femme. Plus une
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nation est développée, plus elle respecte les droits de la femme.
Nombre d’anti-américains ignorent scandaleusement la moitié de
l’humanité. Les Etats-Unis vont dans le bon sens, même si l’on peut
toujours y craindre des revirements réactionnaires.
Système mondial, le capitalisme sous sa forme impérialiste ne peut
être dépassé que par un autre système mondial, le socialisme véri-
table, à ne pas confondre avec le défunt «socialisme réel» à la Brejnev.
Tant qu’il ne peut pas l’être, il est délétère d’espérer une grave crise
mondiale qui, en dehors des misères accrues pour les pauvres et les
pays pauvres, ne renforcerait actuellement que les nationalismes et les
fascismes.
Le prolétariat mondial existe, mais, faute d’alternative actuellement
crédible au capitalisme, il doit s’éduquer dans les luttes, dans le sens
de la lutte internationaliste, mondialiste, ce que souhaitent la majorité
des collectifs qui sont mal nommés : anti-mondialisation, car ils sont
en fait anti-globalisation. Comme d’habitude, le prolétariat a tout à
perdre dans la chiennerie des nationalismes et des fascismes en tous
genres.
On peut critiquer les droits de l’homme quand leur formulation est
imparfaite, quand leur application est hypocrite. On n’en critique pas
le principe. L’auto émancipation de l’humanité souhaitée par Marx
passe par l’extension, l’accomplissement des droits de l’humain, et
non leur réduction, encore moins leur négation. L’anti-américain parle
déjà d’utopie ? Non, il s’agit d’un idéal qui n’est pas encore réel.
L’idéal est une boussole qui indique un point cardinal. Il ne prétend
pas qu’il soit atteint, ni même qu’il soit atteignable.
Voilà l’universalisme, le vrai, le seul. Le fait que l’Occident ait aidé à
sa naissance n’en fait pas le propriétaire. Cet universalisme appartient
à toute l’humanité grâce à ses principes d’égalité en droits, de liberté
et de laïcité. Il garantit à tous la tolérance envers les croyances et les
cultures. L’histoire humaine est horrible. N’ajoutons pas l’horreur à
l’horreur. Il ne faut surtout pas qu’il y ait choc des civilisations, encore
moins guerre. Ce serait un suicide pour la civilisation elle-même.
Parlons plutôt dialogue et compréhension réciproque. Il n’est pas
question ici d’utopie meurtrière.
Une fois débarrassés des simplismes éhontés de l’anti-américanisme
primaire, sommaire, viscéral, forme post-moderne de racisme, nous
pourrons enfin critiquer librement et rationnellement les Etats-Unis
d’Amérique comme nous critiquons nos propres sociétés.
Il y a du travail, on a même l’embarras du choix : le maintien de la
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peine de mort dans bon nombre d’Etats des Etats-Unis, l’inflation de
la population carcérale, au détriment en particulier de la minorité
noire, victime de la perpétuation du racisme, le culte de l’argent, accru
par les frais scolaires et l’absence d’assurance sociale généralisée, l’in-
suffisance des mesures en faveur de l’environnement, le conserva-
tisme réactionnaire d’une partie importante et influente de la popula-
tion, le retour public au pouvoir du lobby militaro-industriel derrière
Bush, le serial-killer légal en tant que gouverneur du Texas.
Tout ceci s’argumente. Il ne s’agit pas de confondre l’ensemble du
peuple américain avec les aspects les plus contestables de sa société. Il
reste abominable que certains anti-américains aient jubilé devant les
attentats du 11 septembre sous prétexte que l’arrogance des Etats-
Unis en sortait affaiblie. C’était criminel, c’était aussi crétin. Si arro-
gance il y a, elle sort renforcée d’une telle épreuve. Tout à fait naturel-
lement, le peuple américain a fait bloc autour d’un président mal aimé
et mal élu.
Les Etats-Unis se sont retrouvés à la tête d’une coalition internatio-
nale impressionnante, raison de plus pour critiquer l’impérialisme en
tant que système mondial dont ils sont à la fois coupables et victimes.
Les réseaux opaques du capital mondial financent le terrorisme, inon-
dent le monde de narco dollars, de pétro dollars, facilitent les trafics
en tout genre, au profit des paradis fiscaux. La solution raisonnable
serait, selon l’expression de Michel Rocard, une gouvernance
mondiale dont l’un des buts devrait être l’arrêt des mouvements les
plus spéculatifs de capitaux, particulièrement dommageables pour les
pays en difficulté.
Un paradoxe des violences de notre histoire est que les peuples du
Tiers-Monde ont plus pâti des colonialismes européens que du
fameux impérialisme américain. Leur histoire a été bouleversée de
l’extérieur, parfois mutilée. Mais il ne sert à rien de s’arrêter aux
ressentiments même légitimes légués par le passé. L’histoire a eu lieu.
Il s’agit de construire l’avenir. Il faut aider les opprimés, mais il faut
aussi qu’ils prennent leur sort en mains, comme l’ont fait les
Vietnamiens ou les Indiens du Chiapas.
Partout dans le monde beaucoup de petits-bourgeois se sentent, non
sans raisons, manipulés de l’extérieur. Ils sont dans l’hétéro-gestion.
Même favorisés, ils ressentent une sorte de «diffidence» généralisée,
diffidence signifiant manque de foi, manque de confiance en soi, qui
devient défiance, méfiance, malaise, série de comportements et de
sentiments négatifs. Critiquant «le système», beaucoup se
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complaisent dans la litanie de leurs traumatismes, de leurs envies, de
leurs frustrations. Ils cherchent un coupable car tout est évidemment
«la faute à l’autre».
Cette attitude est compréhensible, elle est inadmissible. Elle n’est ni
positive, ni progressiste. Ces individus font bien facilement fi de leur
responsabilité personnelle. Or celle-ci ne disparaît que dans des cas
d’extrême dénuement. Leur comportement fait historiquement le lit
du fascisme sous une forme quelconque. Ce qui est vrai des personnes
l’est aussi des peuples. Les anti-américains sommaires et primaires
correspondent à cette description.
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