RÉUNION AFRICAINE DES NATIONS UNIES SUR LA QUESTION DE PALESTINE

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RÉUNION AFRICAINE DES NATIONS UNIES SUR LA QUESTION DE PALESTINE

Publié le : mardi 5 juillet 2011
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RÉUNION AFRICAINE DES NATIONS UNIES
SUR LA QUESTION DE PALESTINE
Renforcer l’appui des États africains à une solution juste et durable
de la question de Jérusalem
Rabat, 1 et 2 juillet 2010
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VERIFIER A L'AUDITION
SÉANCE PLÉNIÈRE II
Jérusalem, une question relative au statut permanent
dans les négociations de paix israélo-palestiniennes
Exposé présenté par
M. Meron Benvenisti
Ancien maire adjoint de Jérusalem
Jérusalem
CPR/AFMQP/2010/4
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Résoudre le problème de Jérusalem :
enseignements tirés des précédentes négociations
et d’autres situations de conflit
La recherche d’une solution au problème de Jérusalem est bel et bien une entreprise
d’une importance vitale, et ceux qui sont engagés dans cette quête ne doutent pas qu’elle
puisse être trouvée. Pendant longtemps, Israël a opposé son veto à la négociation d’une
solution pour Jérusalem, sous prétexte que cette question n’était pas négociable. Ce n’est
que lors des pourparlers de Camp David en 2000 que la question de Jérusalem a été mise
sur la table et est devenue le thème central autour duquel l’ensemble des discussions ont
évolué. Les participants israéliens ont considéré que cela revenait à « briser un tabou »,
mais ils s’inquiétaient aussi des critiques de l’opinion en Israël et étaient donc très
prudents. Pour les Palestiniens, il s’agissait d’une question fondamentale : en l’absence
d’un accord sur Jérusalem, aucun progrès n’était possible; ils étaient disposés à faire des
compromis, mais soucieux de l’opinion publique musulmane. En définitive, les
discussions ont achoppé sur la question de Haram al-Charif/mont du Temple; une cause si
sacrée qui peut toujours servir d’excuse pour rompre les négociations.
En effet, pour que les pourparlers soient utiles, il faut avant tout que ni l’une ni
l’autre partie n’ait le sentiment d’être la perdante ou la gagnante. Pour parvenir à un tel
équilibre, la démarche la plus couramment acceptée consiste à décomposer le problème en
l’envisageant sous ses différents aspects : la souveraineté, les lieux saints, les symboles,
l’économie, l’administration municipale, la planification, et dans cet exemple récent, la
division artificielle du mont du Temple en deux niveaux (supérieur pour les Palestiniens et
inférieur pour les Israéliens). Cette démarche offre une certaine souplesse : le
mécontentement d’une partie dans tel ou tel domaine pouvant être « compensé » par sa
satisfaction dans un autre. Un partisan de la pleine souveraineté pour l’une des parties
pourrait ainsi faire des concessions importantes à l’autre partie dans le domaine de
l’économie ou de la gestion des affaires municipales. En théorie, le point d’équilibre
dépend bien entendu de l’idée que la partie avançant la proposition se fait de l’importance
relative de chacune des questions, qui correspond en réalité au discours officiel de ladite
partie. Une des parties exagérera toujours l’importance des « concessions » qu’elle fait
dans des domaines qu’elle juge moins essentiels, en les présentant comme de justes
compensations pour le contrôle exclusif qu’elle exerce dans des domaines qui sont
importants.
Le problème de Jérusalem est perçu comme un puzzle complexe, dont la solution
dépend de réponses correctes à apporter à plusieurs énigmes « horizontales et verticales »,
et qui ne pourra être reconstitué que si l’on apporte des réponses qui cadrent parfaitement.
Ce puzzle est unique en son genre, en ce que les réponses correctes sont déterminées non
par les questions, mais par la position soutenue par chaque joueur, de sorte que ce sont les
réponses qui précèdent les questions et non l’inverse, comme c’est souvent le cas.
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Le problème de Jérusalem apparaît aussi comme étant figé, et l’on continue de
considérer que les propositions de solution formulées par écrit dès le début du siècle
dernier méritent d’être étudiées. Les propositions avancées par l’une des parties au conflit,
qui servaient ses intérêts à l’époque, ont été adoptées par sa rivale dès lors que les tables
ont tourné, même si elles ont été abandonnées par leurs premiers tenants. On continue de
ressasser des solutions qui ont été imposées par la force des armes et n’ont fait
qu’exacerber les problèmes, en même temps que des programmes utopistes qui ignorent
délibérément la réalité. Le fait qu’aucun de ces projets n’ait été mis en oeuvre, tout au
moins avec succès, ne dissuade pas les négociateurs actuels. Au contraire, les insuffisances
d’un plan ne font que les encourager à proposer des versions plus sophistiquées. Une
ancienne proposition de partage de la souveraineté a conduit à redéfinir le concept même
de souveraineté et à parler de « souveraineté résiduelle » et de la division de la ville en
trois zones relevant de trois autorités souveraines : deux autorités nationales et une
autorité religieuse universelle. Alors qu’on proposait auparavant d’établir deux conseils
municipaux, il semble à présent nécessaire de proposer 10 entités municipales « spatiales-
fonctionnelles ».
La prolifération de plans, combinée à un niveau élevé de sophistication et force
détails, est assez impressionnante. Pourtant, dès lors que ces propositions sont dépouillées
de leur apparente rhétorique, de leur formulation sophistiquée, des statistiques et des
arguments les étayant, il ne reste plus que les trois mêmes variantes maintes fois
ressassées :
1.
Jérusalem comme capitale indivisible d’une entité géopolitique englobant
l’ensemble de la Palestine mandataire, ou sa plus grande partie, et l’adoption de
dispositions dictées par le caractère unique de la ville concernant les lieux sacrés et la
composition pluriethnique de sa population;
2.
Jérusalem comme capitale divisée, ainsi que l’exige la division de la Palestine
mandataire en deux entités géopolitiques distinctes, et l’adoption de dispositions
garantissant son bon fonctionnement en tant qu’entité urbaine partagée;
3.
Jérusalem comme enclave géopolitique distincte, administrée séparément des
entités souveraines de l’ancienne Palestine mandataire.
La popularité de la proposition visant à créer deux États, qui envisage la partition
physique de la Palestine, oblige à utiliser la deuxième variante présentée par le Président
Clinton le 23 décembre 2000. Selon les « paramètres de Clinton », la ville de Jérusalem
serait divisée en deux capitales, les zones arabes étant palestiniennes, les zones juives
israéliennes. Cela concernerait aussi la vieille ville. De manière plus précise, deux
quartiers (musulman et chrétien) de la vieille ville seraient palestiniens et les deux autres
(juif et arménien) seraient sous souveraineté israélienne. Dans la zone d’Haram al-
Charif/mont du Temple, le Président Clinton a suggéré de placer l’esplanade et les
mosquées sous la souveraineté palestinienne et le Mur occidental ainsi que le lieu sacré
pour le judaïsme situé sous le mont du Temple sous la souveraineté israélienne. Les
parties, déconcertées et perplexes face à la complexité de ces paramètres, ont demandé des
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précisions qu’elles ont acceptées avec des réserves. Finalement, rien n’est sorti de cette
initiative et la ville a sombré dans la violence et les bains de sang.
De manière paradoxale, on peut dire que le souci de rechercher une solution au
problème de Jérusalem est plutôt une indication de l’ampleur du problème qu’une
contribution à sa solution. À dire vrai, on peut considérer que le rythme où des
« solutions » sont trouvées s’accélère de manière directement proportionnée à l’intensité
du conflit, à tel point que le nombre de plans proposés en vue de régler le conflit constitue
une mesure fiable de sa gravité, tout comme la prolifération de statistiques sur les actes de
violence.
La question de Jérusalem est perçue comme unique en son genre et représentée
comme un enchevêtrement de problèmes nationaux, religieux et ethniques, qui en fait un
« cas » particulièrement difficile et attire par conséquent tous ceux qui prétendent être des
spécialistes en matière de règlement des conflits. Mais cette ville foncièrement provinciale
de taille moyenne n’est pas en réalité frappée par quelque éternelle malédiction funeste.
Même le problème des lieux saints, qui a fait couler tant de sang par le passé, est devenu
chez les jeunes générations un aspect secondaire d’un conflit plus large commun à de
nombreuses villes du monde, se résumant à un différend entre deux communautés
nationales qui cherchent à avoir la mainmise sur le pays ou la ville qu’elles partagent.
Le conflit israélo-palestinien pour la ville de Jérusalem – un conflit municipal et
ethnique aux relents interconfessionnels – a une dimension nationale plus large, qui
exacerbe les antagonismes locaux existants. Mais ce type de conflit existe dans de
nombreux endroits du monde. La célébrité de Jérusalem (et par là même, l’obsession du
« règlement de ce problème ») s’explique essentiellement par le fait que ce conflit se
déroule dans un contexte historique, chargé de mythes et de symboles forts et empreint
d’un climat de sainteté. Oublions Jésus, Mahomet, David, Jérémie, Omar et Godefroy de
Bouillon, et le problème de Jérusalem se réduit à une vulgaire querelle de famille entre des
cousins qui se battent pour leur héritage. Cependant, cette définition réductionniste (et
peut-être assez irrévérencieuse) du problème de Jérusalem suscite la colère de ceux qui
s’emploient à trouver des solutions, ce qui les amène à mettre l’accent sur le « caractère
universel » du problème et les intérêts mondiaux en jeu, ainsi que sur le danger qu’il
représente pour la paix dans le monde.
Toutes les propositions sont formulées dans un langage juridique et dans la
terminologie tirée du vocabulaire des sciences politiques. Les termes de « souveraineté »,
« souveraineté résiduelle », « partition fonctionnelle », « annexion » et d’autres notions
analogues sont perçus de manière abstraite. Ainsi, la « souveraineté », en termes juridiques
et dans l’abstrait, s’entend au sens de l’autorité politique, de l’exclusivité du droit et du
recours à des moyens de coercition, plutôt que dans son acception populaire ou
émotionnelle où elle est synonyme d’expression pleine et entière, de satisfaction des
besoins essentiels tels que l’identité et de contrôle du destin collectif. On peut trouver des
formulations juridiques qui définissent la notion de souveraineté en termes moins absolus,
mais le fait reste qu’il est plus difficile de traiter de ses aspects non rationnels.
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On peut, sur le papier, manipuler le sentiment d’appartenance d’un groupe à un
espace donné en étendant ses frontières administratives et en rebaptisant les parties de
l’ensemble élargi. C’est ainsi que les frontières municipales de Jérusalem englobent
désormais 126,4 kilomètres carrés, alors que la zone qui peut être réellement définie
comme la Ville sainte (le bassin visuel de la vieille ville) ne représente que 2 kilomètres
carrés. Jérusalem est devenue un vaste conglomérat urbain s’étendant sur 500 kilomètres
carrés situés à l’intérieur et à l’extérieur des frontières municipales qui sont à présent
marquées du sceau honteux du mur de séparation. Cette expansion absurde et motivée par
des raisons politiques des frontières de la ville afin de servir les intérêts israéliens, et la
croissance anarchique des agglomérations juive et arabe au-delà de ses limites, font qu’une
définition purement géographique de Jérusalem est devenue une mascarade. Tout cela est
monstrueux et relève purement et simplement de la fiction. Ce n’est pas Jérusalem qui est
en jeu, mais les problèmes que nous voudrions lier à cette ville, car nous devons nous fixer
un programme et pensons que s’il est associé à la Ville sainte, il gagnera en importance et
mobilisera davantage l’attention. Il ne s’agit plus d’une entité géographique précise et
objective, appelée Jérusalem.
Pourtant, cette importance exagérée donnée à Jérusalem pourrait servir à trouver
une solution en séparant le problème lui-même des pièges qu’il renferme. À l’intérieur de
ce vaste espace peuplé de nombreux immeubles, se trouve un petit district de moins de
2 kilomètres carrés, qui peut fièrement porter le nom sacré de
Jérusalem-Yerushalayim-al-
Quds
. La vieille ville entourée par les murailles devrait être déclarée musée, tout comme
l’espace ouvert qui l’entoure. Ce site, connu sous le nom de « Bassin sacré » serait placé
sous les auspices de l’UNESCO et administré par un comité représentant les trois religions
monothéistes et les lauréats du prix Nobel de la paix. Les lieux saints qui s’y trouvent
relèveraient des autorités religieuses concernées. Le site serait un lieu de tourisme et de
pèlerinage et accueillerait des séminaires religieux et des instituts permettant d’étudier les
anciens monuments. Ses liens avec la vie urbaine de l’agglomération au sens plus large
seraient marginaux, sur le modèle de la relation entre le Vatican et la ville de Rome. Les
tentatives répétées visant à instrumentaliser le nom de la ville pour susciter des tensions
nationalistes ou religieuses échoueraient car ses habitants ne croiraient plus dans les
illusions héroïques associées à son nom. Il s’agit là d’une variante du troisième modèle
susmentionné. Le reste de la métropole pourrait être divisé suivant des lignes
ethnonationales ou devenir la capitale fédérale d’un État binational israélo-palestinien. Il
est impératif de mettre en place des délimitations souples entre des zones ethniques
définies à Jérusalem, sans tomber dans la dichotomie un État-deux États, mais en pensant
plutôt à la notion d’un État-deux États formant un ensemble sans solution de continuité.
Nous devrions emprunter à ces deux concepts et nous attacher à concilier le principe d’une
partition physique et le partage du pouvoir. Il nous faut, idéalement, trouver une solution
intermédiaire.
La situation à Jérusalem ne se limite pas à la somme de ses parties qui sont
ouvertes à une analyse rationnelle. En effet, bien que des conflits d’intérêts politiques,
économiques et autres, réels et mesurables, existent, le problème est fondamentalement
irrationnel. Lorsqu’il est présenté en termes rationnels et objectifs (afin de lui trouver une
solution rationnelle), on peut affirmer catégoriquement qu’il est insoluble. On pourrait
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aussi dire que le souci de trouver des solutions théoriques vise non pas à faciliter de réels
progrès politiques, mais plutôt à nourrir l’espoir qu’une solution peut être trouvée et que le
salut est proche.
Nous n’avons pas besoin d’une démarche axée sur la recherche d’une solution,
mais plutôt d’une démarche axée sur un processus, qui soit solidement ancrée dans la dure
réalité; il n’existe pas d’objectif final et définitif acceptable pour tous, prédéterminé; il
suffit de penser au problème épineux de l’Haram al-Charif/mont du Temple. Au contraire,
il faut partir du principe que les deux parties ont des objectifs contraires et qu’il est
absurde de s’efforcer de poursuivre un objectif commun, si ce n’est aux fins de mener un
dialogue ou de souligner les différences. Les progrès doivent être mesurés, non pas en
fonction de la réalisation de quelque objectif prédéterminé mais par le simple fait d’un
accord, même sur les points les plus insignifiants. Un tel accord est précieux, non
seulement lorsqu’il conduit à une issue positive, mais aussi lorsqu’il est lié à des objectifs
qui ne peuvent pas être atteints dans des délais donnés, qui sont impossibles à atteindre, ou
qui peuvent être atteints mais sont impossibles à réaliser. Cette analyse revient-elle à dire
qu’en l’absence d’une solution au problème de Jérusalem, la ville est condamnée à être
constamment le théâtre de conflits violents? Est-ce là un conseil émanant de ceux qui
tirent avantage de la poursuite du statu quo? Cela nous ramène à la question de savoir qui
profite de la situation actuelle et à quelle partie l’avenir appartient.
Le fait est que les Palestiniens de Jérusalem vivent dans des conditions difficiles :
le taux de pauvreté chez les Palestiniens vivant à Jérusalem-Est a atteint environ 42 %; la
densité d’occupation dans le secteur arabe est de 11,9 mètres carrés par personne, contre
23,8 mètres carrés dans le secteur juif; Jérusalem-Est ne reçoit que 12 % du budget
municipal et les infrastructures sont délabrées. Cela étant, les Palestiniens de Jérusalem-
Est ont accès à des services de santé de qualité et affichent de bons résultats pour certains
indicateurs de base, tels que l’espérance de vie. Les habitants de Jérusalem-Est souhaitent
seulement qu’on les laisse tranquilles et ne veulent pas être contraints (« par patriotisme »)
à renoncer aux prestations sociales et autres dont ils bénéficient en tant que résidents
israéliens. Dans le débat sur la séparation des quartiers arabes périphériques et leur
rattachement à l’Autorité nationale palestinienne, ils sont en faveur de la poursuite de
l’annexion à Israël.
Le comble de l’ironie veut que l’effort colossal qui a été consacré à consolider le
contrôle qu’Israël exerce sur Jérusalem-Est occupée n’a en réalité pas atteint son but. La
croissance de l’ensemble de la population de Jérusalem depuis 1967 a été de 180 %, la
ville comptant aujourd’hui 750 000 habitants; la croissance de la population arabe a été de
290 %, le nombre d’habitants arabes étant passé de 68 000 à 270 000, et la croissance de la
population juive de 141 %, le nombre d’habitants juifs étant passé de 197 000 à 475 000. Il
s’ensuit que le ratio Juifs-Arabes est passé de 73,3 % contre 26,7 % en 1967 à 64,3 %
contre 35,7 % en 2007. En 2030, les deux communautés seront à parité. Déjà, une
proportion égale de Juifs et d’Arabes vit dans un rayon autorisant une navette quotidienne
entre leur domicile et Jérusalem. La communauté palestinienne, qui est prospère, maintient
une vie économique, culturelle et sociale dynamique, en dépit des tracasseries imposées
par Israël.
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On peut conclure qu’en dépit des immenses disparités qui marquent les relations de
pouvoir entre Arabes et Juifs et des énormes efforts déployés par les gouvernements
israéliens pour gagner la bataille pour Jérusalem, la situation est au point mort. Les parties
devraient comprendre qu’il ne peut y avoir de solution fondée sur la force, la coercition ou
l’affrontement. L’objectif que nous devons nous fixer devrait consister à réunir des
conditions propices à un compromis équitable, reposant sur une égale estime. La
coexistence de deux communautés nationales est un destin auquel nous ne pouvons
échapper. Cette coexistence doit être fondée sur l’égalité entre les communautés et les
principes d’éthique, la dignité humaine et la liberté, faute de quoi elle ne pourra survivre.
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