L'étymologie de la rue Montorgueil révèle un passé beaucoup moins ...

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L'étymologie de la rue Montorgueil révèle un passé beaucoup moins ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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L’étymologie de la rue Montorgueil révèle un passé beaucoup moins glamour que la réputation actuelle de la rue. Le Mont Orgueilleux était tout simplement un tas d’immondices que les habitants avaient surnommé ainsi par dérision. La rue qui menait vers ce talus, actuellement à l’emplacement de la rue Beauregard, est donc devenue la rue Montorgueil en 1792. Entre les deux quartiers très animés que sont celui des Halles et celui du Sentier, cette rue est aujourd’hui l’une des plus connue et des plus agréable à vivre de Paris. Remontons la rue pour en connaître les secrets…
La naissance du quartier Montorgueil
L’ancienne rue du Comte d’Artois partait des Halles en direction du nord de Paris. Elle ne prend son nom définitif qu’en 1792 mais n’est alors qu’une artère grouillante, à proximité du «ventre à ciel ouvert» de Paris qu’était le marché des Halles et du Pavillon Baltard. Ce segment de chaussée est alors réputé pour être peu fréquentable et surtout nauséabond du fait du voisinage des étals de poissons ou de viandes dont la fraîcheur pouvait laisser à désirer. Il faudra attendre les années 1960 et la fermeture des grossistes puis leur relocalisation à Rungis pour que Montorgueil perde cette réputation. Dans les décennies qui suivent, cependant, l’ambitieux projet de rénovation du quartier des Halles et la construction du fameux Forum fait couler beaucoup d’encre et dessinent les bases de ce que beaucoup qualifièrent de ratage en matière d’urbanisme. A partir des années 1980, les Halles et Montorgueil sont encore frappées par l’insécurité qui caractérisait certaines poches du centre de Paris. Puis dans les années 1990 vint la réhabilitation avec tout d’abord la transformation en espace piéton de tout le quartier environnant la rue. C’est le signe d’un renouveau commercial et d’une véritable renaissance de la rue.
L’Eglise Saint-Eustache
u départ de la rue Montorgueil se situe l’impressionnante église Saint-Eustache. Or, l’histoire de cet édifice religieux, le plus grand de Paris après la cathédrale Notre-Dame, est étroitement liée au développement du quartier à son pied, s’étendant des Halles au Sentier. Dès le XIIème siècle, le prélèvement de taxes sur les poissons vendus au marché des Halles permet le financement d’une chapelle. En 1223 cette chapelle devient église, elle est ensuite dédiée à Saint-Eustache, ayant reçu le don de ses reliques de la part de la basilique de Saint-Denis. Commencée en 1532, la construction de la forme actuelle de l’église, de 33,5 mètres de hauteur et 105 mètres de longueur (sur 43 de large) est atypique car sur un plan de cathédrale gothique fut bâti un édifice de style Renaissance. C’est ainsi grâce aux marchands du quartier que l’église des Halles peut se développer. Sa construction est interrompue en 1640. Une tour est inachevée, elle le restera.
Les proportions grandioses de Saint-Eustache lui confèrent un statut particulier dans Paris. L’église est aujourd’hui également reconnue pour son riche patrimoine artistique, sa paroisse marquée par un progressisme certain, et bien sûr, sa prédisposition pour la musique. Saint-Eustache abrite en effet quelques toiles rares, parmi lesquelles les Disciples d'Emmaüsde Rubens peint vers 1611, ou le tableauTobie et l’ange(1575), du peintre florentin Santi di Tito. Les vitraux du chœur, de Soulignac (1631) y sont également remarquables. Aujourd’hui, Saint-Eustache continue une tradition d’ouverture et de modernité avec la participation à des événements culturels hors normes comme la Nuit Blanche ou des expositions d’œuvres d’art contemporain, Keith Haring (artiste homosexuel de la scène underground new-yorkaise) y avait même exposé un triptyque avant sa mort en 1990.
Enfin, Saint-Eustache est un haut lieu musical de la capitale très apprécié des mélomanes, et ce, pour plusieurs raisons. Son acoustique exceptionnelle, largement attribuée à l’architecture gigantesque du lieu, permet à l’église d’accueillir sous sa voûte de nombreuses manifestations musicales: concerts, récitals et messes sont très souvent donnés à Saint-Eustache. Deuxième raison expliquant l’atypisme du lieu : son orgue qui cumule les superlatifs. Avec ses 8000 tuyaux et ses 5 claviers de 61 notes chacun, les orgues de Saint-Eustache sont les plus belles de France et entretiennent une renommé mondiale.
Un quartier à la mode ?
La rénovation de la rue Montorgueil depuis le début des années 1990 a considérablement modifié le paysage urbain du quartier. Le vieux Paris historique avec son église et ses commerces de bouche côtoie maintenant le Paris tendance, à grand renfort de boutiques de créateurs (en allant vers la place des Victoires) et de restaurants branchés. Dans le quartier s’installent ainsi de plus en plus de boutiques conceptuelles de marques de prêt-à-porter jeune et urbain (surtout vers la rue Etienne Marcel), mais aussi des restaurants au design léché où il est de bon ton de s’afficher en terrasse. Et les bureaux ne sont pas en reste: le multimédia, le design et de la pub investissent le quartier, notamment près du passage du Grand-Cerf. Les piliers historiques du quartier, comme le traiteur Stohrer (auquel la reine d’Angleterre a rendu une visite très médiatisée lors de son passage à Paris), le restaurant étoilé L’Escargot Montorgueil, ou les boutiques de matériels de cuisine comme La Bovida, sont en revanche toujours présents, assurant une certain continuité dans la qualité.
Le petit village qui est né de ce contraste a même provoqué la venue des touristes et a valu au quartier Montorgueil des comparaisons plus ou moins heureuses avec une station balnéaire à la mode à la fois familiale et dans le vent… Les conséquences d’un telbouleversement ?La flambée immobilière qui a suivi l’arrivée de célébrités estampillées «bobos »comme Emmanuelle Béart ou Virginie Ledoyen. On y recherche un peu de calme, sans le décor de carte postale de quelques quartiers historiques trop figés de Paris comme le Marais ou Saint-Germain. Montorgueil apparaît alors comme l’équilibre parfait entre modernité et tradition: un cher. luxe qui se paie donc de plus en plus
Remerciements et crédits photo :le site lequartiermontorgueil.com, la paroisse Saint-Eustache, le magazine Paris Capitale et Arnaud Frich
 ©Thierry Faure Conseils, 2008
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