le 900 e anniversaire - 1 L abbaye du bout du monde

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le 900 e anniversaire - 1 L abbaye du bout du monde

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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L
1
, abbaye
Je me rends à elle, je me livre, Elle peut m'inscrire en sa charte ; Et ne me tenez pour ivre Si j'aime ma bonne dame, Car sans elle je ne puis vivre, Tant de son amour j'ai grand faim. Pour elle je frissonne et tremble, Je l'aime tant de si bon amour ! Je n'en crois jamais née de si belle En la lignée du seigneur Adam…
Acte de fondation de 1107.
du
GuillaumeIX, Seigneur de
Pour elle je frissonne et tremble, Je l'aime tant de si bon amour ! Je n'en crois jamais née de si belle En la lignée du seigneur Adam…
Voici un extrait d’une de ses œuvres traduite de la langue d’oc en français :
Talmont et
troubadour
Guillaume IX d’Aquitaine (1071-1127) est considéré comme le premier troubadour chantre de l’amour courtois. Il est le premier poète connu en langue d’oc : onze textes nous sont parvenus de lui. Il succède à son père à l’âge de 15 ans ce qui lui valut un temps le surnom de Guillaume le Jeune au début de son règne.
"Qu'il soit signifié à tous les fidèles présents et futurs qui examineront le présent écrit que moi, Guillaume, Duc des Aquitains et Comte des Poitevins et Seigneur de Talmont, j'ai donné et concédé à Dieu et à Fouchier, serviteur du Christ, le lieu d'Orbestier qui était désert."
e L’abbaye en ruine, gravure du XIX siècle. , L acte de fondation de 1107
Le domaine des moines s’étend sur 800 hectares, limité à l’est par le ruisseau de Cayola et à l’ouest par le ruisseau de Tanchet. Outre ce domaine concédé par Guillaume IX, les moines gèrent tout un ensemble de biens, composé de marais salants, de vignes, de prieurés, de moulins acquis au fil des siècles par dons et par legs. e e Tout au long des XII et XIII siècles, l’abbaye est à son apogée tant sur le plan spirituel que sur le plan temporel et exerce son influence sur toute la région e bas-poitevine. Elle possédera dès le XIII siècle jusqu’à six prieurés sous son magistère.
de
Jean
Saint
-
e Au début du XII siècle, l’abbaye Saint-Jean d’Orbestier apparaît dans une région aux fondations religieuses déjà nombreuses avec la création entre autres de l’abbaye Sainte-Croix de Talmont et celle de Lieu-Dieu à Jard-sur-Mer. C’est en juillet 1107 que Guillaume IX, Duc d’Aquitaine, Comte de Poitou et Seigneur de Talmont autorise les moines bénédictins à s’installer dans la vaste forêt d’Orbestier. La légende raconte que sa décision fut prise, suite à une partie de chasse, où il aurait miracu-leusement échappé à l’assaut d’un sanglier. L’abbaye est dédiée à saint Jean Baptiste et à sainte Marie et prend le nom d’Orbestier, du latin «Orbis Terminus» qui signifie «le bout du monde». Le calme des lieux, retirés et boisés, favorable à la prière et à la méditation, permet aux moines d’y trouver également les moyens de leur sub-sistance.
d
du monde , Orbestier 1107
domaine
Le
La
fondation
bout
2
Sous
Les terres d
la
protection
de
Richard
Coeur de Lion , Orbestier : domaine de chasse des seigneurs
La forêt d’Orbestier fait l’objet d’une réglementation très stricte. L’accès et l’usage en sont formellement interdits sans le consentement des seigneurs locaux. Les moines d’Orbestier ont reçu l’autorisation de s’y installer pour y fonder leur monas-tère à laquelle se sont ajoutés des droits d’usage de la forêt. Les seigneurs s’y réser-vent toutefois le privilège de la chasse. Duc d’Aquitaine en 1169, Richard Cœur de Lion fait des terres d’Orbestier son terrain de chasse favori et de Talmont sa résidence privilégiée. En 1182, il organise une partie de chasse dans le marais de Port-Juré à la «Salle le Roy» où il possède un pavillon. Ses vassaux sont présents dont Raoul III de Mauléon, Prince de Talmont. Ce dernier tente d’usurper les biens des moines d’Orbestier. Richard confirme les privilèges des moines d’Orbestier.
Le Château d’Olonne doit son nom à un ancien château fort, résidence du Seigneur d’Olonne, vassal du Prince de Talmont, dont quelques vestiges subsistaient e encore au début du XVIII siècle. L’abbaye Saint-Jean d’Orbestier dépendait de baronnie, puis à partir de 1600 du Comté d’Olonne.
La confirmation des privileges des moines d
En 1181, Richard Cœur de Lion reçoit à la cour de Poitiers l’abbé de la com-munauté qui est venu se plaindre des usurpations commises par Raoul III de Mauléon. Il reconnaît la légitimité des plaintes de l’abbé de la communauté et autorise les moines à transporter leurs granges et leurs bâtiments en dehors du monastère, permettant ainsi son agrandissement. Un lieu-dit au nord-est de l’abbaye porte encorele nom de «la Grange». En 1182, il punit son vassal en lui prenant son titre de «Prince de Talmont» et accorde aux moines d’Orbestier de nouveaux privilèges :deux navires marchands dans le port d’Olonne et un nom-bre illimité de bateaux de pêche sur lesquels les moines percevront la coutume de poisson. Il y ajoute un droit d’épave et de naufrage et de nouveaux fiefs dont celui de la Pironnière. En 1189, Richard est Roi d’Angleterre, l’abbaye devient de fait Abbaye Royale de Saint-Jean d’Orbestier, placée directement sous sa pro-tection.
e L’abbaye Saint-Jean d’Orbestier au début du XX siècle.
Richard
, Orbestier
Coeur de Lion
Acte de Richard Cœur de Lion 1182.
Fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine, il est Duc d’Aquitaine en 1169 et Roi d’Angleterre en 1189. Il participe à la troisième croisade à Chypre et Saint-Jean d’Acre. Son frère Jean-Sans-Terre tente d’usurper le trône lorsque Richard est fait prisonnier par le Duc d’Autriche en 1193. Il put néanmoins payer la rançon et réaffirmer son autorité en Angleterre. Il meurt à Chalus, dans le Limousin en 1199.
Richard et la toponymie des lieux
Le souvenir de Richard Cœur de Lion est resté très présent comme en témoigne la toponymie de certains lieux-dits. Outre celui de «La Salle le Roy» où Richard possédait un pavillon de chasse, on raconte qu’il possédait également une mine de plomb argentifère au lieu-dit «La Mine» sur Talmont-Saint-Hilaire et qu’il aurait créé «Port-Juré».
3
Une histoire , L incendie de 125
L’abbaye connaît une histoire tourmentée. Dès 1251, un terrible incendie ravage le monastère. L’origine du sinistre nous est inconnue mais les moines parviennent à reconstruire l’édifice grâce à la générosité des monastères de la région. De cette époque datent les fenêtres gothiques du chœur et de la troisième travée de la nef ainsi que l’utilisation de tuiles pour la couverture de la nef.
Fenêtre du transept sud de style roman surmontée d’un cordon en pointe de diamant.
e L’abbaye et le logis de l’abbé au début du XX siècle.
Les
guerres
de
religion
tourmentée
Les guerres de religion portent un coup fatal à l’abbaye lorsque les soldats protestants menés par Pierre de Villates la pillent en 1569. La reconquête de la région par les troupes catholiques en 1570 ne permit pas aux moines de récupérer leurs biens. En 1585, Claude de la Trémoille, Seigneur de Talmont, se convertit à la Réforme. Pour les moines, cette conversion entraîne de nouvelles spoliations. Les abbés successifs ne parviennent pas à redresser le monastère et le domaine est entièrement affermé au Sieur de Touvent en 1659 en échange d’une rente annuelle. L’abbaye perd sa vocation monastique et n’est plus e gérée que comme une seigneurie foncière. Dès le XVII siècle, seule l’église est vouée au culte. Les autres bâtiments et le logement des moines sont en ruine, transformés en bergerie et en habitation pour fermiers. Seuls quelques travaux dans l’église sont encore menés : comme la construction du retable baroque.
Un retable baroque
Un retable masquait la fenêtre gothique du chœur. Construit en tuffeau, de forme rectangulaire se terminant par un fronton circulaire, il subit d’importantes dégradations e e au cours des XIX et XX siècles. Le centre du fronton représentaitl’Éternel bénissant le mondeet en dessous une niche avait été aménagée pour contenir une statue. Lors des travaux de restauration, ce retable ne sera pas maintenu dans l’église.
Fenêtre latérale sud de style gothique.
La guerre de 100 Ans
En 1340, durant la guerre de Cent Ans, l'abbaye est à nouveau incendiée par les troupes anglaises du Comte de Derby obligeant les moines à se réfugier dans les forteresses aux alentours. Cette attaque est relatée dans les lettres de sauvegarde du Roi PhilippeVI :"Philippes, par la grâce de Dieu, roys de France, présenz et avenir que, à la supplication de nos aimés les religieux abbé, couvent de l'abbaye de Saint Jehan d'Orbestier, affermans que leurs granges et maisons ont esté arses par le feu que noz anemis y on mis, et que les lettres de sauvegarde et plusieurs chartes et privilèges, qu'ils avoient de nous ou de noz prédécesseurs y ont esté ars et détruis par ledit feu."Pour éviter que leurs archives ne soient à nouveau dé-truites par le feu, les moines rédigent à partir de 1454 un cartulaire. Ce dernier est aujourd’hui conservé aux Archives départementales de la Roche-Sur-Yon et constitue une source importante pour les historiens.
Catulaire de l’abbaye Saint-Jean d’Orbestier.
Reliure du Catulaire.
re 1 travée
Contrefort (à l’extérieur)
Pilastres (à l’intérieur)
Portail d’entrée
Les absidioles Petites chapelles attenantes à l’abside, voûtées en cul de four. Elles étaient destinées à recevoir des objets de décoration ou des statues de saints : sainte Marie et saint Jean Baptiste pour l’abbaye.
sobre
simple
Chœur et absides recouverts de lauzes Absidiole recouverte de lauzes
e 4 travée
plan
Un
Contrefort
e 3 travée
e 2 travée
Transept bras droit
Chœur
abbatiale,
simple
Abside semi-circulaire
e 5 travée
Absidiole
L’absidiole.
Accès au cimetière des moines
L’église abbatiale est le cœur spirituel de l’organi-sation d’un monastère. C’est dans cette église que les moines se réunissent au moins huit fois par jour pour prier Dieu. L’église abbatiale est composée de plusieurs espaces ayant leurs spécificités.
Fenêtres romanes
, église
4
L
Façade ouest.
Plan de l’église abbatiale et ses différentes parties architecturales.
décorations
Chapiteaux à volutes du portail d’entrée de la façade ouest.
La décoration de l’abbatiale est très sobre. Elle reflète l’aspiration des moines à la prière et à la méditation. Quelques décorations sont toutefois visibles à l’intérieur : - bandeau sur toute la longueur de la nef, dans le chœur et les absidioles mais sans ostentation visible, colonnettes sculptées des lavabos. - une piscine (ou bien lavabo), décorée de petites colonnettes, est visible dans la nef. Deux vasques permettaient l’évacuation de l’eau : l’une en forme d’étoile et l’autre en forme de pétales. La seconde piscine est visible dans le chœur. - les niches de la nef devaient probablement contenir des statues ou autres objets de décoration. Deux placards subsistent dans le chœur. Ils permettaient aux moines de ranger les objets du culte. On peut voir encore la trace de gonds. Et à l’extérieur : - cordon en pointe de diamant au dessus de la fenêtre du transept sud - un modillon sculpté représentant le blason de l’abbaye et les chapiteaux à volutes de la façade occidentale…
mais
quelques
Absidiole
Transept bras gauche
Accès aux galeries du cloître aujourd’hui détruites
Le choeur C’est le lieu dans l’église qui accueillait les moines pour chanter. Elle était interdite aux fidèles. Elle est terminée par une abside semi-circulaire et comprend un sanctuaire. Le sanctuaire est la partie de l’église autour de l’autel réservée aux célébrations liturgiques. , L abside Extrémité de l’église, arrondie, derrière le chœur. L’abside est voûtée en cul de four (voûte constituée d’un quart de sphère) et éclairée par trois fenêtres hautes.
et
Frise cordon en pointe de diamant
du
décor...
La nef C’est la partie d’une église située entre le pignon ouest et l’abside. La nef est unique et ne comprend pas de bas-côtés. La voûte est en berceau et légèrement brisée. Elle se divise en quatre travées, séparées par des arcs doubleaux retombant sur des pilastres plats et des contrebutées, à l’extérieur par des contreforts, et allongées d’une cinquième travée.
, a observer
Une
Le Transept Partie transversale d’une église, qui coupe à angle droit la nef, et qui donne à l’édifice la forme symbolique d’une croix : - bras gauche :le transept bras gauche est voûté en berceau percé de trois portes, dont une contemporaine, qui communiquaient avec les galeries du cloître. - bras droit :une porte récente qui donne accès à l’ancien cimetière.
Le Chevet C’est la partie extérieure comprenant le chœur, l’abside et les absidioles de l’église et il est généralement orienté à l’est en direction de Jérusalem.
Fenêtre gothique
L’abbaye côté sud.
sobriété
Contrefort
5
Le
Les
logis
de
l
autres , abbé
éléments
Construit par l’abbé de la communauté pour son usage personnel, ce logis suit les vicissitudes de l’abbaye Saint-Jean d’Orbestier dont il dépend. Il sert de résidence e e à l’abbé jusqu’au début du XVII siècle. Dès 1624 et jusqu’au début du XX siècle, le logis, en mauvais état, sert d’habitation aux fermiers.
En 1926, Maurice Durand, architecte des Sables d’Olonne se porte acquéreur des lieux et entreprend la restauration intérieure et extérieure du logis. Avec la construction du préventorium dans les années 30, le logis subit à nouveau d’importantes dégradations. Durant la Seconde Guerre mondiale, site stratégique pour la défense du mur de l’Atlantique, il sert de quartier général à l’armée nazie. Le logis a cependant conservé des décorations de style gothique flamboyant très intéressantes. Le portail, sculpté en accolade et encadré de deux pinacles, porte des feuilles et des gerbes de blé. Un escalier à vis dessert les deux premiers étages. La cage de l’escalier se termine par une voûte sur croisée d’ogives comportant une clef de voûte. Un second escalier à vis permet d’accéder à une salle située au troisième étage, voûtée sur croisée d’ogives à huit pans reposant sur des consoles sculptées (têtes de moines profès). Au rez-de-chaussée subsiste également une cave pourvue d’une voûte gothique surbaissée, ancien cellier des moines. La tradition raconte qu’un souterrain partait du logis pour rejoindre à la fois la tour d’Arundel aux Sables d’Olonne et le château de Talmont. Il existe bien un étroit passage dans le cellier mais il permet tout simplement d’accéder à l’ancien four des moines.
Escalier à vis du logis de l’abbé donnant accès au troisième étage.
Le
moulin
Décorations de style gothique flamboyant de la porte d’entrée du logis de l’abbé.
Saint
-
Jean
Cet ancien moulin à vent aujourd’hui dépourvu de sa toiture et de ses ailes dépendait également du domaine des moines d’Orbestier. En 1732, l’abbé de la communauté Daniel-Joseph de Cosnac accorde un bail à François et Mathieu Le Roux moyennant une rente perpétuelle de 10 livres par an. En 1771, la rente est renouvelée à Louis Roux, meunier, par l’abbé d’Orbestier, évêque de Tulle, sur la base de 45 livres par an, payable au moment de la fête de Saint-Jean Baptiste. Le moulin reste dans la famille Roux jusqu’à la révolution. Il est ensuite vendu bien national. À l’intérieur, les noms des anciens propriétaires y sont encore inscrits. On peut voir sur le moulin Saint-Jean les armoiries d’un des propriétaires du moulin. On ignore à qui appartiennent ces armoiries, peut-être au Sieur de Touvent. Il avait en effet entièrement affermé le domaine des moines en 1659.
Le moulin Saint-Jean situé impasse moulin Saint-Jean dépendait du domaine des moines d’Orbestier.
Une armoirie sur le moulin Saint-Jean.
du
monastere
e Le logis de l’abbé au début du XX siècle.
La
maison
du
prieur
Le prieuré fut probablement construit à la même époque que le logis de l’abbé. Il sert de résidence au prieur puis au sacristain. À la Révolution, le prieuré est vendu bien national le 27 avril 1791 à François Rouillé, Greffier de l’Amirauté, qui y vécut jusqu’en 1796. Le prieuré a conservé ses ouvertures d’origine, ses trois contreforts et une cave.
Le
pigeonnier
La maison du prieur et sacristain.
À proximité du prieuré existe une fuie appartenant aux moines de l’abbaye Saint-Jean d’Orbestier. Sans toiture et charpente conservées, son originalité réside dans le fait qu’il s’agit d’une tour octogonale à l’extérieur et ronde à l’intérieur.
Le pigeonnier de l’abbaye.
6
La
L
mise
exploitation
en
valeur
du
littoral
Les moines contribuèrent au réaménagement du littoral, aux défrichements et à l’exploitation des terres. Pour la mise en valeur du domaine, les moines d’Orbestier confient des terres à des tenanciers en échange d'une rente annuelle. Cette pratique permet aux moines de se décharger d’une partie de l’exploitation du domaine : pratique qui se généralise au cours des siècles suivants. En 1219, les moines d’Orbestier concèdent ainsi à perpétuité le domaine de la Pironnière à Arbert Bordun et sa femme :«Sachent tous présents et à venir que Audebert, abbé de Saint-Jean d'Orbestier, a donné et concédé à Arbert Bordun et Bonette, sa femme, et ses héritiers le domaine de la Pironnière avec ses appartenances à titre de métairie».
L'essartage devient une pratique courante destinée à renouveler la trésore-rie des seigneurs. Elle permet le développement de la petite propriété et e favorise le commerce de denrées. Au milieu du XIII siècle, une foire et un marché au moment de la Saint-Simon et la Saint-Jude sont attestés dans le bourg du Château d’Olonne. Les derniers grands défrichements sont e e entrepris aux XIV et XV siècles, entraînant la disparition de la forêt d’Orbestier dont le bois Saint-Jean serait aujourd’hui le dernier vestige.
Un exemple des vestiges des pêcheries : l’anse aux moines.
Les
du
domaine
< pecheries
Le domaine des moines de Tanchet à Cayola en 1703.
Le long du littoral, au milieu des rochers, on découvre encore les vestiges d’anciennes écluses à poissons ou pêcheries édifiées au Moyen Âge telles l’anse aux moines en face de l’église abbatiale de Saint-Jean d’Orbestier. Elles font revivre une manière ancestrale de pêche : submergées à marée haute, elles retiennent le poisson quand la mer se retire.
e Au XVIII siècle, elles consistaient en murs de pierre pourvus de portes à grilles. Colbert en réglementa la construction :"... les parcs de pierres seront construits de pierres rangées en forme de demi-cercles et élevés à la hauteur de quatre pieds ou plus, sans chaux, ciment, ni maçonnerie : et ils auront dans le fond, du côté de la mer, une ouverture de deux pieds* de largeur, qui ne sera fermée que d'une grille de bois ayant des trous en forme de maille d'un pouce* au moins en carré, depuis la Saint-Rémi jusqu'à Pâques, et de deux pouces au carré, depuis Pâques jusqu'à la Saint-Rémi..." Ordonnance de Colbert - 1681 * 1 pied <=> 32,48 cm - 1 pouce <=> 27 mm
Jusqu’aux années 60, la pêche à pied se pratiquait encore et permettait aux riverains et cultivateurs de la Pironnière, notamment, de se procurer une ressource halieutique complémentaire.
7
La
La
regle
de
vie
quotidi<enne
Saint-Benoit
Elle se compose de 73 chapitres et d’un prologue. Elle a pour objet de structurer la vie monastique. La journée du moine se déroule en trois parties : les offices (sept offices par jour), le travail, les repas et le sommeil. Très tôt le matin, les moines assistent à l'office dans l'église, puis ils se rendent dans la salle capitulaire pour lire quelques ouvrages pieux. Le cloître situé au cœur du monastère est un lieu de détente et de recueillement. Les repas sont pris dans le réfectoire. Les séances de travail se déroulent dans une salle réservée à cet effet ou à l'extérieur pour les travaux des champs. Le soir après un léger souper, les moines se rendent au dortoir pour dormir sur une simple paillasse, tout habillés. Contrairement au plan classique d'une abbaye, le cloître de l'église Saint-Jean d'Orbestier fut implanté au nord pour protéger les bâtiments des vents du large et le cimetière au sud. Ce cloître a aujourd’hui disparu et à la place du cimetière fut aménagé un jardin.
La cave voûtée du logis de l’abbé.
Puits de l’abbaye.
Clef de voûte sculptée de la cage de l’escalier du logis de l’abbé.
Saint
dans
le
monastere
L’abbaye et ses dépendances servant de résidence aux fermiers en 1791. Les galeries du cloître ont alors totalement disparu.
L
organisation
monastique
L'abbé dirige la communauté de frères. Le Grand Prieur remplace l'abbé en son absence et le Prieur Claustral est chargé de faire respecter la règle monastique.Viennent ensuite les moines profès et les moines convers. Les premiers, d’origine aisée, se consacrent principalement aux travaux intellectuels alors que les seconds, d’origine modeste, s’occupent essentiellement des tâches manuelles. Les moines profès portent une robe marron foncé et sont tonsurés tandis que les moines convers portent une robe marron clair et une barbe. En 1515, l’abbaye tombe sous le régime de la «commende». Désormais sont placés à la tête des bénéfices ecclésiastiques des laïcs ou des clercs nommés par le roi et ne résidant pas sur place. L'abbé, ainsi nommé, perçoit les revenus de l'abbaye et s'occupe de sa gestion tandis que le pouvoir spirituel est remis au prieur. Le régime de la commende entraîne un relâchement de l'observance des règles monastiques et, en l’absence de l’abbé, une mauvaise gestion du domaine.
< Benoit (v.480-547) : fondateur de l
ordre des Bénédictins
Issu d'une famille noble de Nursie, en Italie, Benoît fait ses études à Rome. Il se retire dans une région déserte près de Subiaco et vit en ermite pendant trois ans. Il est ensuite sollicité pour diriger un monastère dans le nord de l'Italie mais les moines, en désaccord avec les règles qu'il impose, tentent de l'empoisonner. Avec quelques laïcs, Benoît se retire sur le Mont Cassin vers 525 où il fonde un monastère. La règle qu'il impose aux moines s'appelle la règle bénédictine. Elle fut codifiée par saint Benoît-d'Aniane qui lui apporta sa forme définitive en 817 au synode monastique d'Aix-la-Chapelle.
Les chapiteaux sculptés du logis de l abbé
Le logis de l’abbé présente d’intéressants chapiteaux sculptés qui représentent des têtes de moines profès. Ces chapiteaux ont été cependant fortement remaniés par l’architecte sablais Maurice Durand qui fut également à l’origine des peintures de l’escalier à vis du logis.
Chapiteaux sculptés du logis de l’abbé représentant des têtes de moines.
8
Des
Une
siecles
d
abbaye
abandon
e Au XIX siècle, c'est une abbaye en ruine dont les bâtiments conven-tuels furent transformés en exploitation agricole par le fermier général Henri Jérôme Boisson. À la Révolution, l’abbaye est le théâtre d’«affrontements» entre le curé jureur Biret et le curé réfractaire e Lebédesque qui en fait un lieu de culte clandestin. Durant tout le XIX e et le début du XX , les bâtiments servent d’exploitation agricole. En 1821, les Phares et Balises s’en servent comme point de repère aux navires. La façade sud est peinte en blanc et enduite de lait de chaux. L'église est ensuite successivement possession des familles Petiteau, Merland, Durand et Bellan. L’église est alors dans un tel état d’aban-don que la voûte s’effondre à deux reprises en 1896 et 1912.
Le
en
e De l’abbaye en ruine au début du XX siècle jusqu’à sa réhabilitation...
préventorium
En 1934, Gustave Guitton, propriétaire des lieux, entreprend la construction d’un préventorium. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’abbaye est occupée par l’armée nazie. À la fin de la guerre et devant l’ampleur des réparations, Gustave Guitton décide de vendre le préventorium à l’État, en 1957, qui l’affecte au ministère de l’Éducation nationale aujourd’hui Établissement régional d’enseignement adapté.
L’établissement régional d’enseignement adapté : une architecture des années 30.
L’abbaye en 1830 (extrait du cadastre napoléonien).
ruine
Située dans le prolongement de l’église abbatiale, cette construction n’en présente pas moins une architecture très intéressante. La façade occidentale de l’ÉRÉA est en effet très caractéristique de l’architecture art-déco des années 30, témoin d’une époque. Les autres constructions, situées au nord de l’église abbatiale, construites successivement par M. Guitton et le ministère de l’Éducation nationale ne présentent en revanche aucun intérêt architectural. Certaines d’entre elles, accolées au mur nord de la nef furent détruites lors des travaux de restauration.
La ruine
Murée en son silence, âpre en sa solitude, Elle dresse, au sommet de la falaise rude, Son pignon, de lierre drapé ; On voit choir de sa nef des pierres, goutte à goutte ; Quand les autans, l’hiver, viennent l’ébranler toute, Elle semble un chêne sapé.
Jadis l’écho sans fin d’une ample litanie Nuit et jour éveillait la prière endormie Sous les voûtes ointes d’encens ; Aux cloîtres fleuronnés glissaient les blanches coules, La crosse de l’abbé faisait gronder, par houles, Le tonnerre pieux des chants.
Lors, la mer orgueilleuse et l’abbaye sereine, Dignes, se regardaient sans amour et sans haine En filles de l’éternité. Par les soirs lumineux que le couchant irise, Tous deux se revêtaient, l’Océan et l’Eglise. D’une semblable majesté.
Mais le temps, ennemi de ce que l’homme crée, A répandu la mort dans l’enceinte sacrée, Le vent y pleure à longs sanglots ; Et la mer toujours jeune, en sa splendeur divine, Jette, inlassable, au front morne de la ruine, Le rire insolent des flots.
Jean Mauclère, Revue du Bas-Poitou, 1927
9
La
réhabilitation
Des bénévoles a l
origine de la sauvegarde de l
Les travaux de restauration
Les premiers travaux portent sur la voûte qui menace de s’effondrer. Pour rétablir le berceau de la voûte, un corset de béton armé est venu chaîner la nef.
En 1990, la couverture de la nef et des transepts restaurée en tuiles et celle des absidioles et du chœur recouverte de lauzes, respectant ainsi le choix d’origine moines. Pour le ravalement de la façade occidentale, pierres de Sarlat sont choisies pour leur grain, leur patine et leur couleur.
En 1991, le chœur, les absidioles et le transept à l’intérieur de l’église sont restaurés. En 1995, c’est sous la maîtrise d’œuvre de l’architecte des Bâtiments de France, Paul Trouillot, que sont entrepris, entre autres, les travaux de drainage et la restauration des façades nord et sud. Les aménagements des abords de l’abbaye sont alors entrepris et les bâtiments de l’école qui longeaient le mur nord de la nef sont détruits. L’ancien cimetière des moines, transformé en parking, est totalement réaménagé en jardin. Des haies d’éléagnus, sont disposées de manière à faire écho au rythme vertical des
est est des des
L’abbaye avant restauration.
église
Joël Guersent, directeur de l’ÉRÉA, tombe sous le charme de l’église romane et décide de créer une association de sauvegarde en 1989 pour aider au financement des restaurations de l’église (10% du budget) avec le soutien du maire de l’époque Jacques Lebel. Les bénévoles de l’association œuvrent rapi-dement pour la réhabilitation de l’église et obtiennent le soutien de partenaires financiers. Ils en assurent la promotion et l’ouverture au public. Devant l’ampleur des travaux, Joël Guersent propose au conseil d’administration de l’ÉRÉA, le transfert de la propriété de l’abbaye, des services du domaine à la Ville du Château d’Olonne.
Le 20 janvier 1989, après plusieurs années de négociations, la Ville du Château d’Olonne devient propriétaire de l’église et peut entre-prendre les restaurations. Le financement pour la réhabilitation de l’église est réparti en cinq tranches assurées conjointement par l’État, la Région, le Département et la Ville du Château d’Olonne. En juillet 1989, les travaux peuvent enfin débuter.
< menés par la Ville du Chateau d
contreforts, par un jeu de lignes horizontales. En 1998, la restauration extérieure du chevet et des absidioles nord et sud est également entreprise.
Les travaux de restauration sont réalisés par l’entreprise Billon sous la maîtrise d’œuvre des architectes des Bâti-ments de France : messieurs Jacques Boissière, Paul Trouillot, et Guy Saint-Bonnet.
Abbaye restaurée.
Bâtiment de l’école, accolé à la façade nord, aujourd’hui détruit.
Les travaux de restauration de l’abbaye Saint-Jean d’Orbestier débutent en 1989.
Olonne
10
Un
L
abbaye
Exposition François Morellet 2004.
patrimoine
a
Un
lieu
aujourd
culturel
Aujourd’hui, l’abbaye Saint-Jean d’Orbestier est le monument historique le plus remarquable de la commune et un témoin majeur de l’architecture romane en Vendée. C’est un lieu de visites, d’expositions et de concerts. L’abbaye a présenté des artistes renommés dans le domaine de l’art contemporain : le sculpteur Robert Morris, François Morellet, Felice Varini… Les musiciens apprécient son acoustique remarquable. L’abbaye est aujourd’hui une étape importante pour les concerts de musique baroque proposés dans le cadre du Printemps des arts.
Exposition Robert Morris 2005.
préserver
L’abbaye a retrouvé la grandeur de son éclat passé. Les travaux de restauration menés depuis 1989 ont permis de sauver de la destruction l’abbaye Saint-Jean d’Orbestier. Le site autour de l’église a été entièrement aménagé jusqu’à la baie
Abbaye avant les travaux de 1989.
Exposition conçue par le service Patrimoine de la Ville du Château d’Olonne
hui
Exposition Felice Varini 2006.
de Cayola par le Conseil général de la Vendée. De nombreux travaux de restauration restent encore à réaliser. L’histoire de la restauration de l’abbaye se poursuit…
Abbaye après travaux.
Bibliographie : Gilles Février «L’abbaye d’Orbestier» mémoire de maîtrise, 1970 ; Maurice Bedon «Saint-Jean d’Orbestier», Olona, 1970 ; Pascale Gadé «Saint-Jean d’Orbestier Histoire d’une abbaye bénédictine en Bas-Poitou», éditions Orbestier, 1997
Crédits photos : Jacques Boulissière, Archives municipales du Château d’Olonne, Archives départementales de la Vendée. Cartes postales : Claude Thomas
Cartes anciennes : collection privée - Dessins et Illustrations : Pierre Ménard, extraits de l’ouvrage de Gérard Locquet
- 018609/05/07
www.lechateaudolonne.fr
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