Les bornes multimédia de l'Abbaye de Cluny

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Les bornes multimédia de l'Abbaye de Cluny

Publié le : mardi 5 juillet 2011
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François-Xavier VERGER : Les bornes multimédia de l’Abbaye de Cluny
Les bornes multimédia de l’Abbaye de Cluny
Introduction
François-Xavier VERGER Administrateur de l’Abbaye de Cluny
L’abbaye de Cluny, fondée en 909 par Guillaume d’Aquitaine, a été dès l’origine un lieu exceptionnel. En offrant ses terres aux saints Pierre et Paul, le donateur permettait aux moines de ne dépendre que de l’autorité du Pape, à une époque où les évêques étaient trop souvent des satellites des seigneurs locaux. Cette décision est ainsi la cause d’un développement extraordinaire, tant à Cluny même que partout en Europe, là où l’abbaye eut des abbayes filles ou prieurés.
2° Rome, l’abbaye reçut des terres qui lui assurèrent des richesses importantes. Les abbés les investirent dans la pierre, donnant à l’abbaye un patrimoine bâti tel que l’église abbatiale de Cluny, prouesse architecturale qui fut la plus grande église de la chrétienté médiévale, immense vaisseau de pierre bien plus grand que les plus grandes cathédrales.
Cette grande église s’élève à côté des deux églises qui l’ont précédée. Celles-ci furent édifiées au moment de la naissance des abbayes filles : elles servirent de modèle à nombre d’édifices qui aujourd’hui constitue des témoignages du premier âge d’or clunisien.
Au pied de la maior ecclesia, outre les morceaux conservés des églises, s’élevaient les bâtiments conventuels : les cloîtres, les lieux de vie, de travail, d’accueil… Ils permirent à des milliers de moines de vivre et d’accueillir des millions de pèlerins, de pauvres ou d’hôtes prestigieux.
Cet ensemble de bâtiments fut totalement détruit au milieu de XVIII° siècle, lorsque le Prieur claustral, Dom Dathose, lança le chantier de la construction du grand couvent d’inspiration mauriste.
Plus grave, à la révolution française, l’ensemble abbatial fut vendu en lot comme bien national. L’église servit de carrière de pierre. Le couvent, à peine terminé, fut repris par la commune qui en fit un espace public, un marché et une école.
Ce qui avait été extraordinaire par sa beauté, son audace, sa démesure, devint un lieu de désolation.
Symbole d’un âge d’or de l’Occident médiéval, le souvenir de Cluny reste fort dans les esprits des érudits de toute nation. C’est ainsi que l’histoire de l’abbaye est écrite par des savants tant étrangers que français. Au XX° siècle, c’est un architecte américain qui a fouillé les ruines pour comprendre le plan des bâtiments médiévaux. Aujourd’hui c’est un conservateur général du British Museum qui publie un corpus qui fera référence.
La reconstitution virtuelle
Mais s’il est facile à un savant de se représenter un monument après en avoir étudié les plans émis par des archéologues, s’il leur est facile de faire des analogies avec des monuments de la même époque, cet exercice est plus difficile à nombre de nos contemporains qui ont besoin d’outils plus accessibles. En effet, comprendre Cluny, c’est être capable de se représenter un monument dont il reste 10% de ses élévations. Une rue traverse la nef, des bâtiments la recouvrent.
Le monument symbole n’existe plus. Il faut l’inventer. Voici ce qu’il en reste :
Discours lors deDigiPolis 2010(www.digipolis.fr)
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Avec l’émergence des logiciels de modélisations 3D, le Centre des monuments nationaux, établissement de gestion des monuments historiques ouverts au public du Ministère de la culture, a encouragé la création de programmes consacrés à la restitution de la grande église en image numérique.
Les années 80 – 90 :
Cet essai de présentation de la grande église s’appuyait sur les documents établis par l’archéologue Kenneth John Connant, tout au long du XX° siècle. Ce court métrage était diffusé dans le circuit de visite.
Cette production avait reçu un fort mécénat d’IBM.
Les années 2000 : Le film maior ecclesia, la borne ray on, l’image de synthèse.
Le succès du premier film a ouvert les yeux des responsables du CMN. Il devenait indispensable de créer un nouveau support pour présenter la grande église.
Discours lors deDigiPolis 2010(www.digipolis.fr)
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Un accord a été passé avec l’école supérieure des arts et métiers, installée dans les bâtiments conventuels XVIII°, pour que les ingénieurs inventent un concept pour aller plus loin.
Présenté depuis 2005 le film Maior ecclesia a été vu par plus de 500 000 personnes qui grâce à lui comprennent mieux le monument. De quoi s’agit il ?
Vue dans la Maior ecclesia à différents moments de la journée (images extraites du film)
Discours lors deDigiPolis 2010(www.digipolis.fr)
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Détails de la Maior ecclesia (images extraites du film)
C’est une projection en 3D Relief d’un film présentant des images restituant les élévations et volumes de l’église tout en diffusant un discours de médiation. Pour le regarder il faut des lunettes. Le focus se déplace sur toute la longueur de l’église, offrant ainsi au spectateur une vision du monument. On a pu intégrer des effets de luminosité.
Les avantages : à l’inverse du premier film qui ne montrait que des vecteurs, des lignes architecturales, celui-ci donne à voir les faces, les formes remplies. Mais par exemple, le logiciel ne permettait pas de réaliser les chapiteaux des piliers. Dans un projet de restitution d’une abbaye romane, c’est dommage, d’autant plus que les chapiteaux sont connus.
Discours lors deDigiPolis 2010(www.digipolis.fr)
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La deuxième réalisation est la grande image de la coupe de la nef.
Parmi les vestiges de l’abbaye, il reste une porte qui au moyen âge ouvrait sur la nef. Les ingénieurs ont positionné là une image grandeur nature, épousant la forme de la porte, de ce que les visiteurs auraient pu voir si l’église existait encore. L’effet est saisissant.
Les visiteurs qui pénètrent dans cet espace se trouvent face à une porte
C’est ce constat qui a amené les équipes du CMN et de l’ENSAM a cherché la représentation des éléments connus, en situation. C’est ainsi que d’un film 3D relief on passe au concept de réalité augmentée.
Le concept de réalité augmentée
La première réalisation proposée au public est la borne Ray on.
La borne Ray on
Il s’agit d’un écran positionné sur un plot dans le circuit de visite, qui lui permet de tourner sur lui-même, en montant et en descendant.
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L’image montrée suit le mouvement et peut ainsi assurer un 360°. Le logiciel a intégré les vestiges existants, visibles, dans une modélisation de ce qui n’existe plus. La réalité a été augmentée d’une image de synthèse. Le travail des ingénieurs a permis de créer des surfaces, des consistantes imitant l’existant, à tel point qu’il n’est pas facile de différencier les deux réalités. L’image évolue en fonction de l’heure du jour et de l’ensoleillement. Les couleurs changent au fil des heures.
Positionnée dans le transept de la grande église, face au trou des destructions révolutionnaires, la première borne connaît un succès mérité.
Une autre borne vient d’être positionnée dans une tour au sud de la grande église. On peut y découvrir la longueur de l’église vu d’en haut. Les ingénieurs ont ajouté une caméra qui filme le trafic dans la rue et le restitue sur la borne. Cet outil de médiation présente l’avantage de ne pas nécessiter de traduction : les visiteurs n’ont pas besoin de commentaires, ils sont dans la contemplation.
La borne Ray on dans la tour au sud de la grande église
Deux autres bornes seront placées en juillet 2010 dans l’enclot abbatial : à l’emplacement de l’abside du chœur et dans le parc.
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La maquette numérique
Le deuxième type de réalisation est la maquette numérique. Fruit du travail des ingénieurs et des historiens, la maquette permet à l’utilisateur de se déplacer dans l’église. La maquette intègre tous les éléments connus. Les chapiteaux sont à leur place, les autels, les fresques, les vitraux. Les reliefs sont en couleur pour l’existant ou texturant pour les parties augmentées. Tout a été scanné.
Développement de la maquette numérique
Cette maquette devient donc un outil pour la médiation car c’est la base pour la création du film ou des bornes, et c’est aussi un outil pour les chercheurs qui peuvent l’utiliser pour valider des thèses ou mieux comprendre les documents archéologiques.
Moi qui participe, en tant que producteur et exploitant du film, j’ai passé de longues heures à être témoin des débats entre les différents métiers, à étudier les différentes hypothèses s’affronter et finalement voir le consensus se faire grâce à la représentation 3D.
Cette maquette, en cours d’achèvement est évolutive : chaque découverte la complète. Elle sert de base à la création du film 3D relief réalité augmentée qui sera présenté à partir de juillet.
Le film 3D relief réalité augmentée
La troisième réalisation est le film 3D relief réalité augmentée.
Je ne l’ai pas encore vu mais les images projetées il y a quelques jours sont parlantes. Ce sera une merveille. Il aura toutes les qualités de la maquette et des bornes. Traduit, il sera compréhensible par tous.
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Sa réalisation est, comme toujours à Cluny, un exploit. Actuellement, ce sont plus de 100 ordinateurs qui effectuent les calculs d’image nécessaires. C’est une équipe de 20 personnes mobilisées, c’est le futur aujourd’hui.
On est dans la démesure pour faire comprendre la démesure.
Pour conclure cet inventaire, je rappelle que l’abbaye de Cluny connaît actuellement des travaux de restaurations très importants, il y a aujourd’hui environ 12 chantiers différents. Que ces travaux er doivent s’arrêter pour le 1 juillet pour offrir la meilleure image de l’abbaye pour ses 1100 ans.
L’accueil du monument est entièrement reconstruit, des salles sont ouvertes, des espaces dégagés pour les présenter au public. Le monument après juillet 2010 et plus largement à la fin du contrat de plan Etat région sera inédit.
Pour apporter au lieu un caractère évènementiel, le CMN a décidé de présenter une exposition exceptionnelle : Cluny apogée de l’art roman.
Outre les nombreuses sculptures, sur pierre ou sur bois, les pièces d’orfèvrerie et les manuscrits, l’exposition présentera aussi des bornes interactives d’un format assez nouveau : des feuilletoirs. Il s’agit de programmes tactiles destinés à permettre de tourner les pages d’un manuscrit.
Elément dynamique, cet outil permet de découvrir toutes les pages intéressantes d’un ouvrage, ce qui n’est pas possible dans une exposition pour des raisons de conservation et de sécurité de l’œuvre.
Nous aurons aussi un écran tactile pour montrer les monastères clunisiens en Europe. Il s’agit là d’une borne interactive assez classique.
Ces deux bornes resteront sur place une fois que les manuscrits seront rendus à leurs propriétaires.
L’avenir : la salle immersive
Les ingénieurs ont créé une technologie nouvelle : le concept de salle immersive. Nous avons fait ensemble une expérience il y a quelques jours en la plaçant en situation. Nous l’avons mis face au mur qui cache le vide, le vide de l’église détruite. L’effet était saisissant. Pour l’instant cette technologie réalise un apport remarquable pour un spectateur unique ou en faible nombre car il faut être placé à un endroit particulier pour voir le relief. La résolution de ce problème peut être l’avenir pour nous. 26 et 27
La salle immersive
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Les limites du modèle
Les deux premiers films étaient exclusivement en français. On n’avait pas trouvé de solutions techniques finançables pour proposer des diffusions traduites.
Les solutions numériques doivent anticiper la barrière de la langue. Ce qui peut être un outil de médiation, peut devenir un outil d’exclusion s’il n’est pas traduit.
Présenter un film en 3D dans un monument complet, dont il ne manque rien présente peu d’intérêt. Les inconvénients du 3D ne sont pas compensés par la prouesse technique. Le numérique ne doit forcément remplacer le vestige ou son fac similé.
Les visiteurs peuvent apprécier de découvrir le monument et son histoire grâce à des bornes interactives, autant qu’ils peuvent saturer et ne plus les utiliser s’ils y en a trop. La borne ne doit devenir sujet mais rester un moyen pour valoriser le sujet. Elle doit donc être facile d’accès pour que l’utilisateur reste concentré sur la découverte et non pas sur la technique de représentation.
Les outils numériques sont fragiles : il est bon de choisir une solution permettant d’avoir un SAV immédiatement. Toute défaillance, et il y en a souvent, crée un différentiel entre la promesse marketing et la proposition du site et crée une frustration pour les visiteurs tout en désorientant l’équipe d’accueil. Il faut donc prévoir un budget de maintenance assez conséquent et former les équipes.
L’abbaye de Cluny est un laboratoire des apports du numériques pour la transmission dans le domaine de la médiation culturelle du patrimoine historique.
Disposant d’une expérience, d’un vécu, mon équipe accompagne les ingénieurs qui créent les programmes. Je suis certain que le nouveau film sera unanimement des visiteurs par la prouesse qu’il constitue et pour ce qu’il apportera. Je veille cependant à ce que le circuit de visite ne soit pas une accumulation de services numériques afin de ne pas être un lieu d’exposition d’écran mais à rester un lieu où doit se passer la rencontre entre notre histoire et nos contemporains.
Je vous invite tous à venir faire cette rencontre à Cluny en visitant la maior ecclesia.
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