Révolution industrielle et aménagement urbain à Blois

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Révolution industrielle et aménagement urbain à Blois

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Révolution industrielle et aménagement urbain
à Blois
Jules Amout, Blois en Ballon, vue prise au-dessus de l'évêché.1840
A droite, la place de la république en cours de création et la préfecture.
Au XIXème siècle, l'Europe connaît des transformations économiques et sociales importantes : c'est la
révolution industrielle.
En quoi les exemples de Blois et de la chocolaterie Poulain permettent-ils de comprendre ce qu'a été la
révolution industrielle ?
La chocolaterie Poulain : du petit atelier artisanal à la grande industrie
Auguste Poulain est né à la ferme des Bordes près de Pontlevoy le 11 février 1825. Il appartient à une
famille d’humbles agriculteurs solognots, composée de 7 enfants. Son enfance est difficile. De six à neuf
ans, il fréquente une petite école rurale payante.
En 1834, à 9 ans, il quitte la ferme familiale et va se faire employer comme épicier à Bléré. En 1837, il se
fait embaucher à Blois chez un autre épicier avant de partir pour Paris travailler dans une épicerie de luxe
tenue par M. Leguerrier qui fabriquait lui-même son chocolat.
Le 24 juin 1847, Auguste Poulain s’installe à son compte comme confiseur-chocolatier à Blois, 68 Grande
Rue, maison dans laquelle était né le prestidigitateur Robert Houdin. Aidé par sa femme, il vend lui-même
le chocolat qu’il fabrique. Il utilise une broyeuse manuelle Hermann. Dès 1848, Auguste Poulain lance sa
propre marque. En 1852, il dépose un brevet de fabrication.
En 1856, Poulain change de boutique et s’installe aux 8 et 10 de la rue Porte-Chartraine. Au 3 du Lion
Ferré, il installe ses ateliers. Il utilise une nouvelle broyeuse à vapeur de 3 chevaux.
De 1862 à 1864, c’est la construction de l’usine de la Villette, en dehors des barrières de la ville,entre la
gare inaugurée depuis peu et le château qui n’était qu’une caserne. Elle comprend des ateliers de
dressage pour le moulage de la pâte de chocolat, un atelier de pliage, d’expédition, des bureaux
puis un
château, habité par Auguste Poulain. En 1864, on pouvait y voir : 1 machine à vapeur de 14 chevaux
avec sa chaudière et 2 bouilleurs, 2 brûloirs à cacao avec leurs fourneaux, 3 pileries mécaniques et leurs
mortiers, 6 broyeuses à chocolat, 2 mélangeurs Debaptiste de Paris, 2 mélangeurs Hermann, 3 moulins
broyeurs Bauvin, 1 boudineuse et 4 tapoteuses Debaptiste.
Auguste Poulain se lance dans la vie politique. Pendant la guerre de 1870, il traverse la Loire en barque
pour négocier avec les Prussiens. Le maire est arrêté et c’est Auguste Poulain qui assure les fonctions
de maire. Il sera ensuite élu conseiller général d’Herbault. Il reçoit la légion d’honneur.
Albert Poulain a été associé à son père à partir de 1874. Il prend la direction de l’entreprise familiale de
1880 à 1893. Il contribue à agrandir l’usine en achetant de nouveaux terrains et en construisant d’autres
usines. En 1893, la société perd son caractère familial pour devenir une société anonyme tout en
conservant le nom « Chocolaterie Poulain » pour des raisons publicitaires. Le capital de la société est de
2 475 000 francs, représentant 2 475 actions. Albert Poulain avec 1 155 actions et plus de 46% du capital
est le plus gros actionnaire. L’usine emploie 240 personnes.
Effectifs de l’entreprise :
1863 : 22 ouvriers
1864 : 28 ouvriers
1872 : 30 ouvriers
1893 : 240 ouvriers dont 95 hommes, 60 femmes et 50 enfants.
1900 : 290 ouvriers
1902 : 500 ouvriers
1905 : 700 ouvriers
Etudes possibles :
-
De l’atelier familial à l’usine
-
De l’entreprise familiale au consortium international
-
L’ascension sociale de Poulain : la situer historiquement et la mettre en rapport avec d’autres
chefs d’entreprise
-
Le machinisme
: Auguste Poulain est passé d'une broyeuse manuelle Herman à l'utilisation de
machines avec une nouvelle source d'énergie.
-
La croissance de la production
:
1860
: 37 tonnes/an
1880
: 1510 tonnes/an
1900
: 1809 tonnes/an
1917
: 10416 tonnes/an
1928
: 17000 tonnes/an
-
De l'atelier à l'usine
: la production s'effectue d'abord dans une boutique puis dans plusieurs et
enfin dans des usines.
-
La naissance d'une grande entreprise
: la transformation des techniques de production ne
permet plus un travail seul. Il faut de l'argent pour acquérir les machines, les terrains...on assiste
donc à la naissance d'une grande entreprise familiale puis anonyme par actions.
-
L'apparition de deux nouveaux groupes sociaux
: le patronat (la famille Poulain) et les
ouvriers dont les intérêts divergent. Un syndicat s'organise seulement en mars 1892...et appelle à
la grève en novembre 1892 car les conditions de travail étaient assez dures.
-
La publicité
: la première publicité concerne le magasin Poulain, les suivantes ne vantent que le
produit. Très vite, un slogan s'impose : "Goûtez et comparez".
L’usine de la Villette dans les années 1870
Etudes possibles :
-
Repérer les différents bâtiments : à gauche, les ateliers qui abritent les machines à vapeur ; à
droite l’atelier qui sert à la fabrication au rez-de-chaussée et de logement dans les étages pour la
famille Poulain ; au centre le « château Poulain ».
-
Comprendre le plan d’ensemble : l’usine de La Villette affecte l’allure d’un château. La demeure
patronale, centrée en fond de cour permet une surveillance des travaux. L’ensemble formé par le
château et les bâtiments qui le flanquent fait aussi penser à un château et à ses communs. Cet
effet est accentué par la cour qui dégage la vue sur la demeure patronale et par la présence
d’une clôture.
-
Identifier les différents matériaux utilisés : la brique, la pierre et l’ardoise. La qualité de la
construction de l’usine de La Villette servait d’argument publicitaire.
-
In situ, repérer ce qui reste de l’Usine Poulain et remarquer la décoration sculptée
(cacaoyer, navire à voile).
Pour plus de précisions, consultez la mallette pédagogique "Auguste Poulain, la fabrication du chocolat"
disponible au service des Archives départementales de Loir-et-Cher.
La ville de Blois au XIXème siècle
Le service éducatif du château de Blois propose une découverte du patrimoine du XIXème intitulée
"Révolution industrielle et aménagement urbain à Blois" : cette visite thématique de la ville comprend une
découverte extérieure de l'ancienne chocolaterie Poulain et une lecture des plans d'aménagement du
quartier de la gare. Renseignements au 02.54.90.33.32
.
Quelques thèmes qui peuvent être abordés avec les élèves :
-
Le développement des chemins de fer
:
Plan de Blois en 1843 pour la création du chemin de fer
1843 : naissance de la ligne Orléans-Tours, ouverte au public en 1846. après avoir étudié deux
possibilités de tracé, l'un rive droite, l'autre rive gauche, on choisit de construire finalement la ligne sur la
rive droite. D'importants travaux de terrassement sont nécessaires, notamment pour traverser la vallée de
l'Arrou. Les aménagements empiètent sur l'enclos des Jacobins.
1844 : tracé de la ligne.
1846 : inauguration de la ligne.
1847 : travaux terminés au premier embarcadère, le long de l'avenue Laigret.
1892 : destruction de l'embarcadère devenu trop petit avec la croissance des lignes régionales
(Vendôme, Romorantin).
1890-93 : construction de la nouvelle gare dans l'axe des Allées. Cette installation entraîne la
construction de toute une installation nouvelle : pont et avenue Gambetta, rues Ducoux et Desfay.
-
Une industrialisation tardive
: jusqu'en 1850, l'économie blésoise est essentiellement marchande et
artisanale : tanneries, ganterie, coutellerie, dés à coudre, poterie et faïence commune. Les seules
usines sont une poterie (établie en 1803), une brasserie (depuis 1827) et une scierie mécanique à
vapeur (1841). Ces établissements industriels sont tous situés en Vienne. Pourquoi ce faible
engagement industriel ? Les activités traditionnelles semblent se maintenir et les élites bourgeoises
continuent à investir dans le foncier.
-
Des activités nouvelles s'installent à Blois
dans la seconde moitié du XIXème siècle : fabriques de
chaussures, fabriques de gants, fabrique de machines agricoles, fonderie, briqueteries, tuileries.
Les principales industries blésoises en 1882
-
L'extension de la ville en surface
: le déplacement du cimetière au-delà des voies de chemin de fer
libère un vaste espace bien desservi, aux abords immédiats de la gare et du centre ville, qui devient
la première zone industrielle de Blois
Plan de la ville de Blois – 1885
Zoom sur le quartier de la gare
Etudes possibles :
-
Comparer les plans de 1843
et 1885.
-
Repérer l’extension de la
ville.
-
Relever les établissements
industriels
-
Dans le cadre d’une visite
guidée : retrouver
l’emplacement de l’ancienne
gare, les bâtiments
construits au XIXème siècle,
comparer la voierie de 1885
à celle d’aujourd’hui.
-
la croissance de la population urbaine à Blois
1790 : 11723 habitants
1850 : 17599 habitants
1870 : 20068 habitants
1890 : 22150 habitants
1900 : 23542 habitants
La croissance urbaine se traduit par l'augmentation de la population et par l'extension de la ville en
surface mais l'on ne trouve pas à Blois des quartiers correspondant aux différentes classes sociales.
-
Les aménagements "haussmaniens" de la ville
réalisés par E. Riffault : jusqu'en 1850, les rues
sont restées étroites, sinueuses et très escarpées. Eugène Riffault, notable blésois, ami personnel du
baron Haussmann, élu maire en 1850 va transformer le plan urbain de la ville.
Percement du grand axe monumental avenue Wilson / pont de pierre /escalier Denis Papin et création du
grand escalier entre 1862 et 1865, élargissement de la rue Porte Côté (alors rue Impériale)
Tableaux de Emile Gervais – Musée des Beaux-Arts de Blois
Percement de boulevards destinés à décharger la circulation en centre ville : le boulevard de l'Est
(aujourd'hui Eugène Riffault), le boulevard de l'Ouest (actuellement rue Augustin Thierry).
-
Une nouvelle architecture
de brique et de pierre ornée de terres cuites émaillées, sans doute
stimulée par la restauration du château et des grands hôtels :
Château de la Villette d’Auguste Poulain
Quels sont les éléments encore visibles dans le paysage ?
Chocolaterie Poulain : façades et toitures de la demeure patronale dite "Château Poulain", les façades et
toitures des ateliers de fabrication élevées en 1864 et 1867, l'atelier de fabrication construit en 1919-
1920.
Ville XIXème : la gare, les grands travaux d'urbanisme, les édifice du XIXème siècle.
Quelle réutilisation de la friche ?
En 1991, l'entreprise déménage dans une usine ultra-moderne dessinée par Jean Nouvel à Villebarou. La
ville achète d'abord la friche pour en faire le coeur d'une vaste Zac en partenariat avec la chambre de
commerce.
En 1995, la chaufferie et sa haute cheminée ont été détruites pour construire l'Ecole des ingénieurs du
Val de Loire. La rue est alors réouverte à la circulation provoquant la démolition de deux bâtiments de la
première usine.
La
Semadeb
possède une partie des bâtiments depuis 1993 et a géré la construction d'un ensemble de
logements.
Depuis 2007 l’Ecole Nationale de la Nature et du Paysage s’est installée dans les bâtiments restaurés
d’une partie de l’usine.
Document élaboré par
Françoise Beauger-Cornu
, enseignante détachée auprès du service éducatif du
château de Blois, professeur d'histoire-géographie, en collaboration avec
Cécile de Collasson
,
animatrice du patrimoine de la ville de Blois.
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